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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200509

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200509

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200509
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantOVEREED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 août 2022, la SARL Rivière Lézarde, représentée par Me Prevot, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser les sommes de 140 161,69 euros et 30 000 euros en réparation de ses préjudices matériel et moral résultant de la divagation de bovins élevés sur une parcelle voisine de son exploitation agricole ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- bien qu'informés depuis 2014 des dégradations, nuisances et risques pour la sécurité publique que provoquait le bétail de M. A, notamment au préjudice des exploitations agricoles voisines, les services de l'Etat n'ont entrepris aucune action afin d'aider le maire de Saint-Joseph à faire cesser ces nuisances ;

- en ne se substituant pas au maire de Saint-Joseph afin de mettre en œuvre des mesures de police administrative, le préfet de la Martinique a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, sans qu'il soit besoin de caractériser l'existence d'une faute lourde ;

- le préfet de la Martinique a en outre méconnu l'article L. 223-8 du code rural et de la pêche maritime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'est pas fondée.

La commune de Saint-Joseph, à qui la requête a été communiquée, a produit un mémoire enregistré le 21 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert, président-rapporteur,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Mme B pour le préfet de la Martinique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Rivière Lézarde exploite une bananeraie sur le territoire de la commune de Saint-Joseph, sur des terrains jouxtant la parcelle cadastrée S n°1040, d'une dizaine d'hectares, sur laquelle M. A élève des bovins. Se plaignant d'un manque de soins apportés à ces animaux que leur propriétaire laisse depuis plusieurs années divaguer sur les fonds voisins, au préjudice notamment des plantations voisines, la société Rivière Lézarde a demandé au préfet de la Martinique, par un courrier du 20 avril 2022, de lui verser la somme de 279 215 euros à titre de dommages et intérêts. Ce courrier étant resté sans réponse, la société requérante demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme globale de 170 161,69 euros au titre de ses préjudices matériel et moral.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales prévoient que " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : () 7° Le soin d'obvier ou de remédier aux évènements fâcheux qui pourraient être occasionnés par la divagation des animaux malfaisants ou féroces () ". L'article L. 2215-1 du même code dispose : " La police municipale est assurée par le maire, toutefois : 1° Le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, pour toutes les communes du département ou plusieurs d'entre elles, et dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par les autorités municipales, toutes mesures relatives au maintien de la salubrité, de la sûreté et de la tranquillité publiques / Ce droit ne peut être exercé par le représentant de l'Etat dans le département à l'égard d'une seule commune qu'après une mise en demeure au maire restée sans résultat ; ()".

3. Ces dispositions confient à l'autorité de police municipale le soin de prendre et de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour faire cesser les troubles à l'ordre public et les dommages résultant de l'errance d'animaux sur le territoire de la commune. Cette mesure est également au nombre de celles que le représentant de l'Etat dans le département peut prendre, en vertu du 1° de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales et dans les conditions prévues par ces dispositions, en se substituant au maire éventuellement défaillant. Il s'ensuit que la responsabilité de la commune et, le cas échéant, de l'Etat peut dès lors être engagée en cas de carence dans l'exercice de ce pouvoir. L'intervention de l'Etat n'est toutefois que subsidiaire, dans les cas où les autorités municipales n'auraient pas pris des mesures de police nécessaires. Une carence dans l'exercice de ce pouvoir de substitution du préfet n'engage la responsabilité de l'Etat qu'en cas de faute lourde.

4. La société Rivière Lézarde, qui ne met pas en cause la responsabilité de la commune de Saint-Joseph, soutient que le préfet de la Martinique a commis une faute, de nature à engager la responsabilité de l'Etat, en ne se substituant pas au maire de cette commune pour prendre les mesures qu'imposait le trouble à l'ordre public causé par la divagation des bovins de M. A. Il résulte toutefois de l'instruction que la commune de Saint-Joseph ne peut être regardée comme n'ayant pas pris les mesures rendues nécessaires par la situation avérée de trouble à la sûreté publique. Un rapport de la police municipale a été établi le 29 mai 2019 pour rendre compte de la divagation des bovins de M. A et des préjudices causés sur les exploitations agricoles voisines, notamment celle de la société requérante. Ce rapport a été communiqué au préfet de la Martinique qui a convié le maire de Saint-Joseph à participer le 2 février 2021 à une réunion de la cellule " maltraitance animale ". Une autre réunion a eu lieu en mairie de Saint-Joseph le 22 février 2021, à laquelle participaient des représentants de la direction de l'alimentation de l'agriculture et de la forêt (DAAF), de la chambre d'agriculture ainsi que trois propriétaires d'exploitations voisines du terrain de M. A. Il a été décidé que, face à la difficulté de capturer ces bovins redevenus sauvages et le danger qu'ils représentaient pour les personnes et pour les autres animaux du fait de leur divagation, ils devaient être abattus à vue. A cette fin, le maire de Saint-Joseph a pris les 4 mars 2021 et 19 mai 2021, en lien avec la DAAF et l'Office français de la biodiversité, deux arrêtés ordonnant, dans certains secteurs de la commune dont le lieudit Presqu'île où se trouve l'exploitation de la société requérante, l'abattage de bovins par tir à balles. Il s'ensuit que la société Rivière Lézarde n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Martinique a commis une faute lourde en ne se substituant pas au maire de Saint-Joseph qui, comme il vient d'être dit, avait pris les mesures que nécessitait la situation de trouble à l'ordre public.

5. En deuxième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Martinique n'a pas suffisamment répondu à la situation de maltraitance animale qui lui avait été signalée. Ses services ont contrôlé l'exploitation de M. A le 10 février 2021, ont collaboré avec la commune de Saint-Joseph pour la préparation des arrêtés d'abattage par tir à balles, ont adressé à M. A le 1er mars 2021 une mise en demeure de procéder à des mesures correctives sur son élevage, et l'ont convoqué le 12 juillet 2021 pour un nouveau contrôle. La société Rivière Lézarde ne démontre pas que l'ensemble des mesures ainsi prises auraient été insuffisantes pour répondre au trouble à la sécurité publique causé par M. A. Cette circonstance ne fait toutefois pas obstacle à ce que la société requérante, si les nuisances perdurent, se rapproche de nouveau des autorités de police ou intente devant la juridiction judiciaire une action civile contre son voisin.

6. En troisième lieu, le moyen tiré d'une méconnaissance par le préfet de la Martinique des dispositions de l'article L. 223-8 du code rural et de la pêche maritime est inopérant dès lors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les animaux de M. A étaient atteints d'une maladie mentionnée à l'article L. 221-1 du même code.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société Rivière Lézarde doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Rivière Lézarde au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Rivière Lézarde est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Rivière Lézarde et au préfet de la Martinique.

Copie en sera adressée à la commune de Saint-Joseph.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président, rapporteur,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Aude Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le premier conseiller faisant fonction de président

S. de Palmaert

L'assesseur le plus ancien,

V. Phulpin

La greffière,

J. Lemaitre

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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