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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200559

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200559

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200559
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantC.G.B.G.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 septembre 2022, 26 avril 2023 et 5 juillet 2023, Mme B A, représentée par Me Tronche, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 19 octobre 2021, d'un montant de 38 786,04 euros, au titre d'un trop-versé de rémunération, ensemble la décision implicite du 20 juillet 2022 ayant rejeté sa contestation préalable ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 38 786,04 euros ou, subsidiairement de la décharger de la somme de 19 749,30 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête a été introduite dans le délai de recours contentieux ;

- le titre de perception attaqué méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'est pas établi que l'ordonnateur a signé l'état récapitulatif n°33815 auquel fait référence le titre litigieux ;

- il n'est pas établi que l'ordonnateur ait été régulièrement accrédité ;

- le titre exécutoire attaqué n'est pas suffisamment motivé ;

- il est en outre infondé dès lors que la créance recouvrée n'est pas exigible.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er février 2023, le 6 juin 2023 et le 29 septembre 2023, la rectrice de l'académie de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Le directeur régional des finances publiques de la Martinique, à qui la procédure a été régulièrement communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Professeure certifiée hors classe, Mme A a été admise à la retraite à compter du 1er septembre 2020. Ayant bénéficié en 2019 et 2020 d'un congé de maladie ordinaire requalifié par la suite en congé de longue maladie, Mme A a reçu des rappels de rémunération qui, selon la rectrice de l'académie de la Martinique, ont généré un trop-versé d'un montant de 38 786,04 euros. Mme A en a été informée par un courrier du 20 septembre 2021 à la suite duquel un titre de perception, d'un montant de 38 786,04 euros, a été émis à son encontre le 19 octobre 2021. Mme A a contesté ce titre par un courrier du 13 janvier 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ce titre exécutoire.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article 118 du décret du 7 novembre 2012 : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent ".

3. Mme A soutient sans être contredite avoir reçu notification du titre attaqué le 2 décembre 2021. Sa contestation a été adressée dans le délai de deux mois à l'administration qui l'a reçue le 20 janvier 2022. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé pendant six mois et pouvait faire l'objet d'un recours contentieux dans le délai de deux mois, soit jusqu'au 21 septembre 2022. Par suite, enregistrée le 20 septembre 2022, la requête de Mme A n'est pas tardive et la fin de non-recevoir soulevée en défense doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 prévoit que : " () B. Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ". Aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ".

5. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.

6. Le titre de perception en litige, qui n'est pas signé, indique que son auteur est

Mme D, directrice administrative et financière. Alors que cette absence de signature est invoquée par la requérante, l'administration ne verse pas aux débats l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de son auteur. Dès lors, elle n'établit pas qu'il a été signé par l'ordonnateur désigné dans le titre de perception. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que le titre de perception attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et à en demander l'annulation, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui de ces conclusions.

Sur les conclusions à fin de décharge :

8. Dans le dernier état de ses écritures, la rectrice de l'académie de la Martinique soutient que la somme réclamée à Mme A correspond à une rémunération qu'elle aurait perçue mensuellement de septembre 2020 à juin 2021, de façon indue dès lors que l'intéressée avait été admise à la retraite à compter du 1er septembre 2020. Mme A fait toutefois valoir que, si une rémunération lui a effectivement été versée de façon indue, ce n'est que sur la période de février à juin 2021. Elle verse aux débats les bulletins de paie afférents à cette période, faisant état d'une rémunération nette, après prélèvement à la source au titre de l'impôt sur le revenu, d'un montant de 19 036,74 euros. Il résulte par ailleurs de l'instruction que l'autorité administrative, sur qui pèse la charge de la preuve de sa créance, ne justifie pas du bien-fondé de sa créance pour la période du 1er septembre 2020 au 31 janvier 2021 qu'elle réclame à Mme A. Par conséquent, Mme A, dont la dette est établie à la somme de 19 036,74 euros, doit être déchargée de l'obligation de payer la somme de 19 749,30 euros.

Sur les frais liés au litige :

9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception émis le 19 octobre 2021 à l'encontre de Mme A en vue du recouvrement de la somme de 38 786,04 euros est annulé.

Article 2 : Mme A est déchargée de l'obligation de payer la somme de 19 749,30 euros.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la rectrice de l'académie de la Martinique et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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