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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200598

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200598

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200598
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHALVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2022 et le 27 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Chalvin, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler le courrier du 31 mai 2022 par lequel la rectrice de l'académie de la Martinique a décidé d'une retenue sur son traitement, d'un montant de 1 847,69 euros, en recouvrement d'un trop-perçu de rémunération, ensemble la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur son recours gracieux du 11 juin 2022 ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de la Martinique de lui rétablir l'ensemble des indemnités qu'elle doit percevoir lors de ses placements en situation d'autorisation spéciale d'absence, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; d'enjoindre en conséquence à la rectrice de l'académie de Martinique de lui verser, à titre de rappel, la somme de 5 560,67 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles ne sont pas motivées ;

- elles sont entachées d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent le principe d'égalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, la rectrice de l'académie de la Martinique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 50-1253 du 6 octobre 1950 ;

- le décret n° 93-55 du 15 janvier 1993 ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, pour exercer temporairement les fonctions de président de chambre.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Professeure certifiée de mathématiques au lycée général et technologique Victor Schoelcher à Fort-de-France, Mme A a bénéficié d'autorisations spéciales d'absence sur la période du 9 novembre 2020 au 7 juillet 2022 compte tenu de son état de santé et de l'épidémie de covid 19. Par un courrier du 31 mai 2022, elle a été informée qu'elle ne pouvait percevoir, durant cette période, l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves ainsi que des indemnités afférentes à des heures supplémentaires d'enseignement et que, en conséquence, une retenue sur sa rémunération allait être opérée pour un montant de 1 847,69 euros. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision et l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur son recours gracieux du 11 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision du 31 mai 2022 :

2. Le courrier du 31 mai 2022 annonçant à Mme A un prélèvement à venir sur sa rémunération, qui a un caractère décisoire, a été signé par Mme D, directrice des personnels enseignants. Par un arrêté du 22 mars 2022 de la rectrice de l'académie de la Martinique, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Martinique, une délégation de signature a été donnée à Mme Viallet, secrétaire générale de l'académie de la Martinique. Cet arrêté prévoit une subdélégation à M. C, adjoint à la secrétaire générale d'académie, directeur des relations et des ressources humaines, dans le cadre de ses attributions et compétences. En cas d'absence ou d'empêchement de Mme Viallet et M. C, ce même arrêté prévoit une délégation de signature plus restreinte au profit de Mme D. Le champ de cette délégation est limitativement déterminé au b) de l'article 3 de cet arrêté en ce qui concerne la gestion administrative et financière des personnels des lycées et collèges. Si Mme D peut signer par délégation les contrats et divers arrêtés de gestion de la carrière des personnels, notamment les décisions d'affectation, de mutation, de congés divers ou de promotion, aucune délégation ne lui a en revanche été donnée afin de signer des décisions relatives à la rémunération des agents et au recouvrement de trop versés de rémunération. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de la décision attaquée est fondé et doit être accueilli.

3. Il résulte de ce qui précède que la décision du 31 mai 2022, est entachée d'illégalité et doit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés contre cette décision, être annulée.

En ce qui concerne la légalité de la décision implicite de rejet opposée au recours gracieux de Mme A :

S'agissant de la légalité externe :

4. En premier lieu, par un courrier du 11 juin 2022, Mme A a saisi la rectrice de l'académie de la Martinique d'un recours gracieux. Le refus implicite opposé à cette demande est réputé avoir été pris par la rectrice de l'académie de la Martinique, autorité compétente pour déterminer la rémunération due à cette enseignante du second degré. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

6. La requérante ne justifie, ni même n'allègue, avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite attaquée en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation en méconnaissance de l'article L. 211-2 du même code ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la légalité interne :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 15 janvier 1993 instituant une indemnité de suivi et d'orientation des élèves en faveur des personnels enseignants du second degré : " Une indemnité de suivi et d'orientation des élèves non soumise à retenues pour pensions est allouée aux personnels enseignants du second degré exerçant dans les établissements scolaires du second degré ou affectés au Centre national d'enseignement à distance. / () Cette indemnité comprend une part fixe à laquelle peuvent s'ajouter une ou, à titre exceptionnel, plusieurs parts modulables ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " La part fixe est allouée aux personnels enseignants désignés à l'article 1er ci-dessus, ainsi qu'aux enseignants des classes post-baccalauréat. / L'attribution de cette part est liée à l'exercice effectif des fonctions enseignantes y ouvrant droit, en particulier au suivi individuel et à l'évaluation des élèves, comprenant notamment la notation et l'appréciation de leur travail et la participation aux conseils de classe ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " La part modulable est allouée aux personnels enseignants désignés à l'article 1er ci-dessus (). L'attribution de cette part est liée à l'exercice effectif de ces fonctions. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves ne peut être versée, tant pour sa part fixe que pour sa partie modulable, à un professeur de l'enseignement du second degré si celui-ci n'a pas effectivement exercé des fonctions d'enseignement.

9. En l'espèce, Mme A a bénéficié d'autorisations spéciales d'absence sur la période du 9 novembre 2020 au 7 juillet 2022 compte tenu de son état de santé et de l'épidémie de covid 19. Si son plein traitement lui a été maintenu, conformément aux décisions successives prises sur cette période par le recteur de l'académie de la Martinique, l'indemnité de suivi et d'orientation des élèves ne pouvait en revanche lui être versée dès lors que, bénéficiant d'autorisations spéciales d'absence, Mme A n'exerçait pas effectivement ses fonctions. Il s'ensuit que l'autorité administrative a fait une exacte application du décret du 15 janvier 1993.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 6 octobre 1950 fixant les taux de rémunération des heures supplémentaires d'enseignement effectuées par des personnels enseignants des établissements d'enseignement du second degré : " Les personnels visés par les décrets n° 50-581 et n° 50-582 du 25 mai 1950 susvisés et aux 1°, 2°, 3° et 4° du I de l'article 2 du décret n° 2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d'enseignement du second degré dont les services hebdomadaires excèdent les maxima de services réglementaires ou les maxima des services résultant de la quotité de travail à temps partiel reçoivent, par heure supplémentaire et sous réserve des dispositions légales relatives au cumul des traitements et indemnités, une indemnité non soumise à retenue pour pension civile. / () Les indemnités prévues au paragraphe premier ci-dessus sont attribuées dans les mêmes conditions aux professeurs de lycée professionnel régis par le décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 modifié susvisé et aux professeurs d'enseignement général de collège visés par le décret du 14 mars 1986 susvisé. () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Les indemnités pour heures supplémentaires susvisées sont payables par neuvième. En cas d'absence ou de congé individuel, l'indemnité est fixée proportionnellement à la période de présence, le décompte s'établissant à raison de un deux cent soixante-dixième de l'indemnité annuelle pour chaque journée de présence ".

11. Il résulte de ces dispositions que l'indemnité versée au titre d'heures supplémentaires d'enseignement ne peut être versée en cas d'absence ou de congé individuel de l'enseignant. Il est constant que Mme A était absente sur la période du 9 novembre 2020 au 7 juillet 2022 compte tenu d'autorisations spéciales d'absence. Par suite, elle ne pouvait légalement percevoir durant cette période des indemnités au titre d'heures supplémentaires. Il s'ensuit que l'autorité administrative a fait une exacte application des dispositions du décret du 6 décembre 1950.

12. En troisième lieu, si Mme A fait valoir que des enseignants dans la même situation que la sienne auraient, dans d'autres académies, bénéficié du maintien de leur rémunération intégrale, la requérante ne démontre pas suffisamment cette allégation. En tout état de cause, une telle circonstance serait sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui, comme il a été dit précédemment, n'est pas entachée d'illégalité au regard des textes réglementaires en vigueur.

13. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite née du silence gardé sur le recours gracieux du 11 juin 2022 de Mme A n'est pas entachée d'illégalité. Les conclusions de la requête tendant à son annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'annulation de la décision du 31 mai 2022 implique seulement, compte tenu du motif sur lequel elle se fonde, qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de la Martinique de restituer à Mme A la somme perçue sur le fondement de la décision de répétition de l'indu annulée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, si le rectorat de l'académie de Martinique n'a pas émis avant l'expiration de ce délai une nouvelle décision portant répétition de l'indu dans des conditions régulières.

Sur les frais liés au litige :

15. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés dans la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 31 mai 2022 mettant à la charge de Mme A la somme de 1 847,69 euros est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de la Martinique de restituer à Mme A la somme perçue sur le fondement de la décision de répétition de l'indu annulée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, si le rectorat de l'académie de la Martinique n'a pas émis avant l'expiration de ce délai une nouvelle décision portant répétition de l'indu dans des conditions régulières.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la rectrice de l'académie de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. de Palmaert, premier conseiller faisant fonction de président, rapporteur,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le premier conseiller faisant fonction de président

S. de Palmaert

L'assesseur le plus ancien,

V. Phulpin

La greffière,

J. Lemaitre

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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