lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200603 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | CONSTANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Constant, demande au tribunal :
1°) de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser des indemnités d'un montant total de 3 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite d'une agression sexuelle commise par un mineur pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance et confié à cette collectivité ;
2°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Martinique la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime de faits d'agression sexuelle commis par un mineur pris en charge par le service départemental d'aide sociale à l'enfance, lequel a été reconnu coupable et condamné par jugement du tribunal pour enfants de E rendu le 14 janvier 2021 ;
- la collectivité territoriale de Martinique est responsable de plein droit des dommages causés par ce mineur qui était placé auprès de cette collectivité ;
- il a subi un préjudice moral, constitué de souffrances endurées, qu'il évalue à la somme de 1 500 euros, et un préjudice matériel, qu'il évalue à la somme de 1 500 euros, dont il est fondé à demander réparation.
La procédure a été régulièrement communiquée à la collectivité territoriale de Martinique, qui n'a produit aucune observation malgré une lettre de mise en demeure qui lui a été adressée par courrier du 3 février 2023.
Par ordonnance du 7 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été victime de faits d'agression sexuelle commis dans la nuit du 31 décembre 2020 au 1er janvier 2021 par M. D, alors mineur confié à la collectivité territoriale de Martinique au titre de l'aide sociale à l'enfance. Par jugement du 14 janvier 2021, le tribunal pour enfants de E, statuant sur l'action publique, a reconnu M. D coupable d'agression sexuelle sur mineur et de violence volontaire sur mineur n'entraînant aucune incapacité temporaire de travail commis sur M. A, ainsi que d'autres agressions sexuelles commis sur d'autres victimes pour lesquels il était également poursuivi, et l'a condamné à une peine de deux ans d'emprisonnement avec sursis, ainsi qu'à une amende contraventionnelle de 100 euros. Par le même jugement, statuant sur l'action civile, le tribunal pour enfants a condamné M. D à verser à M. A une somme de 100 euros en réparation de son préjudice matériel et une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral. M. A a formé une demande indemnitaire préalable auprès de la collectivité territoriale de Martinique, par un courrier daté du 9 juin 2022 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, il demande au tribunal administratif de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser des indemnités d'un montant total de 3 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à la suite de l'agression sexuelle dont il a été victime la nuit du 31 décembre 2020 au 1er janvier 2021.
Sur la responsabilité de la collectivité territoriale de Martinique :
En ce qui concerne le principe de responsabilité :
2. La décision par laquelle le juge confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont la collectivité se trouve ainsi investie lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.
3. Il résulte de l'instruction que, d'une part, en application de l'article 375-3 du code civil, M. D, mineur né en 2005, a été confié au service départemental de l'aide sociale à l'enfance en 2009, par une décision du juge des enfants. Il s'ensuit que, en application de cette décision de justice, le département de la Martinique, puis la collectivité territoriale de Martinique qui lui a succédé à compter du 1er janvier 2016, se sont successivement vu transférer la responsabilité d'organiser, de diriger et de contrôler la vie de ce mineur. D'autre part, M. D séjournait avec M. A, alors âgé de 16 ans, chez un assistant familiale le soir du 31 décembre 2020 au 1er janvier 2021. Au terme de la soirée de réveillon, les deux mineurs se sont couchés vers 2h00 du matin, le premier dans le salon et le second dans une chambre. Le requérant s'est réveillé vers 9h00 avec la main de M. D qui lui massait les parties intimes. Ce dernier a également frappé au visage le requérant, afin qu'il ne dépose pas plainte. Il a en outre jeté à l'eau le téléphone portable de M. A. Par jugement du 14 janvier 2021, le tribunal pour enfants de E a reconnu M. D coupable d'agression sexuelle sur mineur et de violence volontaire sur mineur n'entraînant aucune incapacité temporaire de travail commis sur la personne de M. A à raison de ces faits. Dans ces conditions, en l'absence de cas de force majeure ou de faute de la victime, la responsabilité de la collectivité territoriale de Martinique est engagée envers M. A pour les dommages que lui a causés M. D à l'occasion de cette agression sexuelle et de ces faits de violences.
En ce qui concerne les préjudices :
4. En premier lieu, si M. A ne précise pas la nature du préjudice matériel dont il demande l'indemnisation, il résulte toutefois de ce qui a été dit précédemment au point 3. que, le matin du 1er janvier 2021, M. D a détruit le téléphone portable du requérant en le jetant à l'eau. En l'absence de toute précision apportée sur le modèle et la vétusté dudit téléphone, il sera fait une juste appréciation du préjudice matériel subi par M. A du fait de la destruction de son téléphone portable en l'évaluant à la somme de 100 euros.
5. En second lieu, compte-tenu des circonstances décrites précédemment au point 3. dans lesquelles s'est déroulée l'agression sexuelle et physique dont M. A a été victime le matin du 1er janvier 2021, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en l'évaluant à la somme de 1 500 euros.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner la collectivité territoriale à verser à M. A une indemnité d'un montant de 1 600 euros en réparation des préjudices subis à la suite de l'agression sexuelle et physique dont il a été victime le matin du 1er janvier 2021.
Sur la subrogation :
7. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne une collectivité publique à indemniser la victime d'un dommage causé par un mineur confié à un service ou établissement qui relève de son autorité au titre d'une mesure d'assistance éducative décidée par le juge judiciaire, le juge doit, au besoin d'office, subroger la collectivité, dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que la victime du dommage peut détenir sur des tiers au regard de leur responsabilité dans la survenance du dommage.
8. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A a engagé une action judiciaire devant le juge pour enfants à l'encontre de M. D, auteur des infractions pénales. Dans ces circonstances, il y a lieu de subordonner le paiement de l'indemnité, dans la limite du montant fixé au point 6., à la subrogation de la collectivité territoriale de Martinique dans les droits que pourrait détenir M. A sur M. D au titre des condamnations civiles définitives prononcées par l'autorité judiciaire dans le cadre de la réparation des dommages résultant de l'infraction du 1er janvier 2021.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Martinique la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La collectivité territoriale de Martinique est condamnée à verser à M. A une indemnité de 1 600 euros en réparation de ses préjudices.
Article 2 : Le paiement de l'indemnité prévue à l'article 1er est subordonné à la subrogation de la collectivité territoriale de Martinique dans les droits que M. A peut détenir sur M. D au titre des condamnations civiles définitivement prononcées par l'autorité judiciaire dans le cadre de la réparation des dommages résultant de l'infraction du 1er janvier 2021.
Article 3 : La collectivité territoriale de Martinique versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la collectivité territoriale de Martinique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
V. CLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026