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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200656

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200656

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200656
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 7 novembre 2022, enregistrée le 9 novembre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme C D.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 12 juillet 2022, et un mémoire complémentaire, enregistrée le 21 février 2023, Mme C E, agissant en son nom propre et en qualité d'ayant-droit de sa fille B décédée, représentée par l'Aarpi Mètis Avocats, agissant par l'intermédiaire de Me Sintès, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une indemnité d'un montant total de 24 030,43 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la perte de chance de survie de sa fille B décédée le 23 septembre 2018, trois jours après sa naissance, à raison du retard de prise en charge de l'infection qu'elle avait contractée ;

2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et des infections nosocomiales (ONIAM) au paiement des dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et des infections nosocomiales (ONIAM) la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Guadeloupe-Martinique, qui a rendu un avis le 26 novembre 2020 retenant la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique ;

- à la suite du rejet de sa demande d'indemnisation par l'établissement hospitalier, elle a sollicité en vain la substitution de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) ;

- le centre hospitalier universitaire de Martinique n'a pas assuré une prise en charge conforme aux règles de l'art de sa fille à la suite de sa naissance dès lors qu'il a tardé à prendre en charge l'infection qu'elle avait contractée ;

- ces manquements fautifs sont à l'origine d'une perte de chance de survie qui doit être évaluée à 70 % ainsi que l'a retenu la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux ;

- elle a subi des préjudices patrimoniaux puisqu'elle a dû s'acquitter des frais d'obsèques, à hauteur d'un montant de 900,19 euros, des frais d'avocat, à hauteur de 1 500 euros, et des frais divers, à hauteur de 641 euros ;

- elle a également subi en sa qualité de victime indirecte des préjudices extrapatrimoniaux constitués de souffrances endurées, à hauteur de 4 162 euros et un préjudice d'affection, à hauteur de 25 000 euros ;

- elle a enfin subi, en qualité d'ayant-droit de sa fille décédée, un préjudice esthétique temporaire, à hauteur de 2 126 euros ;

- compte-tenu de la perte de chance de survie, elle est fondée à demander l'indemnisation de l'ensemble de ses préjudices à hauteur d'un montant total de 24 030,43 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2023, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales conclut à sa mise hors de cause.

Il soutient que sa responsabilité ne peut être engagée dès lors que, s'il avait accepté de se substituer à l'assureur du centre hospitalier, la procédure d'indemnisation n'a pu aller à son terme en l'absence de production pour la requérante des justificatifs de préjudices qu'il avait sollicités.

La procédure a été régulièrement communiquée au centre hospitalier universitaire de Martinique, qui n'a produit aucune observation.

La procédure a été régulièrement communiquée à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E a débuté une grossesse le 11 janvier 2018. Lors d'une consultation auprès d'une sage-femme le 20 septembre 2018, la praticienne a constaté deux décélérations successives du rythme cardiaque du fœtus. Transférée en fin d'après-midi au centre hospitalier universitaire de Martinique, la réalisation d'une césarienne a été décidée en urgence et la patiente donné naissance à 17h56 à une fille, prénommée B. A la suite du constat d'un décollement placentaire prématuré, la nouvelle-née a été prise en charge en unité pédiatrique, puis transférée en service de soins intensifs. Son état s'est toutefois dégradé et la nouvelle-née est décédée le 23 septembre 2018. Souhaitant obtenir l'indemnisation de ses préjudices, Mme D a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Guadeloupe-Martinique, qui, après expertise, a rendu un avis le 26 novembre 2020 retenant la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique. Ce dernier a toutefois refusé d'indemniser l'intéressée par décision du 30 avril 2021. Celle-ci alors saisi, le 28 mai 2021, le directeur de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), qui l'a informée par courrier du 1er février 2022 que l'ONIAM acceptait de se substituer à l'assureur du centre hospitalier. En l'absence de proposition d'indemnisation, Mme E a, en son nom propre et en sa qualité d'ayant-droit de sa fille décédée, saisi le tribunal administratif de la présente instance. Elle demande le versement d'une indemnité d'un montant total de 24 030,43 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la perte de chance de survie de sa fille B décédée le 23 septembre 2018, trois jours après sa naissance, à raison du retard de prise en charge de l'infection qu'elle avait contractée.

Sur la mise hors de cause de l'ONIAM :

2. En vertu de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, la réparation des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins incombe aux professionnels et établissements de santé lorsque leur responsabilité est engagée en raison d'une faute ou au titre d'une infection nosocomiale et à l'ONIAM, au titre de la solidarité nationale, lorsque le dommage n'engage pas la responsabilité d'un professionnel ou d'un établissement de santé et que certaines conditions se trouvent remplies. Les articles L. 1142-4 à L. 1142-8 et R. 1142-13 à R. 1142-18 du même code organisent une procédure de règlement amiable confiée à la commission régionale de conciliation et d'indemnisation (CRCI). Les articles L. 1142-14 et L. 1142-15 du même code prévoient que, lorsque la CRCI estime que la responsabilité d'un professionnel ou d'un établissement de santé est engagée, l'assureur de celui-ci adresse une offre d'indemnisation à la victime ou à ses ayants droit, que, si l'assureur s'abstient de faire une offre, l'ONIAM lui est substitué, que l'acceptation d'une offre de l'office vaut transaction et, enfin, que l'office est subrogé, à concurrence des sommes versées par lui, dans les droits de la victime ou de ses ayants droit contre la personne responsable du dommage ou son assureur. En vertu de l'article L. 1142-17 du même code, si la commission estime que le dommage est indemnisable au titre de la solidarité nationale, l'ONIAM adresse à la victime ou à ses ayants droit une offre d'indemnisation. Enfin, aux termes de l'article L. 1142-20 du même code : " La victime, ou ses ayants droit, dispose du droit d'action en justice contre l'office si aucune offre ne lui a été présentée ou si elle n'a pas accepté l'offre qui lui a été faite./ L'action en indemnisation est intentée devant la juridiction compétente selon la nature du fait générateur du dommage. "

3. Lorsque, en l'absence de présentation d'une offre de l'assureur ou de l'ONIAM ou à défaut d'acceptation de cette offre, la procédure de règlement amiable prévue par les dispositions rappelées ci-dessus n'a pu aboutir, la victime conserve le droit d'agir en justice devant la juridiction compétente contre un établissement public de santé, si elle estime que sa responsabilité est engagée, ou contre l'ONIAM, si elle estime que son dommage est indemnisable au titre de la solidarité nationale. Les dispositions précitées de l'article L. 1142-20 concernent l'hypothèse où le dommage ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale et n'ont ni pour objet ni pour effet d'instituer un droit d'agir en justice contre l'ONIAM au titre de dommages engageant la responsabilité d'un établissement public de santé, si l'office n'a pas fait d'offre d'indemnisation ou s'il a fait une offre qui n'a pas été acceptée. Lorsque la CRCI a émis l'avis que le dommage engageait la responsabilité d'un établissement public de santé et que l'ONIAM, substitué à l'assureur de cet établissement, s'est abstenu de faire une offre à la victime ou lui a fait une offre qu'elle a refusée, des conclusions de la victime dirigées contre l'ONIAM et fondées sur la responsabilité de l'établissement public de santé doivent être regardées par le juge comme dirigées contre ce dernier. Il lui appartient dès lors de le mettre en cause.

4. Il résulte de l'instruction que, saisi par Mme E, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Guadeloupe-Martinique a rendu un avis le 26 novembre 2020 dans lequel elle a estimé que la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique était engagée et que l'ONIAM, substitué à l'assureur de l'établissement hospitalier, s'est abstenu de faire une offre d'indemnisation à la requérante. Il s'ensuit que, en application des dispositions citées aux points précédents, les conclusions à fin d'indemnisation de la requête de Mme E qui, bien que formellement dirigées contre l'ONIAM, sont fondées sur la seule responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique, doivent être regardées comme dirigées contre cet établissement public de santé.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne le principe de responsabilité du centre hospitalier :

5. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

6. En l'espèce, deux mois après avoir débuté une grossesse, Mme E a bénéficié d'un suivi au sein du centre hospitalier universitaire de Martinique à compter du 12 mars 2018. Lors d'une consultation auprès d'une sage-femme le 20 septembre 2018, la praticienne a constaté deux décélérations successives du rythme cardiaque du fœtus. La patiente a été transférée au centre hospitalier universitaire de Martinique, où elle a été admise à 17h10. La réalisation d'une césarienne a été décidée en urgence et la patiente a donné naissance à 17h56 à une fille, prénommée B. A la suite du constat d'un décollement placentaire prématuré, la nouvelle-née a été prise en charge en unité pédiatrique, puis transférée en service de soins intensifs. Elle a été placée à 2 heures de vie sous hypothermie thérapeutique en raison d'un dysfonctionnement du système nerveux central associé à une asphyxie périnatale. Après une période de stabilité, l'état de la nouvelle-née s'est détérioré et celle-ci a progressivement développé une détresse respiratoire, qui a nécessité une mise sous assistance respiratoire avec une oxygénothérapie à 30 %. Le 22 septembre 2018 à 7h30, une majoration de la détresse respiratoire a été constatée, puis, à midi, un état d'hypoxémie est apparu. A 15h00, un traitement par antibiothérapie a été instauré. Toutefois, la nouvelle-née est décédée le 23 septembre 2018 d'une défaillance multi-viscérale. Les hémocultures se sont révélées positives à la bactérie acinobacter pitii, avec une sensibilité au traitement mis en place.

7. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise médicale réalisée dans le cadre de la procédure suivie devant la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux et de l'avis de cette commission, que le suivi de la grossesse et la prise en charge de la détresse fœtale à la suite du décollement du placenta au cours de l'accouchement ont été réalisés conformément aux règles de l'art. En revanche, les premiers signes visibles de l'infection bactérienne que la nouvelle-née avait contractée avant la naissance, par déglutition de liquide amniotique contaminé à partir de germes de la flore digestive ou uro-génital de la mère, sont apparus dès le 22 septembre 2018 à 7h00, lorsque l'aggravation de l'état de détresse respiratoire de l'enfant a provoqué des perturbations au niveau du système de circulation sanguine, avec notamment des chutes de tension et emballement du rythme cardiaque. L'établissement hospitalier aurait dû réaliser dès ce moment un bilan infectieux et mettre en place un traitement par antibiothérapie. Toutefois, le centre hospitalier universitaire de Martinique n'a réalisé un tel bilan infectieux et mis en place un tel traitement par antibiothérapie qu'avec retard, à partir de 15h00 le 22 septembre 2018. Ce retard de prise en charge de l'infection bactérienne contractée par la nouvelle-née, non-conforme aux règles de l'art, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique.

En ce qui concerne la perte de chance :

8. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux rendu après expertise médicale, que le retard fautif relevé au point précédent dans la prise en charge de l'infection à la bactérie acinobacter pitii développée avant sa naissance par la nouvelle-née a causé à celle-ci une perte de chance de survie évaluée à 70 %. Par suite, il y a lieu de fixer à ce pourcentage la perte de chance de survie subie par la nouvelle-née du fait de la faute du centre hospitalier universitaire de la Martinique relevée au point précédent.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

S'agissant des préjudices de la nouvelle-née :

9. Mme E, qui se prévaut d'un préjudice esthétique temporaire en sa qualité d'ayant-droit de sa fille décédée, doit être regardée comme demandant l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire subi par sa fille avant son décès. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'apparence physique de l'enfant a été altéré en raison de son placement sous assistance respiratoire et que le préjudice esthétique temporaire qui en est résulté jusqu'à son décès a été évalué à 2/7 par l'expert. Compte tenu de la durée de l'hospitalisation, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire de B en l'évaluant à la somme de 500 euros.

S'agissant des préjudices de Mme E :

Quant aux préjudices patrimoniaux :

10. En premier lieu, il résulte des justificatifs produits par Mme E que celle-ci a exposé des frais pour l'inhumation de la dépouille de son enfant et pour la constitution d'une gerbe de fleurs pour la cérémonie de l'enterrement, à hauteur d'un montant total de 900,19 euros. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par Mme E au titre des frais d'obsèques en l'évaluant à la somme de 900,19 euros.

11. En deuxième lieu, Mme E soutient sans être contredite que, à la suite du décès de sa fille survenu le 23 septembre 2018, elle a fait l'objet d'un suivi psychologique en lien avec ce décès et produit sur ce point deux factures de psychologue se rapportant à 11 séances réalisées à la fin de l'année 2018 et au cours du mois de janvier 2019, d'un montant total de 500 euros. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par Mme E au titre de ces frais divers en l'évaluant à la somme de 500 euros.

12. En troisième lieu, la requérante demande l'indemnisation d'un billet d'avion d'un montant de 141 euros se rapportant à un trajet entre Toulouse et Strasbourg qu'elle a accompli afin de séjourner auprès de son oncle au cours du mois de septembre 2019, soit près d'un an après le décès de sa fille. Toutefois, de tels frais de séjour ne peuvent être regardés comme présentant un lien direct avec la faute du centre hospitalier universitaire de la Martinique relevée précédemment au point 7. La demande formée sur ce point n'est dès lors pas fondée.

13. En quatrième lieu, d'une part, les frais d'avocat exposés par la victime lors de la procédure de règlement amiable définie par le code de la santé publique doivent être regardés comme en lien direct avec la faute commise par l'établissement public hospitalier lorsque ces frais présentent le caractère de dépenses utiles. D'autre part, les frais de justice, s'ils ont été exposés en conséquence directe d'une faute de l'administration, sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à l'administration. Toutefois, lorsque l'intéressé présente devant le juge une demande fondée sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le préjudice est intégralement réparé par la décision que prend le juge sur ce fondement. Il n'en va autrement que dans le cas où le demandeur ne pouvait légalement bénéficier de ces dispositions.

14. En l'espèce, il résulte du courrier de réponse à la mesure d'instruction du 21 novembre 2023 que Mme E n'a pas eu recours aux services d'un avocat au cours de la phase de règlement amiable, et n'a ainsi exposé aucun frais à ce titre. Il s'ensuit que les diligences accomplies par l'avocat de la requérante ne sont pas dissociables des frais d'instance relevant de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et ne peuvent dès lors donner lieu à indemnisation en dehors de l'application de ces dispositions. La demande d'indemnisation formée sur ce point n'est dès lors pas fondée.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

15. En premier lieu, Mme E demande l'indemnisation des souffrances qu'elle a elle-même endurées en sa qualité de victime indirecte. Toutefois, si elle se réfère à l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de Guadeloupe-Martinique, qui retient l'existence de souffrances endurées évaluées à 3/7, ce préjudice ne se rapporte pas aux préjudices subis par la requérante elle-même en sa qualité de victime indirecte, mais concerne les dommages corporels subis par son enfant dans le cadre de la prise en charge de l'infection bactérienne qu'elle a contractée. A supposer même que Mme E ait entendu demander l'indemnisation des souffrances endurées qu'elle a subis lors l'accouchement par césarienne qui a été pratiqué en urgence le 20 septembre 2018 à la suite de son admission au service des urgences, un tel préjudice ne peut toutefois être regardé comme la conséquence de la faute du centre hospitalier universitaire de Martinique relevée au point 7., laquelle, postérieure à l'accouchement, ne concerne que la prise en charge de l'infection bactérienne de la nouvelle-née.

16. En second lieu, il résulte de l'instruction, en particulier des attestations de proches produites par la requérante, que la dégradation de l'état de santé de la nouvelle-née au sein du service de réanimation puis la survenance de son décès, à 3 jours de vie, ont causé un préjudice d'affection à Mme E. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 20 000 euros.

17. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, compte-tenu du taux de perte de chance de survie retenu précédemment au point 8., il y a lieu de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à verser à Mme E, agissant en son nom propre et en sa qualité d'ayant droit de sa fille B décédée, une indemnité d'un montant total de 15 330,13 euros.

Sur les dépens :

18. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de Mme E tendant à ce que les entiers dépens soient mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique doivent, par suite, être rejetées.

Sur la déclaration de jugement commun :

19. La caisse générale de sécurité sociale de la Martinique, mise en cause dans la présente instance, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Martinique est condamné à verser à Mme D, agissant en son nom propre et en sa qualité d'ayant-droit de sa fille B décédée, une indemnité de 15 330,13 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier universitaire de Martinique versera une somme de 1 500 euros à Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au centre hospitalier universitaire de Martinique et à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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