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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300253

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300253

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300253
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantMOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, la société F.L.I France, représentée par Me Moreau, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner le syndicat martiniquais pour le traitement et la valorisation des déchets (SMTVD) à lui verser, à titre provisionnel, la somme de 9 498,35 euros correspondant au solde de quatre factures impayées ;

2°) de condamner le SMTVD à lui verser, à titre provisionnel, la somme de 12 726, 95 euros due au titre des intérêts moratoires sur ces factures impayées et la capitalisation de ces intérêts ;

3°) de condamner le SMTVD à lui verser, à titre provisionnel, la somme de 18 246,12 euros due au titre des intérêts moratoires pour le retard de paiement de six autres factures et la capitalisation de ces intérêts ;

4°) de condamner le SMTVD à lui verser une indemnité forfaitaire de recouvrement d'un montant de 240 euros ;

5°) de mettre à la charge du SMTVD une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la créance d'un montant total de 9 498,35 euros n'est pas sérieusement contestable dès lors que les prestations réalisées n'ont fait l'objet d'aucune contestation ni de réserve du SMTVD et du maître d'œuvre ;

- les intérêts moratoires, ainsi que leur capitalisation, sont dus en application de la loi du 28 janvier 2013 et du décret d'application du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique ;

- les frais de recouvrement sont dus en application des dispositions de l'article D. 2192-35 du code de la commande publique ;

La procédure a été régulièrement communiquée au SMTVD, qui n'a pas produit d'observations malgré une mise en demeure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- la loi n°2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le décret n°2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un marché public, conclu le 2 février 2017, la société F.L.I France s'est vue attribuer par le syndicat Martiniquais pour le traitement et la valorisation des déchets (SMTVD) les lots n°2 " Etanchéité par Géosynthétiques " et n°3 " Réseaux de collecte et installation de traitement des biogaz " portant sur la réhabilitation du site d'installation de stockage de déchets non dangereux de Céron, situé à Sainte-Luce. Par une ordonnance n° 2100247 du tribunal du 13 décembre 2021, le SMTVD a été condamné à verser à la société F.L.I France une provision d'un montant de 473 389,95 euros assortie des intérêts moratoires et une somme de 280 euros au titre de l'indemnité forfaitaire des frais de recouvrement. La société F.L.I France soutient que le solde de quatre factures demeure impayé, pour un montant total de 9 498,35 euros. Elle demande au juge des référés de condamner le SMTVD à lui verser, à titre de provision, la somme de 9 498,35 euros, assortie des intérêts moratoires et de leur capitalisation. En outre, elle demande au juge des référés de condamner le SMTVD à lui verser des intérêts moratoires au titre du retard de paiement de six autres factures, ainsi que leur capitalisation, et une somme de 240 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire de recouvrement.

Sur la demande de provision :

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.

3. En premier lieu, la société F.L.I France soutient, sans être contredite par le SMTVD qui n'a pas produit d'observations, que les factures V1800059, V1800102, V1800135 et V1900264 des lots n°2 et n°3 du marché public ont été partiellement payées. Il résulte de l'instruction que le compte rendu de la situation mensuelle n°5 des prestations effectuées à la fin du mois de mars 2020, qui a été signé et accepté sans réserve par le maître d'œuvre, reprend les situations n°1, n°2, n°3, n°4 et n°5, auxquelles correspondent les factures V1800059, V1800102, V1800135 et V1900264, dont le solde demeure impayé. De plus, concernant la facture V1900264 établie pour la pose d'une torchère, le maître d'œuvre a attesté par un courriel du 25 septembre 2019, versé au dossier, ne pas émettre de réserve sur ces travaux. Dans ces conditions, en l'état de l'instruction, l'obligation de créance sur le solde des factures précitées, d'un montant de 9 498,35 euros, présente un caractère non sérieusement contestable.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 37 de la loi n°2013-100 du 28 janvier 2013 : " Les sommes dues en principal par un pouvoir adjudicateur, y compris lorsqu'il agit en qualité d'entité adjudicatrice, en exécution d'un contrat ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public sont payées, en l'absence de délai prévu au contrat, dans un délai fixé par décret qui peut être différent selon les catégories de pouvoirs adjudicateurs. / Le délai de paiement prévu au contrat ne peut excéder le délai fixé par décret ". L'article 1er du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 applicable au litige précise : " Le délai de paiement prévu au premier alinéa de l'article 37 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, () ". En outre, aux termes de l'article 39 de la même loi : " Le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement ou l'échéance prévue au contrat. / Ces intérêts moratoires sont versés au créancier par le pouvoir adjudicateur ". Enfin, aux termes de l'article 4.3.7, point e, du cahier des clauses administratives particulières du marché de travaux de réhabilitation de l'installation de stockage des déchets non dangereux : " Conformément à l'article 1er du décret 2013-269 du 29 mars 2013, les sommes dues au titulaire et au sous-traitant sont réglées dans un délai global de trente (30) jours à compter de la date de réception, par le maître d'ouvrage, des demandes de paiement à partir du 1er juillet 2020. () " et du point f du même article : " Le taux des intérêts moratoires prévu au II de l'article 7 du décret précité est celui de l'intérêt légal en vigueur à la date à laquelle les intérêts ont commencé à courir, augmenté de deux points ".

5. Il résulte des dispositions précitées que la société requérante a droit au paiement des intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement, soit le 30ème jour suivant la date de réception de la facture. En l'espèce, il ressort des factures et du tableau récapitulatif des intérêts moratoires, joints à la requête, que le règlement de l'ensemble des factures est intervenu avec retard. Ainsi, les factures V1800059, V1800102, V1800135 et V1900264 d'un montant total de 172 137,79 euros ont été partiellement réglées les 12 septembre 2018, 31 décembre 2018, 30 septembre 2019 et 26 février 2021 avec des retards, respectivement, de 135, 104, 184, 335 et 484 jours ainsi que des retards de 1 815, 1 784, 1 754 et 1 266 jours au titre du solde des factures. De même, les factures V2000239, V2000271, V2000301, V2100013, V2100028 et V2100034 d'un montant total de 416 880,43 euros ont été réglées les 21 mai 2021 et 4 octobre 2021 avec des retards, respectivement, de 172, 141, 246, 218 187 et 157 jours. Il n'est pas contesté que la société requérante n'a, à ce jour, reçu aucun règlement du SMTVD relatif aux intérêts moratoires. Dès lors, la société requérante a droit, pour les factures dont s'agit, au paiement des intérêts moratoires d'un montant de 12 726,95 euros et de 18 246,12 euros, soit 30 973,07 euros.

6. En troisième lieu, la capitalisation des intérêts a été demandée le 5 mai 2023, à la date d'introduction de la requête. La capitalisation ne prend effet qu'à la date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière. Il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que les intérêts sont dus à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement, soit le 30ème jour suivant la date de réception de la facture. Ainsi, le 5 mai 2023, il était dû au moins une année d'intérêts. Par suite, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts moratoires à compter de cette date.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. / Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire. / Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification ". Et aux termes de l'article D. 2192-35 du même code : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ".

8. En l'espèce, la société requérante soutient que les six factures V2000239, V2000271, V2000301, V2100013, V2100028 et V2100034 ont été réglées postérieurement à l'expiration du délai de paiement. Elle produit à ce titre des états récapitulatifs des factures adressées au SMTVD, ainsi que les dates d'échéances, les demandes de paiement et les dates de règlements. Le SMTVD, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas avoir procédé au règlement des factures dont s'agit postérieurement à l'expiration du délai de paiement. Dans ces conditions, la créance relative à l'indemnité forfaitaire de 40 euros par facture n'est pas sérieusement contestable.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société F.L.I France est fondée à solliciter une provision d'un montant total de 40 711,42 euros correspondant au solde impayé des factures V1800059, V1800102, V1800135 et V1900264 d'un montant de 9 498,35 euros, à la somme de 30 973,07 euros relative aux intérêts moratoires dus sur l'ensemble des factures dont s'agit, et à la somme de 240 euros au titre des frais de recouvrement des factures V2000239, V2000271, V2000301, V2100013, V2100028 et V2100034. Les intérêts moratoires seront capitalisés à la date du 5 mai 2023.

Sur les frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du SMTVD la somme de 1 500 euros à verser à la société F.L.I France, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Le SMTVD est condamné à verser à la société F.L.I France une provision d'un montant total de 40 711,42 euros. Les intérêts afférents à la somme de 30 973,07 euros seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts à la date du 5 mai 2023.

Article 2 : Le SMTVD est condamné à verser à la société F.L.I France la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société F.L.I France est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société F.L.I France et au syndicat martiniquais de traitement et de valorisation des déchets.

Fait à Schoelcher, le 25 mars 2024.

Le président, juge des référés,

J-M. LASO

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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