jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300259 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CATOL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mai 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 9 novembre 2023, la société Coveris, représentée par Me Hounieu, demande au tribunal :
1°) de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 455 835,48 euros HT, majorée des intérêts moratoires à compter du 27 novembre 2019 et de leur capitalisation, et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros, au titre du décompte général et définitif du lot n° 5 " façades vitrées " du marché de reconstruction de l'observatoire volcanologique du morne des Cadets, conclu le 17 juillet 2015 ;
2°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Martinique la somme de 4 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la transmission de son projet de décompte final, le 18 juillet 2019, n'était pas prématurée, dès lors que la réception doit être regardée comme ayant été prononcée, le 27 février 2019, " avec réserves " et non " sous réserve " ;
- en l'absence de réponse du maître d'ouvrage au projet de décompte général présenté le 15 octobre 2019, un décompte général et définitif tacite est intervenu le 26 octobre 2019, en application de l'article 13.4.4. du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, la collectivité territoriale de Martinique, représentée par Me Catol, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Coveris la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucun décompte général et définitif tacite n'a pu intervenir, dès lors que la réception des travaux a été prononcée " sous réserve ", en application de l'article 41.5 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, et que les réserves n'avaient pas été levées, à la date à laquelle la société requérante a transmis son projet de décompte général, et empêchaient d'établir le décompte général et définitif du marché ;
- en tout état de cause, une partie des créances revendiquées par la société requérante a été payée en cours d'exécution du marché.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lancelot,
- les conclusions de Mme Monnier-Besombes, rapporteure publique désignée en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative,
- et les observations de Me Catol, avocat de la collectivité territoriale de Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement, conclu le 17 juillet 2015, le conseil général de la Martinique, auquel succède la collectivité territoriale de Martinique, a confié à la société Coveris l'exécution du lot n° 5 " façades vitrées " du marché public de travaux de reconstruction de l'observatoire volcanologique du Morne des Cadets, pour un montant de 619 911,41 euros HT. Le 18 juillet 2019, la société Coveris a fait parvenir au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur son projet de décompte final, faisant apparaître un solde de 496 496,19 euros HT en sa faveur. En l'absence de réponse dans le délai de 30 jours prévu par l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, la société Coveris, en application de l'article 13.4.4 du même cahier, a fait parvenir au représentant du pouvoir adjudicateur, le 15 octobre 2019, un projet de décompte général. Estimant que l'absence de réponse du représentant du pouvoir adjudicateur à ce projet de décompte général a fait naître un décompte général et définitif tacite, la société Coveris a demandé à la collectivité territoriale de Martinique, par un courrier du 5 décembre 2019, le paiement du solde résultant de ce décompte général et définitif tacite. Ce courrier n'a fait l'objet d'aucune réponse de la collectivité territoriale de Martinique. Par la présente requête, la société Coveris demande au tribunal de condamner la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 455 835,48 euros HT, majorée des intérêts moratoires à compter du 27 novembre 2019 et de leur capitalisation, et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros, au titre de ce décompte général et définitif.
Sur la demande de paiement présentée par la société Coveris :
2. D'une part, aux termes de l'article 13.3.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014 : " Après l'achèvement des travaux, le titulaire établit le projet de décompte final, concurremment avec le projet de décompte mensuel afférent au dernier mois d'exécution des prestations ou à la place de ce dernier. Ce projet de décompte final est la demande de paiement finale du titulaire, établissant le montant total des sommes auquel le titulaire prétend du fait de l'exécution du marché dans son ensemble, son évaluation étant faite en tenant compte des prestations réellement exécutées ". Aux termes de l'article 13.3.2 du même cahier : " Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine, dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux telle qu'elle est prévue à l'article 41.3 ou, en l'absence d'une telle notification, à la fin de l'un des délais de trente jours fixés aux articles 41.1.3 et 41.3. Toutefois, s'il est fait application des dispositions de l'article 41.5, la date du procès-verbal constatant l'exécution des travaux visés à cet article est substituée à la date de notification de la décision de réception des travaux comme point de départ des délais ci-dessus. S'il est fait application des dispositions de l'article 41.6, la date de notification de la décision de réception des travaux est la date retenue comme point de départ des délais ci-dessus ". Aux termes de l'article 41.5 du même cahier : " S'il apparaît que certaines prestations prévues par les documents particuliers du marché et devant encore donner lieu à règlement n'ont pas été exécutées, le maître de l'ouvrage peut décider de prononcer la réception, sous réserve que le titulaire s'engage à exécuter ces prestations dans un délai qui n'excède pas trois mois. La constatation de l'exécution de ces prestations doit donner lieu à un procès-verbal dressé dans les mêmes conditions que le procès-verbal des opérations préalables à la réception prévu à l'article 41.2 ". Aux termes de l'article 41.6 du même cahier : " Lorsque la réception est assortie de réserves, le titulaire doit remédier aux imperfections et malfaçons correspondantes dans le délai fixé par le représentant du pouvoir adjudicateur ou, en l'absence d'un tel délai, trois mois avant l'expiration du délai de garantie défini à l'article 44.1 ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, dans sa rédaction issue de l'arrêté du 3 mars 2014 : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ". Aux termes de l'article 13.4.3 du même cahier : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à partir de laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. Si la signature du décompte général est donnée sans réserve par le titulaire, il devient le décompte général et définitif du marché. La date de sa notification au pouvoir adjudicateur constitue le point de départ du délai de paiement. Ce décompte lie définitivement les parties ". Aux termes de l'article 13.4.4 du même cahier : " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé []. Si, dans [un] délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif ".
4. Il résulte de l'ensemble des stipulations précitées que, lorsque le pouvoir adjudicateur entend prononcer la réception en faisant application des stipulations de l'article 41.6 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux relatives à la réception avec réserve des travaux, la date de notification de la décision de réception des travaux, et non la levée des réserves comme pour la réception sous réserves prévue par l'article 41.5 de ce même cahier, constitue le point des départs des délais prévus au premier alinéa de l'article 13.3.2, quelle que soit l'importance des réserves émises par le pouvoir adjudicateur.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes mêmes de la décision de réception des travaux, signée par le représentant du pouvoir adjudicateur, que celle-ci a été prononcée sous réserve de l'exécution de travaux et prestations non encore exécutés, selon les modalités prévues par l'article 41.5 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux. Si la société Coveris soutient que cette réception sous réserve serait irrégulière, et que la nature des réserves relevées, qui correspondraient uniquement à des malfaçons ou imperfections, commandait de faire application des stipulations de l'article 41.6 du même cahier, l'annexe n° 1, jointe à la décision de réception des travaux, et énumérant les travaux " à reprendre et/ou à terminer ", mentionne toutefois, parmi les manquements reprochés à la société Coveris, des vitrages, stores et films manquants, notamment au sein du bâtiment C, du laboratoire électronique B21, du local de réception B36 et des sanitaires et vestiaires du rez-de-jardin. L'absence de ces vitrages, stores et films, dont il n'est pas contesté qu'ils correspondaient à des prestations contractuellement prévues, ne peut être regardée comme une simple imperfection ou malfaçon, mais révèle au contraire que la société Coveris n'avait pas achevé les travaux à la date à laquelle la réception a été prononcée, soit le 27 février 2019, ce qui est au demeurant confirmé par le devis présenté par la société Coveris le 6 mars 2019, en vue de la pose des stores et films manquants. Ainsi, c'est à bon droit que la collectivité territoriale de Martinique a constaté que les travaux n'étaient pas entièrement exécutés le 27 février 2019, et a prononcé la réception sous réserve. Par suite, et alors que la société Coveris n'établit pas, ni même n'allègue véritablement, que ces réserves avaient été levées lors de la transmission de son projet de décompte final, le 18 juillet 2019, la collectivité territoriale de Martinique est fondée à faire valoir que cette transmission était prématurée, et n'a pas pu faire courir le délai de 30 jours prévu à l'article 13.4.2 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, ni donner lieu à l'établissement d'un décompte général et définitif tacite dans les conditions prévues par l'article 13.4.4 de ce même cahier.
6. Il résulte de ce qui précède que la société Coveris ne peut pas se prévaloir d'un décompte général et définitif tacite. Par suite, sans qu'il soit bien d'examiner les autres moyens de défense soulevés par la collectivité territoriale de Martinique, la société Coveris n'est pas fondée à demander la condamnation de la collectivité territoriale de Martinique à lui verser la somme de 455 835,48 euros HT. Dans ces conditions, ses conclusions, y compris celles tendant au versement d'intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la collectivité territoriale de Martinique, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la société Coveris et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge de la société Coveris une somme de 1 500 euros, au titre des frais exposés par la collectivité territoriale de Martinique et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Coveris est rejetée.
Article 2 : La société Coveris versera à la collectivité territoriale de Martinique une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Coveris et à la collectivité territoriale de Martinique.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
F. Lancelot
Le président,
J.-M. LasoLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026