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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300284

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300284

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300284
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOUILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mai 2023 et le 30 septembre 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice des territoires, de l'alimentation et de la mer de Saint-Pierre-et-Miquelon a rejeté sa demande du 30 janvier 2023 tendant à son classement, au titre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), dans le sous-groupe de fonctions 1.1.

Il soutient que :

- en sa qualité d'adjoint à la directrice des territoires, de l'alimentation et de la mer (DTAM) de Saint-Pierre-et-Miquelon, il doit être classé dans le sous-groupe de fonctions 1.1. ;

- s'il est aussi chef d'un service de la DTAM, il n'est pas exact de considérer que cette fonction de chef de service occupe une part prépondérante de son activité, la fonction d'adjoint à la directrice n'ayant rien d'accessoire ;

- il a assuré un intérim de plusieurs mois en 2021 ; s'il n'a pas assuré d'intérim en 2022, son expérience et son ancienneté font de lui un référent privilégié auprès de sa hiérarchie ;

- il encadre une centaine d'agents, y compris ceux affectés à l'antenne de Miquelon ;

- la décision attaquée a été prise en application d'une instruction illégale de l'administration centrale de ne pas classer des ingénieurs des travaux publics de l'Etat dans le sous-groupe 1.1. ;

- sa situation est comparable à celle d'un ingénieur des travaux publics de l'Etat qui, en poste à la DEAL de Mayotte sur des fonctions d'adjoint au directeur, a été classé dans le sous-groupe de fonctions 1.1.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 août 2023 et le 4 janvier 2024, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, représenté par Me Bouillot, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 2005-631 du 30 mai 2005 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- l'arrêté du 5 novembre 2021 portant application au corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat et aux emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et du 2ème groupe des dispositions du décret n° 2015-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Ingénieur des travaux publics de l'Etat hors-classe, M. B est affecté à la direction des territoires, de l'alimentation et de la mer de Saint-Pierre-et-Miquelon. Il y occupe les fonctions de chef du service " routes, constructions, bâtiments " et d'adjoint à la directrice des territoires, de l'alimentation et de la mer. Pour l'application du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel, M. B a été classé, pour le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, dans le sous-groupe 1.2. Par un courrier du 30 janvier 2023 adressé à la directrice des territoires, de l'alimentation et de la mer, il a sollicité un classement dans le sous-groupe 1.1. compte tenu de ses fonctions d'adjoint à la directrice. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat, des corps et emplois bénéficiant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, le cas échéant, du complément indemnitaire annuel mentionné à l'alinéa précédent () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est fixé selon le niveau de responsabilité et d'expertise requis dans l'exercice des fonctions. / Les fonctions occupées par les fonctionnaires d'un même corps ou statut d'emploi sont réparties au sein de différents groupes au regard des critères professionnels suivants : / 1° Fonctions d'encadrement, de coordination, de pilotage ou de conception ; / 2° Technicité, expertise, expérience ou qualification nécessaire à l'exercice des fonctions ; / 3° Sujétions particulières ou degré d'exposition du poste au regard de son environnement professionnel. / Le nombre de groupes de fonctions est fixé pour chaque corps ou statut d'emploi par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé. / Ce même arrêté fixe les montants minimaux par grade et statut d'emplois, les montants maximaux afférents à chaque groupe de fonctions et les montants maximaux applicables aux agents logés par nécessité de service. / Le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise est mensuel ". L'article premier de l'arrêté du 5 novembre 2021 susvisé dispose que : " Le corps des ingénieurs des travaux publics de l'Etat et les emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'Etat du 1er groupe et du 2ème groupe régis par les décrets du 30 mai 2005 susvisés bénéficient des dispositions du décret du 20 mai 2014 susvisé ".

3. La note de gestion ministérielle du 26 juillet 2022 prise pour la mise en œuvre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) pour les agents du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires et du ministère de la transition énergétique comporte des grilles de fonctions qui servent de référence pour le calcul et le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise. L'annexe 4.1 de cette note de gestion précise que " Pour les agents qui exercent des fonctions classées dans des groupes de fonction différents, il convient de prendre en compte le groupe de classement du poste correspondant à la fonction exercée à titre principal ". S'agissant des ingénieurs des travaux publics de l'Etat, cette même note de gestion prévoit, à son annexe 4.3. que, dans les services déconcentrés comme les DEAL et directions de la mer, auxquels est assimilée la DTAM de Saint-Pierre-et-Miquelon, sont classés dans le sous-groupe 1.1. du groupe 1 les agents occupant les fonctions d'" adjoint au niveau N " et dans le sous-groupe 1.2. les agents occupant les fonctions de " chef d'une structure N-1 éligible à un emploi fonctionnel ou à forte exposition ".

4. En l'espèce, en sa qualité de chef du service " routes, constructions, bâtiments " au sein de la DTAM, M. B occupe les fonctions de " chef d'un service éligible à un emploi fonctionnel ", type de fonction classé dans le sous-groupe 1.2. du groupe 1. Pour revendiquer le bénéfice d'un classement dans le sous-groupe 1.1., l'intéressé fait valoir qu'il occupe tout autant les fonctions d'adjoint à la directrice. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté préfectoral du 13 janvier 2021 portant organisation de la direction des territoires, de l'alimentation et de la mer de Saint-Pierre-et-Miquelon, que le directeur est assisté d'un directeur adjoint et de deux adjoints au directeur. L'article 4 de cet arrêté dispose que " les chefs du service des affaires maritimes et portuaires et du service routes, constructions, bâtiments assurent, en complément de leurs attributions de chef de service, les fonctions d'adjoint au directeur ".

5. En sa qualité de chef du service " routes, constructions, bâtiments ", M. B encadre une centaine d'agents, en poste à Saint-Pierre et à l'antenne de Miquelon, soit près de

60 % de l'effectif de la direction. Le requérant soutient que cette fonction n'est pas exercée à titre principal dès lors que, selon lui, sa fonction d'adjoint à la directrice n'est pas accessoire et représente une charge de travail au moins équivalente. Il ajoute que les deux fonctions sont indissociables et qu'il n'est en réalité pas possible de déterminer une fonction principale et une fonction accessoire. M. B n'assortit toutefois cette allégation d'aucune précision sur son emploi du temps, se bornant à indiquer dans des termes très généraux qu'il participe au pilotage de la direction, qu'il porte au niveau de l'archipel les politiques de son ministère et qu'il assume des missions transversales. S'il a assumé plusieurs mois d'intérim en 2021 en remplacement du directeur adjoint puis du directeur, cela semble demeurer exceptionnel et ne s'est pas reproduit en 2022. S'il est, comme il l'indique, un référent fréquemment sollicité par sa hiérarchie compte tenu de son expérience, cela ne signifie pas que sa fonction d'adjoint à la directrice l'occupe davantage que sa fonction de chef du service " routes, constructions, bâtiments " dont l'encadrement au quotidien ne peut reposer sur sa seule adjointe. De plus, si M. B a reçu subdélégation de signature de sa directrice pour certaines affaires de la direction, il ressort de l'arrêté de délégation que l'exercice de celle-ci est conditionnée par une absence simultanée de la directrice et du directeur-adjoint de la DTAM. Il résulte de telles circonstances que les fonctions d'adjoint à la directrice qu'occupe M. B ne peuvent être assimilées à des fonctions de directeur-adjoint.

6. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été prise en application d'une position de principe d'exclure, quelles que soient leurs fonctions, les ingénieurs des travaux publics de l'Etat du sous-groupe de fonctions 1.1. Quant à la référence que fait le requérant à un collègue du même corps qui occupe des fonctions d'adjoint au directeur à la DEAL de Mayotte, et qui a été classé dans le sous-groupe de fonctions 1.1., cette comparaison est inopérante dès lors que, notamment, au vu de l'organigramme versé aux débats, cet agent de la DEAL de Mayotte n'occupe pas par ailleurs des fonctions de chef de service. Il suit de là qu'en rejetant la demande de M. B tendant à son classement dans le sous-groupe de fonctions 1.1. pour le versement de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, la directrice des territoires, de l'alimentation et de la mer de Saint-Pierre-et-Miquelon n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée par le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

S. Demontreux

La République mande et ordonne au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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