lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300287 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LABOR & CONCILIUM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 mai 2023, le 14 novembre 2023, le 3 janvier 2024 et le 15 février 2024, M. B A, représenté par la SELARL Labor et Concilium, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Schœlcher à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son manquement à l'obligation de protéger sa santé et du harcèlement moral qu'il expose subir ;
2°) de mettre la somme de 4 000 euros à la charge de la commune de Schœlcher au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est victime de faits de harcèlement moral de la part du directeur de cabinet du maire de Schœlcher, de nature à engager la responsabilité de la commune ;
- la commune de Schœlcher a commis une faute en s'abstenant de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger sa santé physique et mentale, en méconnaissance de l'article L. 4121-1 du code du travail ;
- ces fautes sont à l'origine d'un préjudice, qu'il évalue à la somme de 15 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 octobre 2023, le 13 décembre 2023 et le 16 janvier 2024, la commune de Schœlcher, représentée par la SELARL Gil - Cros - Crespy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,
- et les observations de Me Celenice, représentant M. A, et celles de Me Bel, substituant la SELARL Gil - Cros - Crespy, qui représente la commune de Schœlcher.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er février 2021, M. A a été recruté en contrat à durée déterminée d'un an par la commune de Schœlcher, sur des fonctions de chef de service de la communication, renouvelé jusqu'au 31 janvier 2023, pour occuper des fonctions de chargé de mission. Par un courrier du 26 janvier 2023, il a adressé au maire de Schœlcher une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation de son préjudice résultant du harcèlement moral qu'il expose subir, qui a été expressément rejetée par une décision non datée. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la commune de Schœlcher à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice résultant du harcèlement moral qu'il expose subir et de son manquement à son obligation de protection de sa santé.
Sur l'irrecevabilité partielle des conclusions indemnitaires :
2. Il résulte des dispositions de l'article R. 421-1 et R. 612-1 du code de justice administrative, qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.
3. En l'espèce, M. A demande notamment la condamnation de la commune de Schœlcher à l'indemniser de son préjudice résultant de manquements à son obligation de sécurité et de protection, sur le fondement de l'article L. 4121-1 du code du travail. De telles conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune de Schœlcher, se rattachent à un fait générateur distinct de la demande indemnitaire formée par le courrier du 26 janvier 2023, qui entendait seulement se prévaloir du harcèlement moral que le requérant expose subir. Or, la requête de M. A n'est accompagnée ni d'une décision de la commune de Schœlcher portant rejet d'une demande indemnitaire qui lui aurait été adressée, sur le fondement de la responsabilité pour méconnaissance de son obligation de sécurité imposée par le code du travail, ni de l'accusé de réception d'une telle demande. En dépit de la demande de régularisation qui a été adressée par le tribunal à son conseil, le 11 avril 2024, par l'application Télérecours, M. A n'a pas communiqué la décision demandée mais s'est borné à renvoyer le courrier du 26 janvier 2023. Par suite, les conclusions indemnitaires de M. A, se rattachant à ce fait générateur, sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité de la commune de Schœlcher :
4. D'une part, l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique dispose que : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 134-5 du même code : " La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis.
6. En l'espèce, d'une part, pour soutenir qu'il est victime de harcèlement moral de la part du directeur de cabinet du maire de Schœlcher, M. A se prévaut tout d'abord de la suppression de la mention, sur l'ours du journal municipal, de sa fonction de directeur de la communication, à compter de l'édition du mois de février 2022. C'est en raison de ce retrait que le requérant aurait sollicité l'effacement de son nom de l'ours du journal, pour qu'il soit remplacé par la mention " service communication ". Toutefois, il résulte de l'instruction que l'intéressé, initialement recruté pour exercer la fonction de chef de service de la communication, a bénéficié du renouvellement de son contrat à durée déterminée cette fois sur des fonctions de chargé de mission, ce dont il ne se plaint pas et qui a d'ailleurs justifié une augmentation de sa rémunération. Ainsi, une telle modification de l'ours du journal municipal, qui résulte de l'évolution des fonctions de M. A, n'est pas susceptible de faire présumer une situation de harcèlement moral. Il en va de même des circonstances selon lesquelles le directeur de cabinet du maire de Schœlcher se serait abstenu de valider un reportage et lui aurait demandé au dernier moment de le remplacer à une réunion, lesquelles, à les supposer même établies, ne constituent pas un abus du pouvoir hiérarchique de nature à faire présumer un harcèlement moral. Par ailleurs, si le requérant soutient que sa hiérarchie l'aurait systématiquement mis à l'écart en adressant directement ses demandes à ses subordonnés, cette allégation n'est pas établie par les pièces du dossier. En particulier, les innombrables échanges de courriels avec le directeur de cabinet du maire, produits par le requérant, et dont l'utilité pour le présent litige peuvent questionner, attestent au contraire d'une communication nourrie et régulière avec son supérieur hiérarchique, dont le ton, parfois ferme mais professionnel, est toujours resté courtois et ne dépassant pas l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Il n'est d'ailleurs pas établi, ni même allégué, que le requérant aurait d'une quelconque façon été déchargé de ses missions. En outre, l'allégation selon laquelle le directeur informatique lui aurait tenu des propos humiliants n'est pas davantage établie par les pièces produites. L'ensemble de ces éléments invoqués par M. A, ne sont dès lors pas susceptibles de faire présumer l'existence de harcèlement moral à son encontre.
7. D'autre part, M. A expose qu'il a été informé, par un courriel du directeur de cabinet du maire de Schœlcher, le 23 mai 2022, que ce dernier avait émis un avis favorable à la demande de la direction des systèmes d'information de la commune d'emprunter l'ordinateur mis à sa disposition. Or, bien qu'il avait immédiatement sollicité la possibilité de récupérer ses fichiers de travail sur l'ordinateur, son matériel informatique avait déjà été enlevé lorsqu'il s'est présenté à son poste le lendemain matin, sans qu'il n'ait obtenu de réponse favorable à sa demande ni qu'il se soit vu attribuer un ordinateur de remplacement lui permettant de travailler. L'intéressé soutient par ailleurs que, à sa reprise de poste à l'issue d'un arrêt de travail, le 4 juillet 2022, il a découvert que son bureau avait été réaffecté durant son absence. Si le directeur général des services s'est engagé, le 28 juillet 2022, à ce qu'un bureau et du matériel informatique restent mis à disposition de M. A, l'intéressé expose que cela n'a pas été le cas, l'obligeant ainsi à exercer ses tâches en télétravail depuis son ordinateur personnel. Le requérant fait également valoir qu'à sa reprise d'activité suite à un nouvel arrêt de travail, le 17 novembre 2022, il a découvert que sa messagerie professionnelle avait été désactivée. Enfin, il ressort des différentes pièces médicales produites par M. A, que son état de santé s'est dégradé au cours de sa collaboration avec la commune de Schœlcher, l'intéressé souffrant en effet d'un syndrome anxiodépressif. Les éléments de fait exposés ci-dessus, pris dans leur ensemble, sont susceptibles de faire présumer l'existence d'agissements répétés de harcèlement moral à l'encontre de M. A, ayant eu pour effet de dégrader les conditions de travail et d'altérer sa santé.
8. Pour démontrer que ces faits ne seraient pas constitutifs de harcèlement moral, la commune de Schœlcher fait valoir que le retrait du matériel informatique et du bureau de M. A relève de la simple organisation du service. Il est en effet constant que le requérant a été autorisé, par un arrêté du maire de Schœlcher du 3 septembre 2021, à exercer ses fonctions en télétravail jusqu'à nouvel ordre, en raison de la crise du Covid-19, et il n'est ni démontré ni même allégué qu'il aurait souhaité par la suite reprendre ses fonctions en présentiel. Par ailleurs, la commune de Schœlcher soutient sans être sérieusement contestée que M. A a toujours préféré utiliser son propre matériel informatique pour accomplir ses travaux. Le requérant ne soutient d'ailleurs pas avoir été empêché de travailler en raison de ces modifications de ses conditions de travail, et il n'apparaît pas qu'il aurait insisté auprès de sa hiérarchie pour retrouver un bureau et un ordinateur. Si la commune de Schœlcher n'apporte aucune explication sur la désactivation de la messagerie professionnelle de M. A, le 17 novembre 2022, il ne résulte toutefois pas de l'instruction qu'un tel acte ne constitue pas davantage une maladresse regrettable des services qu'un acte vexatoire prémédité. Il n'est d'ailleurs pas démontré, ni même allégué, que le requérant aurait été confronté à un refus du service informatique de lui rétablir son accès à sa messagerie. Par suite, si les conditions dans lesquelles sont intervenus le retrait du matériel informatique et du bureau de M. A sont incontestablement critiquables, dans la mesure où l'intéressé a systématiquement été mis devant le fait accompli sans information préalable, il ne résulte pas de l'instruction que ces actes auraient généré une dégradation de ses conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, ni qu'ils auraient excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, dans le cadre de la réorganisation des services et du matériel de la commune. Dans ces conditions, les agissements de la commune de Schœlcher sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement moral, et le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 133-2 et L. 134-5 du code général de la fonction publique doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à la condamnation de la commune de Schœlcher à l'indemniser de ses préjudices subis du fait de son manquement à l'obligation de protéger sa santé et du harcèlement moral qu'il expose subir, doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Schœlcher, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Schœlcher titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Schœlcher présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Schœlcher.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Phulpin, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe président,
J.-M. Laso
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2300287
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026