jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300295 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | FIDAL DIRECTION PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, la SARL Visco, représentée par la Selas Fidal Avocats, agissant par l'intermédiaire de Me Graillat, demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 202 293 euros, correspondant à des prélèvements forfaitaires et retenues à la source sur produits de placement de source française complémentaires, ainsi que des intérêts de retard et pénalités, auxquels elle a été assujettie pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, objet d'une saisie à tiers détenteur émise par le comptable public le 30 janvier 2023.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable puisqu'elle a été introduite dans le délai de deux mois suivant la décision de rejet de sa réclamation préalable, intervenue le 30 mars 2023 ;
- la créance n'est pas exigible dès lors que l'avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020 ne lui a pas été régulièrement notifié, le courrier de notification comportant une erreur sur l'adresse et ayant été retourné avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le directeur régional des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par SARL Visco ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de la SARL Visco, enregistré le 3 novembre 2023, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Visco a été assujettie, à l'issue d'une procédure de vérification de comptabilité, à des prélèvements forfaitaires et retenues à la source sur produits de placement de source française complémentaires portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités, pour un montant total de 202 293 euros. Ces sommes ont été mises en recouvrement le 30 octobre 2020. La comptable publique du pôle de recouvrement spécialisé de Martinique a, par suite, émis à l'encontre de la société, le 30 janvier 2023, un avis de saisie à tiers détenteur à destination de son établissement bancaire en vue du recouvrement de la somme de 202 293 euros. La SARL Visco a alors formé auprès du directeur régional des finances publiques de la Martinique, le 13 mars 2023, une réclamation préalable qui a été rejetée par décision du 30 mars 2023. Dans la présente instance, la société demande au tribunal administratif de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 202 293 euros, objet de la saisie à tiers détenteur émise par la comptable publique le 30 janvier 2023.
2. L'article L. 256 du livre de procédures fiscales dispose : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. / () L'avis de mise en recouvrement est individuel. Il est émis et rendu exécutoire par l'autorité administrative désignée par décret () ". L'article R. 256-6 du même livre dispose : " La notification de l'avis de mise en recouvrement comporte l'envoi au redevable, soit au lieu de son domicile, de sa résidence ou de son siège, soit à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects compétent, de l'"ampliation" prévue à l'article R. 256-3. / Au cas où la lettre recommandée ne pourrait, pour quelque cause que ce soit, être remise au redevable destinataire ou à son fondé de pouvoir, il doit être demandé à la Poste de renvoyer au service compétent de la direction générale des finances publiques ou au service des douanes et droits indirects expéditeur, le pli non distribué annoté : / a) D'une part, de la date de sa première présentation à l'adresse indiquée à la souscription ou, s'il y a lieu, à la nouvelle adresse connue de La Poste ; / b) D'autre part, du motif de sa non-délivrance. / Dans cette éventualité, l'"ampliation" renvoyée reste déposée au service compétent de la direction générale des finances publiques ou à la recette des douanes et droits indirects chargé du recouvrement où il peut en être délivré copie, à tout moment et sans frais, au redevable lui-même ou à son fondé de pouvoir. / La notification de l'avis de mise en recouvrement peut également être effectuée par le ministère d'un huissier. Elle est alors soumise aux règles de signification des actes d'huissier. " L'article R. 256-7 du même livre dispose : " L'avis de mise en recouvrement est réputé avoir été notifié : / a) Dans le cas où l'" ampliation " a été effectivement remise par les services postaux au redevable ou à son fondé de pouvoir, le jour même de cette remise ; / b) Lorsque la lettre recommandée n'a pu être distribuée du fait du redevable, le jour où en a été faite la première présentation. "
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'avis de mise en recouvrement, titre exécutoire authentifiant la créance de l'administration qui, d'une part, interrompt la prescription de l'action en répétition et, d'autre part, ouvre le délai de la prescription de l'action en recouvrement pour les sommes qui sont énoncées sur ce titre, ne produit ces effets qu'à compter de la date à laquelle il a été régulièrement notifié au contribuable concerné.
4. Il résulte de l'instruction que la SARL Visco a établi son siège dans le centre commercial La Galleria, situé dans le quartier Acajou au Lamentin, qui comprend des bureaux et rassemble les locaux de nombreuses entreprises. Les services fiscaux ont notifié à la société requérante l'avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020 par le biais d'un envoi postal par lettre recommandée avec accusé de réception, à une adresse libellée de la façon suivante : " Acajou - Ctre Ccial La Galleria ". Le pli a toutefois été retourné à l'expéditeur par les services postaux revêtu de la mention " destinataire inconnu à cette adresse ". La SARL Visco soutient que ce pli ne lui a pas été effectivement présenté et que l'adresse renseignée par l'administration était incomplète, celle-ci ne comportant pas un complément d'adresse indiquant que le siège de la société requérante était situé dans les locaux d'une autre société. Il résulte des éléments produits à l'appui de la requête, en particulier de la proposition de rectification et de la réponse aux observations du contribuable, que la SARL Visco avait communiqué à l'administration fiscale, au stade de la procédure de rectification, ce complément d'adresse qui figurait dans l'ensemble de ses échanges de courriers avec la brigade de vérification, dont il est constant que ceux-ci ont tous été effectivement reçus par l'intéressée. Il s'ensuit que, quand bien même l'administration produit en défense un extrait Kbis de la société sur lequel le complément d'adresse ne figure pas, le courrier de notification de l'avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020 doit être regardé dans les circonstances de l'espèce comme ayant été libellé à une adresse incomplète et insuffisamment précise. La société requérante est dès lors fondée à soutenir que l'avis de mise en recouvrement du 30 octobre 2020 ne lui pas été régulièrement notifié et que la créance n'était pas exigible pour cette raison. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être accueilli.
5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la requête de la SARL Visco et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 202 293 euros, objet de la saisie à tiers détenteur émise par la comptable publique le 30 janvier 2023.
D E C I D E :
Article 1er : La SARL Visco est déchargée de l'obligation de payer la somme litigieuse de 202 293 euros.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Visco et au directeur régional des finances publiques de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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