jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300310 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | CHAÏA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 juin 2023 et le 23 septembre 2023, M. E F, représenté par Me Chaïa, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 29 729 euros en réparation de son préjudice financier résultant du refus de concours de la force publique qu'il a sollicité en vue de l'exécution d'une décision judiciaire d'expulsion d'un logement ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de son préjudice moral ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a demandé le 14 décembre 2022 au préfet de la Martinique le concours de la force publique pour expulser d'un appartement Mme C qui avait été condamnée par la juridiction judiciaire à libérer les lieux ;
- le refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique engage la responsabilité de l'Etat à son égard ;
- son préjudice est constitué de la perte de loyers, d'un montant de 5 380 euros, de la dévalorisation de son bien au regard des dégradations commises, pour un montant de 24 000 euros, de l'immobilisation du bien pendant trois mois, pour un montant de 4 035 euros, du coût de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères non acquitté par la locataire, pour un montant de 319 euros, et du préjudice moral pour un montant de 2 000 euros ;
- il a présenté une réclamation préalable par un courrier du 6 avril 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 juillet 2023 et le 2 octobre 2023, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. de Palmaert, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. F est propriétaire d'un appartement situé 78 rue du professeur D B à Fort-de-France, qu'il a donné en location à Mme A C par un contrat de bail prenant effet le 14 août 2020 pour un loyer mensuel de 1 290 euros. La locataire ayant cessé de payer son loyer à compter du 1er mai 2022, M. F a saisi le tribunal judiciaire de Fort-de-France qui, par un jugement du 22 août 2022, a condamné Mme C à payer la somme de 23 504 euros au titre des loyers impayés. Ce même tribunal a ordonné l'expulsion du logement, au besoin avec le concours de la force publique à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la signification d'un commandement d'avoir à libérer les lieux. Un commandement de quitter les lieux a été signifié à Mme C les 28 septembre et 7 décembre 2022. En l'absence d'exécution, M. F a demandé au préfet de la Martinique le 14 décembre 2022 de lui accorder le concours de la force publique. Une décision implicite de refus est née le 14 février 2023 du silence gardé par l'administration sur cette demande. Le concours de la force publique n'a pas été accordé à M. F qui a constaté, le 2 mai 2023, que Mme C avait libéré son logement. M. F demande par la présente requête la condamnation de l'Etat à lui verser la somme totale de 31 729 euros en réparation de l'ensemble de ses préjudices.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes des dispositions de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution () / Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative est normalement tenue d'accorder le concours de la force publique en vue de l'exécution d'une décision de justice revêtue de la formule exécutoire et rendue opposable à la partie adverse. S'il en va autrement dans le cas où l'exécution forcée comporterait un risque excessif de trouble à l'ordre public, un refus justifié par l'existence d'un tel risque, quoique légal, engage la responsabilité de l'Etat à l'égard du bénéficiaire de la décision de justice.
4. Il résulte de l'instruction que M. F a sollicité le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de Mme C par acte de commissaire de justice du 14 décembre 2022. Compte-tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action, la responsabilité de l'Etat s'est trouvée engagée à son égard à compter du 15 février 2023. Il résulte de l'instruction qu'il a été constaté à la date du 2 mai 2023 que Mme C avait libéré volontairement les lieux, sans intervention de la force publique. La responsabilité de l'Etat a ainsi couru à compter du 15 février 2023 et a pris fin le 1er mai 2023, soit pendant une durée de deux mois et demi.
Sur le préjudice :
En ce qui concerne la perte de revenus locatifs :
5. Le montant dont l'Etat est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité.
6. M. F réclame la somme de 5 380 euros au titre du préjudice né de la privation de revenus locatifs, à raison d'un loyer mensuel moyen de 1 345 euros qu'il a déterminé à partir des loyers pratiqués dans le quartier pour le même type de logement, appliqué sur une période courant du 2 janvier au 2 mai 2023. Il résulte toutefois de l'instruction que le loyer de Mme C, tel qu'il a été fixé par le bail conclu entre les deux parties le 14 août 2020, a été fixé à un montant charges comprises de 1 290 euros. Comme il a été dit au point 4, la responsabilité de l'Etat est engagée sur la période du 15 février 2023 au 1er mai 2023 inclus, soit deux mois et demi et un jour, la journée du 1er mai étant indemnisée à hauteur d'un trentième du loyer mensuel. Il s'ensuit que l'Etat doit être condamné à verser à M. F la somme de (645+1290+1290+43) 3 268 euros.
En ce qui concerne les autres chefs de préjudice :
7. M. F demande la réparation de son préjudice matériel au titre des importantes dégradations commises dans son appartement par sa locataire. Il soutient que le logement nécessite des travaux de remise en état coûteux et ne peut être immédiatement remis en location. Il résulte en effet de l'instruction que l'appartement de M. F a été fortement dégradé par Mme C dont le comportement irrespectueux a par ailleurs généré des plaintes du voisinage. Toutefois, Mme C occupait l'appartement de M. F depuis août 2020 et aucune pièce du dossier n'établit que les dégradations constatées auraient été commises dans les trois derniers mois d'occupation de ce logement. Il s'ensuit que le lien de causalité entre les dégradations commises par Mme C et la prolongation de son occupation entre le 15 février 2023 et le 1er mai 2023, n'est pas établi. M. F n'est dès lors pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à ce titre.
8. M. F demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser de la somme de 319 euros correspondant à la cotisation de taxe d'enlèvement des ordures ménagères qui n'a pas été prise en charge par Mme C. Il ressort toutefois de l'avis de taxe foncière versé aux débats que cette cotisation d'imposition était due au titre de l'année 2022. Ainsi, en tout état de cause, aucun lien de causalité n'est établi entre ce chef de préjudice et le refus de concours de la force publique qui engage la responsabilité de l'Etat du 15 février 2023 au 1er mai 2023.
9. Enfin, si M. F demande l'indemnisation d'un préjudice moral à hauteur de la somme de 2 000 euros, il ne justifie pas de la réalité de ce préjudice s'agissant de la prolongation, pour la période du 15 février au 1er mai 2023, de l'occupation de Mme C au titre de laquelle il est indemnisé pour sa perte de revenus locatifs.
Sur la subrogation de l'Etat dans les droits du propriétaire sur l'occupante :
10. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne l'Etat à indemniser le propriétaire auquel le préfet a refusé le concours de la force publique pour exécuter un jugement ordonnant l'expulsion des occupants d'un local, le juge doit, au besoin d'office, subroger l'Etat, dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que le propriétaire peut détenir sur les occupants au titre de l'occupation irrégulière de son bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
11. Il y a lieu de subroger l'Etat dans les droits de M. F à hauteur de l'indemnité fixée par le présent jugement, dans les droits détenus par celui-ci sur Mme C au titre de son occupation irrégulière du 15 février 2023 au 1er mai 2023 du logement situé à Fort-de-France, 78 rue du professeur D B
Sur les frais liés au litige :
12. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. F et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. F la somme de 3 268 euros.
Article 2 : L'Etat est subrogé dans les droits que détient M. F sur Mme C au titre de son occupation irrégulière du 15 février 2023 eu 1er mai 2023 du logement situé à Fort-de-France, 78 rue du professeur D B, à hauteur de 3 268 euros.
Article 3 : L'Etat versera à M. F la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie pour information en sera adressée au préfet de la Martinique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
S. de Palmaert
Le greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026