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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300408

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300408

lundi 21 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300408
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLL Avocats

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Martinique a été saisi par la SASU Charier génie civil Nantes, mandataire d’un groupement d’entreprises, afin d’obtenir le paiement du solde du lot n° 2 d’un marché de travaux portuaires à Saint-Pierre-et-Miquelon. La société invoquait un aléa géotechnique imprévisible (fracturation du substratum rocheux) ayant nécessité des travaux supplémentaires, qu’elle qualifiait de sujétion technique imprévue ouvrant droit à indemnisation. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable, faute pour la société de justifier de sa qualité pour agir seule après la fin de la mission du mandataire du groupement, en application des articles 50.6 et 13.5.2 du CCAG Travaux. Il a également rejeté les conclusions reconventionnelles de M. D, jugées irrecevables, et a condamné la SASU Charier génie civil Nantes à verser 3 000 euros à l’État au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2023, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 26 février 2025, 28 février 2025 et 2 mai 2025, la SASU Charier génie civil Nantes (Charier GC), représentée par la Selarl Torrens Avocats, agissant par l'intermédiaire de Me Siebert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'établir le décompte général et définitif du lot n° 2, intitulé " ouvrages maritimes ", du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein qu'elle a conclu, dans le cadre d'un groupement conjoint d'entreprises, avec l'Etat, représenté par le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, le 6 novembre 2020, et d'arrêter le solde du lot du marché à la somme de 1 552 582,00 euros hors taxe en sa faveur ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 1 552 582,00 euros hors taxe correspondant au solde du lot n° 2, intitulé " ouvrages maritimes ", du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein conclu le 6 novembre 2020, et d'assortir cette somme des intérêts moratoires contractuels, prévus à l'article 3-2-6. du cahier des clauses administratives particulières du marché, à compter du 13 août 2021, ainsi que de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros et de la capitalisation des intérêts ;

3°) de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 29 040,00 euros au titre des dépens ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable puisque, conformément à l'article 50.3. du cahier des clauses administratives générales, la société mandataire du groupement conjoint d'entreprises a contesté le décompte général du maître de l'ouvrage en y incluant son propre mémoire en réclamation ;

- sa requête est encore recevable au regard des articles 50.6. et 13.5.2. du CCAG Travaux puisque la convention de groupement prévoyait que la mission du mandataire du groupement prendrait fin à l'expiration de la garantie de parfait achèvement et que la requête a été déposée après cette date ;

- en raison d'un aléa géotechnique lié à la forte fracturation du substratum rocheux sous la couche sédimentaire découvert lors du chantier, elle a été contrainte de réaliser des travaux supplémentaires afin de réaliser des sondages complémentaires et de poser des surlongueurs de pieux en provenance du Canada ;

- si elle avait pris en compte le risque d'altération ponctuelle du substratum en prévoyant des sur-longueurs d'un mètre pour les pieux, la présence d'une strate de roches fortement fracturées sous la couche de sédiments n'avait pas été identifiée dans la zone des travaux, les documents de la consultation faisant exclusivement état d'un doute sur l'épaisseur de la couche de sédiments ;

- cet aléa géotechnique, qui présente un caractère exceptionnel, imprévisible et extérieur aux parties, constitue ainsi une sujétion technique imprévue lui ouvrant droit à indemnisation du coût de ces travaux supplémentaires, d'un montant total de 1 552 582,00 euros hors taxe, lesquels représentent 39 % du montant du contrat et caractérisent un bouleversement du marché ;

- l'indemnisation au titre des sujétions techniques imprévues est en tout état de cause due même en l'absence de bouleversement de l'économie du contrat puisque le marché combine des prix forfaitaires et des prix unitaires ;

- le solde du lot n° 2 du marché doit dans ces conditions être fixé à la somme de 1 552 582,00 euros hors taxe en sa faveur ;

- elle est fondée à demander le paiement de cette somme au titre du règlement définitif du marché, assorti des intérêts moratoires contractuels, de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement et de la capitalisation des intérêts ;

- elle est en outre fondée à obtenir le remboursement des frais d'expertises qui s'élèvent à la somme de 29 040,00 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 23 mai 2024, 31 août 2024, 27 février 2025, 28 février 2025 et 18 avril 2025, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, représenté par l'Aarpi Richer et Associés Droit public, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête de la SASU Charier génie civil Nantes ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la SAS Geotec, la SAS Setec International et M. C D soient solidairement condamnés à garantir l'Etat de toute condamnation que le tribunal administratif pourrait prononcer à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la SASU Charier génie civil Nantes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable au regard de l'article 50.3.1. du CCAG Travaux puisque les demandes de la SASU Charier génie civil Nantes ne se rapportent pas à des chefs et motifs qui figuraient dans la réclamation du groupement d'entreprises ;

- elle est encore irrecevable au regard des articles 50.6. et 13.5.2. du CCAG Travaux, dès lors que la SASU Charier génie civil Nantes ne justifie pas de sa qualité pour saisir le tribunal administratif, alors même que le mandataire du groupement conjoint d'entreprises a en principe seul qualité pour représenter le groupement ;

- les conclusions reconventionnelles de M. D tendant à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une indemnité de 10 000 euros à raison du caractère abusif de son appel en garantie sont irrecevables dès lors qu'elles tendent à l'indemnisation de préjudices matériels, et nullement d'un préjudice moral ;

- les moyens soulevés par la SASU Charier génie civil Nantes ne sont pas fondés ;

- le groupement de maîtrise d'œuvre a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en n'envisageant pas, dès l'origine, la possible présence de roches fracturées dans la zone de travaux, alors même qu'il avait à leur charge la réalisation d'études géotechniques ;

- il a encore commis une faute de nature à engager sa responsabilité puisqu'il a donné son accord pour que l'entrepreneur réduise sa mission G3 à son minimum, sans réaliser de sondages carottés en mer, et n'a jamais cherché à évaluer le coût de réalisation de tels sondages en mer ;

- il a encore commis une faute de nature à engager sa responsabilité en s'abstenant de prendre les dispositions idoines pour s'assurer de la bonne exécution du marché, alors même que l'entrepreneur l'avait informé des difficultés rencontrées sur le chantier ;

- ces fautes justifient que la SAS Geotec, la SAS Setec International et M. C D, qui sont tous trois membres du groupement solidaire de maîtrise d'œuvre et sont intervenus au stade des études géotechniques, soient solidairement condamnés à le garantir de toute condamnation qui pourrait être prononcée à l'encontre de l'Etat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 27 février 2025 et 11 mars 2025, M. C D, représenté par l'Aarpi CLL Avocats, agissant par l'intermédiaire de Me Caron, conclut dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions de l'Etat tendant à ce qu'il soit appelé à le garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la SAS Geotec et la SAS Setec International soient condamnés solidairement, ou à défaut à proportion de leur part de responsabilité respective, à le garantir des condamnations qui viendraient, le cas échéant, à être prononcées à son encontre ;

3°) dans tous les cas, à ce que l'Etat soit condamné à lui verser une indemnité de 10 000 euros en raison du caractère abusif des conclusions d'appel en garantie formées à son encontre ;

4°) à la mise à la charge de l'Etat, ou à défaut de toute partie succombante, d'une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par l'Etat dans le cadre de son appel en garantie formé à l'encontre du groupement de maîtrise d'œuvre ne sont pas fondés ;

- sa responsabilité ne peut être engagée solidairement avec les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre puisque sa participation audit groupement, en qualité d'architecte, n'a concerné que la construction d'un bâtiment destiné à l'accueil des croisiéristes, et nullement la réalisation d'études géotechniques ;

- l'Etat a décidé, pour un motif d'intérêt général, de sortir les prestations relatives à ce bâtiment du marché public de maîtrise d'œuvre et a acté cette décision avec les parties, par un avenant signé le 19 août 2019 ;

- sa participation à la construction de ce bâtiment a pris fin le 10 septembre 2019, bien avant la survenance des difficultés sur le chantier de la SASU Charier génie civil Nantes ;

- dans le cas où le tribunal entrerait tout de même en voie de condamnation à son encontre, il est fondé pour les mêmes raisons à être garanti par la SAS Geotec et la SAS Setec International, qui seules sont intervenues sur les missions du groupement de maîtrise d'œuvre portant sur la réalisation d'études géotechniques ;

- il est fondé à demander à ce que l'Etat lui verse une indemnité de 10 000 euros à raison du caractère abusif des conclusions d'appel en garantie formées à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 22 août 2024, la SAS Geotec, représentée par Me Rivière, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions de l'Etat tendant à ce qu'elle soit appelée à le garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions d'appel en garantie formées par la SAS Setec International et M. D ;

3°) à ce que la SAS Setec International et M. D soit condamnés à la garantir intégralement des condamnations qui viendraient à être prononcées à son encontre ou, à défaut, à la garantir à hauteur de 95 % de condamnations prononcées contre le groupement de maîtrise d'œuvre et de ne laisser à sa charge que 5 % desdites condamnations ;

4°) dans tous les cas, à ce que soit mis à la charge de l'Etat, ou à défaut de toute partie succombante, une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par l'Etat dans le cadre de son appel en garantie formé à l'encontre du groupement de maîtrise d'œuvre ne sont pas fondés ;

- sa responsabilité ne peut être engagée à raison d'une quelconque faute commise dans l'organisation du chantier au moment de la survenance des difficultés rencontrées par la SASU Charier génie civil Nantes puisqu'aucune mission se rapportant aux phases de projet (PRO) et d'exécution (EXE) du chantier ne lui avait été confiée ;

- en effet, sa mission s'est limitée à une étude géotechnique de type G5 (diagnostic géotechnique) qui a été réalisée au stade de l'avant-projet, dans le seul but de fournir les données géotechniques nécessaires à la réalisation des phases d'avant-projet (AVP) et de projet (PRO) ;

- sa responsabilité ne peut pas non plus être engagée pour une faute commise au stade de la conception du projet ; en effet, la phase d'avant-projet (AVP) à laquelle elle a participée vise à lever les aléas et risques majeurs qui peuvent empêcher la faisabilité de l'ensemble du projet, alors que la conception du projet par rapport aux contraintes géotechniques relève de la phase de projet (PRO), à laquelle elle n'a pas participé ;

- dans le cas où le tribunal entrerait tout de même en voie de condamnation à son encontre, elle est fondée à être garantie par la SAS Setec International, qui est intervenue seule en qualité de maître d'œuvre lors des phases de projet (PRO) et d'exécution (EXE), et par M. D, qui disposait d'une mission complète dans la réalisation du bâtiment de la tranche ferme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 26 février 2025 et 20 mars 2025, la SAS Setec International, représentée par Me Carrière, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions de l'Etat tendant à ce qu'elle soit appelée à le garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la SAS Geotec et M. D soient condamnés solidairement à la garantir des condamnations qui viendraient à être prononcées à son encontre ;

3°) dans tous les cas, à la mise à la charge de l'Etat, ou à défaut de toute partie succombante, d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par l'Etat dans le cadre de son appel en garantie formé à l'encontre du groupement de maîtrise d'œuvre ne sont pas fondés ;

- l'Etat ne justifie d'aucun préjudice puisque les travaux supplémentaires réalisés par la SASU Charier génie civil Nantes étaient indispensables à la bonne exécution de l'ouvrage conformément aux règles de l'art et doivent dès lors être intégralement pris en charge par le maître de l'ouvrage ;

- le maître de l'ouvrage était informé des difficultés rencontrées par la SASU Charier génie civil Nantes dès sa première alerte, le 15 juillet 2021, et a lui-même commis une faute en ne réagissant pas.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de la SASU Charier génie civil Nantes, enregistré le 26 mars 2025, n'a pas été communiqué.

En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de M. D, enregistré le 5 mai 2025, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- les arrêtés des 8 septembre 2009 et 3 mars 2014 portant approbation et modification du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;

- le décret n° 93-1268 du 29 novembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Phulpin,

- les conclusions de Mme Monnier-Besombes, rapporteure publique désignée à titre temporaire en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative,

- et les observations de M. A, représentant le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Me Carrière, avocate de la SAS Setec International, de Me Devilder, avocat de la SAS Geotec, et de Me Darmon, avocat de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon a lancé pour le compte de l'Etat, maître de l'ouvrage, une opération d'amélioration des conditions d'accueil des navires de croisières au quai en eaux profondes du port de Saint-Pierre, dont il a confié, le 29 mai 2018, la maîtrise d'œuvre à un groupement solidaire d'entreprises constitué entre la SAS Setec International (mandataire) et M. C D, et à laquelle a participé la SAS Geotec. Par un acte d'engagement signé le 6 novembre 2020, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon a confié le lot n° 2, intitulé " ouvrages maritimes ", du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein à un groupement conjoint d'entreprises constitué entre la société de travaux public (SARL STP) (mandataire), la société Charier génie civil Agence Nantes (SASU Charier GC) et la société de travaux routiers (SARL STR). Les travaux ont été réceptionnés avec des réserves le 3 mars 2022, lesquelles réserves ont été levées le 8 juin 2022. Par courrier du 26 octobre 2022, la société mandataire du groupement d'entreprises a transmis au maître de l'ouvrage le projet de décompte final du lot n° 2 du marché de travaux. Ce dernier a alors établi, le 24 novembre 2022, le décompte général du lot du marché, lequel faisait apparaître un solde de 11 884,80 euros hors taxe en défaveur des sociétés entrepreneuses. Les sociétés ont refusé de signer le décompte général et la société mandataire a adressé au maître de l'ouvrage, avec copie au maître d'œuvre, un mémoire en réclamation par un courrier daté du 20 décembre 2022 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, la SASU Charier GC demande au tribunal administratif d'établir le décompte général et définitif du lot n° 2, intitulé " ouvrages maritimes ", du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein conclu le 6 novembre 2020 et de fixer le solde à la somme de 1 552 582,00 euros hors taxe en sa faveur, ainsi que de condamner l'Etat à lui verser cette somme, assortie des intérêts moratoires contractuels, de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement et de la capitalisation des intérêts, au titre du règlement définitif du marché.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 13 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, approuvé par arrêté ministériel du 8 septembre 2009 dans sa version modifiée issue de l'arrêté 3 mars 2014, rendu applicable au marché litigieux par l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières : " () 13.4. Décompte général.-Solde : / 13.4.1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général () / Le maître d'œuvre transmet le projet de décompte général au représentant du pouvoir adjudicateur () / 13.4.2. Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. / Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général () / 13.4.3. Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. / () Ce désaccord est réglé dans les conditions mentionnées à l'article 50 du présent CCAG () ". Aux termes de l'article 50 du même cahier des clauses administratives générales, auquel il est ainsi renvoyé : " (.) 50.1. Mémoire en réclamation : / 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, () le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / () 50.3. Procédure contentieuse : / 50.3.1. A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation () ".

3. Il résulte de l'instruction que la SARL STP, mandataire du groupement conjoint d'entreprises titulaire du lot n° 2 du marché litigieux, a informé le maître de l'ouvrage, par un courrier du 20 décembre 2022 dont copie a également été adressée au maître d'œuvre, du refus des sociétés cotraitantes de signer le décompte général établi le 24 novembre 2022 en raison, notamment, d'un désaccord portant sur l'absence de prise en compte des incidences financières résultant de la découverte de l'aléa géotechnique en cours de chantier. Ce courrier comportait en annexe un mémoire de réclamation établi par la SAS Charier GC qui rappelait les conditions dans lesquelles la société avait découvert au cours des opérations de forage une couche de substratum rocheux altéré dans la zone marine du chantier, puis explicitait les raisons pour lesquelles, selon elle, cet aléa présentait le caractère d'une sujétion technique imprévue, et sollicitait en conséquence l'indemnisation des surcoûts exposés à cette occasion, dont les montants étaient repris dans des tableaux détaillés joints à la réclamation. Contrairement à ce que soutient à tort le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, les demandes présentées devant le tribunal par la SAS Charier GC reprennent les chefs et motifs de contestation qui figuraient dans son mémoire de réclamation. La fin de non-recevoir contractuelle ainsi opposée n'est dès lors pas fondée. Elle doit, par suite, être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article 50 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux, approuvé par arrêté ministériel du 8 septembre 2009 dans sa version modifiée issue de l'arrêté 3 mars 2014, rendu applicable au marché litigieux par l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières : " () 50.6. Règlement des différends et litiges en cas d'entrepreneurs groupés conjoints : / Lorsque le marché est passé avec des entrepreneurs groupés conjoints, le mandataire représente chacun d'eux, envers le représentant du pouvoir adjudicateur, pour l'application des dispositions du présent article jusqu'à la date, définie à l'article 44.1, à laquelle prennent fin les obligations contractuelles, chaque membre du groupement étant ensuite seul habilité à poursuivre les litiges qui le concernent à l'exception des dispositions de l'article 13.5.2. " Aux termes de l'article 13 du même cahier des clauses administratives générales, auquel il est ainsi renvoyé : " () 13.5.2. Le titulaire ou le mandataire est seul habilité à présenter les projets de décomptes et à accepter le décompte général ; sont seules recevables les réclamations formulées ou transmises par ses soins () ". Aux termes de l'article 44 du même du même cahier des clauses administratives générales, auquel il est également renvoyé : " 44.1. Délai de garantie : / Le délai de garantie est, sauf prolongation décidée comme il est précisé à l'article 44.2, d'un an à compter de la date d'effet de la réception () ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces stipulations que si, en principe, lorsque le marché est confié à un groupement conjoint d'entrepreneurs, le mandataire de ce groupement ne représente les entrepreneurs conjoints vis-à-vis du maître de l'ouvrage, de la personne responsable du marché et du maître d'œuvre que jusqu'à l'expiration du délai de garantie des travaux, il demeure, même après l'expiration de ce délai, seul habilité à signer le décompte général et à présenter, le cas échéant, le mémoire de réclamation prévu à l'article 13.5.2. du cahier des clauses administratives générales. En revanche, il n'est habilité à poursuivre, pour le compte des entrepreneurs conjoints, la procédure de règlement du différend né de la présentation de ce mémoire, dans les conditions fixées à l'article 50, que jusqu'à l'expiration du délai de garantie.

6. Il résulte de l'instruction que, d'une part, le mémoire de réclamation dirigé contre le décompte général du marché a été transmis le 20 décembre 2022 au maître de l'ouvrage par la SARL STP, mandataire du groupement conjoint d'entreprises, conformément aux stipulations citées au point 4. D'autre part, la réception des travaux a été prononcée avec des réserves, le 3 mars 2022, lesquelles réserves ont été levées le 8 juin 2022. Il s'ensuit que le délai de garantie d'un an mentionné à l'article 44.1. du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux était expiré le 6 juillet 2023, date d'enregistrement de la requête de la SASU Charier GC. Enfin, il résulte des stipulations des articles 7.1.13. et 7.2. des clauses générales annexées à la convention de groupement, que la société requérante a versée à l'instruction, que les entreprises cotraitantes du groupement conjoint attributaire n'avaient défini entre elles aucune mission de mandat de représentation en justice au-delà du délai de garantie des travaux d'un an. Dans ces conditions, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon n'est pas fondé à soutenir que la SASU Charier GC n'avait pas qualité pour saisir le tribunal administratif du présent recours portant sur l'établissement du décompte général et définitif du lot litigieux du marché. La fin de non-recevoir contractuelle ainsi opposée doit, par suite, être écartée.

Sur l'établissement du décompte général et définitif :

7. Aux termes de l'article 13 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux publics, approuvé par arrêté ministériel du 8 septembre 2009 dans sa version modifiée issue de l'arrêté 3 mars 2014, rendu applicable au marché litigieux par l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières : " () 13.2. Acomptes mensuels : / 13.2.1. A partir du décompte mensuel, le maître d'œuvre détermine le montant de l'acompte mensuel à régler au titulaire. Le maître d'œuvre dresse à cet effet un état d'acompte mensuel faisant ressortir : / a) Le montant de l'acompte mensuel établi à partir des prix initiaux du marché : ce montant est la différence entre le montant du décompte mensuel dont il s'agit et celui du décompte mensuel précédent ; / b) Le montant de la TVA ; / c) Le montant des pénalités, le cas échéant ; / d) L'effet de l'actualisation ou de la révision des prix () / e) Le cas échéant, le montant de l'avance à attribuer au titulaire ; / f) Le cas échéant, le montant de l'avance à rembourser par le titulaire ; / g) Le montant de la retenue de garantie s'il en est prévu une par les documents particuliers du marché et qu'elle n'a pas été remplacée par une autre garantie. / Le montant de l'acompte mensuel total à régler au titulaire est la somme des postes a et b ci-dessus, augmentée, le cas échéant, du montant des postes d et e et diminuée, le cas échéant, de la somme des montants des postes c, f et g. / () 13.4. Décompte général.-Solde : / 13.4.1. Le maître d'œuvre établit le projet de décompte général, qui comprend : / - le décompte final ; / - l'état du solde, établi à partir du décompte final et du dernier décompte mensuel, dans les mêmes conditions que celles qui sont définies à l'article 13.2.1 pour les acomptes mensuels ; / - la récapitulation des acomptes mensuels et du solde. / Le montant du projet de décompte général est égal au résultat de cette dernière récapitulation () / 13.5. Règlement en cas d'entrepreneurs groupés : / 13.5.1. Lorsque le titulaire est un groupement conjoint, ses membres étant payés de manière individualisée, les décomptes sont décomposés en autant de parties qu'il y a de membres à payer séparément, à concurrence du montant dû à chacun () ".

En ce qui concerne l'indemnisation réclamée au titre de l'aléa géotechnique :

S'agissant de l'existence des sujétions techniques imprévues :

8. Le titulaire d'un marché public de travaux a droit à être indemnisé des dépenses exposées en raison de sujétions imprévues, c'est-à-dire de difficultés matérielles rencontrées lors de l'exécution d'un marché présentant un caractère exceptionnel, imprévisibles lors de la conclusion du contrat et dont la cause est extérieure aux parties. Lorsque le marché ne présente pas un caractère forfaitaire, l'indemnisation de telles sujétions imprévues par le maître d'ouvrage n'est pas subordonnée à un bouleversement de l'économie du contrat.

9. En premier lieu, l'article 1er, intitulé " Organisation et préparation des travaux ", du cahier des clauses techniques particulières stipule : " 1.1 Opérations à exécuter par l'entreprise : / Les opérations à exécuter par l'entreprise pendant la période de préparation sont : / () (N°) 16 - (Opérations) Sondages géotechniques complémentaires - (Document à fournir par l'Entrepreneur) Relevé des cotes de substratum rocheux - (Délai au plus tard) A l'avancement, 15 jours avant mise en œuvre du pieu considéré () ". L'article 2, intitulé " Etablissement et suivi du programme d'exécution des travaux ", du même cahier des clauses techniques particulières stipule : " () 2.2.8 Topographie et bathymétrie / S'il le juge nécessaire, l'Entrepreneur est libre de prévoit des reconnaissances topographiques et bathymétriques complémentaires qui sont réputées comprises dans son offre () ". L'article 3, intitulé " Travaux préparatoires - installation de chantier ", du même cahier des clauses techniques particulières stipule : " () 3.6.5 Contrôle topographique et bathymétrique / L'entrepreneur prévoira, dans son offre, des contrôles topographiques et bathymétriques réguliers. L'entreprise réalisera un levé bathymétrique et topographique contradictoire durant la période de préparation () ". L'article 10, intitulé " Lot 2 : ouvrages maritimes ", du même cahier des clauses techniques particulières stipule : " () 10.2.4.2 Forage au rocher / L'attention de l'Entreprise est attirée sur la nature de l'horizon rocheux sain rencontré pendant les investigations géotechniques, cette roche étant particulièrement dure et résistante () ". L'article 11, intitulé " Hypothèses de calcul ", du même cahier des clauses techniques particulières stipule : " () 11.3 Données Géotechniques / L'île de Saint-Pierre est de nature exclusivement volcanique et formée principalement par des rhyolites accompagnées de brèches et de tufs rhyolitiques. / Les remblais, reconnus en partie supérieure des sondages terrestres, présentent des caractéristiques mécaniques relativement dispersées, mais il s'agit d'un matériau moyennement compact dans l'ensemble. Les données présentées ci-dessous sont extraites du rapport géotechnique G2PRO. / () Les épaisseurs des couches de sol sont visibles sur les différents plans joints au DCE et dans l'étude G2 PRO. Il conviendra à l'entrepreneur de valider/confirmer ces données () ".

10. Le lot litigieux du marché public de travaux a notamment confié à la SASU Charier GC la construction, dans le port en eaux profondes de Saint-Pierre situé au nord-est de l'île, d'un nouveau quai destiné à accueillir des paquebots de croisière. Ce nouveau quai implanté au droit de la plateforme ouest devait prendre la forme d'une estacade reposant sur des pieux en acier, eux-mêmes encastrés sur des micropieux racines implantés, après forage, dans le substratum rocheux des fonds marins du port en eaux profondes. Au cours de la phase de travaux, à la mi-juin 2021, après avoir installé sans difficulté les premiers pieux en acier de l'estacade du nouveau quai, la société requérante a constaté, en forant le pieux P09, que le niveau auquel le système de forage atteignait la roche dure était plus profond que prévu. Elle a alors réalisé une série de sondages qui ont révélé l'existence dans la zone marine de travaux, sous la couche de sédiments, d'une couche de substratum rocheux altéré ne présentant pas la solidité nécessaire pour l'installation des racines de pieux. La SASU Charier GC a alors été contrainte de forer plus profondément et d'utiliser des surlongueurs de pieux de 22 %, pour dépasser cette couche de roche altérée, et pouvoir installer les fondations des pieux en acier dans le substratum rocheux dense de rhyolite. La société requérante demande l'indemnisation des surcoûts engendrés par la découverte de cette couche de roche altérée dans la zone de chantier.

11. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, de l'étude géotechnique de conception projet (G2 PRO) et du cahier des clauses techniques particulières, que l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est constitué principalement de roches volcaniques très dures, de type rhyolite, qui peuvent se présenter soit en banc de roche compacte, soit en banc de roche altéré, recouverts de sédiments sablonneux d'épaisseur variable. D'une part, au stade de la phase d'avant-projet (AVP), la SAS Selec International et la SAS Geotec, bureaux d'études techniques, ont réalisé une étude géotechnique de conception (G2) dans l'enceinte du port en eaux profondes. Dans ce cadre, les sociétés ont effectué un total de 12 sondages à terre, dont 7 au niveau du quai ouest au droit duquel devait être implanté le nouveau quai, qui ont révélé un sous-sol présentant les caractéristiques d'un substratum globalement sain, non altéré, avec localement des altérations pour 3 des 12 sondages. Aucun sondage n'a en revanche été réalisé dans la zone immergée du port en eaux profondes, où le bureau d'études n'a réalisé que des mesures par sismique réfraction afin de déterminer l'épaisseur de la couche sédimentaire. Le cahier des clauses techniques particulières a, comme l'ensemble des documents de la consultation des entreprises, été établi sur la base de cette étude géotechnique. Il attirait l'attention de l'entrepreneuse sur la nature particulièrement dure et résistante de la roche et précisait que les sondages de roche effectués à terre au stade de la phase de projet avaient révélé un substratum sain, moyennement compact et non altéré, avec localement des altérations pour 3 des 12 sondages, sans toutefois préciser l'importance de ces altérations. Si ces éléments faisaient état d'une possible fracturation et altération ponctuelle du substratum rocheux, ils ne permettaient toutefois pas à la société requérante de soupçonner l'existence d'une couche entière de substratum rocheux altéré dans la zone immergée du port en eaux profondes, ainsi que le relève notamment le rapport d'expertise. D'autre part, à la suite du lancement de la phase de préparation des travaux, lancée le 19 novembre 2020, la société a limité, avec l'accord du maître d'œuvre, les études topographiques à la réalisation des seuls relevés topographiques et bathymétriques de la zone des travaux, afin de confirmer les hauteurs de sédiments et la position du toit du substratum rocheux au droit des ouvrages du nouveau quai. L'Etat soutient qu'elle aurait également dû, dans le cadre de sa mission d'étude et de suivi géotechnique d'exécution, prévue à l'article 11.3 cité précédemment du cahier des clauses techniques particulières, réaliser des sondages carottés en mer, dans la zone de travaux, qui auraient permis de révéler la couche de substratum rocheux altéré. Toutefois, il résulte du rapport d'expertise qu'une telle campagne de carottages n'aurait pu être réalisée qu'avec l'aide d'un ponton de travail auto-élévateur équipé d'une foreuse qu'il aurait fallu faire venir spécialement dans l'archipel, lors de la phase de préparation des travaux, qu'elle se serait révélée longue et particulièrement coûteuse, d'un montant supérieur au coût de 209 500,00 euros de l'étude géotechnique de conception (G2) et évalué au minimum à plusieurs centaines de milliers d'euros par l'expert, et qu'elle aurait retardé le chantier d'une année, compte-tenu de ce que la période hivernale approchait et qu'elle empêche quasiment tout travail en mer entre octobre/novembre et avril/mai chaque année. Il s'ensuit que la réalisation d'une telle campagne de sondages par carottages en mer n'était pas techniquement envisageable au stade de la phase de préparation du chantier. Enfin, au vu des résultats des relevés topographiques et bathymétriques, la société a défini la longueur de chacun des pieux en acier du projet. Prenant en compte les remarques et préconisations que lui avait adressé le maître d'œuvre le 25 janvier 2021, la SASU Charier GC a ajouté une surlongueur de pieux de 1 mètre, afin de s'assurer une marge de sécurité de 7 % sur les quantités théoriques de nature à pallier au risque, qui seul était connu, d'altération ponctuelle et localisé des rhyolites au niveau de la zone de travaux. Dans ces conditions, la découverte en cours de chantier d'une couche entière de substratum rocheux altéré dans la zone de travail, qui a affecté 47 des 63 pieux en acier de l'estacade du nouveau quai, constitue une sujétion technique présentant un caractère exceptionnel, imprévisible lors de la conclusion du contrat et dont la cause est extérieure aux parties.

12. En deuxième lieu, l'article 3-2, intitulé " Contenu des prix - Mode d'évaluation des ouvrages et de règlement des comptes ", du cahier des clauses administratives particulières, commun aux différents lots du marché litigieux, stipule : " 3-2.1. Les prix du marché sont hors TVA et sont établis en tenant compte de l'ensemble des prescriptions définies dans les pièces du marché : / () Les ouvrages ou prestations faisant l'objet du marché seront réglés suivant la nature du marché : / - par application des prix unitaires dont le libellé est détaillé au bordereau des prix unitaires, / () 3-2.3. Les ouvrages ou prestations faisant l'objet du marché sont réglés par application des prix unitaires et/ou forfaitaires dont le libellé est donné dans le bordereau des prix. / () 3-2.4. Dans les vingt jours à compter de la demande du maître d'œuvre par les ordres de service, le titulaire fournira : / - Une décomposition de l'ensemble des prix forfaitaires / - Un sous détail de l'ensemble des prix unitaires () ".

13. Il résulte des stipulations citées au point précédent du cahier des clauses administratives particulières que le lot litigieux du marché public de travaux combine à la fois des prix forfaitaires et des prix unitaires. Il résulte des détails quantitatifs estimatifs (DQE) que l'application de prix unitaires n'est pas limitée aux seules tranches optionnelles du marché, comme le soutient à tort le préfet-de-Saint-Pierre-et-Miquelon en défense, mais concerne également la tranche ferme du contrat, en particulier les travaux de fondation du nouveau quai, de forage et de pose de pieux en acier. Il s'ensuit que le marché de travaux litigieux ne peut être qualifié de marché à prix forfaitaire. Dans ces conditions, l'indemnisation par le maître de l'ouvrage des sujétions techniques imprévues relevées précédemment au point 11. n'est pas subordonnée à un bouleversement de l'économie du contrat.

S'agissant de l'évaluation des préjudices :

Quant aux frais supplémentaires exposés au moment de la découverte de l'aléa géotechnique :

14. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, au cours de la phase d'exécution des travaux à la mi-juin 2021, la société requérante a découvert, en forant le pieu P09, que le niveau de la couche de rhyolite dense était plus profond que prévu. Elle a alors procédé, entre le 22 et le 25 juin 2021, à une série de sondages dans la zone de travaux, afin de déterminer la profondeur à laquelle le système de forage atteignait la couche dure de rhyolite, de façon à avoir une vue d'ensemble du chantier, ce qui lui a permis de mettre en lumière la présence d'une couche entière de substratum rocheux altéré dans la zone du chantier. La société justifie ainsi avoir exposé des surcoûts à l'occasion de la réalisation de cette série de sondages réalisés dans le substratum rocheux, qui n'étaient pas prévus par le marché, lequel mettait seulement à sa charge l'établissement des relevés des cotes du toit du substratum rocheux. Elle produit un tableau détaillé (PN 03) dressant la liste précise des matériels de chantier auxquels elle a eu recours pendant cette campagne de sondages et des frais de locations correspondant, pour un montant total, hors coefficient de majoration, de 28 392,00 euros hors taxe. Ce montant n'est pas contredit par le maître de l'ouvrage, qui n'a pas défendu sur les préjudices. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir cette dernière somme et de l'inscrire au décompte général du marché, au crédit des sommes dues à la société.

15. La SASU Charier GC demande également l'indemnisation de frais d'immobilisation de son équipe nautique pendant cette même campagne de sondages, entre le 22 et le 25 juin 2021 (PN 03). Toutefois, faute d'apporter la moindre précision ou de fournir un quelconque justificatif, elle ne démontre pas que cette campagne de sondage aurait engendré de quelconques surcoûts de personnels, notamment en matière de rémunération ou de prise en charge de frais professionnels, ou impacté le redéploiement des personnels concernés sur d'autres chantiers au terme de leur mission. La réalité de ce poste de préjudice n'est dès lors pas établie. La société n'est dès lors pas fondée à en demander l'indemnisation.

16. En deuxième lieu, la société requérante demande l'indemnisation de frais d'immobilisation et d'hébergement d'une partie des personnels de son équipe nautique au titre d'une période de septaine obligatoire, imposée dans le cadre de restrictions mises en place dans l'archipel afin de lutter contre la propagation de la pandémie de covid-19, d'un montant total de 77 691,18 euros hors taxe (PN 01). Toutefois, il résulte de l'instruction que ces personnels de l'équipe nautique de la société étaient mobilisés sur le chantier dès le début des travaux d'installation de premiers pieux de l'estacade du nouveau quai, avant la découverte de l'aléa géotechnique. Il s'ensuit que les frais litigieux ne sont pas liés aux sujétions techniques imprévues relevées précédemment au point 11., mais se rapportent au contraire à la venue de l'équipe nautique dans l'archipel, qui relève de l'exécution normale du marché. La société n'est dès lors pas fondée à en demander l'indemnisation.

17. En troisième lieu, la SASU Charier GC sollicite l'indemnisation d'un poste de préjudice intitulé " Mise à disposition atelier de battage - Aléa géotechnique P07/P08 / retrait obstacles P07/P08 " à hauteur d'un montant de 50 146,00 euros hors taxe. Toutefois, il résulte du tableau détaillé joint à la réclamation préalable (PN 02) que ces frais se rapportent aux opérations de forage des pieux P07 et P08 les 17 et 18 juin 2021, avant la découverte de l'aléa géotechnique. Il s'ensuit que les frais litigieux ne sont pas liés aux sujétions techniques imprévues relevées précédemment au point 11., mais se rapportent au contraire aux premières opérations d'installation des pieux de l'estacade du nouveau quai qui se sont déroulées sans difficulté et qui relèvent de l'exécution normale du marché. La société n'est dès lors pas fondée à en demander l'indemnisation.

Quant à l'achat et à l'acheminement de pieux supplémentaires :

18. Il résulte de l'instruction que, à la suite de la découverte en cours de chantier de la couche de substratum rocheux altéré dans la zone de travaux, la SASU Charier GC, afin de pouvoir installer rapidement des surlongueurs de pieux, a immédiatement prospecté des fournisseurs au Canada et, avec l'accord du maître d'œuvre, a finalement commandé, le 10 juillet 2021, des pieux supplémentaires stockés à Calgary, dans l'ouest canadien, lesquels pieux ont pu être rapidement livrés par navire dans l'archipel, par la liaison de fret maritime, les 26 juillet et 2 août 2021. Le choix ainsi retenu par la société requérante et validé par le maître d'œuvre de commander rapidement des pieux supplémentaires au Canada était justifié, alors même que, dans un contexte de mesures sanitaires de restriction mises en place dans la cadre de la lutte contre la pandémie de covid-19, les délais de livraison depuis l'Hexagone étaient d'un minimum de trois mois et que tout travail en mer s'avérait impossible à partir de la période d'octobre/novembre en raison du début de la saison hivernale, ainsi qu'il résulte du rapport d'expertise. La société produit un tableau détaillé (PN 04) dressant la liste précise des frais exposés se rapportant à l'achat de tubes en acier, aux coûts de fret maritime, aux frais de douanes, aux frais de déchargement et d'acheminement jusqu'au chantier, pour un montant total, hors coefficient de majoration, de 186 554,92 euros hors taxe. Ce montant n'est pas contredit par le maître de l'ouvrage, qui n'a pas défendu sur les préjudices. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir cette dernière somme et de l'inscrire au décompte général du marché, au crédit des sommes dues à la société.

Quant aux frais supplémentaires de raboutage des pieux :

19. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, pour pouvoir installer les surlongueurs de pieux nécessaires à l'ancrage des pieux sous la couche roche altérée, dans la rhyolite dense, la SASU Charier GC a installé deux aires de raboutage sur le quai en eaux profonde et a fabriqué, avec des éléments achetés dans l'archipel, un nombre de 8 dispositifs de guidage des tubes d'aciers, appelés " vireurs ", afin de permettre à ses ouvriers de réaliser les soudures d'enture. La société produit un tableau détaillé (PN 05) dressant la liste précise des frais exposés se rapportant à l'achat de éléments des vireurs, aux consommations diverses, ainsi que des matériels de chantier auxquels elle a eu recours pendant cette phase d'installation des aires de raboutage et des frais de locations correspondants, pour un montant total, hors coefficient de majoration, de 4 805,50 euros hors taxe. Ce montant n'est pas contredit par le maître de l'ouvrage, qui n'a pas défendu sur les préjudices. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir cette dernière somme et de l'inscrire au décompte général du marché, au crédit des sommes dues à la société.

20. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que 47 pieux ont dû être installés à des emplacements situés dans la zone où le substratum rocheux était altéré et que, pour pouvoir atteindre la couche dense de rhyolite, la SASU Charier GC a procédé au préalable à quai, dans les deux zones spécifiquement installées, au raboutage des pieux d'estacade pour obtenir les surlongueurs requises, puis au contrôle des soudures réalisées. La société produit des tableaux détaillés (PN 06, PN 07, PN 08 et PN 09) dressant la liste précise des consommations diverses, en particulier de baguettes de soudures, ainsi que des matériels de chantier auxquels elle a eu recours pendant ces opérations de raboutage et des frais de locations correspondants, pour un montant total, hors coefficient de majoration, de 107 097,44 euros hors taxe. Ce montant n'est pas contredit par le maître de l'ouvrage, qui n'a pas défendu sur les préjudices. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir cette dernière somme et de l'inscrire au décompte général du marché, au crédit des sommes dues à la société.

21. En troisième lieu, la SASU Charier GC demande l'indemnisation de frais d'immobilisation de ses équipes pendant la période d'installation des aires de raboutage (PN 05), des opérations de raboutage des pieux (PN 06, PN 07 et PN 08), de contrôle des soudures (PN 09), ainsi qu'au cours d'une phase dite de " reprise sur stock des pieux à enturer " (PN 15). Toutefois, faute d'apporter la moindre précision ou de fournir un quelconque justificatif, elle ne démontre pas que ces opérations auraient engendré de quelconques surcoûts de personnels, notamment en matière de rémunération ou de prise en charge de frais professionnels, ou impacté le redéploiement des personnels concernés sur d'autres chantiers au terme de leur mission. La réalité de ce poste de préjudice n'est dès lors pas établie. La société n'est dès lors pas fondée à en demander l'indemnisation.

Quant aux frais supplémentaires d'installation des pieux :

22. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, pour pouvoir installer les 47 pieux situés dans la zone d'aléa géotechnique, la SASU Charier GC a été contrainte de réaliser des prestations de forage complémentaires au vibrofonceur afin de percer la couche de roche altérée et d'accéder à la strate de rhyolite dense. Elle produit un tableau détaillé (PN 12) évaluant le temps de mise en fiche complémentaire à 01h26 par pieux et dressant la liste précise des consommations diverses ainsi que des matériels de chantier auxquels elle a eu recours pendant ces opérations de forage et des frais de locations correspondants, pour un montant total, hors coefficient de majoration, de 32 010,29 euros hors taxe. Ce montant n'est pas contredit par le maître de l'ouvrage, qui n'a pas défendu sur les préjudices. Dans ces conditions, il y a lieu de retenir cette dernière somme et de l'inscrire au décompte général du marché, au crédit des sommes dues à la société.

23. En deuxième lieu, la SASU Charier GC demande également l'indemnisation de frais d'immobilisation de son équipe de forage pendant les temps de forage supplémentaires au cours de ces mêmes opérations de mise en fiche des pieux (PN 12), ainsi que de ses équipes techniques, lorsque celles-ci ont dû, depuis l'Hexagone, réaliser des études complémentaires afin de modifier les plans d'exécution (PN 14). Toutefois, faute d'apporter la moindre précision ou de fournir un quelconque justificatif, elle ne démontre pas que cette campagne de forage et ces études d'exécution complémentaires aurait engendré de quelconques surcoûts de personnels, notamment en matière de rémunération ou de prise en charge de frais, ou impacté le redéploiement des personnels concernés sur d'autres chantiers ou études au terme de leur mission. La réalité de ce poste de préjudice n'est dès lors pas établie. La société n'est dès lors pas fondée à en demander l'indemnisation.

24. En troisième lieu, la société requérante demande l'indemnisation de coûts supplémentaires correspondant à des travaux supplémentaires qu'elle aurait été, selon elle, contrainte de réaliser afin d'assurer la portance et l'étanchéité des pieux, à hauteur d'un montant de 634 940,00 euros hors taxe. Toutefois, elle se borne à produire sur ce point un tableau détaillé (PN 13) dressant la liste des coûts de personnels, de consommations diverses et de coûts de locations de matériels utilisés par son équipe de forage, sans apporter aucune précision ni justification sur la nature des travaux supplémentaires de battage et d'étanchéité qu'elle prétend avoir réalisés. La réalité de ce poste de préjudice n'est dès lors pas établie. La société n'est dès lors pas fondée à en demander l'indemnisation.

25. En quatrième lieu, la SASU Charier GC demande l'indemnisation de frais d'immobilisation d'un atelier nautique, à hauteur de 33 080,00 euros hors taxe (PN 10), et de frais d'intervention de scaphandriers pour des reconnaissances visuelles, à hauteur de 3 423,00 euros hors taxe (PN 11). Cependant, la société n'apporte aucune précision ni justificatif sur ces deux chefs d'indemnisation et indiquait dans sa réclamation préalable que ces deux postes d'indemnité étaient " sans objet ". La réalité de ce poste de préjudice n'est dès lors pas établie. La société n'est dès lors pas fondée à en demander l'indemnisation.

En ce qui concerne la détermination du solde du marché :

26. Il résulte de l'instruction, notamment du décompte général et de l'acte d'engagement, que le montant total des travaux prévus par le lot n° 2 du marché, tant pour la tranche ferme que pour les trois tranches optionnelles, et par l'avenant qui ont été confiés à la SASU Charier GC s'élève à la somme de 4 000 432,80 euros hors taxe, tandis que le montant de la révision des prix se rapportant à ces travaux s'élève à la somme de 1 053 695,80 euros hors taxe. Il s'ensuit que, compte-tenu des montants relatifs aux frais supplémentaires engendrés par les sujétions techniques imprévues rencontrées en cours de chantier concernant la campagne de sondages complémentaires, l'achat et l'acheminement pieux en acier supplémentaires, l'installation d'aires de raboutage, les opérations de raboutage des pieux, et les prestations supplémentaires de forages, fixés précédemment aux points 14., 18., 19., 20. et 22. à la somme totale de 358 861,03 euros hors taxe, le sous-total des sommes dues à la SASU Charier GC au titre de l'exécution du marché s'élève au montant de 5 412 989,63 euros hors taxe. La société a par ailleurs perçu au fur et à mesure de l'exécution du marché une avance forfaitaire ainsi que des acomptes pour un montant total de 5 081 691,49 euros hors taxe. Il s'ensuit que, en l'absence de toute autre somme à inscrire au débit du décompte, il y a lieu de fixer le solde général et définitif du lot n° 2, intitulé " ouvrages maritimes ", du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein à la différence entre ces deux sous-totaux, soit à la somme de 331 298,14 euros hors taxe en faveur de la SASU Charier GC.

Sur la demande de paiement de la société :

27. Il résulte de ce qui précède que compte-tenu du solde du marché fixé au point précédent, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à la SASU Charier GC la somme de 331 298,14 euros hors taxe au titre du règlement définitif du lot n° 2, intitulé " ouvrages maritimes ", du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein.

Sur les intérêts moratoires et l'indemnité forfaitaire de gestion :

28. D'une part, aux termes de l'article 3-2-6.2., intitulé " Modalités de paiement ", du cahier des clauses administratives particulières, commun aux deux lots du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein : " Le délai global de paiement des avances, acompte, solde et indemnité est fixé à 30 jours. / Le défaut de paiement dans ce délai fait courir de plein droit, et sans formalité, des intérêts moratoires et l'indemnité pour frais de recouvrement prévus aux articles L. 2192-12 à L. 2192-14 et R. 2192-31 à R. 2192-34 et R. 2192-36 du code de la commande publique, au bénéfice du titulaire () " L'article L. 2192-10 du code de la commande publique dispose : " Les pouvoirs adjudicateurs () paient les sommes dues en principal en exécution d'un marché dans un délai prévu par le marché ou, à défaut, dans un délai fixé par voie réglementaire () ". L'article L. 2192-13 du même code dispose : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / () Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire () ". L'article R. 2192-31 du même code dispose : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. " L'article R. 2192-32 du même code dispose : " Les intérêts moratoires courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse. " L'article R. 2192-33 du même code dispose : " Les intérêts moratoires appliqués () au solde sont calculés sur le montant total () du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation. " L'article D. 2192-35 du même code dispose : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros. "

29. D'autre part, l'article R. 2192-16 du même code dispose, dans sa version applicable au litige : " Pour le paiement du solde des marchés de travaux ou de maîtrise d'œuvre conclus par l'Etat, ses établissements publics ayant un caractère autre qu'industriel et commercial, les collectivités territoriales et leurs établissements publics, le délai de paiement court à compter de la date de réception par le maître de l'ouvrage du décompte général et définitif établi dans les conditions fixées par le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés de travaux et aux marchés de maîtrise d'œuvre. " Pour l'application de ces dispositions, lorsqu'un décompte général fait l'objet d'une réclamation par le cocontractant, le délai de paiement du solde doit être regardé comme ne commençant à courir qu'à compter de la réception de cette réclamation par le maître d'ouvrage.

30. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et stipulations que la SASU Charier GC a droit aux intérêts moratoires sur le solde du marché resté non payé à l'issue d'un délai de trente jours suivant réception par le maître de l'ouvrage de la réclamation dirigée contre le décompte général, et ce jusqu'à la date de paiement du principal, assortie de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.

31. Il résulte de l'instruction que la réclamation accompagnée du courrier de refus de signer le décompte général a été adressée au maître de l'ouvrage par un courrier daté du 20 décembre 2022 qui a été effectivement réceptionné le 22 décembre 2022. Les intérêts moratoires auxquels la SASU Charier GC a droit sur cette somme ont donc commencé à courir le 22 janvier 2023.

32. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'assortir la condamnation prononcée précédemment au point 27. des intérêts moratoires au taux légal, à compter du 22 janvier 2023, et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.

Sur la capitalisation des intérêts :

33. L'article 1343-2 du code civil dispose : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. " Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

34. La capitalisation des intérêts a été demandée à l'occasion du dépôt de la requête introductive d'instance, le 6 juillet 2023. Dès lors, conformément aux dispositions citées précédemment de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 22 janvier 2024, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les appels en garantie :

En ce qui concerne les conclusions d'appel en garantie présentées par le maître de l'ouvrage :

35. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, de l'étude géotechnique de conception et du programme du marché de maîtrise d'œuvre, que, d'une part, à la suite de la remise par le groupement de maîtrise d'œuvre des rendus de la phase des études préliminaires (EP) du projet, l'Etat a confié à la SAS Setec international et à la SAS Geotec, au stade de la phase d'avant-projet (AVP), la réalisation d'une étude géotechnique de conception (G2) dans l'enceinte du port en eaux profondes, dont le rapport a été remis le 17 mai 2019. Dans ce cadre, les sociétés ont effectué un total de 12 sondages à terre, dont 7 au niveau du quai ouest au droit duquel devait être implanté le nouveau quai. Si les relevés de 3 des 12 sondages ont révélé une altération du substratum rocheux, ceux-ci sont toutefois tous situés en dehors de la zone de travaux et deux de ces résultats, les plus éloignés du chantier, devaient être pris avec circonspection puisqu'ils avaient été effectués dans un secteur où de possibles travaux de minage avaient été réalisés dans les années 1980, à l'occasion de la construction du port en eaux profondes, et qui pourraient expliquer la forte fracturation de la roche. Ainsi, les résultats de cette campagne de sondages terrestres ne permettaient pas de déceler l'existence d'une couche de substratum rocheux altéré dans la zone marine du port en eaux profondes, et révélaient au contraire l'existence, à proximité immédiate de l'emplacement du futur quai en eaux profondes, dans la partie située à terre du projet de construction qui comportait également l'aménagement du terre-plein et l'édification d'un terminal destiné à l'accueil des croisiéristes, un substratum sain, moyennement compact et non altéré, avec seulement des altérations locales. D'autre part, à l'occasion de cette même étude géotechnique de conception (G2), aucun sondage n'a été effectué dans la zone immergée du port en eaux profondes, où le bureau d'études n'a réalisé que des mesures par sismique réfraction afin de déterminer l'épaisseur de la couche sédimentaire. Compte-tenu de ce que le sondage de calibration avait été effectué à terre, et non en mer dans la zone des travaux, les relevés permettaient seulement de mesurer l'épaisseur d'une couche sensiblement homogène, et non de déterminer la nature d'un matériau, de sorte que ces mesures par sismique de réfraction ne pouvaient permettre de déceler la présence d'une couche de roche altérée sous les sédiments dans la zone marine du port en eaux profondes. Enfin, si le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon reproche au groupement de maîtrise d'œuvre de ne pas avoir prescrit, au vu des résultats de l'étude géotechnique de conception (G2), la réalisation d'études géotechniques complémentaires, la présence de la couche de substratum rocheux altéré n'aurait toutefois pu être révélée qu'en réalisant une campagne de carottages en mer, dans la zone marine du port en eaux profondes de Saint-Pierre. Or, une telle campagne de carottages, au stade de la phase de projet (PRO), aurait été nécessairement mis à la charge financière de l'Etat, conformément au programme du marché de maîtrise d'œuvre, et n'aurait pu être réalisée qu'avec l'aide d'un ponton de travail auto-élévateur équipé d'une foreuse qu'il aurait fallu faire venir spécialement dans l'archipel, laquelle campagne de sondages se serait révélée longue et particulièrement coûteuse, d'un montant supérieur au coût de 209 500,00 euros hors taxe de l'étude géotechnique de conception (G2) et évalué au minimum à plusieurs centaines de milliers d'euros par l'expert. Dans ces conditions, alors même que les éléments figurant dans le rapport de l'étude géotechnique de conception (G2), remis le 17 mai 2019, était suffisants pour écarter tout aléa majeur et pour s'assurer de la faisabilité technique du projet, et qu'ils révélaient un substratum sain, moyennement compact et non altéré, avec seulement des altérations locales dans l'ensemble de la partie terrestre du chantier, à proximité immédiate de la zone de travaux en mer, le groupement de maîtrise d'œuvre n'a pas commis de faute dans la conception de l'ouvrage en ne prescrivant pas la réalisation d'études géotechniques supplémentaires au stade de la phase de projet (PRO). Le moyen du préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon ainsi soulevé n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

36. En deuxième lieu, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon reproche au groupement de maîtrise d'œuvre d'avoir autorisé la SASU Charier GC, dans le cadre de sa mission d'étude et de suivi géotechnique d'exécution au stade de la phase de démarrage du chantier, prévue à l'article 11.3 cité précédemment du cahier des clauses techniques particulières, à ne pas réaliser de sondages carottés en mer dans la zone de travaux, qui auraient pourtant permis de révéler la couche de substratum rocheux altéré, et, au contraire, à limiter sa mission à la réalisation des seuls relevés topographiques et bathymétriques de la zone des travaux. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit précédemment au point 11. que la réalisation d'une telle campagne de sondages par carottages en mer n'était pas techniquement envisageable au stade de la préparation de la phase de préparation du chantier. Dans ces conditions, le groupement de maîtrise d'œuvre n'a commis aucune faute dans le suivi des travaux en ne prescrivant pas à la SASU Charier GC de réaliser de tels sondages carottés en mer au stade de la phase de démarrage du chantier. Le moyen ainsi soulevé par le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon n'est dès lors pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.

37. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, après avoir rencontré des difficultés lors du forage du pieu P09, la SASU Charier GC a immédiatement lancé une campagne de sondages dans le substratum rocheux de la zone marine du chantier, entre le 22 et le 25 juin 2021. Elle a informé le maître de l'ouvrage et le maître d'œuvre dès le 24 juin 2021 des premiers résultats de ces sondages. Une réunion en visioconférence a été organisée en urgence le matin du 25 juin 2021, avec le maître d'œuvre et les responsables des services de l'Etat concernés, afin d'évoquer la situation. Si la SAS Setec international, mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre, a pointé la responsabilité de la SASU Charier GC dès l'apparition des premières difficultés apparues sur le forage du pieu P09 et refusé que les surcoûts en résultant soient pris en charge par le maître de l'ouvrage, elle a toutefois continué à assurer la conduite du chantier. Après que la société entrepreneuse ait été mise en demeure de reprendre les travaux, le 2 juillet 2021, de nombreux échanges et réunions de chantier ont eu lieu avec le maître d'œuvre, au cours desquelles la SASU Charier GC a proposé plusieurs solutions techniques pour remédier à l'aléa géotechnique et pouvoir poursuivre les travaux. Les choix de l'entrepreneur de commander des pieux supplémentaires en acier stockés au Canada et de réaliser une campagne de raboutage des pieux, ainsi que les décalages du calendrier des travaux en résultant, ont tous été validés par le maître d'œuvre et étaient justifiées par la situation, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 18. Dans ces conditions, le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon n'est pas fondé à soutenir que le groupement de maîtrise d'œuvre n'aurait pas pris les décisions adéquates pour assurer de la bonne exécution du chantier et commis pour cette raison une faute dans le suivi des travaux. Le moyen ainsi soulevé doit, par suite, être écarté.

38. Il résulte de ce qui précède que le maître de l'ouvrage n'est pas fondé à soutenir que le groupement de maîtrise d'œuvre aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard. Par suite, en l'absence de toute faute du groupement de maîtrise d'œuvre, les conclusions d'appel en garantie de l'Etat dirigées contre la SAS Setec international, la SAS Geotec et M. D doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres conditions d'engagement de leur responsabilité relatives à l'existence d'un préjudice et d'un lien de causalité.

En ce qui concerne les conclusions d'appel en garantie des sociétés membres du groupement de maîtrise d'œuvre :

39. Le présent jugement ne prononce aucune condamnation à l'encontre de la SAS Setec international, de la SAS Geotec et de M. D. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à leurs conclusions d'appel en garantie.

En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles présentées par M. D :

40. Dans les circonstances de l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions d'appel en garantie présentées par le préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon à l'encontre de M. D, qui était membre du groupement solidaire d'entreprises ayant signé le marché initial de maîtrise d'œuvre, présenteraient un caractère abusif. Dès lors, les conclusions reconventionnelles de M. D tendant à la condamnation de l'Etat au versement de la somme de 10 000 euros à titre de dommages-intérêts pour citation abusive doivent rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée l'administration en défense.

Sur les dépens :

41. L'article R. 761-1 du code de justice administrative dispose : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. "

42. Lorsqu'une expertise ou un constat effectué en application d'une décision du juge des référés se rattache à la détermination d'un préjudice dont l'indemnisation est demandée dans le cadre d'un recours au fond, les frais et honoraires y afférents sont compris dans les dépens de cette instance principale. Si, en vertu de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ces frais sont en principe mis à la charge de la partie perdante, il est loisible à la formation de jugement statuant sur cette instance, au regard des circonstances particulières de l'affaire, de les mettre à la charge d'une autre partie ou de les partager entre les parties.

43. Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme totale de 29 040 euros toutes taxes comprises par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 12 juillet 2023. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre ces frais d'expertise à la charge définitive de l'Etat.

Sur les frais liés au litige :

44. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SASU Charier GC, qui n'est pas la partie tenue aux dépens, la somme que l'Etat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat quatre sommes de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés respectivement par la SASU Charier GC, la SAS Setec International, la SAS Geotec, et M. D.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la SASU Charier GC une somme de 331 298,14 euros hors taxe au titre du règlement définitif du lot n° 2, intitulé " ouvrages maritimes ", du marché de travaux de construction d'un quai destiné à l'accueil des navires de croisière dans le port de Saint-Pierre et d'aménagement du terre-plein, assortie des intérêts moratoires à compter du 22 janvier 2023, et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros.

Les intérêts échus à la date du 22 janvier 2024 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Les frais d'expertise, d'un montant de 29 040 euros, sont mis définitivement à la charge de l'Etat.

Article 3 : L'Etat versera à la SASU Charier GC une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de la SASU Charier GC est rejeté.

Article 5 : Les conclusions d'appel en garantie de l'Etat et ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : L'Etat versera à la SAS Geotec une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : L'Etat versera à la SAS Setec International une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le surplus des conclusions de M. D, de la SAS Geotec et de la SAS Setec International est rejeté.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à la SASU Charier génie civil Nantes (Charier GC), au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon, à M. C D, à la SAS Geotec et à la SAS Setec International.

Copie sera adressée pour information au ministre des outre-mer et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.

Délibéré après l'audience du 2 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. B, magistrat de l'ordre judiciaire exerçant les fonctions de président du tribunal de première instance de Saint-Pierre-et-Miquelon désigné en application de l'article R. 223-4 du code de justice administrative,

M. Phulpin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2025.

Le rapporteur,

V. Phulpin

Le président,

J-M. LasoLa greffière,

S. Demontreux

La République mande et ordonne au ministre de l'outre-mer et à la ministre de la transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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