jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300456 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHAÏA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 juillet 2023, le 24 novembre 2023 et le 16 février 2024, Mme B A, représentée par Me Chaïa, demande au tribunal :
1°) de " requalifier les arrêts de maladie en accident de service " ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser, en réparation de ses préjudices résultant du défaut de versement de l'allocation de retour à l'emploi et du retard dans la transmission de l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi, la somme de 33 455,44 euros correspondant au montant de l'allocation de retour à l'emploi dont elle a été privée, assortie des intérêts de retard au taux légal, ainsi que la somme de 41 814,55 euros ;
3°) de mettre les dépens à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique ;
4°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les arrêts de travail dont elle a bénéficié en raison d'un épuisement professionnel sont imputables au service ;
- le centre hospitalier universitaire de Martinique a commis deux fautes de nature à engager sa responsabilité, que sont le refus de lui verser son allocation de retour à l'emploi et la tardiveté à lui transmettre l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi ;
- elle est fondée à demander la réparation des préjudices financiers résultant de l'absence de perception de l'allocation de retour à l'emploi, pour un montant de 33 455,44 euros, de l'absence de prise en charge de ses frais de formation, pour un montant de 12 262,17 euros, ainsi que de frais de thérapie non pris en charge par la sécurité sociale, pour un montant de 792,38 euros ;
- elle est également fondée à demander une indemnisation au titre de la perte de chance de pouvoir effectuer une formation en horticulture, pour un montant de 8 760 euros ;
- elle est fondée à demander la réparation de son préjudice moral, à hauteur de 20 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 septembre 2023, le 18 décembre 2023 et le 14 mars 2024, le centre hospitalier universitaire de Martinique, représenté par la SELARL Berte et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- le tribunal est incompétent pour se prononcer sur la demande de Mme A tendant à la requalification de ses arrêts maladie ;
- seul le premier courrier du 29 mars 2023 ayant pu lier le contentieux, les demandes de la requérante présentées dans le second courrier du 22 juillet 2023 sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire de Mme A, enregistré le 25 mars 2024, n'a pas été communiqué.
Par un courrier du 26 août 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme A tendant à ce que le tribunal requalifie ses arrêts de maladie en accident de service, dans la mesure où il n'appartient pas au tribunal de faire œuvre d'administrateur en se substituant à l'administration pour requalifier des arrêts de travail en accident de service.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, ainsi que celles de Me Amirault, représentant le centre hospitalier universitaire de Martinique.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 29 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, pneumologue, a été recrutée en qualité de praticien contractuel à temps plein, sur le fondement de l'alinéa 4 de l'article R. 6152-402 du code de la santé publique, par un contrat conclu avec le centre hospitalier universitaire de Martinique le 19 mars 2019, courant pour la période du 23 février 2019 au 22 février 2020, prolongée par trois avenants jusqu'au 31 octobre 2021. Par deux courriers du 29 mars 2023 et du 22 juillet 2023, l'intéressée a demandé au centre hospitalier universitaire de Martinique de lui verser diverses sommes en réparation de son préjudice résultant du comportement fautif de son employeur. Le silence gardé sur ces demandes a fait naître deux décisions implicites de rejet le 30 mai 2023 et le 23 juillet 2023. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal, d'une part, de " requalifier les arrêts de maladie en accident de service " et, d'autre part, de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser, en réparation de ses préjudices, la somme de 33 455,44 euros correspondant au montant de l'allocation de retour à l'emploi dont elle a été privée, assortie des intérêts de retard au taux légal, ainsi que la somme de 41 814,55 euros.
Sur la recevabilité des conclusions de Mme A :
2. Il n'appartient pas au tribunal de faire œuvre d'administrateur en se substituant à l'administration pour " requalifier des arrêts de maladie en accident de service ". Les conclusions de Mme A, présentées à ce titre, doivent dès lors être rejetées comme irrecevables.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : () / 2° Les agents non titulaires des collectivités territoriales et les agents non statutaires des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat et ceux mentionnés au 4° ainsi que les agents non statutaires des groupements d'intérêt public ; () ". Par ailleurs, l'article L. 5424-2 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose que : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance. Ceux-ci peuvent, par convention conclue avec Pôle emploi, pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1, lui confier cette gestion. / Toutefois, peuvent adhérer au régime d'assurance : / 1° Les employeurs mentionnés au 2° de l'article L. 5424-1 ; () ".
4. Il résulte de l'instruction que le centre hospitalier universitaire de Martinique et Pôle emploi ont conclu, à compter du 1er avril 2016, une convention de gestion, en application de l'article L. 5424-2 du code du travail, dont il ressort que Pôle emploi gère notamment, pour le compte de l'employeur, les prestations relatives à l'examen des droits des personnels inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi et qui ont déposé une demande d'allocation à compter de la date d'entrée en vigueur de la convention, les décisions d'attribution ou de rejet des demandes d'allocations ainsi que le calcul et le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, tandis que reste à la charge de l'employeur la délivrance d'une attestation d'employeur aux agents faisant l'objet d'une rupture de contrat.
5. En l'espèce, le 12 septembre 2022, Mme A a été destinataire d'une décision de refus d'allocation de retour à l'emploi émise par Pôle emploi, au motif que sa demande ne relevait pas de la compétence de Pôle emploi mais de son dernier employeur, le centre hospitalier universitaire de Martinique. Compte tenu des termes de la convention de gestion évoquée au point précédent, et malgré le refus qui lui a été opposé à tort par Pôle emploi, qui était seul compétent pour traiter sa demande, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier universitaire de Martinique aurait commis une faute en s'abstenant de lui verser l'allocation de retour à l'emploi.
6. En second lieu, aux termes de l'article R. 1234-9 du code du travail : " L'employeur délivre au salarié, au moment de l'expiration ou de la rupture du contrat de travail, les attestations et justifications qui lui permettent d'exercer ses droits aux prestations mentionnées à l'article L. 5421-2 et transmet sans délai ces mêmes attestations à Pôle emploi. / Les employeurs d'au moins onze salariés effectuent cette transmission à Pôle emploi par voie électronique, sauf impossibilité pour une cause qui leur est étrangère, selon des modalités précisées par un arrêté du ministre chargé de l'emploi ".
7. Il résulte de l'instruction qu'alors même que le contrat à durée déterminée de Mme A s'est achevé le 31 octobre 2021, le centre hospitalier universitaire de Martinique n'a établi l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi que le 24 mai 2022, soit près de sept mois plus tard, et après relance de l'intéressée. Le centre hospitalier universitaire de Martinique, qui n'apporte aucune explication pour tenter de justifier son inertie, doit ainsi être regardé comme ayant mis un délai excessif à établir ce document, constitutif d'une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
En ce qui concerne le lien de causalité :
8. En premier lieu, si Mme A demande, au titre de son préjudice financier, le versement de la somme de 33 455,44 euros correspondant au montant de l'allocation de retour à l'emploi auquel elle aurait pu prétendre selon elle depuis la fin de son contrat de travail, il résulte de l'instruction, et notamment de la décision de Pôle emploi du 12 septembre 2022, que le bénéfice de cette allocation lui a été refusé au motif que sa demande relevait de la compétence de son employeur, et non pas en raison du retard dans la transmission de l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi. Par suite, le manquement commis par le centre hospitalier universitaire de Martinique ne saurait être regardé comme ayant conduit à la priver de l'allocation de retour à l'emploi. En l'absence de tout lien de causalité entre la faute du centre hospitalier universitaire de Martinique et le préjudice invoqué par Mme A, qui résulte uniquement de la réponse erronée apportée par Pôle emploi, la requérante n'est pas fondée à demander le versement d'une somme équivalant au montant de l'allocation de retour à l'emploi qu'elle n'a pas perçue.
9. En second lieu, les autres préjudices invoqués par la requérante, à savoir l'impossibilité de voir prendre en charge ses frais de formation durant sa période de recherche d'emploi, l'engagement de frais de santé non remboursés par la sécurité sociale, la perte de chance de pouvoir effectuer une formation en horticulture faute de moyens financiers suffisants et le préjudice moral lié à sa situation psychologique fragile résultant de sa précarité financière, ne sont pas davantage en lien causal avec le retard pris par le centre hospitalier universitaire de Martinique pour délivrer l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi. La requérante n'est, dès lors, pas fondée à solliciter l'indemnisation de tels préjudices.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de Mme A tendant à la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique à réparer ses préjudices doivent être rejetées. Le présent jugement ne fait toutefois pas obstacle à ce que l'intéressée, si elle s'y croit fondée, saisisse Pôle emploi d'une demande indemnitaire puis, le cas échéant, le tribunal d'une requête dirigée contre la décision prise sur cette demande.
Sur les dépens :
11. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de Mme A tendant à ce que les dépens soient mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique doivent, par suite, être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier universitaire de Martinique, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme A la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le centre hospitalier universitaire de Martinique sur ce fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier universitaire de Martinique.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Phulpin, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
A. Monnier-BesombesLe président,
J.-M. Laso
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026