jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300496 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP NORMAND & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 août 2023, des mémoires complémentaires, enregistrés le 29 novembre 2023, le 13 février 2024 et le 22 février 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 22 mars 2024 et le 3 décembre 2024, Mme I E, M. A E et M. G E, ce dernier agissant en son nom personnel et en qualité de représentant légal de ses enfants mineurs, Mme J E, M. H E et M. D E, représentés par Me Bedois, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner, à titre principal, le centre hospitalier universitaire de Martinique ou, à titre subsidiaire, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à leur verser, en qualité d'ayants droit de Mme K M E, la somme totale de 46 196 euros, en réparation des préjudices subis par cette dernière avant son décès ;
2°) de condamner, à titre principal, le centre hospitalier universitaire de Martinique, ou à titre subsidiaire, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à leur verser la somme totale de 70 349,68 euros, en réparation de leurs préjudices propres ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le centre hospitalier universitaire de Martinique a commis plusieurs fautes dans la prise en charge de Mme K M E, en particulier un retard de prise en charge de l'accident vasculaire cérébral, une intervention chirurgicale réalisée dans des conditions non conformes aux règles de l'art, un retard de prise en charge des complications post-opératoires et un surdosage d'héparine, à l'origine d'un hématome cérébral ;
- le centre hospitalier universitaire de Martinique a commis un manquement fautif à son obligation d'information, dès lors qu'il n'a pas fourni à Mme K M E une information suffisante sur les risques liés à l'intervention chirurgicale du 10 décembre 2021, de manière à recueillir son consentement éclairé ;
- les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique présentent un lien de causalité direct avec le décès de Mme K M E, dès lors que la prolongation de son hospitalisation a favorisé sa contamination par le virus de la Covid-19 ;
- ils ont droit à obtenir réparation, en qualité d'ayants droit de Mme K M E, du déficit fonctionnel temporaire, des souffrances endurées, du préjudice d'angoisse de mort imminente, et du préjudice moral d'impréparation, survenus avant son décès ;
- ils ont également droit à obtenir réparation du préjudice financier résultant des frais d'obsèques et de frais divers, ainsi que du préjudice d'affection, du préjudice d'accompagnement, et du préjudice moral d'impréparation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le centre hospitalier universitaire de Martinique, représenté par Me Cariou, conclut, à titre principal, à ce que sa condamnation soit limitée à la somme totale de 7 665,63 euros et au rejet des conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et, à titre subsidiaire, à ce que soit désigné un expert, en charge de se prononcer sur les responsabilités encourues.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité ne peut être engagée qu'à hauteur d'un taux de perte de chance de 20 %, dès lors que les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique dans la prise en charge de Mme K M E ne présentent pas de lien de causalité direct avec sa contamination par le virus de la Covid-19 ;
- les préjudices allégués par les requérants sont surévalués.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 février 2024 et le 1er mars 2024, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par Me Fitoussi, conclut, à titre principal, au rejet des conclusions présentées à son encontre, à titre subsidiaire, à ce que le centre hospitalier universitaire de Martinique le garantisse de toute condamnation prononcée à son encontre, et à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- sa responsabilité ne peut pas être engagée, dès lors que le décès de Mme K M E résulte exclusivement des fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique lors de sa prise en charge ;
- sa responsabilité ne peut pas être engagée, dans la mesure où la contamination par le virus de la Covid-19 résulte d'une cause étrangère à l'hospitalisation, et ne saurait être qualifiée d'infection nosocomiale.
La procédure a été régulièrement communiquée à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique, qui n'a produit aucune observation.
Vu :
- l'ordonnance n° 2200178 du 8 juillet 2022 ordonnant, à la demande des requérants, une expertise, et désignant le docteur L B en qualité d'expert ;
- le rapport de l'expert du 12 décembre 2022 ;
- l'ordonnance n° 2200178 du 9 janvier 2023, par laquelle la présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais d'expertise à la somme de 3 047 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lancelot,
- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,
- et les observations de Mme I E, et de Me Bourrié, substituant Me Cariou, avocat du centre hospitalier universitaire de Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 novembre 2021, à 13h00, Mme K M E, âgée de 70 ans, a été admise aux urgences du centre hospitalier universitaire de Martinique, en raison de symptômes évocateurs d'un accident vasculaire cérébral. Une IRM cérébrale, effectuée à 15h30, a permis de confirmer le diagnostic d'accident vasculaire cérébral, résultant d'une lésion athéromateuse de l'artère carotide interne gauche. Une intervention chirurgicale a été effectuée le 10 décembre 2021, afin de retirer la plaque d'athérome de l'artère. Il a, cependant, été constaté, à la suite de cette opération, que l'artère demeurait obstruée, nécessitant une nouvelle intervention chirurgicale le 12 décembre 2021. Mme K M E s'est ensuite vue administrer un traitement anticoagulant à base d'héparine, afin de favoriser la circulation du sang. Un hématome cérébral a, cependant, été constaté, entraînant une aggravation de l'état neurologique de Mme K M E, et une prolongation de son hospitalisation. Le 7 janvier 2022, alors qu'elle était toujours hospitalisée, Mme K M E a été testée positive au virus de la Covid-19, ce qui a entraîné des difficultés respiratoires. L'état de santé de Mme K M E s'est, ainsi, rapidement aggravé, et elle est décédée le 16 janvier 2022. Par une ordonnance n° 2200178 du 8 juillet 2022, le juge des référés a ordonné une expertise, confiée au docteur L B, et relative aux conditions de la prise en charge de Mme K M E au centre hospitalier universitaire de Martinique, à compter du 26 novembre 2021. L'expert a remis son rapport le 12 décembre 2022. Par la présente requête, Mme I E et M. G E, enfants de la victime, et M. A E, Mme J E, M. H E et M. D E, petits-enfants de la victime, ces 3 derniers étant représentés par leur représentant légal, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner, à titre principal, le centre hospitalier universitaire de Martinique et, à titre subsidiaire, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à leur verser, d'une part, en leur qualité d'ayants droit de Mme K M E, la somme totale de 46 196 euros, en réparation des préjudices qu'elle a subis avant son décès et, d'autre part, la somme totale de 70 349,68 euros, en réparation de leurs préjudices propres.
Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".
3. En premier lieu, si les requérants soutiennent qu'à la suite de l'admission de Mme K M E aux urgences, l'IRM cérébrale aurait été pratiquée trop tardivement, alors que la patiente présentait des symptômes manifestement évocateurs d'un accident vasculaire cérébral, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 12 décembre 2022, que l'IRM a été pratiquée dans un délai raisonnable de 2 heures 30, à compter de l'admission de Mme K M E aux urgences. Dans ces conditions, alors que le délai s'étant antérieurement écoulé entre la survenue de l'accident vasculaire cérébral et l'admission de Mme K M E aux urgences ne saurait être imputé au centre hospitalier universitaire de Martinique, aucun retard de prise en charge ne peut être regardé comme établi.
4. En revanche, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 12 décembre 2022, et n'est au demeurant pas véritablement contesté, que la suite de la prise en charge de Mme K M E a été émaillée d'une succession de manquements fautifs. Tout d'abord, l'intervention chirurgicale du 10 décembre 2021 n'a pas été réalisée dans les règles de l'art, dans la mesure où il est constant que l'artère carotide interne gauche est demeurée obstruée à l'issue de l'opération, alors que celle-ci avait précisément pour objectif, en retirant la plaque d'athérome, de remédier à cette obstruction. Ensuite, il ressort également du rapport d'expertise qu'alors que cette obstruction résiduelle de l'artère carotide interne gauche a été constatée le 11 décembre 2021 dans la matinée, la seconde intervention chirurgicale, destinée à y remédier, n'a été effectuée que le lendemain, à 15h00, ce retard de prise en charge ayant entraîné une aggravation des séquelles neurologiques subies par Mme K M E. Enfin, il ressort également du rapport d'expertise que l'hématome cérébral, constaté le 17 décembre 2021, et à l'origine d'une aggravation de l'état de santé de Mme K M E ayant nécessité de prolonger encore son hospitalisation, résulte d'un surdosage d'héparine, utilisée comme traitement anticoagulant. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la prise en charge de l'accident vasculaire cérébral, subi par Mme K M E, présente un caractère fautif.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus []. Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel []. En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen ".
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 12 décembre 2022, que Mme K M E n'a pas été informée des risques prévisibles de l'intervention chirurgicale du 10 décembre 2021, et ce alors que cette opération ne présentait pas de caractère indispensable au regard de l'évolution de l'état de santé de la patiente, et des alternatives thérapeutiques, susceptibles d'être envisagées. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que Mme K M E n'a pas été mise à même de donner son consentement éclairé à l'opération, à laquelle elle était d'ailleurs réticente, ainsi que cela ressort des constatations de l'équipe soignante, qui a notamment relevé que Mme K M E était réticente à se rendre au bloc opératoire.
En ce qui concerne le lien de causalité entre les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique et les préjudices allégués par les requérants :
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 12 décembre 2022, que les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique, lors de la prise en charge de l'accident vasculaire cérébral de Mme K M E, présentent un lien de causalité direct avec les préjudices subis par cette dernière avant son décès. En revanche, il résulte également de l'instruction que le décès de Mme K M E ne résulte pas directement de la prise en charge fautive de son accident vasculaire cérébral, mais de sa contamination par le virus de la Covid-19, au cours de son hospitalisation. Il n'est pas établi, ni même véritablement allégué, que cette contamination résulte directement d'un quelconque manquement fautif commis par le centre hospitalier universitaire de Martinique. De même, si les requérants soutiennent que les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique, lors de la prise en charge de l'accident vasculaire cérébral, ont entraîné une prolongation anormale de l'hospitalisation de Mme K M E, de nature à favoriser sa contamination par le virus de la Covid-19, un tel lien de causalité ne présente pas de caractère suffisamment direct, pour engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique, sur le fondement de la faute. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une nouvelle expertise, les requérants ne sont pas fondés à demander la condamnation du centre hospitalier universitaire de Martinique, à raison des préjudices résultant du décès de Mme K M E.
Sur la responsabilité de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au titre de la solidarité nationale :
8. Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ". Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une origine autre que la prise en charge.
9. Il est constant que la contamination de Mme K M E par le virus de la Covid-19 est survenue au cours de son hospitalisation, et n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci. Si l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales se prévaut du contexte de pandémie mondiale et de la forte circulation du virus, il n'établit pas pour autant que la contamination de Mme K M E présenterait un caractère d'imprévisibilité et d'irrésistibilité, de nature à permettre de regarder apportée la preuve d'une cause étrangère. Dans ces conditions, la contamination de Mme K M E par le virus de la Covid-19 doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial. Ainsi, les requérants sont fondés à demander la condamnation de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, sur le fondement de la solidarité nationale, au titre de la réparation des préjudices résultant du décès de Mme K M E.
Sur les conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales :
10. Ainsi qu'il a été évoqué au point 7 ci-dessus, la prolongation anormale de l'hospitalisation de Mme K M E, résultant des fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique lors de la prise en charge de son accident vasculaire cérébral, ne peut être regardée comme ayant joué un rôle causal suffisamment direct dans la contamination de Mme K M E par le virus de la Covid-19, de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique, sur le fondement de la faute. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à garantir l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales des condamnations prononcées à son encontre.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices subis par Mme K M E avant son décès :
11. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.
12. En premier lieu, les requérants demandent l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire total, subi par Mme K M E, pendant une période de 52 jours, s'étendant du 26 novembre 2021 au 16 janvier 2022. Il résulte toutefois de l'instruction que la période d'hospitalisation du 26 novembre 2021 au 9 décembre 2021 n'est que la conséquence de l'accident vasculaire cérébral subi par Mme K M E, sans lien avec les fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique, et retenues au point 4 ci-dessus. En revanche, les requérants sont fondés à solliciter l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire total, pendant une période de 37 jours, s'étendant du 10 décembre 2021 au 16 janvier 2022, cette période d'hospitalisation résultant intégralement des fautes commises par le centre hospitalier universitaire de Martinique, lors de la prise en charge de l'accident vasculaire cérébral. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en condamnant le centre hospitalier universitaire de Martinique à verser aux ayants droit de Mme K M E la somme de 555 euros.
13. En deuxième lieu, les requérants demandent l'indemnisation des souffrances endurées par Mme K M E, auxquelles s'ajoute le préjudice d'angoisse de mort imminente. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 12 décembre 2022, que les souffrances endurées sont évaluées à 5 sur 7. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en condamnant le centre hospitalier universitaire de Martinique à verser aux ayants droit de Mme K M E la somme de 14 000 euros.
14. En troisième lieu, indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques encourus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit à obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée. Ainsi qu'il a été évoqué au point 6 ci-dessus, Mme K M E n'a pas été informée du risque d'échec et de complications, consécutifs à l'intervention chirurgicale effectuée le 10 décembre 2021. Il sera fait une juste appréciation du chef de préjudice correspondant, en condamnant le centre hospitalier universitaire de Martinique à verser aux ayants droit de Mme K M E la somme de 1 000 euros.
En ce qui concerne les préjudices subis par les victimes indirectes :
S'agissant des préjudices patrimoniaux :
15. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme I E et M. G E ont supporté les frais d'obsèques de leur mère, pour un montant global de 5 651,59 euros. Il y a lieu de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à verser à chacun d'eux, en réparation de ce chef de préjudice, la somme de 2 825,79 euros.
16. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme I E et M. G E ont exposé des frais, d'un montant de 62,49 euros, pour obtenir, auprès du centre hospitalier universitaire de Martinique, copie du dossier médical de leur mère. Ils ont également eu recours aux services du Docteur F, médecin conseil, qui les a assistés lors des opérations d'expertise, cette prestation ayant été facturée 1 540 euros. Enfin, ils ont exposé des frais d'avocat, d'un montant total de 5 425 euros, en vue de l'introduction du référé-expertise, et de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs, laquelle leur a permis d'avoir accès au dossier médical de leur mère. Ces frais ont été utiles à la résolution du litige. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu du partage de responsabilité retenu aux points 7 et 9 ci-dessus, de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à verser à Mme I E et M. G E la somme de 1 756,87 euros chacun, et de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à verser à Mme I E et M. G E la somme de 1 756,87 euros chacun. En revanche, si les requérants sollicitent également l'indemnisation de sommes versées à deux autres médecins conseils, ces frais ne peuvent être regardés comme ayant été utiles à la résolution du litige, en l'absence de toute précision sur la nature de leur intervention.
S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :
17. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par les requérants, résultant du décès de Mme K M E, en condamnant l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à verser à Mme I E et à M. G E, enfants de la victime, âgés respectivement de 47 ans et 46 ans au moment du décès et ne cohabitant pas avec la victime, la somme de 5 000 euros chacun et à M. A E, à Mme J E, à M. H E et à M. D E, petits-enfants de la victime, la somme de 2 500 euros chacun.
18. En deuxième lieu, si les requérants sollicitent l'indemnisation d'un préjudice d'accompagnement, ils n'établissent pas que l'hospitalisation de Mme K M E, entre le 10 décembre 2021 et le 16 janvier 2022, ait entraîné un bouleversement dans leurs conditions d'existence, alors qu'ils ne partageaient pas une communauté de vie avec leur mère et grand-mère. Dans ces conditions, l'existence d'un préjudice d'accompagnement ne peut être regardée comme établie.
19. En troisième lieu, si les requérants sollicitent l'indemnisation d'un préjudice moral d'impréparation, résultant du manquement des médecins à l'obligation d'informer leur mère et grand-mère des risques encourus, la réparation d'un tel chef de préjudice ne peut toutefois bénéficier qu'à la patiente elle-même, seule créancière de l'obligation d'information, et non à ses proches. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à solliciter l'indemnisation de ce chef de préjudice.
20. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Martinique doit être condamné à verser aux ayants droit de Mme K M E la somme de 15 555 euros, et à Mme I E et à M. G E la somme de 1 756,87 euros chacun. L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit être condamné à verser à Mme I E et à M. G E la somme de 9 582,66 euros chacun, et à M. A E, à Mme J E, représentée par son représentant légal, à M. H E, représenté par son représentant légal, et à M. D E, représenté par son représentant légal, la somme de 2 500 euros chacun.
Sur la déclaration de jugement commun :
21. La caisse générale de sécurité sociale de la Martinique a été mise en cause dans la présente instance, et n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer le jugement commun.
Sur les dépens :
22. Par une ordonnance n° 2200178 du 9 janvier 2023, la présidente du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires du docteur L B, expert, et de son sapiteur, à la somme globale de 3 047 euros. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et compte tenu du partage de responsabilité retenu aux points 7 et 9 ci-dessus, de mettre ces frais d'expertise à la charge définitive, pour moitié, du centre hospitalier universitaire de Martinique et, pour l'autre moitié, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Sur les frais liés au litige :
23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une somme globale de 1 500 euros, au titre des frais exposés par Mme I E, M. G E et M. A E et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en revanche, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une quelconque somme au titre des frais exposés par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affectations iatrogènes et des infections nosocomiales et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Martinique est condamné à verser aux ayants droit de Mme K M E la somme globale de 15 555 euros, à Mme I E la somme de 1 756,87 euros et à M. G E la somme de 1 756,87 euros.
Article 2 : L'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à Mme I E la somme de 9 582,66 euros, à M. G E la somme de 9 582,66 euros, à M. A E la somme de 2 500 euros, à Mme J E, représentée par son représentant légal, la somme de 2 500 euros, à M. H E, représenté par son représentant légal, la somme de 2 500 euros et à M. D E, représenté par son représentant légal, la somme de 2 500 euros.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Martinique versera à Mme I E, à M. G E et à M. A E une somme globale de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme I E et autres est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, aux fins d'appel en garantie, et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 6 : Les frais d'expertise, d'un montant de 3 047 euros, sont mis à la charge définitive, pour moitié, du centre hospitalier universitaire de Martinique et, pour l'autre moitié, de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 7 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme I E, première dénommée pour l'ensemble des requérants, au centre hospitalier universitaire de Martinique, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse générale de sécurité sociale de la Martinique.
Copie en sera adressée au docteur L B, expert.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2024.
Le rapporteur,
F. Lancelot
Le président,
J.-M. Laso La greffière,
M. C
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026