jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300631 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | YANG-TING HO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 9 janvier 2024, la Selarl Amcor juristes et associés, représentée par Me Manville, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Sainte-Anne à lui verser une somme d'un montant total de 16 500 euros hors taxe, soit 17 902,50 euros toutes taxes comprises, au titre du règlement de deux factures d'honoraires qu'elle a établies dans le cadre de la défense de M. C A, ancien maire de la ville objet de poursuites pénales ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Anne une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la recevabilité de sa requête :
- sa requête est recevable puisque l'existence d'une procédure pendante devant le Premier président de la cour d'appel de Fort-de-France concernant la taxation de ses honoraires d'avocat ne fait pas obstacle au présent recours ;
- elle est encore recevable dans mesure où, en l'absence de notification de la délibération du conseil municipal du 16 février 2023, aucun délai de recours contentieux n'a pu commencer à courir ;
S'agissant du bien-fondé de sa demande de paiement :
- la commune de Sainte-Anne ne pouvait légalement refuser le paiement des factures d'honoraires concernant la défense de M. A, ancien maire de la commune ;
- en effet, elle a assuré la coordination de la défense, avec deux autres confrères, de l'ancien maire dont la responsabilité pénale a été mise en cause dans le cadre d'une procédure d'attribution d'un marché public concernant le nettoiement des voies et espaces publics de la ville ;
- le montant total de 17 360 euros toutes taxes comprises des honoraires qu'elle a facturés à M. A était justifié par le degré de complexité de la procédure, qui a nécessité l'accomplissement de nombreuses diligences, ainsi que par la notoriété incontestable de son cabinet, qui justifie le tarif des prestations ;
- elle est donc fondée à demander le paiement de ses factures d'honoraires auprès de la commune de Sainte-Anne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, la commune de Sainte-Anne, représentée par la Selasu Yang-Ting Ho, agissant par l'intermédiaire de Me Yan-Ting Ho, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable dans la mesure où un litige identique est pendant devant la cour d'appel de Fort-de-France, après que le bâtonnier de l'ordre des avocats de Fort-de-France ait décliné sa compétence par ordonnance du 14 septembre 2023 ;
- la requête est encore irrecevable dans la mesure où la délibération du conseil municipal de la commune de Sainte-Anne du 16 février 2023 refusant d'accorder à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle est devenue définitive faute d'avoir été contestée dans le délai de recours ;
- les moyens soulevés par la Selarl Amcor juristes et associés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 20 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2024.
En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, les pièces complémentaires de la commune de Sainte-Anne, enregistrées le 11 mars 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La Selarl Amcor juristes et associés a adressé à la commune de Sainte-Anne, les 21 septembre 2022 et 5 décembre 2022, deux demandes de paiement de deux factures d'honoraires d'avocat se rapportant à la défense de M. A, ancien maire de la commune poursuivi devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France. Par délibération du 16 février 2023, le conseil municipal de la commune de Sainte-Anne a rejeté ces demandes de paiement. Dans la présente instance, la Selarl Amcor juristes et associés doit être regardée comme demandant au tribunal administratif de la Martinique de condamner la commune de Sainte-Anne à lui verser une somme d'un montant total de 16 500 euros hors taxe, soit 17 902,50 euros toutes taxes comprises, au titre du règlement de ses deux factures d'honoraires.
Sur la demande de paiement :
2. L'article L. 2123-34 du code général des collectivités territoriales dispose : " () La commune est tenue d'accorder sa protection au maire, à l'élu municipal le suppléant ou ayant reçu une délégation ou à l'un de ces élus ayant cessé ses fonctions lorsque celui-ci fait l'objet de poursuites pénales à l'occasion de faits qui n'ont pas le caractère de faute détachable de l'exercice de ses fonctions () ". Dans le cadre du bénéfice de la protection fonctionnelle instaurée par les dispositions précitées de l'article L. 2123-34 du code général des collectivités territoriales au bénéfice du maire, des élus le suppléant ou ayant reçu une délégation ou de ces élus ayant cessé leurs fonctions, la commune peut, dans certaines conditions, ne prendre en charge qu'une partie des honoraires demandés par l'avocat de l'élu lorsque le nombre d'heures facturées ou déjà réglées apparaît manifestement excessif. Dans ce cas, le règlement du solde incombe à l'agent dans le cadre de ses relations avec son conseil.
3. En outre, ainsi que le rappelle la circulaire FP n° 2158 du 5 mai 2008 du ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique, la collectivité publique a la possibilité, sans toutefois y être tenue et sans préjudice de la convention conclue entre l'avocat et l'élu au titre de l'article 10 de la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971, portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques, de conclure elle-même une convention avec l'avocat de l'élu et, le cas échéant, l'élu demandeur de la protection fonctionnelle afin de déterminer le montant des honoraires, frais, débours et émoluments pris en charge au titre de la protection fonctionnelle que la collectivité règle directement à l'avocat.
4. En l'espèce, M. C A, maire de la ville de Sainte-Anne entre 1989 et 2014, a été renvoyé devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France pour des faits d'atteinte à la liberté et à l'égalité des candidats à l'accès aux contrats de la commande publique concernant l'attribution, le 27 mars 2012, d'un marché de service de nettoiement des voies et espaces du bourg de la commune. Par jugement du 12 septembre 2022, le tribunal correctionnel a prononcé sa relaxe, après avoir constaté la prescription de l'action publique, et a rejeté en conséquence la demande de condamnation civile de la commune de Sainte-Anne. Pour assurer sa défense dans le cadre de la procédure de première instance, M. A a fait appel aux services d'un collectif d'avocats constitué autour de la Selarl Amcor juristes et associés, qui en a assuré la coordination. La société requérante a établi au nom de l'ancien maire deux factures d'honoraires, datés des 22 février 2022 et 20 juin 2022, d'un montant total de 16 000 euros hors taxe, soit 17 360 euros toutes taxes comprises. Par deux courriers datés des 21 septembre 2022 et 5 décembre 2022, la société d'avocats a demandé à la commune de Sainte-Anne de régler ses deux factures d'honoraires. Par délibération du 16 février 2023, le conseil municipal de la ville a refusé de régler les deux factures.
5. Il résulte de l'instruction que M. A a sollicité auprès de la commune de Sainte-Anne, le 22 février 2022, le bénéfice de la protection fonctionnelle, prévue à l'article L. 2123-34 cité précédemment du code général des collectivités territoriales, à raison des poursuites pénales dont il a fait l'objet et qui ont conduit à son renvoi devant le tribunal correctionnel de Fort-de-France. Toutefois, le conseil municipal de la commune a rejeté cette demande par délibération du 16 février 2023. Il est en outre constant que la commune de Sainte-Anne n'a jamais conclu la moindre convention avec la Selarl Amcor juristes et associés, afin de déterminer le montant des honoraires et frais d'avocat pris en charge au titre d'une quelconque protection fonctionnelle accordée à son ancien maire et de prévoir le règlement directement par la ville des factures d'honoraires établies par l'avocat. Il s'ensuit que, en l'absence de toute décision accordant la protection fonctionnelle à M. A et de toute convention conclue avec la ville prévoyant le règlement par celle-ci des honoraires directement auprès du cabinet d'avocat, la commune de Sainte-Anne ne saurait être tenue au paiement des factures litigieuses que la Selarl Amcor juristes et associés a établies au nom de l'ancien maire, et ce à supposer même que les honoraires d'avocat ainsi facturés puissent être regardés comme ne présentant pas un caractère manifestement excessif, ainsi que la société requérante tente de le démontrer dans ses écritures. Les moyens de la Selarl Amcor juristes et associés ainsi soulevés ne sont dès lors pas fondés. Ils doivent, par suite, être écartés.
6. Il résulte de ce qui précède que la demande de paiement de la Selarl Amcor juristes et associés n'est pas fondée. Elle doit, par suite, être rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Sainte-Anne, ni sur la recevabilité de la requête.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Sainte-Anne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la Selarl Amcor juristes et associés demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Selarl Amcor juristes et associés est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Selarl Amcor juristes et associés et à la commune de Sainte-Anne.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLa greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026