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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300662

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300662

lundi 27 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300662
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRAPADY ALAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 novembre 2023 et le 16 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Rapady, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des redevances domaniales afférentes au logement de fonction qu'elle occupe, pour un montant de 22 300 euros ;

2°) à titre subsidiaire, d'annuler les titres de perception émis par la responsable du centre de services partagés de la direction nationale d'interventions domaniales le 18 janvier 2023, le 6 février 2023 et le 6 mars 2023 ;

3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que les bordereaux des titres de perception sont signés par l'ordonnateur ;

- les titres de perception comportent une motivation erronée, dans la mesure où l'adresse du logement qu'elle occupe est inexacte ;

- la créance est mal fondée, dès lors qu'elle bénéficie d'une concession de logement accordée par nécessité absolue de service, à titre gratuit, en application de l'article R. 2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2024, le service local du domaine de la direction régionale des finances publiques de la Martinique conclut au rejet de la requête et, à titre reconventionnel, à ce que Mme C soit condamnée à verser la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article 32-1 du code de procédure civile et la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article 1382 du code civil.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la rectrice de l'académie de Martinique et le directeur national d'interventions domaniales sont incompétents pour défendre dans la présente instance ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

La procédure a été régulièrement communiquée à la direction nationale d'interventions domaniales, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de procédure civile ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 2 novembre 2015 fixant les listes de fonctions des services de l'Etat du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche prévues aux articles R. 2124-65 et R. 2124-68 du code général de la propriété des personnes publiques pouvant ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou d'une convention d'occupation précaire avec astreinte ;

- l'arrêté du 30 décembre 2020 fixant les listes de fonctions des services de l'Etat du ministère de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports prévues aux articles R. 2124-65 et R. 2124-68 du code général de la propriété des personnes publiques pouvant ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou d'une convention d'occupation précaire avec astreinte ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, qui a été nommée dans l'emploi de secrétaire générale de l'académie de Martinique à compter du 1er novembre 2020, bénéficie d'un logement de fonction en vertu d'un avenant au contrat de bail du 30 novembre 2020 conclu avec un bailleur privé et l'Etat. Elle a été destinataire de 29 titres de perception, émis le 18 janvier 2023, le 6 février 2023 et le 6 mars 2023 par la responsable du centre de services partagés de la direction nationale d'interventions domaniales, pour le recouvrement de redevances domaniales mises à sa charge pour la période du 1er novembre 2020 au 31 mars 2023, durant laquelle elle a bénéficié du logement de fonction. L'intéressée a formé des réclamations préalables contre ces titres de perception les 13 mars 2023 et 14 avril 2023, qui ont fait l'objet de décisions implicites de rejet. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal, à titre principal, de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 22 300 euros, et à titre subsidiaire l'annulation des titres de perception.

Sur la régularité des titres :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire. Les nom, prénom et qualité de la personne ayant signé l'état revêtu de la formule exécutoire doivent, en revanche, être mentionnés sur le titre de perception, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

4. Il résulte de l'instruction que les états récapitulatifs des créances, émis les 18 janvier 2023, 6 février 2023 et 6 mars 2023 et revêtus de la formule exécutoire, comportent la signature de Mme B D, inspectrice divisionnaire des finances publiques responsable du centre de services partagés de la direction nationale d'interventions domaniales, dont les nom, prénom et qualité sont mentionnés sur les titres de perception correspondants. Le moyen tiré de l'absence de signature des états récapitulatifs des créances doit, par suite, être écarté comme manquant en fait.

5. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". En vertu de ces dispositions, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

6. En l'espèce, les titres de perception en litige indiquent tant l'ordonnateur que le redevable, le montant global à percevoir, mentionnent comme objet " redevance domaniale relative à la convention d'occupation précaire avec astreinte délivrée le 21 octobre 2020 " et citent les dispositions applicables du code général de la propriété des personnes publiques. S'agissant du détail du montant à payer, ils précisent la période d'occupation concernée ainsi que les éléments qui ont été pris en compte pour déterminer le montant, en particulier le prix au m2 et la surface totale du logement. S'il est constant que les titres de perception indiquent par erreur que le bien occupé est situé à l'adresse 8 boulevard de Verdun à Fort-de-France, alors que le logement de fonction de Mme C se situe en réalité au 22 rue Edmond Aubin à Schœlcher, une telle erreur matérielle, qui n'a pu induire en erreur la requérante quant à la nature de la créance, est sans incidence sur la légalité des titres de perception, qui ne sont pas entachés d'insuffisance de motivation. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

Sur le bien-fondé de la créance :

7. D'une part, l'article R. 2124-65 du code général de la propriété des personnes publiques dispose que : " Une concession de logement peut être accordée par nécessité absolue de service lorsque l'agent ne peut accomplir normalement son service, notamment pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de responsabilité, sans être logé sur son lieu de travail ou à proximité immédiate. / Des arrêtés conjoints du ministre chargé du domaine et des ministres intéressés fixent la liste des fonctions qui peuvent ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service " et l'article R. 2124-67 du même code dispose que : " La concession de logement accordée par nécessité absolue de service comporte la gratuité de la prestation du logement nu. Elle est accordée par priorité dans des immeubles appartenant à l'Etat ".

8. D'autre part, l'article R. 2124-68 du code général de la propriété des personnes publiques dispose que : " Lorsqu'un agent est tenu d'accomplir un service d'astreinte mais qu'il ne remplit pas les conditions ouvrant droit à la concession d'un logement par nécessité absolue de service, une convention d'occupation précaire avec astreinte peut lui être accordée. Elle est accordée par priorité dans des immeubles appartenant à l'Etat. / Une redevance est mise à la charge du bénéficiaire de cette convention. Elle est égale à 50 % de la valeur locative réelle des locaux occupés. / Des arrêtés conjoints du ministre chargé du domaine et des ministres intéressés fixent la liste des fonctions comportant un service d'astreinte qui peuvent ouvrir droit à l'attribution d'une convention d'occupation précaire ".

9. Il ressort des arrêtés ministériels du 2 novembre 2015 et du 30 décembre 2020 fixant les listes de fonctions des services de l'Etat du ministère de l'éducation nationale prévues aux articles R. 2124-65 et R. 2124-68 du code général de la propriété des personnes publiques pouvant ouvrir droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service ou d'une convention d'occupation précaire avec astreinte, que seules les fonctions de recteur d'académie et de gardien dans le département de Martinique ouvrent droit à l'attribution d'une concession de logement par nécessité absolue de service, tandis que les fonctions de secrétaire général d'académie n'ouvrent droit, en Martinique, qu'à l'attribution d'une convention d'occupation précaire avec astreinte.

10. Il résulte de l'instruction que, par avenant n°2 à la convention de bail, conclu le 30 novembre 2020 entre le bailleur privé, le directeur régional des finances publiques de la Martinique, le recteur de l'académie de Martinique et Mme C, le logement situé résidence Grand Large au 22 rue Edmond Aubin à Schœlcher, a été pris à bail par l'Etat afin de loger Mme C. Cet avenant précise que le logement est attribué à Mme C, à compter du 1er novembre 2020, qui en raison de sa nomination au poste de secrétaire générale d'académie de Martinique bénéficie d'une concession de logement par nécessité absolue de service, en application de l'article R. 2124-68 du code général de la propriété des personnes publiques. S'il est regrettable que l'avenant soit entaché d'une telle confusion, en ce qu'il mentionne l'existence d'une concession de logement par nécessité absolue de service tout en citant les dispositions applicables à la convention d'occupation précaire avec astreinte, il résulte toutefois de ce qui précède que les fonctions de secrétaire général d'académie de Martinique ne peuvent ouvrir droit qu'à l'attribution d'une convention d'occupation précaire avec astreinte, ce que l'intéressée n'ignorait au demeurant pas, au vu de sa réclamation du 14 avril 2023. Par suite, la responsable du centre de services partagés de la direction nationale d'interventions domaniales était fondée à émettre les titres de perception en litige afin de recouvrer les redevances domaniales relatives à l'occupation de son logement de fonction par Mme C. Le moyen tiré de l'absence de bien-fondé des titres doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions de Mme C tendant à ce que le tribunal prononce la décharge des redevances domaniales afférentes au logement de fonction qu'elle occupe, pour un montant de 22 300 euros, ou à défaut l'annulation des titres de perception émis par la responsable du centre de services partagés de la direction nationale d'interventions domaniales les 18 janvier 2023, 6 février 2023 et 6 mars 2023, doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles du service local du domaine de la direction régionale des finances publiques de la Martinique :

12. Si le service local du domaine demande, à titre reconventionnel, la condamnation de Mme C à verser la somme de 3 000 euros pour procédure abusive, sur le fondement de l'article 32-1 du code de procédure civile, ainsi que la somme de 3 000 euros pour résistance abusive, sur le fondement de l'article 1382 du code civil, les dispositions invoquées sont inapplicables dans le présent litige, alors au demeurant qu'il ne résulte pas de l'instruction que la requête de Mme C présenterait un caractère abusif.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme C la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du service local du domaine de la direction régionale des finances publiques de la Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article 32-1 du code de procédure civile et de l'article 1382 du code civil sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la direction nationale d'interventions domaniales et à la direction régionale des finances publiques de la Martinique.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Phulpin, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2025.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

Le greffier,

J.-H. Minin

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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