lundi 25 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2300714 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CATOL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 novembre 2023 et 23 septembre 2024, la société Idex Energie Antilles Guyane (IEAG), représentée par Me Cordier, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la collectivité territoriale de la Martinique (CTM) à lui verser les sommes provisionnelles de 159 126,70 euros au titre de 25 factures impayées, 71 122,79 euros au titre des intérêts moratoires et 1 360 euros au titre des indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement ;
2°) de condamner la CTM à lui verser la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance de 159 126,70 euros correspondant à 25 factures impayées émises au titre de trois accords-cadres n'est pas sérieusement contestable dès lors que des paiements partiels ont été versés et que certaines sommes ont seulement été mandatées et non payées ;
- la créance correspondant aux intérêts moratoires dus sur les factures impayées n'est pas sérieusement contestable en application de l'article 5.3 des cahiers des clauses administratives et particulières (CCAP) applicables, en cas de retard de paiement des factures émises ;
- la créance correspondant aux indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement des factures impayées ou payées tardivement n'est pas sérieusement contestable en application de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique.
Par un courrier du 4 décembre 2023, les parties ont été invitées par le tribunal administratif à recourir à une procédure de médiation sur le fondement de l'article L. 213-7 du code de justice administrative.
Par un courrier du 8 janvier 2024, la société IEAG a accepté la médiation proposée.
La CTM qui n'a pas fait connaître son point de vue sur la proposition de médiation dans le délai d'un mois qui lui était imparti à compter de la réception du courrier du 4 décembre 2023, est réputée refuser la médiation proposée.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 septembre et le 20 octobre 2024, la collectivité territoriale de Martinique (CTM), représentée par Me Catol, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la créance principale est sérieusement contestable dès lors que son montant est différent de celui présenté dans le mémoire en réclamation ;
- elle justifie du règlement des factures ou de leur mandatement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La CTM et la société IEAG ont conclu trois accords-cadres à bons de commande portant respectivement sur des travaux de plomberie sanitaire et gaz dans le patrimoine bâti de la collectivité (lot n°5, secteur centre 2, de l'accord-cadre n°2017ATDB1899), sur des travaux des plomberie (lot n°3, secteur nord 2, de l'accord-cadre à bons de commande n°2017ABT000044) et la fourniture, l'installation et l'entretien de climatiseurs (lot n°5, secteur centre, de l'accord-cadre n°2021ABT000044). Par un courrier du 19 juin 2023, la société IEAG a mis en demeure la collectivité de procéder au paiement de la somme totale de 495 224,33 euros correspondant aux prestations réalisées dans le cadre des trois accords-cadres. Puis, le 6 septembre 2023, la requérante a adressé un mémoire en réclamation à la collectivité formulant une demande paiement d'un montant total de 517 991,02 euros correspondant aux factures impayées, aux intérêts moratoires et aux indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement. Par la présente requête, la société IEAG demande au juge des référés, saisi le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la CTM, dans le dernier état de ses écritures, à lui verser les sommes provisionnelles de 159 126,70 euros au titre de 25 factures impayées, 71 122,79 euros correspondant aux intérêts moratoires et 1 360 euros au titre aux indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement.
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
Sur la demande de provision :
4. Concernant l'accord-cadre n° 2017ATDB1899, il résulte de l'instruction que les factures n°s 23000037, 320588008, 2300002 et 57L0907334 ont été réglées. Ainsi, la collectivité reste redevable des factures n°s 2300038, d'un montant de 9 561,02 euros, 2300039, d'un montant de 7 230,14 euros, 2300040, d'un montant de 2 089,64 euros calculé sur 95 %, 2300041, d'un montant de 2 700,57 euros calculé sur 95 %, 320288005, d'un montant de 3 795,33 euros et 390388064, d'un montant de 3 821,37 euros. Par suite, au titre de l'accord-cadre n° 2017ATDB1899, seule la créance totale de 29 198,07 euros présente un caractère non sérieusement contestable.
5. Concernant l'accord-cadre n° 2017ATDB1913, il résulte de l'instruction que les factures n°s 2300044, 320588009, 320588009 et 320388011 ont été réglées. Par ailleurs, la collectivité justifie avoir mandaté le paiement de la facture n° 320288007 et celui de la facture 320388008. Ainsi, au titre de l'accord-cadre n° 2017ATDB1913, seule la facture 320588010 d'un montant de 23 529,48 euros demeure impayée.
6. Concernant l'accord-cadre n° 2021ABT000044, il résulte de l'instruction que la collectivité a réglé la facture n° C221031603. Sur la facture n° 0221001099, d'un montant de 9 795,38 euros, la collectivité a réglé la somme de 5 574,47 euros et reste redevable de la somme de 4 220,91 euros. Sur la facture n° C22103606, d'un montant de 18 626,74 euros, la collectivité a réglé la somme de 6 208,91 euros et reste redevable de la somme de 12 417,83 euros. Sur la facture n° C221031605, d'un montant total de 21 238,88 euros, la collectivité a réglé la somme de 7 079,63 euros et reste redevable de la somme 14 159,25 euros. En revanche, si la collectivité allègue qu'elle a mandaté le paiement des factures n°s 0220305898 (représentant la retenu de garantie de 5 %), C211231582, C220331603 et C221031604, elle n'apporte aucun élément permettant de justifier de ces mandatements. Par suite, au titre de l'accord-cadre n° 2021ABT000044, seule la créance totale d'un montant de 68 726,89 euros correspondant aux factures n° 0220305898, C211231582, C220331603, C221031604 et au solde des 3 factures précitées partiellement payées, présente un caractère non sérieusement contestable.
7. Il résulte de ce qui précède que la société IEAG est seulement fondée à solliciter la condamnation de la CTM à lui verser une provision d'un montant total de 121 454,44 euros correspondant aux factures impayées précitées dans les trois accords-cadres, sous réserve de paiements complémentaires intervenus postérieurement dont le juge des référés n'aurait pas eu connaissance.
Sur les intérêts moratoires :
8. Aux termes de l'article 5.3 des CCAP applicables aux accords-cadres : " délais maximum de paiement - Le maître d'ouvrage s'engage à payer les sommes dues au titulaire de l'exécution du présent marché dans un délai de 30 jours. () 5.5 Taux des intérêts moratoires - Le taux des intérêts moratoires qui sera, en cas de retard dans les paiements, appliqué au titre du présent marché est le taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque Centrale européenne à son opération de refinancement principal la plus récente effectuée avant le premier jour de calendrier du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points. ".
9. Il résulte de ce qui précède que la société IEAG a droit à des intérêts moratoires en raison du retard de paiement de la CTM. Toutefois, eu égard à ce qui a été exposé précédemment, la société IEAG est seulement fondée à solliciter la somme provisionnelle de 19 908,24 euros correspondant aux intérêts moratoires dus sur les factures impayées, sous réserve de paiements complémentaires intervenus postérieurement. En revanche, concernant les factures dont il résulte de l'instruction qu'elles ont été réglées dans leur totalité ou partiellement, les éléments versés au dossier ne permettent pas au juge des référés d'apprécier le caractère incontestable de la créance et son quantum.
Sur les indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement :
10. Aux termes de l'article L. 2192-13 du code de la commande publique : " () Le retard de paiement donne lieu, de plein droit et sans autre formalité, au versement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par voie réglementaire. / Lorsque les frais de recouvrement exposés sont supérieurs au montant de l'indemnité forfaitaire prévue à l'alinéa précédent, le créancier peut demander une indemnisation complémentaire, sur justification ". Aux termes de l'article D. 2192-35 du même code : " Le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ".
11. Il résulte de ce qui précède que 11 factures demeurent impayées et 3 ont été partiellement payées. Par suite, seule la créance d'un montant de 560 euros correspondant aux indemnités forfaitaires pour frais de recouvrement présente un caractère non sérieusement contestable, sous réserve de paiements complémentaires intervenus postérieurement.
Sur les frais d'instance :
12. Dans les circonstances de l'espère, il y a lieu de mettre à la charge de la CTM la somme de 1 500 euros à verser à la société IEAG au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, cette société n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la CTM à ce même titre ne peuvent qu'être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La CTM est condamnée à verser à la société IEAG la somme provisionnelle de 121 454,44 euros correspondant aux factures impayées des accords-cadres n°s 2017ATDB1899, 2017ATDB1912 et 2021ABT000044, sous réserve de paiements complémentaires intervenus postérieurement.
Article 2 : La CTM est condamnée à verser à la société IEAG une somme provisionnelle de 19 908,24 euros correspondant aux intérêts moratoires, sous réserve de paiements complémentaires intervenus postérieurement.
Article 3 : La CTM est condamnée à verser à la société IEAG la somme provisionnelle de 560 euros correspondant aux indemnités de frais de recouvrement, sous réserve de paiements complémentaires intervenus postérieurement.
Article 4 : La CTM est condamnée à verser à la société IEAG la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Idex Energie Antilles-Guyane et à la collectivité territoriale de Martinique.
Copie en sera adressée à la Chambre régionale des comptes Antilles - Guyane.
Fait à Schoelcher, le 25 novembre 2024.
Le juge des référés,
J-M. Laso
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026