jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400201 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP DIDIER, PINET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, et un mémoire complémentaire, enregistré le 6 mai 2024, la SA Usine du Marin, représentée par la Selarl Cabinet François Pinet, représentée par Me Pinet, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 116 332,21 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subi sur la période du 18 mai 2021 au 31 décembre 2023 en raison du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique pour l'exécution du jugement d'expulsion rendu en sa faveur par le tribunal de grande instance de Fort-de-France le 13 février 1990, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 novembre 2023 et de la capitalisation des intérêts ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme mensuelle de 4 384,30 euros à compter du 1er janvier 2024 en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subi en raison du refus du préfet d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution du jugement d'expulsion rendu par le tribunal de grande instance de Fort-de-France le 13 février 1990, assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 novembre 2023 et de la capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable puisqu'elle a formé une demande indemnitaire préalable le 27 novembre 2023 à laquelle le préfet n'a pas répondu ni n'a délivré l'accusé de réception prévu par l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée dès lors que le préfet de la Martinique a opposé des décisions de refus aux multiples demandes de concours de la force publique qu'elle a présentées depuis 1993 afin d'obtenir l'exécution du jugement d'expulsion rendu en sa faveur par le tribunal de grande instance de Fort-de-France le 13 février 1990 ;
- la responsabilité pour faute de l'Etat est également engagée puisque la dernière décision de refus de concours de la force publique dont elle a fait l'objet a été annulée par un jugement du tribunal administratif de la Martinique n° 1800172 du 17 mai 2021 ;
- l'Etat a encore commis une faute dans la mesure où il n'a accompli aucune mesure pour procéder à l'expulsion des occupants sans titre de son terrain malgré les mesures d'injonction que lui a adressées le tribunal administratif dans ses jugements n° 1900681 du 17 mai 2021 et n° 2200437 du 23 décembre 2022 ;
- cette situation lui cause un préjudice de jouissance caractérisé par des pertes de loyers, puisque les occupants sans titre ont entravé les accès à sa propriété, occupent la totalité de sa superficie et ont édifié de nombreuses constructions ;
- elle évalue ce préjudice à la somme de 46 611,50 euros par an, soit un total de 106 332,21 euros pour la période du 18 mai 2021 au 31 décembre 2023, et un total de 3 384,30 euros par mois depuis le 1er janvier 2024 ;
- elle subit également un préjudice moral du fait de la mauvaise volonté caractérisée de l'Etat de lui refuser le concours de la force publique depuis près de trente ans, qu'elle évalue à la somme de 10 000 euros pour la période du 18 mai 2021 au 31 décembre 2023, puis à 1 000 euros par mois depuis le 1er janvier 2024.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 avril 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 3 juin 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la SA Usine du Marin ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentante du préfet de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. La SA Usine du Marin a acquis, par un jugement d'adjudication du 23 mai 1950, un terrain dénommé " Habitation Anse Noire ", d'une superficie totale de 135 hectares, 37 ares et 17 centiares, situé sur le territoire de la commune de Sainte-Anne. Par un jugement en date du 13 février 1990, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Fort-de-France du 19 juin 1992, le tribunal de grande instance de Fort-de-France a ordonné l'expulsion des occupants sans titre de cette propriété. La société a sollicité à plusieurs reprises depuis 1993, et pour la dernière fois le 6 novembre 2017, le concours de la force publique en vue de l'exécution de ce jugement d'expulsion. Le préfet de la Martinique a opposé des décisions de refus sur ces demandes, dont la dernière a été annulée par un jugement du tribunal administratif de la Martinique n° 1800172 du 17 mai 2021. La SA Usine du Marin a parallèlement recherché la responsabilité de l'Etat afin d'obtenir réparation des préjudices résultant du défaut d'exécution du jugement d'expulsion rendu en sa faveur par le tribunal de grande instance de Fort-de-France le 13 février 1990. Par des jugements n° 0100250-0300042 du 31 décembre 2010, n° 1300511 du 9 juin 2016, n° 1500559 du 25 juillet 2017 et n° 1900481 du 17 mai 2021, le tribunal administratif de la Martinique a condamné l'Etat à indemniser la société des préjudices subis au cours de la période antérieure au 18 mai 2021. La SA Usine du Marin a alors formé auprès du préfet de la Martinique une demande indemnitaire tendant à l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à compter du 18 mai 2021 du fait du défaut d'exécution du jugement d'expulsion rendu en sa faveur par le tribunal de grande instance de Fort-de-France le 13 février 1990, par un courrier daté du 23 novembre 2023 qui est resté sans réponse. Dans la présente instance, la société demande au tribunal administratif de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison du défaut d'exécution du jugement d'expulsion du tribunal de grande instance de Fort-de-France le 13 février 1990 et de lui verser à ce titre une indemnité d'un montant total de 116 332,21 euros au titre de la période du 18 mai 2021 au 31 décembre 2023, une somme mensuelle de 4 384,30 euros à compter du 1er janvier 2024, et d'assortir ces montants des intérêts de retard au taux légal et de la capitalisation des intérêts.
Sur le désistement partiel d'action :
2. Par un protocole transactionnel signé le 17 mai 2024, dont une copie a été produite à l'instruction par le préfet de la Martinique et communiquée à la SA Usine du Marin qui n'a pas produit de réponse, les parties ont souhaité mettre fin au litige les opposant s'agissant de la demande de la société concernant l'indemnisation de la perte de loyers pour la période du 18 mai 2021 au 31 décembre 2023. Aux termes de l'article 2 de ce protocole, pris sur le fondement de l'article 2044 du code civil, l'accord transactionnel " règle définitivement et sans réserve, tout litige né ou à naître et emporte renonciation à tous droits, actions et prétentions de ce chef ". Il résulte clairement des mentions de cet acte et de l'absence de réponse de la société qui n'a pas remis en cause le protocole, que celle-ci s'est volontairement désistée des conclusions de la présente requête tendant à l'indemnisation du préjudice financier résultant des pertes de loyers pour la période du 18 mai 2021 au 31 décembre 2023. Ce désistement partiel d'action est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur le surplus des conclusions indemnitaires :
3. L'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution dispose : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation () ". Il résulte des principes gouvernant la responsabilité des personnes publiques, repris par les dispositions de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution d'une décision de justice ayant force exécutoire, la responsabilité de l'Etat étant susceptible d'être engagée en cas de refus pour faute ou même sans faute lorsque le refus est notamment fondé sur des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public.
En ce qui concerne le principe de responsabilité de l'Etat :
4. Il est constant que le préfet de la Martinique n'a jamais donné suite aux demandes de concours de la force publique, présentées depuis 1993 et à plusieurs reprises, par la société Usine du Marin, en vue d'obtenir l'exécution du jugement du 13 février 1990, par lequel le tribunal de grande instance de Fort-de-France a ordonné l'expulsion des occupants du terrain dénommé " Habitation Anse Noire " dont elle est propriétaire. Il est constant que, à la date du présent jugement, ces occupants n'ont toujours pas quitté les lieux, malgré que la dernière demande de concours de la force publique, présentée par la société Usine du Marin le 6 novembre 2017, ait fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par suite, l'Etat doit être condamné à indemniser la SA Usine du Marin des préjudices résultant de ce refus de concours de la force publique, pour les périodes postérieures à celles ayant déjà été indemnisées par les précédents jugements du tribunal administratif de la Martinique n° 0100250-0300042 du 31 décembre 2010, n° 1300511 du 9 juin 2016, n° 1500559 du 25 juillet 2017 et n° 1900481 du 17 mai 2021, et ce jusqu'à la date du présent jugement.
En ce qui concerne les préjudices :
5. En premier lieu, il est constant que le terrain litigieux dénommé " Habitation Anse Noire " fait l'objet d'une occupation illicite sur l'ensemble de sa superficie, égale à 135 hectares, 37 ares et 17 centiares, par des occupants sans droit ni titre qui ont notamment entravé les accès et édifié sans autorisation de nombreuses constructions à usage d'habitation. Dans ces conditions, la SA Usine du Marin est fondée à demander l'indemnisation du préjudice lié à l'impossibilité pour elle percevoir des loyers sur l'intégralité de la superficie du terrain entre le 1er janvier 2024 et la date du présent jugement. Compte-tenu de la valeur locative estimée du terrain, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la SA Usine du Marin en condamnant l'Etat à lui verser, au titre de ses pertes de loyer, la somme de 300 euros par hectare et par an, soit un montant total de 30 007,46 euros.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante, qui a engagé en vain depuis le 17 mai 2021 de nombreuses démarches, en particulier plusieurs actions juridictionnelles devant le tribunal administratif, en vue d'obtenir de l'Etat que celui-ci lui accorde le concours de la force publique et prenne les mesures permettant d'assurer l'exécution du jugement d'expulsion rendu en sa faveur le 13 février 1990, justifie avoir subi un préjudice moral. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral ainsi subi par la SA Usine du Marin entre le 18 mai 2021 et la date du présent jugement en l'évaluant à la somme globale de 1 200 euros.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à la SA Usine du Marin une indemnité d'un montant total de 31 207,46 euros en réparation de ses préjudices moral et financier.
Sur les intérêts de retard :
8. L'article 1231-6 du code civil dispose : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. / Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ".
9. La SA Usine du Marin a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 31 207,46 euros à compter du 27 novembre 2023, date de réception de sa demande par le préfet de la Martinique.
Sur la capitalisation des intérêts :
10. L'article 1343-2 du code civil dispose : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. " Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
11. La capitalisation des intérêts a été demandée à l'occasion du dépôt de la requête introductive d'instance, le 11 mars 2024. A la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter cette demande.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SA Usine et Marin et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de la SA Usine du Marin de ses conclusions tendant à l'indemnisation de son préjudice financier résultant des pertes de loyers pour la période du 18 mai 2021 au 31 décembre 2023.
Article 2 : L'Etat versera à la SA Usine du Marin une somme de 31 207,46 euros en réparation de ses préjudices, avec intérêts au taux légal à compter du 27 novembre 2023.
Article 3 : L'Etat versera à la SA Usine du Marin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SA Usine du Marin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie sera adressée pour information au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
M. Lancelot, premier conseiller,
M. Phulpin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le rapporteur,
V. Phulpin
Le président,
J-M. LasoLe greffier,
J-H. Minin
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026