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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2400286

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2400286

jeudi 14 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2400286
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2024, Mme C B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique sur sa demande du 14 décembre 2023, tendant au paiement de ses indemnités journalières de mission à l'étranger, pendant la période du 24 au 30 septembre 2023 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, sous astreinte de 250 euros par mois de retard, de lui verser la somme de 459,40 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 14 décembre 2023.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- la décision attaquée méconnaît la délibération de l'assemblée de Martinique n° 21-420-1 du 30 septembre 2021 ;

- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires.

La requête a été régulièrement communiquée à la collectivité territoriale de Martinique, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et ce en dépit d'une mise en demeure lui ayant été notifiée le 16 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de mission prévues à l'article 3 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 ;

- la délibération de l'assemblée de Martinique n° 21-420-1 du 30 septembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lancelot,

- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, rédactrice territoriale principale de 1ère classe, affectée à la collectivité territoriale de Martinique en qualité de cheffe du service en charge de l'instruction des aides aux entreprises, au sein de la direction des fonds européens, s'est rendue à Bruxelles, entre le 24 et le 30 septembre 2023, en exécution d'un ordre de mission délivré le 20 avril 2023 par le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, afin de suivre une formation intitulée " Conseiller en affaires européennes ". Le 12 décembre 2023, Mme B a obtenu, de la collectivité territoriale de Martinique, un virement de la somme de 824 euros, au titre de ses indemnités de mission pendant cette période. Estimant que cette somme ne couvrait pas la totalité des indemnités de mission auxquelles elle était éligible, Mme B a sollicité du président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, le 14 décembre 2023, le versement de la différence entre la somme versée et la somme de 1 283,40 euros, qu'elle estimait devoir percevoir. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique sur sa demande du 14 décembre 2023, et d'enjoindre au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique de lui verser la somme de 459,40 euros, majorée des intérêts moratoires à compter du 14 décembre 2023.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. Une copie de la requête de Mme B a été communiquée le 16 avril 2024 à la collectivité territoriale de Martinique, qui a été mise en demeure, le 15 juillet 2024, de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure est restée sans effet. L'inexactitude des faits allégués par Mme B ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier. Dans ces conditions, la collectivité territoriale de Martinique doit être réputée avoir admis leur exactitude matérielle, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 612-6 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans le cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ". Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite, par nature dépourvue de motivation, n'est pas illégale de ce seul fait, sauf lorsque la demande de communication des motifs de cette décision par son destinataire est restée sans réponse de l'administration dans le délai d'un mois à compter de la réception d'une telle demande.

5. Si Mme B soutient que la décision du 12 décembre 2023, par laquelle le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique a limité à la somme de 824 euros les indemnités de mission devant lui être versées, est dépourvue de toute motivation en fait et en droit, une telle décision ne peut être regardée comme une décision individuelle défavorable, et n'entre dans aucun des cas définis par les dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, s'agissant de la décision implicite de rejet résultant du silence gardé sur sa demande présentée le 14 décembre 2023, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme B ait demandé au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique de lui communiquer les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes du III de l'article 1er de la délibération de l'assemblée de Martinique du 30 septembre 2021, portant modalités de prise en charge des frais de mission hors de la Martinique des agents de la collectivité territoriale de Martinique : " Le montant des indemnités journalières de mission temporaire à l'étranger sont fixés par l'arrêté du 12 juillet 2018 modifiant l'arrêté du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de mission prévues à l'article 3 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006, fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ". L'annexe de l'arrêté du 3 juillet 2006, auquel il est ainsi renvoyé, fixe, dans sa version applicable à la date du déplacement de Mme B, à 206 euros le montant de l'indemnité journalière de mission relative aux déplacements en Belgique.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a présenté à la collectivité territoriale de Martinique une facture d'hôtel, correspondant à son hébergement à Bruxelles pour la période du dimanche 24 septembre 2023 au soir, jusqu'au samedi 30 septembre 2023 au matin, soit 6 nuitées, conformément à l'ordre de mission délivré par le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique le 20 avril 2023, ces nuitées étant indispensables compte tenu des horaires de début et de fin de la formation et du temps de déplacement en provenance et à destination de la Martinique. Par suite, Mme B est fondée à soutenir qu'elle est éligible à des indemnités de mission d'un montant total de 1 236 euros, soit 6 nuitées, et que c'est à tort que le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique a limité le montant de ses indemnités de mission à 824 euros, soit 4 nuitées. En revanche, en dépit des justificatifs produits, Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait éligible, en complément de cette somme de 1 236 euros, au remboursement de frais divers exposés pendant son séjour à Bruxelles, notamment de transports en commun et de taxi, pour un montant de 47,40 euros, dès lors qu'il ressort des dispositions précitées que l'indemnité journalière forfaitaire de 206 euros couvre l'ensemble des frais exposés par le fonctionnaire pendant son déplacement, y compris ce type de frais divers. Dans ces conditions, Mme B était seulement fondée à solliciter auprès du président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, en complément de la somme de 824 euros perçue le 12 décembre 2023, le versement d'une somme forfaitaire de 412 euros, correspondant à l'indemnisation forfaitaire de 2 nuitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de la délibération du 30 septembre 2021 doit être accueilli, dans cette mesure.

8. En troisième lieu, le respect du principe d'égalité ne saurait permettre à un fonctionnaire de bénéficier d'un avantage illégalement attribué à un autre fonctionnaire du même corps, placé dans la même situation. Dans ces conditions, Mme B ne peut utilement se prévaloir de ce qu'un autre agent, ayant participé à la même formation, aurait bénéficié d'indemnités de mission, sur la base de 6 nuitées, auxquelles s'est ajouté le remboursement de ses frais divers. Le moyen tiré de l'atteinte au principe d'égalité doit ainsi être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, sur sa demande présentée le 14 décembre 2023, en tant qu'elle refuse de lui verser la somme complémentaire de 412 euros. Le surplus de ses conclusions aux fins d'annulation doit être rejeté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique verse à Mme B la somme de 412 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 14 décembre 2023. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner cette mesure, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme B.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet, résultant du silence gardé par le président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, sur la demande présentée par Mme B le 14 décembre 2023, est annulée, en tant qu'elle refuse le versement à Mme B d'une somme de 412 euros.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Martinique, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de verser à Mme B la somme de 412 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 14 décembre 2023.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la collectivité territoriale de Martinique.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. Lancelot, premier conseiller,

M. Phulpin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2024.

Le rapporteur,

F. Lancelot

Le président,

J.-M. Laso La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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