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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200092

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200092

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantVILLEMOT WTS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 7 mars, 30 juin et 21 septembre 2022, la SARL GONDWANA PUEN et la SA OUTREMER FINANCE, représentées par la société d'avocats Villemot, Chaumont et Quéré, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 3 décembre 2021 par laquelle le ministre chargé du budget a refusé d'accorder l'agrément prévu par les dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts ;

2°) de mettre la somme de 5 000 euros à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les sociétés requérantes soutiennent que :

- le ministre commet une erreur d'appréciation en se fondant, pour refuser de délivrer l'agrément, sur l'absence d'intérêt économique du projet qui doit être apprécié au vu des besoins de la collectivité et de ses retombées prévisibles sur l'économie locale, notamment en terme de création d'emploi ;

- le ministre a ainsi retenu que le choix d'un établissement de type " écolodge " ne ressort pas des pièces présentées à l'administration alors qu'elle a chiffré toutes les installations de type écologique prévues pour ce projet ; celui-ci s'inscrit dans une politique de développement durable et a bénéficié de la maîtrise d'œuvre HQE/QEC et d'une assistance à la maîtrise d'ouvrage HQE/QEC validée et cofinancée par l'ADEME ainsi que de l'engagement des promoteurs de l'hôtel Gondwana Nouméa qui reste le seul hôtel certifié HQE de l'outre-mer ; le caractère écologique du projet a été reconnu par la direction de l'industrie, des mines et de l'énergie de la Nouvelle-Calédonie et l'ADEME ; les labels d'exploitation écologiques seront obtenus en plusieurs étapes ; ainsi le projet originel de l'établissement n'a pas évolué comme le fait valoir le ministre vers un projet d'hôtellerie plus conventionnelle ;

- le motif retenu par le ministre tenant au choix de l'emplacement de l'établissement ne peut non plus être retenu dès lors que l'emplacement sur un îlot reste en soi un facteur d'attractivité ; le projet a reçu le soutien de l'ensemble des autorités compétentes pour juger de son opportunité, de son sérieux et de la sécurité des tiers et investisseurs ; le choix de l'emplacement a été confirmé par le GIE de Nouvelle-Calédonie Tourisme Province Sud, par la mairie de Boulouparis et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, et a reçu le soutien des banques locales, un avis favorable de la direction des services fiscaux, de la direction des affaires économiques, de la direction de l'industrie, des mines et de l'énergie et de la présidente de la province Sud ; enfin il est prévu la création d'activités à la journée, qu'elles soient nautiques ou culturelles autour de ce projet avec la mise en place de partenariats en ce sens pour permettre d'avoir les activités nécessaires au développement du tourisme sur l'îlot ;

- le motif tenant à l'absence de positionnement sur le marché néo-calédonien ne peut non plus être retenu dès lors qu'une actualisation des données d'une étude de 2010 a été communiquée à l'administration et comprend des recherches documentaires et une étude qualitative ainsi qu'un rapport de l'IEOM de 2019 relatif à l'activité touristique et un rapport du CEROM relatif à l'impact économique de la crise du COVID 19 ; enfin l'agrément fiscal délivré par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie permet de démontrer l'intérêt économique de ce programme d'investissement, avec un taux d'occupation prévisionnel qui reste prudent ;

- le motif retenu par le ministre tenant à la réorientation nécessaire sur la seule clientèle locale en raison de la crise sanitaire ne peut non plus être retenu dès lors que le projet s'adresse à la fois à une clientèle locale et internationale, la clientèle locale permettant d'atteindre seule les objectifs fixés de remplissage de l'établissement ; enfin l'hôtel n'ouvrira pas avant fin 2023, date à laquelle la crise sanitaire devrait évoluer favorablement ;

- le ministre a aussi commis une erreur d'appréciation en retenant que le projet d'investissement présentait des risques pour les investisseurs et les tiers ;

- s'agissant des charges, le ministre a retenu que des activités proposées aux clients n'avaient pas été prises en compte dans le budget alors que certaines sont déjà existantes sur place et que les autres ne nécessitent pas d'aménagement important et ne représentent qu'une part infime du coût de l'immobilier ;

- le motif tenant à la sous-évaluation des charges de personnel ne peut être retenu dès lors que le nombre d'ETP est similaire à celui de l'hôtel Gondwana Nouméa et que le nombre de personnes en salle est susceptible d'évoluer ; quant aux stagiaires et aux extras, la somme prévue ne représente qu'une infime part du budget total du projet ; enfin les contraintes géographiques ne peuvent être prises en compte dès lors que des postes ont déjà été identifiés et que la pénurie de personnel dans le secteur hôtelier et la restauration n'est pas figée depuis la crise sanitaire ;

- le ministre ne peut non plus retenir l'absence de budgétisation du service de navette et la faible qualité de service alors que dix salariés de l'hôtel auront la capacité à piloter les navettes et que la formation des coûts liés au système de navette sera prise en charge par la direction de l'économie, de la formation et de l'emploi ou par la formation continue ;

- le motif tenant à l'absence de budgétisation de certaines infrastructures telles que parking et ponton ne peut non plus être retenu ; en effet les travaux de parking devaient être pris en charge par la commune et subventionné à 50% par l'Etat alors que la commune souhaite désormais que l'hôtel participe à cette dépense, ce coût n'étant au demeurant pas important et reste un élément totalement extérieur à la société requérante ;

- le motif tenant à l'absence de budgétisation de la piscine ne peut non plus être retenu dès lors que cet équipement n'avait pas été prévu au départ et que le projet a dû être modifié en raison du risque d'attaques de requins ;

- le ministre retient enfin à tort que les recettes prévues ne sont pas fiables en raison notamment d'une évaluation d'un taux d'occupation optimiste ; toutefois, l'ensemble des données permettant d'apprécier le taux d'occupation a été validé par les banques et un taux d'occupation très raisonnable a été retenu avec une hypothèse de 40,5 % la première année et de 44,3 % la deuxième année, ces taux étant prudents comparés au taux moyen des hôtels situés hors de Nouméa qui est de 53,8 % dans la catégorie 3 étoiles et notamment en comparant avec le Betikure Park Lodge situé en province Sud qui a été nommé au trophée du tourisme 2021 dans la catégorie du développement durable ; le comparatif fait avec l'hôtel Kanua Terra Ecolodge par l'administration ne peut être retenu s'agissant d'un hôtel connaissant des difficultés récurrentes depuis son ouverture et ayant surtout une vocation sociale ;

- le motif tenant à la surestimation de la quote part du chiffre d'affaires représentatif de l'activité restauration ne peut être retenu alors qu'il correspond au ratio estimé du Betikure ;

- enfin, le motif tenant aux conditions défavorables d'ouverture de l'établissement en raison de la crise sanitaire n'est pas établi dès lors qu'un rapport Xerfi de septembre 2021 fait état d'une reprise croissante de l'activité hôtelière pour atteindre les niveaux d'avant crise vers la fin de l'année 2023 et que la crise sanitaire a placé l'écologie et le développement durable comme des objectifs à atteindre ;

- en outre, il ressort de l'avis rendu par la commission consultative du 26 août 2021 que le haut-commissaire de la République entendait réserver une suite favorable au projet sous réserve de quelques conditions qui ont été remplies, que l'essentiel des dépenses avait été budgétées à l'exception de la piscine et que le ratio retenu par la société pour les coûts de revient du personnel reste cohérent avec celui donné à l'agence française de développement.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 mai et 13 juillet 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999, relatives à la Nouvelle-Calédonie ;

- le code général des impôts ;

- le code des impôts de la Nouvelle-Calédonie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SA OUTREMER FINANCE, mandatée par la SARL GONDWANA PUEN, a sollicité, le 7 juin 2019, le bénéfice d'un agrément auprès de la direction générale des finances publiques afin de bénéficier du régime d'aide à l'investissement prévu par les dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, au titre d'un programme d'investissement consistant en la construction d'un établissement hôtelier classé trois étoiles, de type " écolodge " sur l'îlot Puen, au large de Boulouparis dans la province Sud de la Nouvelle-Calédonie, ayant pour exploitant la SARL GONDWANA PUEN. Par un courrier du 1er juillet 2021, le ministre chargé du budget a opposé un refus à cette demande. A la suite de la saisine de la commission consultative nationale et de l'avis rendu par cette commission le 9 septembre 2021, le ministre chargé du budget a confirmé son refus par une décision du 3 décembre 2021. La SARL GONDWANA PUEN et la SA OUTREMER FINANCE demandent l'annulation de la décision du 3 décembre 2021 par laquelle le ministre chargé du budget a refusé de leur accorder l'agrément prévu par les dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts.

2. Aux termes de l'article 199 undecies B du code général des impôts : " I. Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent () en Nouvelle-Calédonie () dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34 () La réduction d'impôt prévue au présent I s'applique, dans les conditions prévues au vingt-sixième alinéa, aux investissements réalisés, par une société soumise de plein droit à l'impôt sur les sociétés dont les actions sont détenues intégralement et directement par des contribuables, personnes physiques, domiciliés en France au sens de l'article 4 B. En ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société. L'application de cette disposition est subordonnée au respect des conditions suivantes : 1° Les investissements ont reçu un agrément préalable du ministre chargé du budget dans les conditions prévues au III de l'article 217 undecies () ".

3. Aux termes de l'article 217 undecies du même code : " III. - 1. Pour ouvrir droit à déduction, les investissements mentionnés au I () concernant la rénovation et la réhabilitation d'hôtel, de résidence de tourisme et de village de vacances classés () doivent avoir reçu l'agrément préalable du ministre chargé du budget, après avis du ministre chargé de l'outre-mer. L'organe exécutif des collectivités d'outre-mer compétentes à titre principal en matière de développement économique est tenu informé des opérations dont la réalisation le concerne. / L'agrément est délivré lorsque l'investissement : a) Présente un intérêt économique pour le département dans lequel il est réalisé ; il ne doit pas porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou constituer une menace contre l'ordre public ou laisser présumer l'existence de blanchiment d'argent ; b) Poursuit comme l'un de ses buts principaux la création ou le maintien d'emplois dans ce département ; c) S'intègre dans la politique d'aménagement du territoire, de l'environnement et de développement durable ; d) Garantit la protection des investisseurs et des tiers. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les sociétés requérantes ont prévu un programme d'investissement d'un montant de 17 057 329 francs CFP HT comportant une composante immobilière pour la construction de l'établissement hôtelier d'un montant de 13 424 551 francs CFP HT et une composante mobilière pour l'acquisition des équipements mobiliers d'un montant de 3 632 778 francs CFP HT. Le financement de la partie immobilière est prévu par un crédit-bail d'une durée de dix ans accordé par la SAS PUEN IMMO à la SARL GONDWANA PUEN, mis en place après l'achèvement des fondations et l'achat de la partie immobilière et le financement de la partie mobilière est prévu par une location sur six années accordée par la SAS MOBILIER INVEST 2021 à la SARL GONDWANA PUEN.

5. Le ministre chargé du budget a notamment motivé sa décision par l'absence d'intérêt économique de l'investissement pour la Nouvelle-Calédonie et par l'absence de sécurité des investisseurs et des tiers.

6. Il a ainsi relevé que le projet avait évolué d'un établissement de type " écolodge " vers un établissement de style plus classique, sans label écologique, que l'attractivité de cet établissement prévu sur un îlot isolé ne disposant pas d'infrastructures touristiques comportait des risques et des contraintes d'exploitation spécifiques, avec une absence de budgétisation d'aménagements indispensables tels que les pontons d'accès pour les navettes, que le projet dont les coûts n'étaient pas clairement présentés avait évolué, notamment sur le type de clientèle prévue et les activités proposées et sur le positionnement de 2 en 3 étoiles, sans étude de marché actualisée et adaptée, en particulier après la crise sanitaire du covid 19. Le ministre a ainsi relevé que ces évolutions non budgétisées ne permettaient pas de s'assurer de l'attractivité du projet et de sa viabilité économique, en l'absence de présentation consolidée à jour du dernier état du projet et d'une étude de marché à jour.

7. Par ailleurs, la décision du ministre est motivée par le risque financier que le projet présente pour les investisseurs, notamment en raison de l'absence de budgétisation de certaines activités ou d'une estimation déraisonnable de ces activités, telles que la piscine, le ponton d'accès, le parking, le service de navette ainsi que certaines dépenses de fonctionnement, la sous-évaluation des charges de personnel, ou encore l'absence de formation des pilotes de navette avant l'ouverture de l'établissement. Enfin, le ministre a retenu pour refuser l'agrément, que le projet présentait un taux d'occupation très optimiste en l'absence d'établissement réellement comparable et d'étude actualisée et une surestimation de la quote-part du chiffres d'affaires représentatif de l'activité de restauration.

8. Les sociétés requérantes soutiennent, en premier lieu, que la décision du ministre est entachée d'erreur d'appréciation dans la mesure où le modèle économique retenu reste celui d'un établissement éco-responsable et que le calibrage du projet dans son ensemble n'a que peu évolué, à l'exception de l'ajout d'une piscine. Il n'est pas contesté que le projet comporte des équipements de nature à caractériser un établissement de type " écolodge " avec notamment des chauffe-eaux solaires, des toilettes sèches, le recyclage des déchets végétaux, un usage de véhicules électriques, une démarche de revégétalisation, un chantier vert à faibles nuisances ou l'utilisation du bois pour la construction, et que le caractère écologique du projet a été reconnu par l'ADEME et la direction de l'industrie, des mines et de l'énergie de la Nouvelle-Calédonie. S'il n'est pas contesté que ce projet n'a pas obtenu de label d'exploitation écologique de type Haute Qualité Environnementale ou " green globe " ou " earth check ", les sociétés prévoient d'obtenir ces labels une fois l'exploitation lancée, en plusieurs étapes, à la suite d'un audit et d'une étude par une commission. Ainsi, malgré l'évolution du projet, il ressort des éléments produits par les sociétés requérantes que le motif retenu par l'administration de l'absence de clarté du modèle économique du projet doit être écarté.

9. Le ministre chargé du budget relève que la présence de l'établissement hôtelier sur un îlot constitue certes un facteur d'attractivité mais que ce dernier étant dépourvu d'infrastructures touristiques nécessaires, ne permet pas de s'assurer de la viabilité de l'investissement et de son intérêt économique. Si les sociétés requérantes soulignent que le projet a reçu le soutien de différentes autorités, tels que le GIE Nouvelle-Calédonie Tourisme Province sud, la mairie de Boulouparis, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, ou la présidente de la province Sud ainsi que le soutien des banques locales et l'avis favorable de la direction des services fiscaux, de la direction des affaires économiques, de la direction de l'industrie, des mines et de l'énergie et que le projet a été amélioré avec la mise en place de partenariats pour différentes activités, tels que les spots nautiques, une ferme pédagogique pour enfants, des canoës et paddles, ou des soirées culturelles ainsi que des chemins de randonnées, il apparaît que certains aménagements ne sont pas prévus ni budgétés, notamment les pontons d'accès pour les navettes qui constituent un élément capital dans la cohérence du projet, ou encore la piscine ce qui ne permettait pas de regarder le projet comme suffisamment stabilisé et cohérent, comme l'a relevé, à juste titre, le ministre.

10. Les sociétés requérantes contestent l'absence de positionnement clair de l'établissement hôtelier sur le marché néo-calédonien, relevé par l'administration, en faisant valoir que l'étude réalisée en 2010 a fait l'objet d'une actualisation par des recherches documentaires sur l'état du marché touristique en Nouvelle-Calédonie et par la réalisation d'une étude qualitative auprès des professionnels du tourisme local et international ou de la clientèle local de l'hôtel Gondwana Nouméa, certifié HQE. Elles soutiennent qu'il ressort de ces éléments que le marché touristique est en pleine croissance, qu'un seul hôtel intervient dans le même environnement que le projet, que quatre hôtels classés trois étoiles en Nouvelle-Calédonie présentent un taux d'occupation supérieur aux prévisions faites pour l'établissement hôtelier et que les prévisions de l'activité touristique, notamment avec de la clientèle locale, sont prometteuses au vu d'un rapport de l'IEOM de 2019 ou du CEROM. Toutefois, les éléments d'actualisation produits sur l'étude réalisée en 2010, avec un sondage effectué sur 25 clients de l'hôtel Gondwana Nouméa ne présentent pas un caractère suffisamment solide et la réorientation compréhensible du projet vers une clientèle locale, en raison de la crise sanitaire, aurait nécessité une étude de marché sérieuse pour s'assurer de la viabilité économique du projet et de son attractivité au vu d'une présentation à jour du dernier état du projet et de la pertinence de l'ajout de nouvelles activités non prévues dans le projet initial.

11. Le ministre chargé du budget était ainsi fondé, au vu des incertitudes mentionnées aux points 9 et 10 à estimer que les sociétés requérantes n'avaient pas présenté un projet permettant de s'assurer de sa viabilité économique, au surplus dans le contexte d'une crise sanitaire qui nécessitait d'apprécier avec précision l'évolution de la clientèle pour déterminer la place respective de la clientèle locale et internationale et que ce projet se fondait principalement sur une étude de 2010 dont l'actualisation ne présentait pas, comme cela a été relevé, un caractère suffisamment solide.

12. Les sociétés requérantes soutiennent, en second lieu, que le ministre a commis une seconde erreur d'appréciation en retenant que le projet d'investissement présentait des risques financiers pour les investisseurs et les tiers.

13. Elles soutiennent que le motif tenant à l'absence de budgétisation de certaines activités, telles que des sorties snorkeling en bateau, des structures gonflables pour enfants, l'installation d'une piscine, ne pouvait être retenu par le ministre étant donné le faible coût des équipements nécessaires au regard de l'ensemble du projet et notamment de la partie immobilière. Toutefois l'absence de budgétisation des équipements nécessaires par les sociétés requérantes et de leur coût de fonctionnement, qu'il s'agisse de la piscine, du ponton, du parking, du fonctionnement de l'activité équestre ou de la plongée ne permettent pas de s'assurer de l'équilibre financier global de l'investissement, de la fiabilité des comptes prévisionnels et de la marge réelle dont bénéficierait l'établissement hôtelier.

14. Le motif tenant à la sous-évaluation des charges de personnel ne peut être retenu selon les sociétés requérantes qui font valoir que si le nombre d'emplois équivalents temps plein (ETP) en restauration a certes évolué, cette évolution reste marginale, que le nombre total d'emplois reste similaire à celui du Gondwana Nouméa et que, pour le service en salle, les plannings seront susceptibles d'évoluer après l'ouverture de l'hôtel, le recours aux extras et aux stagiaires ne représentant au demeurant qu'une part infime du budget total du projet. Toutefois, le ministre est fondé à relever l'absence de comparaison possible entre ce projet immobilier, consistant en des bungalows sur un îlot, et l'hôtel Gondwana Nouméa, immeuble construit en centre-ville, ainsi que la différence de prestations de restauration de ces deux hôtels, le Gondwana Nouméa ne proposant que des petits déjeuners. Par ailleurs, le ministre relève à juste titre que le nombre d'ETP estimé pour la restauration a uniquement été calculé en fonction des plages horaires durant lesquelles les personnels de restauration seraient en service et non de la durée totale pendant laquelle ils seraient mis à disposition de leur employeur, y compris pour des tâches annexes.

15. Les sociétés requérantes font aussi valoir que les motifs tenant à l'absence de budgétisation des navettes, du parking, du ponton, de la piscine ainsi que de la faible qualité du service de navette sont entachés d'erreur d'appréciation. Elles indiquent que le coût lié au système des navettes, notamment la formation des pilotes, sera pris en charge soit par la direction de l'économie formation et emploi soit par la formation professionnelle continue, que l'aménagement des parkings initialement du ressort de la commune sera subventionné à 50 % par l'Etat, la participation de l'établissement hôtelier n'étant prévu que récemment à la suite d'une demande de la commune de Boulouparis et qu'enfin la construction de la piscine n'a été décidée qu'à la suite de l'augmentation des attaques de requins. Toutefois, comme le relève à juste titre l'administration, si la prise en charge des frais d'aménagement du parking et de remise en état du ponton n'était pas initialement prévue à la charge de l'établissement hôtelier, de même que la création d'une piscine, et même si chacun de ces éléments peuvent avoir séparément un caractère financier relativement limité au regard du projet immobilier, ces aménagements ont tout de même, pris ensemble, un impact sur le plan de financement du projet qu'il aurait été souhaitable de mettre à jour au vu de ces dernières évolutions.

16. Par ailleurs, si les sociétés requérantes font valoir que dix salariés de l'hôtel, soit trois serveurs, deux femmes de ménage, un agent d'entretien, le moniteur équestre et son adjoint, le chauffeur-livreur et l'aide-cuisinier, se verront reconnaitre la fonction de pilote des navettes et que leur nombre suffira à assurer une disponibilité suffisante pour assurer ce service, il n'est pas contesté que l'établissement hôtelier n'a pas prévu un planning de formation obligatoire avant l'ouverture de l'établissement ni anticipé la possibilité d'un échec d'une partie de ce personnel à cette formation. Il ressort ainsi de ce qui précède, autant par l'absence ou l'insuffisance de budgétisation de certaines activités ou aménagements, tels que ponton, parking ou piscine, que par l'absence de certitude que le service de navette sera opérationnel à l'ouverture de l'établissement hôtelier, alors qu'il s'agit d'un élément capital pour un hôtel situé sur un îlot, que le projet présente une relative approximation en ce qui concerne les charges qui n'est pas de nature à établir la rentabilité du projet.

17. L'administration a enfin retenu que les recettes du projet hôtelier n'auraient pas été correctement appréciées, principalement, en raison d'un taux d'occupation jugé trop optimiste avec 40,5% la première année et 44,3% la deuxième année. Les sociétés requérantes font valoir que les banques qui constituent le pool bancaire ont retenu les hypothèses d'occupation présentées dans le projet et que le taux d'occupation reste raisonnable, comparé à ceux des hôtels Betikure Park Lodge, nommé en 2021 dans la catégorie du tourisme durable au trophée du tourisme, et RTK, voire très inférieur à ceux des hôtels situés en dehors de Nouméa avec 53,8 % pour la catégorie des trois étoiles. Toutefois, le caractère insulaire du projet ne peut, comme le rappelle l'administration, permettre une comparaison avec les hôtels Betikure Park Lodge ou RTK et il n'est pas contesté que les banques concernées par les prêts ont pris des garanties importantes sur le patrimoine personnel de l'actionnaire majoritaire. En outre, le ministre était fondé à prendre en compte pour l'appréciation de la viabilité du projet les effets de la crise sanitaire, au vu d'une étude de l'institut d'émission d'outre-mer portant sur le troisième trimestre 2020, et la diminution de la clientèle internationale, même si un rapport Xerfi de septembre 2021 prévoit une reprise croissante de l'activité hôtelière en 2023 pour retrouver une activité similaire à celle existant avant la crise sanitaire.

18. Il ressort de tout ce qui précède que le ministre est fondé à soutenir que le projet hôtelier du Gondwana Puen présentait un certain nombre d'approximations et n'était pas assorti d'une budgétisation suffisante et d'études de marché à jour des dernières modifications retenues de sorte que son intérêt économique n'était pas suffisamment établi et qu'il pouvait présenter un risque pour les investisseurs et les tiers. Par suite, la demande d'annulation de la décision de refus d'agrément opposée par le ministre chargé du budget aux sociétés requérantes par une décision du 3 décembre 2021, afin de bénéficier du régime d'aide à l'investissement prévu par les dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL GONDWANA PUEN et de la SA OUTREMER FINANCE est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL GONDWANA PUEN, à la SA OUTREMER FINANCE et au ministre de l'action et des comptes publics.

Copie en sera adressée, pour information, au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

Le rapporteur,

J-E PILVENLe président,

D. SABROUX Le greffier,

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

J. LAGOURDE

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