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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200119

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200119

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200119
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantJOANNOPOULOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 mars, le 3 juillet et le 2 septembre 2022, Mme C A, représentée par Me Joannopoulos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021/2484 du maire de Nouméa du 13 septembre 2021 constatant la prolongation de son congé de longue durée à titre de régularisation, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 18 novembre 2021 à l'encontre de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nouméa une somme de 300 000 francs CFP, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- aucun des deux actes attaqués n'est motivé ;

- l'arrêté du 13 septembre 2021, au demeurant inintelligible, est entaché de rétroactivité illégale ;

- aucun congé de longue durée ne pouvait être prononcé sans qu'elle soit au préalable mise en demeure de reprendre ses fonctions, en envisageant au besoin un changement de service ou un aménagement de poste ;

- le conseil de santé a à tort préconisé une prolongation du congé de longue durée ;

- la commune de Nouméa a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation, en ne se fondant que sur la date de consolidation et en la confondant avec la date de reprise du service.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juin et le 5 août 2022, la commune de Nouméa conclut au rejet de la requête de Mme A.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 ;

- l'arrêté n°1066 du 22 août 1953 ;

- l'arrêté n° 67-481/CG du 28 septembre 1967 ;

- l'arrêté n° 75-157/CG du 14 avril 1975 ;

- la délibération n° 486 du 10 août 1994 ;

- la loi du pays n° 2021-4 du 12 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 :

- le rapport de M. Briquet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Joannopoulos, avocat de la requérante et Mme B, représentant la commune de Nouméa.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, rédactrice de la filière administrative des communes de Nouvelle-Calédonie et de leurs établissement publics, victime le 29 novembre 2016 d'un accident reconnu imputable au service par un arrêté du maire de Nouméa du 30 décembre 2016 et placée depuis le 30 novembre 2016 en congé " pour accident du travail ", demande au tribunal d'annuler l'arrêté n° 2021/2484 du 13 septembre 2021, par lequel le maire de Nouméa a prolongé son congé de longue durée pour la période " du 17 avril au dernier septembre 2021 ", l'a placée à demi traitement pour la période " du 19 avril au dernier septembre 2021 ", a suspendu pour la période de congé de longue durée susmentionnée le versement de l'indemnité catégorielle et de l'indemnité de technicité ressources humaines et finances dont elle bénéficiait, et a abrogé à compter du 17 avril 2021 l'arrêté du 30 décembre 2016 reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident du travail dont elle avait été victime le 29 novembre 2016. Elle demande également l'annulation de la décision implicite de rejet du recours gracieux qu'elle a formé le 18 novembre 2021 à l'encontre de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article 16 de la délibération n° 486 du 10 août 1994 portant création du statut général des fonctionnaires des communes de Nouvelle-Calédonie, applicable à l'espèce : " Les fonctionnaires ont droit à des congés selon les règles applicables aux fonctionnaires territoriaux. ". L'article 6 de l'arrêté n°1066 du 22 août 1953, fixant le régime des congés des personnels civils relevant de l'autorité du chef du territoire, dispose que : " En cas de maladie dûment constatée et mettant le fonctionnaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il est de droit mis en congé de maladie. ". Aux termes de l'article 7 de cet arrêté : " Le fonctionnaire en congé de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, conservera l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité des prestations familiales. / () ".

3. Aux termes de l'article 9 de l'arrêté n°1066 du 22 août 1953, fixant le régime des congés des personnels civils relevant de l'autorité du chef du territoire : " I - Le fonctionnaire ayant obtenu pendant une période de vingt-quatre mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale d'un an et ne pouvant à l'expiration de son dernier congé, reprendre son service est, soit mis en disponibilité, soit, sur sa demande et s'il est reconnu définitivement inapte, admis à la retraite. / () / II - Toutefois, si la maladie provient, () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, à l'hospitalisation à titre gratuit et éventuellement au remboursement des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté n° 75-157/CG du 14 avril 1975 relatif aux modalités d'application de l'article 9 paragraphe II de l'arrêté n° 1066 du 22 août 1953 relatif au congé de maladie, et à l'allocation temporaire d'invalidité : " Le bénéfice des dispositions de l'article 9, II de l'arrêté n°1066 du 22 août 1953 fixant le régime des congés des personnels civils relevant de l'autorité du chef du territoire est accordé dès lors que l'imputabilité au service est reconnue par l'employeur. ".

4. Aux termes de l'article 10 de l'arrêté n°1066 du 22 août 1953, fixant le régime des congés des personnels civils relevant de l'autorité du chef du territoire : " Le régime des congés de longue durée est déterminé par arrêté spécial du chef du territoire. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté n° 67-481/CG du 28 septembre 1967 relatif au congé de longue durée des fonctionnaires des cadres territoriaux : " Le fonctionnaire atteint de tuberculose, de lèpre, de maladie mentale, d'affections cancéreuses de poliomyélite ou de syndrome d'immunodéficience acquise est, de droit, mis en congé de longue durée. Il conserve pendant les trois premières années, l'intégralité de son traitement. Pendant les deux années qui suivent, il subit une retenue de moitié. / Toutefois, si la maladie donnant droit à un congé de longue durée est imputable de l'avis de la commission d'aptitude ou d'experts par elle désignés, à l'exercice de ses fonctions, les délais fixés par l'alinéa précédent sont respectivement portés à cinq et trois années. ". Aux termes de l'article 2 de ce même arrêté : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de son congé de longue durée prendre son service, est, soit mis en disponibilité, soit, sur sa demande et s'il est définitivement inapte, admis à la retraite. ". Aux termes de son article 3 : " Tout fonctionnaire suspect d'une des affections énumérées à l'article 1er est soumis, soit sur sa demande, soit d'office, à l'examen du Conseil de Santé s'il se trouve en Nouvelle-Calédonie, du Conseil Supérieur de Santé s'il se trouve en Métropole. () ". Aux termes de son article 4 : " Un congé de longue durée ne peut être accordé pour une période inférieure à trois mois ou supérieure à six mois. La durée du congé est fixée sur la proposition du Conseil de Santé dans les limites précitées. / Les congés de longue durée peuvent être renouvelés dans les mêmes conditions et dans les mêmes limites de durée à concurrence d'un total de cinq ou huit années, selon les cas envisagés à l'article 1er. / Si le fonctionnaire se trouve en congé de maladie au moment où il est admis au bénéfice du présent arrêté, la première période du congé de longue durée part du jour où a été établi le premier diagnostic médical de la maladie ouvrant droit audit congé. / Les demandes de renouvellement doivent être adressées à l'administration un mois avant l'expiration de la période en cours. ".

5. Les décisions administratives ne peuvent légalement disposer que pour l'avenir. S'agissant des décisions relatives à la carrière des fonctionnaires ou des militaires, l'administration ne peut, en dérogation à cette règle générale, leur conférer une portée rétroactive que dans la mesure nécessaire pour assurer la continuité de la carrière de l'agent intéressé ou procéder à la régularisation de sa situation.

6. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté n° 2021/2484 du 13 septembre 2021 met rétroactivement fin au congé à plein traitement dont Mme A bénéficiait à raison de son accident de service pour lui substituer à compter du 17 avril 2021 un congé de longue durée à demi traitement, tout en procédant également à l'abrogation rétroactive de l'arrêté du 30 décembre 2016 reconnaissant l'imputabilité au service de l'accident du travail dont Mme A avait été victime. De telles mesures, qui portaient atteinte au droit de Mme A au maintien de l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'une décision soit prise par l'administration sur sa situation, n'étaient ici pas nécessaires pour assurer la continuité de sa carrière, ni pour régulariser la situation de l'intéressée, dès lors que Mme A, qui était encore en congé à la date de l'arrêté en litige, était déjà placée dans une position statutaire régulière. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que l'arrêté n° 2021/2484 du 13 septembre 2021 est entaché de rétroactivité illégale en tant qu'il porte sur une période antérieure à son intervention.

7. Il ressort par ailleurs des termes mêmes de l'arrêté n° 2021/2484 du 13 septembre 2021 que tant la décision de mettre fin au congé accordé à Mme A du fait de son accident de service que celle de la placer en congé de longue durée étaient fondées sur la simple circonstance que son état de santé s'était consolidé au 16 avril 2021. Une telle circonstance n'était en tout état de cause pas de nature à justifier de telles décisions, l'article 9 de l'arrêté n°1066 du 22 août 1953 faisant dépendre la fin d'un congé accordé en raison d'un accident de service, non pas de la stabilisation de l'état de santé de l'agent, mais de son aptitude ou de son inaptitude à reprendre son service, et l'article 1er de l'arrêté n° 67-481/CG du 28 septembre 1967 subordonnant quant à lui l'octroi d'un congé de longue durée à l'existence d'une des affections qu'il énumère. Mme A est dès lors également fondée à soutenir que l'arrêté n° 2021/2484 du 13 septembre 2021, en tant qu'il ne se réfère qu'à la consolidation de son état de santé, est entaché d'erreur de droit.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté n° 2021/2484 du 13 septembre 2021 doit, eu égard aux deux moyens retenus et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, être annulé dans son intégralité. Par voie de conséquence, la décision implicite de rejet du recours gracieux formé à son encontre de cet arrêté doit elle aussi être annulée.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Nouméa une somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 2021/2484 du maire de Nouméa du 13 septembre 2021 constatant la prolongation du congé de longue durée de Mme A à titre de régularisation, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par Mme A le 18 novembre 2021 à l'encontre de cet arrêté, sont annulés.

Article 2 : La commune de Nouméa versera à Mme A une somme de 180 000 francs CFP au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Nouméa.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Briquet, premier conseiller,

M. Pilven, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

B. BRIQUET

Le président,

D. SABROUX

Le greffier,

J. LAGOURDE

pc

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