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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200213

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200213

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSELARL RAPHAËLE CHARLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 23 mai et 29 décembre 2022 et 11 février 2023, Mme C A, représentée par Me Charlier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie a procédé à une retenue sur son traitement pour absence de service fait à compter du 1er mars 2022 ;

2°) d'enjoindre au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie de lui verser sa rémunération pour la période considérée ;

3°) de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 250 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision contestée a été signée par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de signature ; par ailleurs, il n'est pas établi que le vice-recteur aurait été absent ou empêché ;

- cette décision est entachée d'une motivation insuffisante ;

- l'administration ne pouvait sans commettre une erreur de droit ou une erreur d'appréciation procéder à cette suspension de traitement pour absence de service fait dès lors qu'elle n'avait pas été placée dans une situation régulière et qu'il ne lui avait pas été confié de missions effectives à la fin de sa mise à disposition, que la direction diocésaine de l'enseignement catholique n'a pas donné suite à sa demande de poste d'enseignement, et qu'elle n'a pas été reçue en entretien ; par ailleurs, le vice-recteur n'a pris aucune décision d'affectation ou de mise à disposition et elle était en droit de refuser un poste qui ne correspondait pas à des fonctions qu'elle avait vocation à occuper ; enfin, elle n'a fait l'objet d'aucune mise à disposition auprès de la direction diocésaine avec son accord.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 novembre 2022 et 2 février 2023, le vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 du 19 mars 1999 ;

- l'arrêté n° 1065 du 22 août 1953 ;

- la délibération n° 81 du 24 juillet 1990 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Charlier, avocat de la requérante et de Mme B, représentant le vice-rectorat de la Nouvelle-Calédonie.

Une note en délibéré, présentée par le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie, a été enregistrée le 20 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 juin 2020 du président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, Mme A, professeure des écoles du cadre de l'enseignement de premier degré de Nouvelle-Calédonie a été placée en position d'activité pour servir sous l'autorité du vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie. Ce dernier, par arrêté du 23 juin 2020, a affecté Mme A comme animatrice-formatrice à l'alliance scolaire de l'église évangélique à compter du 22 juin 2020. Par un arrêté du 25 février 2022, le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie a affecté Mme A à compter du même jour comme enseignante itinérante de réseau à la direction diocésaine de l'enseignement catholique. Mme A n'ayant pas rejoint son affectation, le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie a procédé à une retenue sur traitement pour absence de service fait du 25 au 28 février 2022 par un arrêté du 7 mars 2022, puis à une retenue à compter du 1er mars 2022 par un arrêté du 23 mars 2022. Mme A demande l'annulation de ce dernier arrêté et qu'il soit enjoint à l'administration de lui restituer les sommes retenues.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 15 de la délibération du 24 juillet 1990 portant droits et obligations des fonctionnaires territoriaux : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération fixée par les textes statutaires les régissant ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 25 octobre 1983 relatif aux retenues pour absence de service fait par les fonctionnaires des cadres territoriaux : " L'absence de service fait, pendant une fraction quelconque de la journée, donne lieu à une retenue dont le montant est égal à 1/30ème du traitement mensuel. Les dispositions du présent article sont applicables à tous les bénéficiaires d'un traitement qui se liquide par mois. "

3. Mme A soutient qu'elle s'est trouvée dans une situation d'absence de fonctions confiées par le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie dans la mesure où la direction diocésaine de l'enseignement catholique ne lui a pas permis d'occuper le poste d'enseignant itinérant prévu par l'arrêté du vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie du 25 février 2022 et qu'ainsi elle ne pouvait faire l'objet de retenues pour absence de service fait. S'il ressort des pièces du dossier que, par message électronique adressé à la direction diocésaine de l'enseignement catholique le 25 février 2022, Mme A a informé clairement l'adjoint à la directrice diocésaine de sa décision de ne pas rejoindre son affectation comme enseignante itinérante de réseau, elle a changé d'avis à la suite d'un échange avec les services du rectorat l'ayant informé qu'elle ferait l'objet d'une retenue sur traitement pour absence de service fait. Par mail du 3 mars 2022, elle a informé la responsable de la division du personnel du vice-rectorat s'être rendue dans les locaux de l'association diocésaine de l'enseignement catholique afin de prendre son poste mais que le rendez-vous initialement prévu a été annulé et que l'adjoint à la directrice diocésaine, contacté par téléphone, lui a indiqué qu'il n'entendait pas donner suite à ses demandes. Elle doit être dès lors regardée comme ayant manifesté son souhait de prendre ses fonctions. Il appartenait aux services du vice-rectorat, dès lors que Mme A avait indiqué revenir sur son refus initial de prise du poste sur lequel elle avait été affectée le 25 février 2022, de contacter l'association diocésaine de l'enseignement catholique pour lui demander de la recevoir ou, en cas de refus réitéré de celle-ci, de lui trouver une autre affectation. Par suite, Mme A ne peut être regardée comme ayant refusé d'exercer les fonctions confiées par le vice-recteur à compter du 3 mars 2022, ni comme étant en situation d'absence de service fait à partir de cette date. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du vice-recteur du 23 mars 2022 en tant qu'il procède à une retenue sur traitement pour la période postérieure au 2 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation prononcée au point 3 du présent jugement implique nécessairement que le vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie régularise la situation de Mme A, en lui versant la rémunération dont elle a été privée à compter du 3 mars 2022, date à laquelle elle a fait part de sa décision de revenir sur son refus de prendre ses fonctions. Il y a lieu d'enjoindre au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie de procéder à une telle régularisation, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Nouvelle-Calédonie la somme de 180 000 francs CFP au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 mars 2022 du vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie est annulé en tant qu'il procède à une retenue sur traitement pour la période postérieure à celle du 1er au 2 mars 2022.

Article 2 : Il est enjoint au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie de verser à Mme A la rémunération dont elle a été privée à compter du 3 mars 2022 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Nouvelle-Calédonie versera à Mme A la somme de 180 000 francs CFP en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au vice-recteur de la Nouvelle-Calédonie.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

J-E. PILVENLe président,

D. SABROUXLe greffier,

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous les huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

pc

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