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AccueilJurisprudence administrativeN° TA104-2200401

Tribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE — Décision N° TA104-2200401

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
SectionTribunal Administratif DE NOUVELLE-CALEDONIE
N° DossierTA104-2200401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère CHAMBRE
Avocat requérantSELARL SOPHIE BRIANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 3 novembre 2022, 4 janvier et 6 avril 2023, M. F C, représenté par Me Kaigre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 août 2022 par laquelle le maire de la commune du Mont-Dore a résilié son contrat à durée indéterminée, sans préavis ni indemnité ;

2°) d'enjoindre à la commune du Mont-Dore de le réintégrer dans son poste de travail ;

3°) de condamner la commune du Mont-Dore à lui verser l'indemnité d'éviction jusqu'au jour de sa réintégration ;

4°) de condamner la commune du Mont-Dore à lui verser la somme de 500 000 francs CFP en réparation du préjudice moral subi ;

5°) à titre subsidiaire, de lui régler 71 jours de congés payés, à titre de solde de ses congés ;

6°) de mettre à la charge de la commune du Mont-Dore la somme de 450 000 francs CFP à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de mettre fin à son contrat a été signée par une autorité ne bénéficiant pas d'une délégation de compétence ;

- la délibération du 4 novembre 2021 a été méconnue dès lors ses congés payés n'ont pas été pris avant le terme de son contrat ;

- la dénonciation des faits délictuels est conforme aux obligations fixées par l'article 40 du code de procédure pénale ; il a agi en qualité de lanceur d'alerte dans un souci de préserver l'intérêt général ; il lui appartenait ainsi de saisir l'association anticorruption française Anticor pour dénoncer un refus de dénoncer un détournement de fonds publics par la commune et d'informer la presse de ce fait ; il a ainsi agi conformément à ses obligations ;

- il a agi de bonne foi en s'inquiétant de l'absence de saisine du procureur de la République et de la tardiveté de la demande de remboursement des sommes détournées ;

- la commune l'a sanctionné pour avoir dénoncer un comportement fautif de ses supérieurs et du maire ce qui constitue un détournement de pouvoir.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 14 décembre 2022, 6 mars et 11 avril 2023, la commune du Mont-Dore, représentée par la Selarl Sophie Briant, conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 800 000 francs CFP soit mise à la charge de M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les demandes tendant à sa réintégration, au paiement d'une indemnité d'éviction et de la réparation de son préjudice moral sont irrecevables dès lors qu'elles sont présentées devant le juge de l'excès de pouvoir ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi organique n° 99-209 modifiée et la loi n° 99-210 du 19 mars 1999 relatives à la Nouvelle-Calédonie ;

- le code de procédure pénale ;

- loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique ;

- le décret n° 2022-1284 du 3 octobre 2022 relatif aux procédures de recueil et de traitement des signalements émis par les lanceurs d'alerte et fixant la liste des autorités externes instituées par la loi n° 2022-401 du 21 mars 2022 visant à améliorer la protection des lanceurs d'alerte ;

- la délibération n° 182 du 4 novembre 2021 prise en application du titre IV de la loi du pays n° 2021-4 du 12 mai 2021 relative à la fonction publique de Nouvelle-Calédonie ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pilven, rapporteur,

- les conclusions de Mme Peuvrel, rapporteure publique,

- et les observations de M. C et de Me Bertone avocat de la commune du Mont-Dore.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agent contractuel recruté à compter du 1er août 2016 par un contrat à durée déterminée puis à compter du 1er janvier 2019 par un contrat à durée indéterminée en qualité de chargé d'études du développement économique, a été nommé régisseur par intérim par un arrêté du maire de la commune du Mont-Dore du 22 juillet 2021. Il a bénéficié d'un nouveau contrat en date du 23 juin 2022, en qualité d'agent de droit public, à la suite de l'intervention de la délibération n° 182 du 4 novembre 2021 prise en application du titre IV de la loi du pays n° 2021-4 du 12 mai 2021 relative à la fonction publique de Nouvelle-Calédonie. Par lettre du 1er avril 2022, M. C a dénoncé auprès du procureur de la République de Nouméa les détournements de fonds de son prédécesseur à la régie. Il a informé par ailleurs l'association Anticor de l'inaction du maire et de ses supérieurs auprès du procureur de la République. Par mail du 27 mai 2022, le référent de l'association Anticor a informé le président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique de faits délictueux commis par la maire et des fonctionnaires de la commune du Mont-Dore pour manque de probité et de transparence, au vu d'informations transmises par M. C. Le maire de la commune du Mont-Dore, informé de cette situation, a décidé d'engager une procédure disciplinaire à l'encontre de M. C qui, à la suite d'un entretien préalable le 4 août 2022, a fait l'objet d'une résiliation de son contrat. M. C demande l'annulation de cette décision, qu'il soit enjoint à la commune du Mont-Dore de le réintégrer, et de lui verser une indemnité d'éviction ainsi qu'une indemnité en réparation de son préjudice moral.

2. Aux termes des articles L. 122-11 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie: " Le maire est seul chargé de l'administration ; mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints, et à des membres du conseil municipal. Le membre du conseil municipal ayant démissionné de la fonction de maire, en application des articles LO 141 du code électoral, L. 122-4-1 du présent code, ne peut recevoir des délégations jusqu'au terme de son mandat de conseiller municipal ou jusqu'à la cessation du mandat ou de la fonction l'ayant placé en situation d'incompatibilité. Le maire peut également donner, sous sa surveillance et sa responsabilité, par arrêté, délégation de signature : 1° Au secrétaire général et au secrétaire général adjoint de mairie dans les communes ; 2° Au directeur général des services techniques et au directeur des services techniques des communes ; 3° Aux responsables de services communaux () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A E, maire de la commune du Mont-Dore, était compétent de plein droit en application de l'article L. 122-11 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie pour prendre l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. M. D B, troisième adjoint, et signataire de la décision attaquée, a reçu délégation générale de signature, en application des dispositions précitées de l'article L. 122-11 du code des communes de la Nouvelle-Calédonie, par un arrêté du 7 juillet 2020 du maire de la commune du Mont-Dore, publié par voie d'affichage conformément à son article 6 le 9 juillet 2020, selon mention portée sur cet arrêté, et transmis à la commissaire déléguée pour la province Sud le 8 juillet 2020. Il était, en cette qualité, compétent pour signer au nom du maire tous les actes relatifs aux affaires relevant des domaines du personnel, de l'emploi et de la formation, des états-civils et des élections, au nombre desquels figurent notamment la décision portant résiliation d'un contrat d'agent public. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée résiliant l'acte d'engagement du 23 juin 2022 émanerait d'une autorité incompétente ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article 59 de la délibération du 4 novembre 2021 prise en application du IV de la loi du pays n° 2021-4 du 12 mai 2021 relative à la fonction publique de Nouvelle-Calédonie : " Lorsqu'à l'issue de l'entretien, l'employeur décide de licencier un agent, il lui

notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre

remise en main propre contre décharge, dans un délai maximal de deux mois à compter de la

tenue de l'entretien préalable. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis. ". Aux termes de l'article 14 de la même délibération : " A la fin de son acte engagement ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent contractuel qui, du fait de son employeur, n'a pu bénéficier de la totalité de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice ".

5. M. C soutient que la commune du Mont-Dore ne l'a pas mis en mesure de prendre ses congés annuels avant le terme de son contrat, en méconnaissance des dispositions de l'article 59 de la délibération du 4 novembre 2021. Toutefois, la lettre du 12 août 2022 mettant fin à son contrat précise in fine que la résiliation prend effet sans préavis ni indemnité d'aucune sorte. Or, en application des dispositions de l'article 14 de la délibération du 4 novembre 2021, le maire de la commune était fondé à prendre une telle décision sans allouer d'indemnités compensatrices des congés payés non pris avant le terme du contrat. Le moyen tiré d'une méconnaissance de la délibération du 4 novembre 2021 doit dès lors être écarté.

6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Aux termes de l'article 40 du code de procédure pénale : " Le procureur de la République reçoit les plaintes et les dénonciations et apprécie la suite à leur donner conformément aux dispositions de l'article 40-1. Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. ". Aux termes de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d'un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d'un acte unilatéral d'une organisation internationale pris sur le fondement d'un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance. Les faits, informations ou documents, quel que soit leur forme ou leur support, couverts par le secret de la défense nationale, le secret médical ou le secret des relations entre un avocat et son client sont exclus du régime de l'alerte défini par le présent chapitre. ". Aux termes de l'article 8 de la même loi : " I. - Le signalement d'une alerte est porté à la connaissance du supérieur hiérarchique, direct ou indirect, de l'employeur ou d'un référent désigné par celui-ci. En l'absence de diligences de la personne destinataire de l'alerte mentionnée au premier alinéa du présent I à vérifier, dans un délai raisonnable, la recevabilité du signalement, celui-ci est adressé à l'autorité judiciaire, à l'autorité administrative ou aux ordres professionnels. En dernier ressort, à défaut de traitement par l'un des organismes mentionnés au deuxième alinéa du présent I dans un délai de trois mois, le signalement peut être rendu public. II. - En cas de danger grave et imminent ou en présence d'un risque de dommages irréversibles, le signalement peut être porté directement à la connaissance des organismes mentionnés au deuxième alinéa du I. Il peut être rendu public () ". Ces dispositions ont été rendues applicables en Nouvelle-Calédonie par l'article 167 de cette loi.

8. M. C soutient que le maire de la commune du Mont-Dore ne pouvait le sanctionner pour avoir porté à la connaissance du procureur de la République les détournements de fonds dont s'était rendu coupable son prédécesseur à la régie, dès lors qu'il n'a fait que se conformer aux obligations fixées par l'article 40 du code de procédure pénale ou par l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. Il estime par ailleurs qu'il lui appartenait de saisir l'association Anticor pour l'alerter de la méconnaissance par ses supérieurs hiérarchiques de leur obligation de dénoncer les crimes et délits, en application de ces dispositions et qu'il a agi de bonne foi en adressant ces informations à la presse. Toutefois, la sanction disciplinaire prise à son encontre n'est aucunement fondée sur la dénonciation auprès du procureur de la République des faits de détournement par son prédécesseur mais par la circonstance qu'il a gravement mis en cause le maire et ses supérieurs hiérarchiques auprès de l'association Anticor en les accusant faussement d'avoir couvert ce détournement de fonds et de ne pas avoir dénoncé de délit auprès de la justice alors que par courrier du 14 avril 2022 le procureur de la République l'avait informé qu'une procédure du chef d'abus de confiance était en cours. Il lui est aussi reproché d'avoir transmis les mêmes informations erronées au journal " Demain NC ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les accusations portées par M. C à l'encontre du maire et de ses supérieurs, tenant à une abstention de faire application des dispositions de l'article 40 du code de procédure pénale, étaient mensongères dès lors que, le 23 août 2021, le maire de la commune du Mont-Dore avait bien déposé plainte auprès de la gendarmerie pour détournement de fonds par le prédécesseur de M. C et que cette plainte avait été transmise au procureur de la République. En outre, l'obligation de dénonciation des actes délictueux fixée par l'article 40 du code de procédure pénale n'est prévue qu'en vue d'informer et de saisir le procureur de la République et non une association, quand bien même son objet porterait sur le respect de la probité et de la transparence sur la vie publique, ou un journal, lequel n'a d'ailleurs pas donné suite aux informations transmises par M. C, après avoir effectué les vérifications d'usage dans cette profession, ce que M. C s'est abstenu de faire. Enfin, il appartenait à M. C, en application des dispositions de la loi du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dans leur version applicable à la date de la décision attaquée, de porter le signalement d'une alerte à la connaissance de son supérieur hiérarchique, direct ou indirect, de son employeur ou d'un référent désigné par celui-ci. Dès lors, en saisissant l'association Anticor et le journal " Demain NC " pour leur transmettre des informations erronées, alors qu'il avait eu connaissance par la réponse du procureur de la République du 14 avril 2022 que le maire et ses supérieurs hiérarchiques avaient respecté les dispositions de l'article 40 du code de procédure pénale, M. C a agi de mauvaise foi et a commis une faute de nature justifier une sanction disciplinaire.

9. Ainsi, d'une part, en estimant que les faits reprochés à M. C constituaient des fautes de nature à justifier une sanction, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire ne les a pas inexactement qualifiées. D'autre part, eu égard à la nature de ces faits qui portaient gravement atteinte à la réputation du maire et des supérieurs de M. C, en les accusant de s'abstenir de dénoncer un détournement de fonds, et des responsabilités de M. C comme régisseur, l'autorité disciplinaire n'a pas, en l'espèce, pris une sanction disproportionnée en décidant de résilier le contrat de l'intéressé. La circonstance, à la supposer établie, que M. C aurait agi de bonne foi, ce qui est au demeurant contredit par les pièces du dossier mettant en lumière qu'il disposait d'éléments tendant à établir l'absence de compromission du maire et de ses supérieurs, n'est en outre pas de nature à justifier son comportement ou à atténuer la gravité de ses fautes.

10. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la procédure ayant conduit à la résiliation du contrat de M. C soit entachée de détournement de pouvoir dès lors que l'attitude de M. C ne peut être assimilée à celle d'un lanceur d'alerte de bonne foi pour les motifs énoncés plus haut.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 12 août 2022 du maire de la commune du Mont-Dore, ainsi que, par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles à fin d'indemnisation, en l'absence de toute faute de la commune et de surcroît en l'absence de toute demande préalable.

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la commune du Mont-Dore qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C une somme de 100 000 francs CFP à verser à la commune du Mont-Dore au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera la somme de 100 000 francs CFP à la commune du Mont-Dore en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à la commune du Mont-Dore.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sabroux, président,

M. Pilven, premier conseiller,

M. Briquet, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

SIGNÉ

J-E. PILVENLe président,

SIGNÉ

D. SABROUXLe greffier de chambre,

SIGNÉ

J. LAGOURDE

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

cb

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