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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2100698

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2100698

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2100698
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLASSALLE - BYHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2021, la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport, représentée par Me Sauphanor et Me Lassalle-Byhet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 avril 2021 par laquelle la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes a résilié, à compter du 30 octobre 2021, la convention d'occupation temporaire du domaine public aéroportuaire de l'Etat des 28 mars et 13 avril 2017, dont elle est titulaire ;

2°) d'enjoindre à la reprise des relations contractuelles résultant de cette convention ;

3°) de mettre à la charge de la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucun motif d'intérêt général ne justifie la résiliation de la convention d'occupation temporaire ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir.

- la décision attaquée est entachée d'un vice relatif à son bien-fondé d'une gravité telle qu'il justifie la reprise des relations contractuelles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes, représentée par Me Lafay, conclut au rejet de la requête, à la suppression propos diffamatoires et injurieux de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'une partie à un contrat administratif ne peut pas demander au juge l'annulation d'une mesure d'exécution de ce contrat ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés ;

- en tout état de cause, la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport a tenu des propos diffamatoires à son encontre dans sa requête, qu'il convient de supprimer en application des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2100699 du 2 juillet 2021 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête présentée par la SCM du centre médical de l'aéroport.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu d'une convention d'occupation temporaire conclue les 28 mars et 13 avril 2017, la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes a mis à disposition de la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport, à compter du 1er janvier 2016 et jusqu'au 31 décembre 2025, l'ensemble de ses locaux situés au terminal Nord niveau 0, zone Est, de l'aéroport Guadeloupe Pôle Caraïbes. La Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport exerce depuis lors son activité dans ces locaux, qui appartiennent au domaine public aéroportuaire de l'Etat et sont destinés à accueillir le pôle médical de l'aéroport. Par une décision du 30 avril 2021, la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes a résilié cette convention à compter du 31 octobre 2021 pour un motif d'intérêt général. Par la présente requête, la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport demande au tribunal de prononcer l'annulation de cette décision et la reprise des relations contractuelles avec la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes.

Sur l'étendue du litige et la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / (). ". Aux termes de l'article L. 2122-3 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable. ". Aux termes de l'article R. 2122-7 du même code : " En cas d'inobservation de ses clauses et conditions ou pour un motif d'intérêt général, il peut être mis fin à l'autorisation d'occupation ou d'utilisation temporaire du domaine public par les autorités compétentes mentionnées aux articles R. 2122-4 et R. 2122-5. ".

3. Le juge du contrat, saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, peut seulement, en principe, rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi de conclusions " aux fins d'annulation " d'une mesure de résiliation, de les regarder comme un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation du contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles.

4. En l'espèce, dès lors que les conclusions à fin d'annulation de la décision résiliant la convention litigieuse sont assorties de conclusions à fin d'injonction de reprise des relations contractuelles, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 30 avril 2021 portant résiliation de la convention d'occupation du domaine public des 28 mars et 13 avril 2017 doivent être analysées, non comme un recours pour excès de pouvoir ayant pour objet l'annulation de cette décision, mais comme un recours de plein contentieux contestant la validité de cette mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles entre la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport et la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes.

Sur la validité de la résiliation :

5. Il incombe au juge du contrat, saisi par une partie d'un recours de plein contentieux contestant la validité d'une mesure de résiliation et tendant à la reprise des relations contractuelles, lorsqu'il constate que cette mesure est entachée de vices relatifs à sa régularité ou à son bien-fondé, de déterminer s'il y a lieu de faire droit, dans la mesure où elle n'est pas sans objet, à la demande de reprise des relations contractuelles, à compter d'une date qu'il fixe, ou de rejeter le recours, en jugeant que les vices constatés sont seulement susceptibles d'ouvrir, au profit du requérant, un droit à indemnité.

6. En l'espèce et en premier lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes a résilié la convention d'occupation du domaine public aéroportuaire qu'elle avait conclue avec la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport dans le but d'anticiper la relocalisation du centre médical situé au sein de l'aéroport de Guadeloupe. Elle précise que cette démarche s'inscrit dans le cadre du projet d'extension du terminal T1 et répond à l'objectif d'adapter et d'enrichir l'offre de soins existante afin de créer un " pôle médical ", intégrant un centre médical d'urgence et de soins ouvert du premier au dernier avion, un laboratoire d'analyse offrant la capacité de réaliser des tests sur site et une unité de radiologie. En l'espèce, il résulte des dispositions du cahier des clauses administratives générale, auquel renvoie la convention d'occupation du domaine public, qu'il était prévu la possibilité d'une résiliation de cette convention pour motif d'intérêt général. La société requérante conteste le caractère d'intérêt général de ce motif de résiliation au motif qu'elle exercerait déjà une activité médicale d'urgence ouverte du premier au dernier avion et que l'augmentation de la superficie du centre médical ne constituerait qu'une mesure d'aménagement de ses locaux, qui pourrait faire l'objet d'un avenant à la convention litigieuse. Cependant, la requérante ne conteste pas qu'elle n'exerce aucune activité de laboratoire d'analyse ni de radiologie, et il résulte de ses propres écritures qu'elle indique que la société aéroportuaire devrait conclure de nouvelles conventions d'occupation temporaires avec d'autres sociétés assurant ces activités. De plus, elle ne conteste pas l'existence intrinsèque des projets motivant la résiliation contestée. Il résulte, en tout état de cause, des termes de la décision attaquée que la société requérante a été informée de ces projets et a confirmé l'existence de besoins d'augmentation de superficie du centre médical sur le site aéroportuaire, lors d'entrevues qui se sont déroulées les 22 février et 17 mars 2021 avec la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes. En outre, s'il résulte du plan joint à la requête qu'il existe un box d'urgence d'une surface de 10,20 m2 au sein du centre médical de l'aéroport, ainsi qu'une salle de vaccinations et trois salles de consultations, il ne résulte pas de l'instruction qu'il serait possible d'agrandir cet espace existant afin de créer le projet envisagé par la société aéroportuaire, et notamment la mise en place d'un centre médical d'urgence de dimension plus importante. Enfin, dès lors qu'il est toujours loisible au gérant du domaine public de choisir le mode de gestion qui lui semble le plus pertinent et qu'il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la pertinence des choix opérés concernant la gestion du domaine public, la circonstance que le concessionnaire du domaine n'ait pas décidé d'ériger une activité en service public ni d'assujettir son occupation à redevance ne peut pas être utilement invoquée en l'espèce. Ainsi, la volonté de pouvoir rapidement disposer d'une structure répondant aux nouvelles attentes de la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes, constitue un motif d'intérêt général de nature à justifier la résiliation de la convention en cause dans le litige. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'aucun motif d'intérêt général ne justifiait la résiliation de la convention d'occupation dont elle bénéficiait.

7. En second lieu, la seule allégation que la décision attaquée viserait à favoriser l'intérêt particulier l'ancien gérant de la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport n'est pas de nature à établir l'existence d'un détournement de pouvoir, en l'absence de tout autre élément permettant d'étayer ce moyen. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être rejeté comme mal fondé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport n'est pas fondée à contester la mesure de résiliation pour motif d'intérêt général prise par la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes, et à solliciter la reprise de leurs relations contractuelles.

Sur les conclusions à fin de suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires :

9. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881, reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

10. Le passage dont la suppression est demandée par la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes n'excède pas le droit à la libre discussion et ne présente pas un caractère injurieux ou diffamatoire. Les conclusions tendant à sa suppression doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, et en tout état de cause, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

12. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport est rejetée.

Article 2 : La Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport versera une somme de 1 500 euros à la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Société Civile de Moyens du Centre Médical de l'Aéroport et à la société aéroportuaire Guadeloupe Pôle Caraïbes.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

La rapporteure,Le président,

SignéSigné

J. LE ROUXS. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

N°2100698

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