jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2100912 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CORDOLIANI FRANCIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2021, Mme E F, représentée par Maître Cordoliani, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de son obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur du 2 mars 2021, du 10 mars 2021, du 12 mars 2021, le 16 mars 2021 et du 17 mars 2021 émises par le comptable public de la trésorerie de Capesterre-Belle-Eau, pour le recouvrement des sommes de 7 583,14 euros, de 19 603,32 euros, de 27 820 euros, de 43 010,41 euros et de 41 904,41 euros correspondant aux cotisations de taxes foncières, au titre des années 2005 à 2008, 2010 à 2015 et 2017 à 2019, de taxes d'habitation et de redevances audiovisuelles, au titre des années 2010 à 2012, soit un montant total de 108 679,87 euros ;
2°) à titre subsidiaire de prononcer la décharge de l'obligation de payer, à hauteur de 80 259,78 euros correspondant aux cotisations de taxes foncières et de taxes d'habitation poursuivies, au titre des années 2005 à 2015 et de lui rembourser la somme de 38 180, 27 euros indûment prélevée ;
3°) de prononcer la mainlevée des poursuites et de lui restituer les sommes qui ont été indûment appréhendées à hauteur de 50 721,13 euros telles que figurant sur les saisies administratives à tiers détenteur contestées, de même que la restitution des sommes directement appréhendées sur ses comptes bancaires sur la période d'août 2020 à janvier 2021, pour un montant total de 36 751,50 euros dont la somme de 3 685,40 correspondant aux frais bancaires;
4°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros, à titre de dommages et intérêts, en réparation des dommages et " tracasseries " occasionnés ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros, au titre de l'article L. 761-l du Code de Justice administrative, ainsi qu'aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- les impositions mises en recouvrement entre 2005 et 2020, et visées par les actes de poursuite, sont établies au seul nom de son père décédé, M. G, Gérard, et sont, par conséquent, irrégulières;
- elle n'est redevable de ces cotisations qu'à hauteur de sa quote-part dans l'indivision, soit à hauteur d'un tiers et les actes de poursuite établis à son seul nom pour un montant de 108 679,87 euros, sont irréguliers ;
- l'action en recouvrement contre les impositions poursuivies au titre des années 2005 à 2015, à hauteur du montant de 80 269,73 euros, était prescrite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête .
Il soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le comptable public de la trésorerie de Capesterre-Belle-Eau a émis à l'encontre de Mme F plusieurs saisies administratives à tiers détenteur le 2 mars 2021, le 10 mars 2021, le 12 mars 2021, le 16 mars 2021 et le 17 mars 2021 en vue du recouvrement des sommes de 7 583,14 euros, 19 603,32 euros, 27 820 euros, 43 010,41 euros et 41 904,41 euros correspondant à des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties et de taxe d'habitation, au titre des années 2005 à 2008, 2010 à 2015 et 2017 à 2019. En l'absence de réponse à sa réclamation préalable datée du 26 avril 2021, Mme F, demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes résultant des saisies administratives à tiers détenteur précitées et d'enjoindre à l'administrative de lui restituer les sommes appréhendées sur ses comptes bancaires.
Sur les conclusions à fin de décharge :
Sur l'établissement des impositions :
2. Aux termes de l'article 1400 du code général des impôts : " () toute propriété, bâtie ou non bâtie, doit être imposée au nom du propriétaire actuel () ". En vertu de l'article 1403 du même code : " Tant que la mutation cadastrale n'a pas été faite, l'ancien propriétaire continue à être imposé au rôle, et lui ou ses héritiers naturels peuvent être contraints au paiement de la taxe foncière, sauf leur recours contre le nouveau propriétaire ". Enfin, selon l'article 1415 du même code, la taxe foncière sur les propriétés bâties est établie " pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Il résulte notamment de ces dispositions qu'en cas de décès du propriétaire et tant que la mutation cadastrale n'a pas été faite, les héritiers du propriétaire sont chacun tenus à hauteur de leur part dans l'indivision au paiement de la taxe foncière. L'obligation de payer la taxe foncière incombant à un propriétaire indivis ne saurait excéder ses droits dans l'indivision, dès lors que la solidarité ne s'attache pas de plein droit à la qualité d'indivisaire.
3. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de mutation de la propriété du bien objet des impositions litigieuses situé à Cambrefort sur le territoire de la commune de Capesterre-Belle-Eau, les impositions ayant fait l'objet des saisies à tiers détenteur querellées ont été établies au nom de M. G, dont Mme F est l'héritière. C'est, par suite, sans erreur de droit sur la portée des dispositions précitées, que les impositions ont établies au nom du dernier propriétaire, même décédé. Le moyen correspondant doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si l'intéressée soutient qu'elle n'est tenue au paiement des impositions litigieuses qu'à proportion de ses droits dans l'indivision, dès lors que son défunt père avait deux autres enfants naturels, elle n'établit pas cette allégation. Dans ces conditions, Mme F n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été considérée par l'administration, à tort, comme le redevable légal de l'intégralité de des impositions litigieuses.
Sur la prescription :
5. L'article 274 du livre des procédures fiscales dispose que : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. " L'article 2240 du code civil dispose que : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription. ". Pour l'application de ces dispositions, la reconnaissance de dette interruptive de prescription ne peut résulter que d'un acte ou d'une démarche par lesquels le redevable se réfère clairement à une créance définie par sa nature, son montant et l'identité du créancier. Il appartient à l'administration d'établir qu'elle a régulièrement notifié un acte de poursuite au contribuable.
6. En l'espèce, pour contester l'obligation de payer découlant des saisies administratives à tiers détenteur émises à son encontre pour le recouvrement des impositions au titre des années 2005 à 2015, Mme F se prévaut de la prescription définie à l'article L. 274 précité du livre des procédures fiscales.
7. Il résulte de l'instruction notamment des bordereaux de situation émis le 29 mars 2021 que s'agissant des taxes foncières mises à la charge de l'intéressée au titre des années 2005, 2009, 2010, 2014 et 2015, mises en recouvrement le 31 août 2005, 15 octobre 2005, 31 août 2009, 15 octobre 2009, le 31 août 2010, le 15 octobre 2010, le 31 août 2014, et le 31 août 2015 et le 15 octobre 2015, Mme F a versé des acomptes sur les sommes qui lui étaient réclamées par l'administration. Ces versements valent reconnaissance de l'existence de la dette fiscale litigieuse et sont interruptifs de prescription. En conséquence le délai de prescription n'était pas acquis à la date d'émission des avis à saisies à tiers détenteur en litige pour ces impositions.
8. En revanche il résulte de l'instruction que les impositions au titre des années 2006, 2007, 2008, 2010 (taxe d'habitation), 2011, 2012, 2013 (taxe foncière), ont été mises en recouvrement le 31 août 2006, le 15 octobre 2006, le 31 décembre 2007, le 15 février 2008, le 30 septembre 2008, le 15 novembre 2008, le 31 octobre 2010, le 15 décembre 2010, le 31 octobre 2011, le 15 décembre 2011, le 31 août 2012, le 15 octobre 2012, le 31 octobre 2013, le 15 décembre 2013. Si l'administration soutient que Mme F a, outre versé plusieurs acomptes, reconnu sa dette fiscale dès lors qu'elle a sollicité un prêt bancaire pour la solder, elle ne se réfère pas clairement à une créance fiscale définie par sa nature, son montant et les années concernées. Contrairement à ce que soutient l'administration, il ne résulte pas de l'instruction que Mme C B a versé des acomptes pour le paiement de ces impositions. L'administration ne justifie pas avoir effectué un quelconque acte interruptif de prescription dans le délai de quatre ans qui lui était ouvert à compter des dates de mise en recouvrement. Dans ces conditions, l'administration fiscale n'était pas en mesure d'en poursuivre le recouvrement à la date d'émission des saisies à tiers détenteur du 2 mars 2021. Mme F est dès lors fondée à soutenir que le délai prévu par les dispositions précitées de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales avait expiré à la date de notification des avis à tiers détenteur précitées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F est fondée à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 83 461 euros (en droits et pénalités) résultant des avis à tiers détenteur émis le 2 mars 2021.
Sur les conclusions tendant à la restitution et au remboursement des frais bancaires :
10. Si la requérante demande la restitution des sommes appréhendées sur ces comptes bancaires, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que des sommes ont été appréhendées par le service en exécution des actes de poursuites litigieux.
11. De même, les frais bancaires à hauteur de 3 685,40 euros dont la requérante demande le remboursement ne sont pas consécutifs à l'exécution des actes de poursuites en litige.
12. Par suite, les conclusions doivent être rejetées sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.
Sur les conclusions à fin de mainlevée des saisies administratives à tiers détenteur :
13. Il n'appartient qu'à l'autorité judiciaire, juge de l'exécution, de se prononcer sur une telle demande. Par suite, les conclusions tendant à la mainlevée des saisies à tiers détenteur litigieuses doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les dommages et intérêts :
14. Mme F demande au tribunal de condamner l'administration à lui verser des dommages et intérêts d'un montant de 3 000 euros en réparation des dommages et " tracasseries " occasionnés par ces procédures répétitives. Toutefois, Mme F ne fournit aucun élément permettant d'établir la réalité d'un quelconque préjudice trouvant sa cause directe et certaine dans une éventuelle faute de l'administration. Dès lors, sa demande indemnitaire doit, en tout état de cause, être rejetée.
Sur les entiers dépens :
15. La présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions tendant à ce que les entiers dépens soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent être que rejetées.
Sur les frais liés au litige :
16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Mme F est déchargée de l'obligation de payer la somme 83 461 euros.
Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3: Le surplus des conclusions de la requête de Mme F est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse D et au directeur régional des finances publiques de Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Goudenèche, conseillère,
Mme le Roux, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
Le président rapporteur,
Signé :
S. A
L'assesseure la plus ancienne,
Signé :
C. GOUDENÈCHELa greffière,
Signé :
L. LUBINO
La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
Signé :
M-L Corneille
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026