jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2101070 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TANDJIGORA MAHAMADOU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2101070 le 10 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Tandjigora, demande au tribunal de la Guadeloupe :
1°) de condamner le Centre Hospitalier de Capesterre-Belle-Eau à lui verser une indemnité de 25 200 euros correspondant au préjudice qu'elle a subi du fait de la décision de non renouvellement de son contrat à durée déterminée ;
2°) de mettre à la charge du Centre Hospitalier de Capesterre-Belle-Eau la somme de 1500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le non renouvellement de son contrat est vicié dès lors qu'elle n'a pas reçu de convocation officielle pour son entretien ;
- il est vicié dès lors que le délai de prévenance prévu par les dispositions de l'article 41 du décret n° 91-155 du 6 février 1996 n'a pas été respecté ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est dépourvu de motif réel et sérieux ;
- il est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- la décision de non renouvellement de son contrat étant illégale, la responsabilité de l'administration peut être engagée ;
- elle a subi un préjudice du fait du non renouvellement de son contrat à durée déterminée ;
- elle a droit à la réparation du préjudice subi à hauteur de 25 200 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2021, le centre hospitalier de Capesterre-Belle-Eau, représenté par Me Beau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le contentieux n'a pas été préalablement lié ;
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 13 septembre 2022, les parties ont été invitées en application des dispositions combinées de l'article R. 421-1 et R. 612-1 du code de justice administrative à régulariser leur requête en adressant au tribunal la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2300115 le 26 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Tandjigora, conclut aux mêmes fins avec les mêmes moyens.
La requête a été communiquée le 1er février 2023 au centre hospitalier de Capesterre-Belle-Eau qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Mahé, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, infirmière d'Etat, a été recrutée par le centre hospitalier de Capesterre-Belle-Eau par un contrat à durée déterminée du 18 décembre 2017 en qualité d'infirmière en soins généraux et spécialisés exerçant des fonctions de coordinatrice de soins en gériatrie. Ce contrat a été prolongé par quatre avenants jusqu'au 31 décembre 2020. Par un courrier du 9 décembre 2020, le directeur du centre hospitalier informait la requérante du non-renouvellement de son contrat dans ces modalités et lui proposait une nouvelle collaboration en tant qu'infirmière au sein de l'établissement. Par courrier du 28 janvier 2021, la requérante exerçait un recours gracieux auprès de son employeur.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2101070 et n° 2300115 présentées par Mme B sont relatives à la carrière d'un même agent public contractuel, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.
Sur la recevabilité :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Aux termes de l'article R. 612-1 du même code : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7. ".
4. Dans la requête n° 2101070 il est soutenu en défense que la requête est irrecevable en l'absence de liaison du contentieux. En dépit d'une demande de régularisation du 13 septembre 2022, la requérante n'a pas régularisé sa requête par la production de la décision préalable de nature à lier le contentieux ou, dans l'hypothèse où un rejet implicite aurait été opposé à cette demande, de la preuve de la réception par l'administration d'une telle réclamation. Par suite, en l'absence de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires présentées dans la requête n° 2101070 sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur la responsabilité du Centre Hospitalier de Capesterre-Belle-Eau :
Sur l'illégalité du non renouvellement du contrat :
5. Aux termes de l'article l'article 41 du décret n° 91-155 du 6 février 1996 : " Lorsque l'agent contractuel a été recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité signataire du contrat notifie à l'intéressé son intention de renouveler ou non le contrat, au plus tard : 1° Huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; 2° Un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; 3° Deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure à deux ans. 4° Trois mois avant le terme de l'engagement pour le contrat susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée. La notification de la décision doit être précédée d'un entretien lorsque le contrat est susceptible d'être reconduit pour une durée indéterminée ou lorsque la durée du contrat ou de l'ensemble des contrats conclus pour répondre à un besoin permanent est supérieure ou égale à trois ans. Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux 1°, 2° et 3° sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. Lorsqu'il lui est proposé de renouveler son contrat, l'agent dispose d'un délai de huit jours pour faire connaître, le cas échéant, son acceptation. Faute de réponse dans ce délai, l'intéressé est présumé renoncer à l'emploi. ".
6. En premier lieu, la requérante soutient que la procédure suivie dans le cadre du non renouvellement de son contrat est viciée dès lors qu'elle n'a pas reçu de convocation officielle à un entretien. Il ne résulte toutefois pas des dispositions précitées que l'entretien prévu par ce texte doive être précédé d'une convocation officielle. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante a bien assisté à un entretien ayant pour objet le renouvellement ou non de son contrat. Ainsi, à supposer qu'une convocation officielle soit nécessaire, son défaut n'a pas privé la requérante d'une garantie ou influencé le sens de la décision litigieuse. Par suite, le centre hospitalier n'a pas commis de faute en ne procédant pas à une convocation officielle.
7. En deuxième lieu, la requérante a été engagée au sein du centre hospitalier du 18 décembre 2017 au 31 décembre 2021 soit pour une durée supérieure à deux ans. Le centre hospitalier, en application des dispositions précitées, devait donc notifier à la requérante son intention de renouveler ou non le contrat au plus tard deux mois avant le terme de l'engagement soit en l'espèce le 31 octobre 2021. Toutefois il ne résulte pas de l'instruction, et en l'absence de défense dans cette requête, que la décision prise à l'égard de l'avenir de son contrat ait été notifiée à la requérante avant le 4 décembre 2021, date de son entretien, soit après l'échéance du délai de prévenance. Par suite le centre hospitalier en ne respectant pas le délai de prévenance a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
8. En troisième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie d'aucun droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Ce motif s'apprécie au regard des besoins du service ou des considérations tenant à la personne de l'agent.
9. En l'espèce, la requérante soutient que cette décision est dépourvue de motif réel et sérieux et produit pour en attester des comptes rendus d'entretien professionnel pour l'exercice 2018, 2019 et 2020, un tract syndical et le courriel d'un médecin. Toutefois ces éléments ne sont pas de nature à démontrer ses allégations. Ainsi, la requérante n'établit pas que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le centre hospitalier n'a pas commis de faute sur ce point.
10. En quatrième et dernier lieu, si la requérante doit être regardée comme soutenant que la décision est entachée d'un détournement de procédure cela ne résulte pas de l'instruction, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents. Par suite, le centre hospitalier n'a pas commis de faute sur ce point.
11. Il résulte de ce qui précède que la méconnaissance du délai de prévenance est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Capesterre-Belle-Eau.
Sur le lien de causalité :
12. Tel que cela a été énoncé au point 9, il ne résulte pas de l'instruction que le refus de renouveler le contrat de travail à durée déterminée de la requérante à son terme était dépourvu de motif réel et sérieux. Il résulte ainsi de l'instruction, qu'alors même que la décision de non renouvellement est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le délai de prévenance fixé par les dispositions de l'article 41 du décret n° 91-155 du 6 février 1996 n'a pas été respecté, que le centre hospitalier aurait pris la même décision de ne pas renouveler son contrat de travail à durée déterminée selon une procédure régulière. Ainsi, le lien de causalité entre le vice de procédure et le dommage allégué n'est pas établi. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées dans la requête n° 2300115 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des parties les sommes demandées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2101070 et n° 2300115 de Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et au centre hospitalier de Capesterre-Belle-Eau.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Goudenèche, conseillère,
Mme Le Roux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
C. CLe président,
Signé
S. GOUÈS
La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. CETOL
N°s 2101070 et 2300115
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026