jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2101659 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LACLUSE & CESAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 décembre 2021, le 4 août 2022, le 17 avril et le 17 mai 2023, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 enregistré le 11 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Lacluse, demande au tribunal :
1°) de condamner le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe à lui verser la somme de 16 768 euros en réparation du préjudice subi en raison du recouvrement forcé de trois saisies administratives à tiers détenteur, émises le 23 juillet 2019, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation à compter du 24 décembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les trois saisies administratives à tiers détenteur ont été prises par une autorité incompétente ;
- le délai prévu par l'article L. 257-0 A du livre des procédures fiscales n'a pas été respecté ;
- elles méconnaissent son droit au sursis au paiement au titre de l'article L. 277 livre des procédures fiscales ;
- l'action en recouvrement était prescrite en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales ;
- elle doit être indemnisée des préjudices résultant de l'illégalité fautive des avis à tiers détenteur du 23 juillet 2019 ;
- ses préjudices doivent être indemnisés à hauteur de 6 268 euros au titre de son préjudice financier et 10 500 euros au titre de l'atteinte à sa réputation, de ses troubles dans les conditions d'existence et de son préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 juillet, le 17 octobre 2022, le 15 juin et le 6 octobre 2023, le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de la tardiveté de sa réclamation préalable ;
- le tribunal est incompétent pour se prononcer sur des moyens tirés de contestation en la forme de l'acte de poursuite ; en tout état de cause les actes litigieux sont dispensés de la signature de son auteur dès lors qu'elle comporte ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention de son service ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 257-0 du livre des procédures fiscales est inopérant dès lors que l'article L. 260 du même livre est applicable ;
- les actes contestés ont été émis plus de trente jours après la mise en recouvrement des sommes litigieuses ; les sommes étaient donc exigibles ;
- le moyen tiré du non-respect du sursis de paiement n'est pas fondé.
Par ordonnance du 12 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sollier,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a été rendue destinataire de trois saisies administratives à tiers détenteur émises le 23 juillet 2019 pour un montant de 8 147 euros. Par la présente requête, l'intéressée demande au tribunal de condamner l'Etat à la réparation des préjudices financier et morals subis en raison du recouvrement forcé opéré.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il résulte des écritures de Mme B que celle-ci a présenté des conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des trois saisies administratives à tiers détenteur émises à son encontre le 23 juillet 2019. Ainsi, les dispositions des articles R. 281-1 et suivants du livre des procédures fiscales ne sont pas applicables au présent litige. Par conséquent, le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe ne peut utilement soutenir que la présente requête serait irrecevable en raison de la tardiveté de la réclamation préalable de la requérante du 23 décembre 2020, réclamation dont le seul objet était de lier le contentieux indemnitaire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin, l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur, comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.
En ce qui concerne la faute
4. D'une part, aux termes de l'article L. 257-0 A du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " 1. A défaut de paiement de l'acompte mentionné à l'article 1663 C du code général des impôts ou des sommes mentionnées sur l'avis d'imposition à la date limite de paiement ou de celles mentionnées sur l'avis de mise en recouvrement, le comptable public adresse au redevable la mise en demeure de payer prévue à l'article L. 257 du présent livre avant la notification du premier acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts. /2. Lorsque la mise en demeure de payer porte à la connaissance du redevable des sanctions fiscales, aucune poursuite ne peut être engagée par le comptable public avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification de ladite mise en demeure, en application du second alinéa de l'article L. 80 D du présent livre. " Aux termes de l'article 1219 du code général des impôts : " 1. Les frais de poursuites mis à la charge des redevables au titre des produits recouvrés par le comptable public chargé du recouvrement sont calculés par application d'un pourcentage qui ne peut excéder 5 % du montant total des créances dont le paiement leur est réclamé, dans la limite de 500 €. Un décret en Conseil d'Etat fixe, pour chaque catégorie d'acte, le tarif des frais applicables et les modalités d'application du présent alinéa. / Les frais accessoires aux poursuites sont fixés par décret. / 2. Ces frais sont recouvrés par le comptable public chargé du recouvrement des produits mentionnés au 1. "
5. En l'espèce, s'il ressort des propres écritures de la requérante que celle-ci a eu connaissance, le 20 mai 2019, par le biais de son compte dématérialisé, d'une mise en demeure de payer les cotisations supplémentaires de taxe foncière au titre de l'année 2016, il est en revanche constant que les autres impositions en litige n'ont fait l'objet d'aucune mise en demeure préalable. En défense, si l'administration fiscale fait, d'une part, valoir que l'article L. 257-0 A est inopérant dès lors que les actes de poursuites litigieux n'ont pas donné lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts, il résulte de l'instruction que des frais de 290 euros, mentionnés sur lesdits actes, ont été mis à la charge de Mme B. D'autre part, si l'administration invoque l'article L. 260 du livre des procédures fiscales, elle n'établit pas que les conditions de mise en œuvre de cet article sont réunies alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait déménagé hors du ressort du service chargé du recouvrement ou aurait vendu, de manière volontaire ou forcée, sa résidence.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable ".
7. En l'espèce, en ne versant aucune pièce de nature à justifier l'interruption de la prescription de l'action en recouvrement des impositions litigieuses, et en dépit de mesures d'instruction en ce sens, l'administration fiscale ne justifie pas de l'interruption de la prescription de l'action en recouvrement concernant les impositions concernées par les saisies administratives à tiers détenteur litigieuses.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que le comportement des services du recouvrement, qui a émis des actes entachés d'illégalité à deux titres, est, dans les circonstances de l'espèce, où l'appréciation de la situation de la contribuable ne comportait pas de difficultés particulières, constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices et le lien de causalité
9. D'une part, si Mme B soutient avoir subi un préjudice financier tenant au paiement indu des sommes mis à sa charge par les saisies administratives à tiers détenteurs du 23 juillet 2019, évalué à 6 268 euros, ce préjudice résulte du seul paiement de l'impôt et ne peut, par suite, ainsi qu'il a été dit au point 3, être indemnisé. En outre, l'intéressée ne verse aucune pièce au dossier de nature à établir la réalité du versement de ces sommes.
10. D'autre part, si la requérante soutient avoir subi des préjudices tenant à l'atteinte à sa réputation, aux troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral, elle ne verse aucune pièce au dossier de nature à établir la réalité et le lien direct et certain de ceux-ci avec le comportement fautif de l'administration fiscale.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A B et au directeur régional des finances publiques de Guadeloupe.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gouès, président,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Sollier, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
La rapporteuse,
Signé
M. SOLLIER
Le président,
Signé
S. GOUÈS La greffière,
Signé
L. LUBINO
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Chef,
Signé
M-L CORNEILLE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026