mardi 14 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| Section | Tribunal Administratif de la Guadeloupe |
| N° Dossier | TA105-2200162 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP SILO-LAVITAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 31 janvier 2022 et 12 août 2022, Mme L B I, agissant en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses enfants mineurs G D et K I, M. A J et M. H I, représentés par Me Cesar, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire (CHU) de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), à verser à Mme I la somme de 51 000 euros, à M. J, la somme de 50 000 euros, à Mme I, en sa qualité de représentante légale de sa fille G, la somme de 30 000 euros, et en sa qualité de représentante légale de sa fille E, la somme de 30 000 euros ainsi qu'à M. I, la somme de 5 000 euros, en réparation des préjudices subis du fait du décès de leur enfant, frère et petit-fils C ;
2°) de mettre à la charge solidaire du CHU et de la SHAM une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice et de les condamner aux entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute du CHU est engagée en raison du retard pris par la sage-femme ayant pris en charge Mme I pour appeler le chef de garde ;
- le taux de perte de chance doit être fixé à 50% ;
- ils ont engagé des frais funéraires à hauteur de 1 000 euros ;
- Mme I et M. J ont, en tant que parents, chacun subi un préjudice d'affection qui doit être évalué à hauteur de 50 000 euros ;
- G et E, ont, en tant que sœurs, chacune subi un préjudice d'affection qui doit être évalué à hauteur de 30 000 euros ;
- M. I a, en tant que grand-père maternel de l'enfant, subi un préjudice d'affection qui doit être évalué à hauteur de 5 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 mars et 27 octobre 2022, le centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la société hospitalière d'assurances mutuelles, représentés par Me Silo-Lavital, concluent à ce que l'indemnisation soit réduite à de plus justes proportions, à ce que les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient rejetées et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à leur charge sur le fondement des mêmes dispositions.
Ils font valoir que :
- le taux de perte de chance doit être fixé à 10% ;
- le préjudice matériel résultant des frais d'obsèques ne pourra être indemnisé que sous réserve que les requérants produisent une attestation sur l'honneur permettant d'établir qu'ils n'ont pas déjà été pris en charge par un organisme tiers ;
- dès lors qu'il n'a existé aucune communauté de vie entre la victime directe et les requérants, les montants réclamés au titre des préjudices d'affection devront être ramenés à de plus justes proportions ; le préjudice d'affection subi par chacun des parents de l'enfant devra être indemnisé à hauteur de 10 000 euros, soit 1 000 euros après application du taux de perte de chance de 10% ; celui subi par chacune des sœurs de l'enfant devra être indemnisé à hauteur de 4 000 euros, soit 400 euros après application du taux de perte de chance ; celui subi par le grand-père maternel de l'enfant devra être indemnisé à hauteur de 2 000 euros, soit 200 euros après application du taux de perte de chance.
La requête a été communiquée à la caisse générale de sécurité sociale de la Guadeloupe, qui n'a pas produit d'observations.
Par ordonnance du 10 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,
- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Le 16 janvier 2017 à 20h45, Mme I a été admise, à 39 semaines et 4 jours d'aménorrhée, au centre hospitalier de Pointe-à-Pitre - Les Abymes en vue d'y accoucher de son troisième enfant. Elle a été installée en salle de travail, où elle a été prise en charge par une sage-femme à 21h10. Vers 23h15, une analgésie péridurale a été posée. De 0h45 à 1h45, une dilatation du col de l'utérus de 4 à 8 cm a été observée et un rythme cardiaque fœtal normal a été enregistré. A 23h44, il a été procédé à une rupture artificielle des membranes, faisant apparaître une liquide amniotique clair. A 1h53, une anomalie du rythme cardiaque fœtal, de type bradycardie, a été décelée. La sage-femme a alors tenté un accouchement par voie basse en réalisant une dilation manuelle du col de l'utérus et Mme I a procédé à des efforts expulsifs. A 2h10, devant l'absence de progression de l'accouchement, la sage-femme a appelé l'interne de garde. Une échographie a alors été réalisée et a confirmé la présence d'une bradycardie fœtale. A 2h14, la sage-femme a appelé le chef de garde et ce dernier a décidé de procéder à une césarienne " code rouge ", à 2h20. Cette opération réalisée sous anesthésie générale a permis d'extraire à 2h37 l'enfant C, en état de mort apparente. En dépit des soins de réanimation, par intubation, aspiration, stimulation, injection d'adrénaline et massage cardiaque externe prodigués pendant 19 minutes, le décès de C a été constaté à 2h56. Une autopsie fœtale a par la suite été réalisée et n'a pas permis de mettre en évidence des anomalies expliquant le tableau clinique. Le 14 novembre 2018, Mme I, agissant en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses filles mineures, G et E, a saisi le juge des référés du tribunal administratif qui, par une ordonnance du 23 janvier 2019 a, en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, ordonné une expertise, qu'il a confiée au Dr F. L'expert a remis son rapport le 3 mai 2020. Par un courrier du 25 octobre 2021, Mme I, en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses enfants G D et K I, M. A J et M. H I, ont formé une demande indemnitaire préalable auprès du CHU. Cette demande ayant été implicitement rejetée, ils demandent au tribunal de condamner solidairement le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), son assureur, à leur verser la somme totale de 166 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis.
Sur la responsabilité du CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.- Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise ordonnée par le juge des référés, que la prise en charge de Mme I lors de son arrivée au CHU de Pointe-à-Pitre a été conforme aux recommandations des sociétés savantes et de la Haute Autorité de Santé. La tentative de la sage-femme de procéder à l'accouchement par voies naturelles était également conforme aux règles de l'art compte tenu de la dilatation avancée du col de l'utérus de la patiente, laissant espérer un accouchement rapide par voie basse. En revanche, face à la bradycardie fœtale constatée à 1h53 et à l'absence de progression rapide après 10 à 15 minutes d'efforts expulsifs inefficaces, la sage-femme a persisté dans sa tentative d'accouchement par voie basse pendant 17 minutes avant de contacter l'interne de garde à 2h10, puis le chef de garde à 2h14, soit 21 minutes après la détection de cette anomalie du rythme cardiaque du fœtus. Ce retard, à l'origine d'une hypoxie fœtale prolongée, est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier, que ce dernier admet d'ailleurs en défense. Enfin, il résulte de l'instruction que la prise en charge de la patiente à compter de l'arrivée de l'interne puis du chef de garde sur place ont été conformes aux données acquises de la médecine.
Sur l'étendue de la réparation :
4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions expertales du Dr F, que le retard résultant de la persistance de la tentative d'accouchement par voie basse avant de prévenir l'interne et le chef de garde, décrit au point 3 du présent jugement, a été responsable d'une hypoxie fœtale prolongée, laquelle a nui à l'efficacité de la réanimation de C. Il résulte également de l'instruction que la bradycardie fœtale, décelée à 1h53, représente un aléa obstétrical non fautif. Dans ces conditions, il y a lieu de porter l'évaluation du taux de perte de chance d'éviter le décès à 50% et de condamner solidairement le CHU de Pointe-à-Pitre et la SHAM, son assureur, à la réparation de cette fraction des préjudices subis par les requérants.
Sur l'évaluation des préjudices :
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme I a engagé des frais d'obsèques pour un montant total de 1 000 euros. Après application du taux de perte de chance, ce préjudice patrimonial sera indemnisé à hauteur de 500 euros.
7. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme I et M. J, en qualité de parents de l'enfant décédé C, en l'évaluant à hauteur de 25 000 euros chacun, soit 12 500 euros chacun après application du taux de perte de chance de 50% énoncé au point 5 du présent jugement.
8. En troisième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par G et E Pulmain, en qualité de sœurs de l'enfant C, en l'évaluant à la somme de 6 500 euros chacune, soit 3 250 euros chacune après application du taux de perte de chance de 50%.
9. En quatrième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. H I, en qualité de grand-père de l'enfant décédé en l'évaluant à la somme de 4 500 euros, soit 2 250 euros après application du taux de perte de chance.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et son assureur, la SHAM, à verser les sommes de 13 000 euros à Mme I au titre de ses préjudices personnels, de 12 500 euros à M. J, 6 500 euros à Mme I en sa qualité de représentante légale de ses enfants mineures G et E et à M. H I la somme de 2 250 euros.
Sur les dépens :
11. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat () ". Aux termes de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires (). Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent () ".
12. Par une ordonnance du 19 février 2019, le président du tribunal administratif a alloué au Dr F, expert mandaté, une allocation provisionnelle de 2 000 euros, qu'il a mise à la charge de Mme I. Puis, par une seconde ordonnance du 14 octobre 2020, le juge des référés a liquidé et taxé les frais et honoraires d'expertise à hauteur de 2 800 euros, indemnité provisionnelle comprise, qu'il a mis à la charge de Mme I. Il y a lieu de mettre ces frais et honoraires d'expertise à la charge définitive du CHU et de la SHAM.
Sur les frais d'instance :
13. Il y a lieu de mettre à la charge solidaire du CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et de la SHAM une somme de 1 500 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
14. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le CHU et la SHAM sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à Mme I une somme de 13 000 euros.
Article 2 : Le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à Mme I, en sa qualité de représentante légale de ses enfants G et E une somme totale de 6 500 euros.
Article 3 : Le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à M. J une somme de 12 500 euros.
Article 4: Le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la SHAM sont condamnés solidairement à verser à M. H I une somme de 2 250 euros.
Article 5 : Le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la SHAM verseront la somme de 2 800 euros à Mme I en application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes et la SHAM verseront à Mme I, à M. J et à M. I une somme globale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des requérants est rejeté.
Article 8 : Les conclusions présentées par le CHU de Pointe-à-Pitre - Les Abymes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme B I, à M. A J, M. H I, au centre hospitalier universitaire de la Guadeloupe et à la société hospitalière d'assurances mutuelles.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Olivier Guiserix, président,
- M. Antoine Lubrani, conseiller,
- Mme Hélène Bentolila, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.
La rapporteure,
signé
H. BENTOLILALe président,
signé
O. GUISERIX
La greffière,
signé
A. CETOL
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
L'adjointe à la greffière en chef
Signé
A. Cétol
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026