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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200287

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200287

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200287
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMORTON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2022 et le 17 juillet 2023, M. B A, représenté par la SCP Morton et Associés, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant de l'avis à tiers détenteur n°2600001 ;

2°) d'enjoindre au trésor public du service des impôts des particuliers (SIP) Nord Basse-Terre de lui rembourser les sommes indument perçues à ce titre ;

3°) de condamner le trésor public SIP Nord Basse-Terre à réparer son préjudice moral à hauteur de 3 000 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'action en recouvrement est prescrite en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales;

- il subit un préjudice dès lors que les loyers de ses locataires sont directement perçus par le trésor public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de l'avis à tiers détenteur dont il s'agit sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- la requête est irrecevable dans la mesure où la réclamation du contribuable en date du 5 janvier 2022 a été présentée plus de deux mois après la notification de l'avis à tiers détenteur contesté ;

- l'unique moyen tiré de la prescription du recouvrement des impositions litigieuses n'est pas fondé.

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables à défaut de réclamation préalable.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gouès.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le comptable public du service des impôts des particuliers du Nord Basse- Terre a émis à l'encontre de M. A une saisie administrative à tiers détenteur le 15 novembre 2021 en vue du recouvrement de la somme de 11 125 euros correspondant à des cotisations de taxes d'habitation au titre des années 2007 et 2008 et des taxes foncières sur les propriétés bâties au titre des années 2009, 2011, 2012, 2014 à 2016. En l'absence de réponse à sa réclamation préalable datée du 5 janvier 2022, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes résultant de la saisie administrative à tiers détenteur précitée et d'enjoindre à l'administration de lui restituer les sommes appréhendées.

Sur les fins de non-recevoir opposée à la requête par le directeur régional des finances publiques :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétente mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Les contestations ne peuvent porter que : 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt (). Aux termes de l'article R. 281-1 du même livre : " Les contestations relatives au recouvrement prévues par l'article L. 281 peuvent être formulées par le redevable lui-même ou la personne solidaire. Elles font l'objet d'une demande qui doit être adressée, appuyée de toutes les justifications utiles, en premier lieu, au chef de service du département ou de la région dans lesquels est effectuée la poursuite. ". Et aux termes de l'article R. 281-3-1, cette demande " doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée, selon le cas, au directeur départemental des finances publiques, au responsable du service à compétence nationale ou au directeur régional des douanes et droits indirects dans un délai de deux mois à partir de la notification : / a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ; / b) De tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation de payer ou le montant de la dette ; / c) Du premier acte de poursuite permettant d'invoquer tout autre motif ".

3. En l'espèce, d'une part, contrairement à ce que soutient l'administration fiscale, M. A a formé opposition auprès du comptable du Trésor, par courrier en date du 5 janvier 2012, reçu le 10 janvier suivant, contre un avis à tiers détenteur émis à leur encontre le 15 novembre 2021 pour le recouvrement d'une somme de 11 125 euros. Il suit de là que M. A est recevable à contester l'avis à tiers détenteur précité, qui constitue, au sens des dispositions précitées de l'article R.281-3-1 du livre des procédures fiscales, le premier acte de poursuite permettant d'invoquer la prescription de l'action du comptable.

4. D'autre part, il résulte des dispositions précitées qu'il n'appartient pas au juge administratif d'annuler un acte de poursuite. En l'espèce, les conclusions de la requête doivent être regardées comme tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 11 125 euros résultant de l'avis à tiers détenteur du 15 novembre 2021.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, en conséquence, d'écarter les fins de non- recevoir opposées à la requête par le directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe.

Sur l'étendue du litige :

6. S'agissant de la cotisation de taxe foncière au titre de l'année 2009, si l'administration soutient que les poursuites en recouvrement ont cessé à hauteur de 1 439 euros, elle ne l'établit pas. En tout état de cause, la somme figure sur l'avis à tiers détenteur en litige. Le requérant est ainsi fondé à demander la décharge de l'obligation de payer.

Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :

7. L'article 274 du livre des procédures fiscales dispose que : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. " L'article 2240 du code civil dispose que : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription. ".

8. Pour l'application de ces dispositions, la reconnaissance de dette interruptive de prescription ne peut résulter que d'un acte ou d'une démarche par lesquels le redevable se réfère clairement à une créance définie par sa nature, son montant et l'identité du créancier. Il appartient à l'administration d'établir qu'elle a régulièrement notifié un acte de poursuite au contribuable.

9. En l'espèce, pour contester l'obligation de payer découlant de la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre pour le recouvrement des impositions précitées, M. A se prévaut de la prescription définie à l'article L. 274 précité du livre des procédures fiscales.

10. En l'espèce, les impositions au titre des taxes d'habitation 2007 (870 euros + 87 euros de majoration), 2008 (928 euros + 93 euros de majoration), et des taxes foncières sur les propriétés bâties 2009, (1 317 euros + 132 euros de majoration), 2011 (1 263 euros + 126 euros de majoration), 2012 (1 395 euros + 140 euros de majoration), 2014 (1 348 euros + 135 euros de majoration), ont été mises en recouvrement, respectivement pour le principal et les majorations précitées, aux dates des 31 décembre 2007, 15 février 2008, 31 décembre 2008, 15 février 2009, 31 août 2009, 15 octobre 2009, 31 octobre 2011, 15 décembre 2011, 31 août 2012, 15 octobre 2012, 31 août 2014, 15 octobre 2014. Trois mises en demeure de payer ont été notifiées à l'intéressé le 17 mars 2020, le 10 juin 2020, le 7 juin 2019 et un avis à tiers détenteur litigieux à la date du 15 novembre 2021. A ces dates, plus de quatre années s'étaient écoulées depuis la mise en recouvrement, sans qu'entre ces deux dates, l'administration puisse justifier de l'interruption de la prescription par la notification d'un acte de poursuite. Ainsi, au moment de la notification des trois mises en demeure de payer précitées et de l'avis à tiers détenteur du 15 novembre 2021, la prescription de l'action en recouvrement était acquise pour le montant de 7 834 euros.

11. En revanche, s'agissant des cotisations de taxe foncière au titre des années 2015 et 2016, ces cotisations ont été mises en recouvrement le 31 décembre 2015, le 15 février 2016, le 31 décembre 2016 et le 15 février 2017. Il résulte de l'instruction que des mises en demeure ont été notifiées en ligne sur l'espace personnel du requérant le 9 juillet 2018, le 7 août 2018 et le 9 juillet 2019 et qu'il en a eu connaissance au moins à la date du 15 mai 2019, date de création de son compte en ligne. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à demander la décharge de l'obligation de payer les sommes de 1 585 euros et 1 603 euros en droits et pénalités correspondant à ces cotisations.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la décharge de l'obligation de payer, en droits et pénalités les cotisations de taxe d'habitation et de taxe foncière au titre des années 2007, 2008, 2009, 2011, 2012, 2014 pour un montant total de 7 834 euros.

Sur les conclusions aux fins de restitution :

13. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable [] ". Il résulte de ces dispositions que la restitution des sommes déjà versées par un contribuable doit être effectuée par le comptable chargé du recouvrement, en exécution d'une décision de justice ordonnant une décharge ou une réduction d'imposition, sans qu'il soit besoin d'adresser à cette fin une injonction à l'administration fiscale.

14. Par suite, les conclusions tendant à la restitution des sommes recouvrées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

15. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

16. Le requérant sollicite le versement d'une indemnité de 3 000 euros visant à réparer le préjudice moral subi du fait de la ténacité de l'administration fiscale à vouloir recouvrer à tort les impositions litigieuses. Toutefois, il résulte de l'instruction que les conclusions indemnitaires de la requête n'ont pas été précédées d'une demande préalable d'indemnisation. Par suite, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par le requérant sont irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est déchargé de l'obligation de payer la somme de 7 834 euros procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 15 novembre 2021.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le président rapporteur,

Signé

S. GOUÈS

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

J. LE ROUX

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef

Signé

M-L CORNEILLE

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