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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200332

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200332

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200332
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMICHEL-GABRIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. A C et Mme B C, représentés par Me Michel Gabriel, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, et restant à leur charge, ainsi que les pénalités et intérêts de retard afférents ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification du 25 juillet 2018 est insuffisamment motivée, en ce qu'elle ne précise pas si elle se fonde sur les dispositions du 1° ou du 2° du 1. de l'article L. 109 du code général des impôts ;

- la procédure de rectification est viciée dès lors que le montant de revenus réputés distribués effectivement mis en recouvrement dans les avis d'impôts supplémentaires litigieux diffère de celui indiqué dans la proposition de rectification du 25 juillet 2018 ;

- l'administration n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, que M. C aurait effectivement appréhendé les sommes considérées comme des revenus distribués ;

- à titre subsidiaire, les revenus que le service a regardés comme distribués sont disproportionnés à ceux effectivement appréhendés par M. C, qui établit, par les pièces produites, de la réalité des charges effectivement supportées par la société Chapitente ; ces sommes doivent être dégrévées des impositions litigieuses à hauteur des pièces jointes à leur requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de Guadeloupe, conclut à ce qu'il n'y ait plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge à concurrence du dégrèvement de 62 539 euros prononcé par sa décision du 6 septembre 2022 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge à concurrence du dégrèvement qui a été accordé aux requérants pour un montant total de 62 539 euros, en droits et pénalités ;

- les autres moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'elles ne sont pas chiffrées.

Des pièces complémentaires ont été enregistrées le 26 décembre 2023 et le 30 janvier 2024 pour M. et Mme C et n'ont pas été communiquées en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- et les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la société à responsabilité limitée (SARL) Chapitente, l'administration fiscale a informé les époux C, par une proposition de rectification du 25 juillet 2018, qu'elle envisageait des rehaussements de leurs cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils avaient été assujettis au titre des années 2015 et 2016, ainsi que de pénalités afférentes. En l'absence de réponse de la part des contribuables, ces suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, assortis d'intérêts de retard et de majorations, ont été mis en recouvrement par voie de rôles n° 933 A du 31 décembre 2018, pour des montants respectifs, en droit et pénalités, de 277 453 euros au titre de l'année 2015, et de 296 314 euros au titre de l'année 2016. Le 20 janvier 2019, M. et Mme C ont présenté une première réclamation préalable à l'encontre de ces cotisations supplémentaires, à laquelle l'administration fiscale a partiellement fait droit le 28 mai 2019, en dégrévant la somme de 17 375 euros de leurs cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015, en droits et pénalités, et la somme de 3 684 euros de leurs cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016, en droits et pénalités. Par un courrier du 12 février 2019, les époux C ont de nouveau déposé une réclamation contentieuse devant l'administration fiscale, à laquelle il a été partiellement fait droit par une décision du 16 janvier 2020, pour un montant de 8 825 euros de leurs cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015, en droits et pénalités, et la somme de 28 546 euros de leurs cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2016, en droits et pénalités. Enfin, les contribuables ont déposé une réclamation préalable le 24 décembre 2020, à laquelle l'administration fiscale a partiellement fait droit par une décision du 18 janvier 2022, pour un montant de 153 653 euros de leurs cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015, en droits et pénalités. Par la présente requête, les intéressés demandent au tribunal la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux laissés à leur charge au titre des années 2015 et 2016, soit la somme de 97 600 euros au titre de l'année 2015 et la somme de 264 084 au titre de l'année 2016.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction que, par une décision, postérieure à l'introduction de la requête, du 6 septembre 2022, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu en litige à hauteur de 19 322 euros en droits et 3 594 euros en pénalités au titre de l'année 2015, et de 23 372 euros en droits et 3 225 euros en pénalités au titre de l'année 2016. Elle a également prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires de prélèvements sociaux, à hauteur de 5 845 euros en droits et 503 euros en pénalités au titre de l'année 2015 et à hauteur de 6 433 euros en droits et 245 euros en pénalités au titre de l'année 2016. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de ces montants.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Conformément à l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.

4. En l'espèce, les requérants soutiennent que la proposition de rectification du 25 juillet 2018 est entachée d'un défaut de motivation car elle ne précise pas si elle se fonde sur les dispositions du 1° ou du 2° du 1. de l'article 109 du code général des impôts. Il ressort toutefois des termes mêmes de la proposition de rectification du 25 juillet 2018, que le supplément de cotisations d'impôt sur le revenu litigieux se fonde sur la réintégration de bénéfices non déclarés, en tant que revenus distribués, à la suite de la rectification de l'impôt sur les sociétés de la société gérée par M. C. Il en résulte que la proposition de rectification litigieuse se fondait nécessairement, au titre de l'impôt sur le revenu, sur les dispositions du 1° du 1. de l'article 109 du code général des impôts, qui concernent la réintégration des bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital. Apparaissent ainsi clairement les motifs de faits et de droits de la proposition de rectification litigieuse, le montant de base de l'imposition, la catégorie de revenus et l'année d'imposition concernées, et l'ensemble de ces éléments ont permis aux contribuables de formuler utilement leurs observations. Par suite, le moyen doit être écarté comme mal fondé.

5. En second lieu, il résulte de la proposition de rectification du 25 juillet 2018 que l'administration fiscale a initialement retenu comme sommes à imposer dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, résultant de la réintégration des bénéfices non déclarés de la société Chapitente en tant que revenus distribués, les sommes de 368 087 euros au titre de l'année 2015 et de 401 193 euros au titre de l'année 2016, auxquelles une majoration de 1,25 a été appliquée, sur le fondement des dispositions de l'article 158-7 du code général des impôts, aboutissant à une base de revenus de capitaux mobiliers imposables de montants respectifs de 460 109 euros au titre de l'année 2015 et de 501 491 euros au titre de l'année 2016. S'il résulte des avis d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux supplémentaires au titre des années 2015 et 2016, émis le 7 décembre 2018, que l'administration fiscale a évalué les revenus de capitaux mobiliers imposés au titre de l'impôt sur le revenu à la somme de 368 123 euros au titre de l'année 2015, soit 460 131 euros après majoration de 1,25, et à la somme de 401 200 euros au titre de l'année 2016, soit 501 495 euros après majoration de 1,25, il résulte toutefois des déclarations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux primitives des requérants, qu'ils avaient déjà déclaré la somme de 36 euros dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au titre de l'année 2015, et la somme de 7 euros dans la même catégorie au titre de l'année 2016. Il s'ensuit que les revenus de capitaux mobiliers réintégrés à la base des cotisations d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2015 n'ont effectivement porté que sur la somme de 368 087 euros, à laquelle une majoration de 1,25 a été appliquée, pour une somme totale de 460 109 euros et sur la somme de 401 193 euros au titre de l'année 2016, à laquelle une majoration de 1,25 a été appliquée, pour une somme totale de 501 491 euros. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le montant des revenus réputés distribués par l'administration fiscale dans sa proposition de rectification ne correspondrait pas à celui mis en recouvrement par les avis d'impôt supplémentaires au titre des années 2015 et 2016 et le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les revenus de capitaux mobiliers :

S'agissant de l'appréhension des revenus distribués par M. C :

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués :/ 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués :/ a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes () ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire. Il est en conséquence présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

7. En l'espèce, les requérants soutiennent que l'administration fiscale n'apporte pas la preuve que les sommes regardées comme distribuées au titre de l'impôt sur les sociétés ont effectivement été mises à disposition de M. C. Toutefois, il est constant que M. C est le gérant et associé principal de la société Chapitente, dont il détient 66,66 % du capital social et que son épouse, Mme C, détient les 33,33 % restant. Il n'est également pas contesté par les requérants que M. C était le seul interlocuteur du service vérificateur lors des opérations de contrôle et qu'il s'est présenté comme ayant seul le pouvoir de signature des documents émanant de la société. Il n'est en outre pas contesté par les requérants que des sommes auraient effectivement été appréhendées par M. C. Ce dernier, qui dispose ainsi seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, et est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres, doit être regardé comme le seul maître de l'affaire. Il est en conséquence présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. En tout état de cause, la circonstance que les procès-verbaux d'assemblée générale ne fassent pas mention d'une telle distribution est sans incidence sur cette qualification, dès lors que les requérants n'apportent pas la preuve, qui leur incombe, de ce que M. C n'aurait pas appréhendé les sommes litigieuses. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a considéré que M. C était le maître de l'affaire à la clôture des exercices 2015 et 2016 de la société Chapitente, et a imposé entre ses mains les revenus qui lui ont été distribués par cette société.

S'agissant de la proportionnalité du revenu présumé distribué/ la déduction des charges du bénéfice net de la société Chapitente :

8. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature / () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. Ainsi, dans le cas où une entreprise à laquelle il appartient toujours de justifier, tant du montant de ses charges que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité, justifie d'une charge comptabilisée par une facture émanant d'un fournisseur, il incombe à l'administration, si elle entend refuser la déduction de cette charge, d'établir que la marchandise ou la prestation de services facturée n'a pas été réellement livrée.

9. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

10. Aux termes de l'article L. 441-9 du code de commerce : " I.-Tout achat de produits ou toute prestation de service pour une activité professionnelle fait l'objet d'une facturation. / Le vendeur est tenu de délivrer la facture dès la réalisation de la livraison ou de la prestation de services au sens du 3 du I de l'article 289 du code général des impôts. L'acheteur est tenu de la réclamer. / Le vendeur et l'acheteur conservent chacun un exemplaire de toute facture émise dans la limite de durée prévue par les dispositions applicables du code général des impôts. La facture émise sous forme papier est rédigée en double exemplaire. / Sous réserve du c du II de l'article 242 nonies A de l'annexe II au code général des impôts, dans sa version en vigueur au 26 avril 2013, la facture mentionne le nom des parties ainsi que leur adresse et leur adresse de facturation si elle est différente, la date de la vente ou de la prestation de service, la quantité, la dénomination précise, et le prix unitaire hors TVA des produits vendus et des services rendus ainsi que toute réduction de prix acquise à la date de la vente ou de la prestation de services et directement liée à cette opération de vente ou de prestation de services, à l'exclusion des escomptes non prévus sur la facture. / La facture mentionne la date à laquelle le règlement doit intervenir. Elle précise les conditions d'escompte applicables en cas de paiement à une date antérieure à celle résultant de l'application des conditions générales de vente, le taux des pénalités exigibles le jour suivant la date de règlement inscrite sur la facture ainsi que le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement due au créancier en cas de retard de paiement. Le règlement est réputé réalisé à la date à laquelle les fonds sont mis, par le client, à la disposition du bénéficiaire ou de son subrogé. / La facture mentionne le numéro du bon de commande lorsqu'il a été préalablement établi par l'acheteur. ". Les articles R. 123-237 et R. 123-238 du code de commerce ajoutent à cette liste des éléments d'identification de l'entreprise, dont, notamment, le numéro unique d'identification de l'entreprise délivré conformément à l'article D. 123-235, la mention RCS suivie du nom de la ville où se trouve le greffe où elle est immatriculée, le lieu de son siège social, pour les sociétés par action l'énonciation du montant du capital social qui peut être arrondi à la valeur entière inférieure, la dénomination sociale, pour les sociétés à responsabilité limitée, des mots " société à responsabilité limitée " ou des initiales " SARL " et de l'énonciation du montant du capital social.

11. En application de ces dispositions, il appartient à M. et Mme C, dont les impositions supplémentaires litigieuses résultent de la mise en œuvre d'une procédure de taxation d'office, d'apporter la preuve de l'exagération de l'évaluation faite par l'administration de ses bases d'imposition pour les années en litige.

12. En l'espèce, si les requérants ne remettent pas en cause la reconstitution du chiffre d'affaires de la SARL Chapitente, ils soutiennent toutefois que l'administration fiscale aurait dû déduire du bénéfice imposable qu'elle a reconstitué diverses charges, dont ils produisent les justificatifs dans la présente instance.

Quant aux factures objet du dégrèvement prononcé par l'administration fiscale le 6 septembre 2022 :

13. Il résulte tout d'abord de l'instruction, et de ce qui a été exposé au point 2, que, pour prononcer la décision de dégrèvement du 6 septembre 2022, l'administration a retenu trente-six des factures produites par les requérants au cours de la présente instance, dont elle a fourni la liste dans ses dernières productions, et sur lesquelles il n'y a par conséquent plus lieu de statuer.

Quant aux factures restant en litige et relatives à l'exercice clos en 2015 :

14. Pour les factures restant en litige concernant l'exercice clos en 2015, d'une part, si, dans les derniers tableaux récapitulatifs qu'elle a produits, l'administration fiscale ne liste pas certaines factures fournies par les requérants au cours de la présente instance, il résulte de l'instruction qu'elle avait rejeté la déductibilité de quatre de ces factures, qui avaient déjà été produites par les requérants à l'occasion de leurs réclamations préalables, aux motifs que le nom du client n'apparaissait pas sur la facture intitulée " ESSENCE SARL FEDELEINE ", que la facture émise par la société JR Services n'était qu'un devis, et que les factures dénommées " VIA LOCATION " et " BOYER PRESTATIONS " avaient déjà été traitées lors de la première réclamation déposée par les requérants. Alors que les requérants ne contestent pas cette remise en cause de la déductibilité de leurs factures, l'administration a pu à bon droit estimer que les dépenses correspondantes ne constituaient pas des charges déductibles du résultat imposable de la société Chapitente, ni déductibles, par voie de conséquence, au titre des revenus de capitaux mobiliers de M. et Mme C.

15. D'autre part, concernant les charges dont la déduction n'a pas été admise par l'administration fiscale pour défaut de justificatif, si les requérants doivent être regardés comme soutenant que la facture établie par Rosan Cetol pour une pose et dépose de plancher correspond à celle dénommée " PICHAIS ", cette facture, qui ne fait pas apparaître le numéro unique d'identification de l'entreprise, conformément aux dispositions de l'article R. 123-237 du code de commerce, et qui est de plus datée de 2016, ne peut pas être considérée comme régulière pour permettre sa déduction de leurs revenus de capitaux mobiliers en l'espèce. Enfin, si les requérants ont produit, lors de la présente instance, des factures dénommées " primes d'assurance ", il résulte toutefois de l'instruction que le numéro et la date de ces factures n'apparaissent pas, ni la date de leur paiement et le détail des sommes dues, conformément aux dispositions précitées. Par suite, ces factures ne peuvent pas être considérées comme régulières pour permettre leur déduction. Pour les quatorze factures restantes et rejetées comme non accompagnées de justificatif selon le dernier tableau fourni par l'administration fiscale, il est constant que les requérants n'ont produit aucun justificatif de ces charges, c'est ainsi à bon droit que l'administration fiscale n'a pas admis la déduction de ces charges. Toutefois, les requérants produisent également deux factures dénommées " honoraires " d'un montant de 80 euros et de 6 082,95 euros, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elles seraient irrégulières et, en l'absence de contestation de l'administration fiscale concernant leur déductibilité, ces factures sont présumées constituer des charges déductibles dont les requérants sont fondés à demander la déduction des impositions litigieuses. Par suite, il convient seulement d'admettre la somme totale de 6 162,95 euros en déduction de la base imposable au titre des revenus de capitaux mobiliers des cotisations supplémentaires d'imposition sur le revenu et de cotisations sociales de M. et Mme C au titre de l'année 2015.

Quant aux factures restant en litige et relatives à l'exercice clos en 2016 :

16. En second lieu, concernant l'exercice clos en 2016, d'une part, si, dans son dernier tableau récapitulatif, l'administration fiscale ne liste pas certaines factures produites par les requérants au cours de la présente instance, il résulte de l'instruction que, pour prononcer la décision de dégrèvement du 6 septembre 2022, elle a admis la déduction de cinquante-sept factures au total, dont cinquante-trois sont produites à l'occasion de la présente instance, et sur lesquelles il ne convient plus de se prononcer. Il résulte de cette même décision que l'administration fiscale avait rejeté vingt-et-unes de ces factures déjà produites par les requérants pour divers motifs, non contestés par les requérants à l'occasion de la présente instance, notamment car elles portaient sur des frais de restauration pour plusieurs personnes, qu'elles étaient émises au nom de M. A C ou ne renseignaient pas le numéro SIRET de l'entreprise émettrice. Il s'ensuit que l'administration a pu à bon droit estimer que les dépenses correspondantes ne constituaient pas des charges déductibles du résultat imposable de la société Chapitente, ni déductibles, par voie de conséquence, au titre des revenus de capitaux mobiliers de M. et Mme C.

17. D'autre part, concernant les charges dont la déduction n'a pas été admise par l'administration pour défaut de justificatif, il résulte toutefois de l'instruction que les requérants ont effectivement produit lors de la présente instance plusieurs factures correspondant à ces charges, dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration. Mais, dès lors qu'il appartient au juge de s'assurer de leur caractère régulier, il convient de rejeter les factures intitulées " JALET JL ALARME " pour un montant de 2 350 euros, et " SCI DE L'UNION ", pour un montant de 7 603,66 euros, en l'absence d'indication du numéro unique d'identification de l'entreprise conformément aux dispositions de l'article R. 123-237 du code de commerce, ainsi que la facture " IMPEC " d'un montant de 562,33 euros, qui ne fait pas apparaître le nom du client, la facture " PALAIS DES SPORTS GOSIER " d'un montant de 2 700 euros, qui ne constitue qu'un devis, la facture " AUGUSTE MATTHIEU PLOMBERIE ", d'un montant de 2 000 euros, en l'absence d'indication de la date de réalisation de la prestation de service, en méconnaissance des dispositions de L. 441-9 du code de commerce, la facture " SOUS-TRAITANCE GENER. " d'un montant de 9 500 euros, en l'absence d'indication de l'adresse de la société émettrice conformément aux dispositions de l'article L. 441-9 du code de commerce, la facture " UNIMAGE " d'un montant de 1 323,70 euros, en l'absence d'indication de la forme sociale de la société, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-238 du code de commerce et de la date de réalisation de la prestation de service, la facture " ANNONCES ET INSERTIO. " d'un montant de 1 962,42 euros, qui ne constitue pas formellement une facture mais un échéancier prévisionnel de paiement, les factures " RESTAURANT LA ROSE ROUGE " d'un montant de 47,50 euros, et " RESTAURANT SARL LA KAZ A LOULO " de 152 euros, 139 euros et 104 euros, qui ne sont pas lisibles et pas datées, les factures groupées intitulées " TRANSPORTS S/ACHATS " et " VOYAGES ET DEPLACEME ", de 711,88 euros, 5 864,15 euros et 2 103,29 euros, dont les montants ne correspondent pas à ceux déclarés par les requérants dans leur comptabilité, la facture " FOURN.ENTRET etPETIT " de la société Vivre en Bois, sur laquelle n'apparaît pas la désignation de la prestation rendue, la facture " FOURN.ENTRET etPETIT ", émise par la société Digitallis en 2017, et non en 2016, ainsi que les factures " GEDIMAT BOULOGNE F1725014 " de 304,92 euros, " AQUIP PRO FA363713 " de 259,13 euros, " GENERAL BRICOLAGE F24792 ", de 125,88 euros, et " LEVALOIS PNEUS F16-032407 " de 82,37 euros, annoncées mais non produites. Toutefois, les requérants ont également produit plusieurs factures dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elles seraient irrégulières et, en l'absence de contestation de l'administration fiscale concernant leur déductibilité, ces factures sont présumées constituer des charges déductibles dont les requérants sont fondés à demander la déduction de la base imposable des impositions litigieuses, à savoir la facture " ACHATS D'ETUDESetPRE " d'un montant de 8 500 euros, les factures " EDF F7919934E " d'un montant de 687,58 euros, la facture " EDF " d'un montant de 2 063,47 euros, la facture " ENTRETIEN MAT.MOB.BU. " d'un montant de 456 euros, les factures groupées sous l'intitulé " LOCATION DE VEHICULES " pour un montant total de 42 266,65 euros, et la facture " CABINET OSE " pour un montant de 6 412 euros. Par suite, il convient seulement d'admettre la somme totale de 60 385,70 euros en déduction de la base imposable au titre des revenus de capitaux mobiliers des cotisations supplémentaires d'imposition sur le revenu et de cotisations sociales de M. et Mme C au titre de l'année 2016.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. et Mme C sont seulement fondés à obtenir que la base imposable à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales soit réduite de 6 162,95 euros au titre de l'année 2015 et de 60 385,70 euros au titre de l'année 2016 ainsi que la décharge, en droits, intérêts et pénalités, des impositions correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

19. Les conclusions de M. et Mme C tendant au remboursement des frais exposés par eux et non compris dans les dépens sont, faute d'être chiffrées, irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur de la somme totale de 62 539 euros.

Article 2 : La base imposable de M. et Mme C à l'impôt sur le revenu et aux contributions sociales est réduite à concurrence de 6 162,95 euros au titre de l'année 2015 et à hauteur de 60 385,70 euros au titre de l'année 2016.

Article 3 : M. et Mme C sont déchargés en droits, intérêts et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, à concurrence de la réduction de base imposable prononcée à l'article 2.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. A C, à Mme B C et au directeur régional des finances publiques de Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

La rapporteure,

Signé

J. LE ROUX

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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