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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200445

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200445

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200445
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMORTON & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2022 et le 1er décembre 2023, M. A B, représenté par Me Morton, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 370 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la mainlevée tardive de l'hypothèque constituée sur la parcelle cadastrée AV 819, située à Gourbeyre ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la juridiction administrative est compétente ;

- l'Etat a commis une faute ; le 1er octobre 2015, l'administration fiscale a inscrit une hypothèque sur l'ensemble des biens immobiliers du requérant pour une somme de 1 428 047 euros pour le recouvrement d'un redressement fiscal ; le redressement fiscal en cause a été annulé par jugement du 5 octobre 2017 ; l'administration n'a procédé à la radiation totale de l'hypothèque que le 8 janvier 2019 ;

- il a subi un préjudice résultant de la perte de chance de vendre trois parcelles, évalué à 270 000 euros, et un préjudice tenant aux troubles graves dans ses conditions d'existence, évalué à 100 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions indemnitaires sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître dès lors que seul le juge de l'exécution connaît des demandes en réparation fondées sur l'exécution ou l'inexécution dommageables des mesures conservatoires ;

- à titre subsidiaire, l'administration fiscale n'a pas commis de faute ;

- les préjudices sont dépourvus de caractère direct et certain ;

- le lien de causalité entre la prétendue faute de l'administration fiscale et les préjudices subis n'est pas caractérisé.

Par ordonnance du 7 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 22 décembre 2023.

Vu :

- le jugement n° 1600438 du 5 octobre 2017 du tribunal administratif de la Guadeloupe ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sollier,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B exerçait, d'une part, une activité d'entrepreneur de travaux publics, terrassement et transports d'engins, et, d'autre part, une activité de lotisseur-marchand de biens. A la suite d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2010, l'administration lui a notifié des rehaussements de son bénéfice imposable dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux au titre des exercices clos en 2008, 2009 et 2010, ainsi que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période de janvier 2008 à décembre 2010. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu résultant de ce contrôle ont été mises à la charge de M. B, avec les pénalités correspondantes, pour des montants totaux de 1 205 274 euros au titre de l'année 2008 et de 92 951 euros au titre de l'année 2010, par des rôles mis en recouvrement les 27 novembre 2014 et 31 décembre 2014. En parallèle, le 7 avril et le 11 juin 2015, l'administration fiscale a procédé à l'inscription d'hypothèques sur cinq parcelles appartenant à l'intéressé en vue du recouvrement de ces cotisations. A la suite de la réclamation contentieuse de l'intéressé du 30 janvier 2015 et du jugement n° 1600438 du 5 octobre 2017, M. B a été totalement déchargé des cotisations supplémentaires en cause. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices subis en raison de la mainlevée totale tardive de l'hypothèque constituée sur la parcelle cadastrée AV 819, située à Gourbeyre.

Sur la compétence du juge administratif :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts () dont la perception incombe aux comptables publics compétents () doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. Les contestations ne peuvent porter que : / 1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte, / 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution, dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L. 199. " L'action en responsabilité engagée à raison du retard mis, le cas échéant, par l'administration fiscale à exécuter une décision par laquelle le juge de l'impôt a déchargé le contribuable de tout ou partie des sommes qui lui étaient réclamées, relève de la compétence de la juridiction administrative, quand bien même seraient en cause des décisions portant sur le moment où est effectuée la mainlevée de mesures prises en vue du recouvrement de cet impôt.

3. En l'espèce, par la présente requête, M. B cherche à engager la responsabilité de l'Etat du fait du caractère tardif de la mainlevée de l'hypothèque constituée le 11 juin 2015 sur la parcelle cadastrée AV 819 située à Gourbeyre en vue du recouvrement de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti par des rôles mis en recouvrement les 27 novembre et 31 décembre 2014 et dont il a été postérieurement déchargé par décision prise à la suite de sa réclamation contentieuse du 30 octobre 2015 et par jugement n° 1600438 du 5 octobre 2017 du tribunal administratif de la Guadeloupe. Il résulte de ce qui précède que le juge administratif est compétent pour connaître des présentes conclusions indemnitaires. Par suite, l'exception d'incompétence soulevée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. Une faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de l'impôt est de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard du contribuable ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de l'impôt, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans ses conditions d'existence dont le contribuable justifie. Le préjudice invoqué ne trouve pas sa cause directe et certaine dans la faute de l'administration si celle-ci établit soit qu'elle aurait pris la même décision d'imposition si elle avait respecté les formalités prescrites ou fait reposer son appréciation sur des éléments qu'elle avait omis de prendre en compte, soit qu'une autre base légale que celle initialement retenue justifie l'imposition. Enfin, l'administration peut invoquer le fait du contribuable ou, s'il n'est pas le contribuable, du demandeur d'indemnité comme cause d'atténuation ou d'exonération de sa responsabilité.

5. En l'espèce, il est constant que les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles M. B a été assujetti au titre des années 2008 et 2010 ont été mises en recouvrement les 27 novembre et 31 décembre 2014. Le 11 juin 2015, l'administration fiscale a procédé à l'inscription d'une hypothèque sur une parcelle cadastrée AV 819, située à Gourbeyre, appartenant à M. B. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la décision prise sur sa réclamation contentieuse du 30 octobre 2015 et du jugement n° 1600438 du 5 octobre 2017 du tribunal administratif de la Guadeloupe, non frappé d'appel et devenu définitif, l'administration fiscale a prononcé, le 30 novembre 2017, la mainlevée totale et la radiation de l'hypothèque inscrite le 11 juin 2015 sur la parcelle en cause. Si le requérant fait valoir que l'administration fiscale n'a procédé effectivement à la mainlevée de cette hypothèque que le 8 janvier 2019, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier du 1er décembre 2017 et du certificat du 23 août 2019 du service de la publicité foncière de la direction générale des finances publiques de Guadeloupe, que cette mainlevée concernait une hypothèque différente constituée le 3 mai 2016 sur la même parcelle pour le recouvrement de cotisations de taxe sur la valeur ajoutée dont l'intéressé a été déchargé par un jugement du tribunal administratif n° 1700425 en date du 18 octobre 2018. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale aurait prononcé tardivement la mainlevée de l'hypothèque inscrite le 11 juin 2015 sur sa parcelle cadastrée AV 819 à Gourbeyre et ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIER

Le président,

Signé

S. GOUÈS La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Chef,

Signé

M-L CORNEILLE

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