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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200512

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200512

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200512
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCORDOLIANI FRANCIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mai 2022, M. B A, représenté par Me Cordoliani, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 144 253,70 euros, résultant de trois avis à tiers détenteurs émis par le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé au sein de la direction générale des finances publiques de Guadeloupe le 25 janvier 2022, pour le recouvrement, en droits et pénalités, de la cotisation foncière des entreprises due au titre des années 2010 à 2017 et de la taxe sur la valeur ajoutée due au titre de la période du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2002, ainsi que de la taxe sur la valeur ajoutée due au titre des périodes allant du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2012 et du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014 ;

2°) d'ordonner la restitution des sommes indument saisies, à hauteur de 77 469,30 euros ;

3°) d'ordonner la mainlevée des poursuites engagées à son encontre ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les créances mises à sa charge par l'administration fiscale au titre des années 2010 à 2017 sont prescrites, en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales ;

- par voie de conséquence, l'administration a appréhendé à tort la somme de 77 469,30 euros, dont le fondement était atteint par la prescription.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 24 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Roux,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Me Socrate A, substituant Me Cordoliani et représentant M. B A.

Le directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 25 janvier 2022, le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé au sein de la direction générale des finances publiques de Guadeloupe a notifié à M. A l'émission de plusieurs avis de saisies administratives à tiers détenteur du 25 janvier 2022, en vue du recouvrement de la somme totale de 185 797,70 euros, correspondant, en droits et pénalités, aux cotisations foncières des entreprises dues au titre des années 2010 à 2020 et aux cotisations de taxe sur la valeur ajoutée dues au titre de périodes entre le 1er janvier 2002 et le 31 décembre 2020. En l'absence de réponse à sa réclamation préalable datée du 4 février 2022, et reçue le 7 février 2022 par les services fiscaux, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge partielle de cette obligation de payer, pour la somme totale de 144 253,70 euros, correspondant, en droits et pénalités, aux cotisations foncières des entreprises qui lui sont réclamées au titre des années 2010 à 2017, et aux taxes sur la valeur ajoutée qui lui sont réclamées au titre de la période du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2002, ainsi qu'au titre des périodes allant du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2012 et du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2014, et d'enjoindre à l'administration de lui restituer les sommes appréhendées à tort, à hauteur de 77 469,30 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales dans sa version applicable au litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. () ". Par ailleurs, selon l'article 2250 du code civil : " Seule une prescription acquise est susceptible de renonciation ", et l'article 2251 du code civil dispose : " La renonciation à la prescription est expresse ou tacite. / La renonciation tacite résulte de circonstances établissant sans équivoque la volonté de ne pas se prévaloir de la prescription. ".

3. La prescription de l'action en recouvrement de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, si elle fait disparaître le caractère obligatoire du paiement de la dette fiscale et interdit au service du recouvrement de recourir à la contrainte, ne fait pas obstacle au versement volontaire et spontané par le contribuable de sa dette fiscale. Le contribuable exécute ainsi une obligation naturelle qui demeure même après l'expiration du délai de prescription. Il en résulte que, dans le cadre d'une action en répétition de l'indu, un contribuable débiteur ne peut invoquer la prescription pour obtenir la restitution d'une dette dont il s'est volontairement acquitté. En ce sens, le paiement spontané d'une dette fiscale prescrite peut être considéré comme une renonciation tacite à la prescription, au sens de l'article 2251 du code civil. Toutefois, un contribuable ne saurait être regardé comme ayant renoncé à la prescription du seul fait du règlement d'une imposition, en l'absence d'acte de poursuite.

4. En l'espèce, il est constant que, concernant l'ensemble des créances dont M. A demande la décharge, le délai de quatre années consécutives à l'envoi de leurs avis de mise en recouvrement était échu à la date de l'envoi de l'acte de poursuite litigieux. Toutefois, il résulte des pièces du dossier produites par l'administration fiscale en défense, et dont la portée n'est pas contestée par le requérant, qu'il a demandé de sa propre initiative des délais de paiement pour l'ensemble des impositions objet du présent litige, lesquels lui ont été accordés par une décision du comptable public du 10 juillet 2020 sur le fondement d'un échéancier de paiements mensuels de 5 000 euros entre le 30 juillet 2020 et le 30 décembre 2020. Il résulte également de l'instruction que, dans le cadre de ce plan de règlement, M. A a procédé à un premier règlement d'une somme de 30 000 euros au mois de juillet 2020. En outre, il ne soutient pas avoir procédé à ces règlements sous la contrainte, suite à la mise en œuvre de poursuites, et il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait demandé la décharge de son obligation de payer en se prévalant de la prescription avant la notification des avis à tiers détenteur litigieux. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, que M. A doit être regardé comme ayant effectué un paiement volontaire et spontané établissant sans équivoque sa volonté de ne pas se prévaloir de la prescription. M. A doit ainsi être regardé comme ayant tacitement renoncé à la prescription de l'action en recouvrement du Trésor, au sens de l'article 2251 du code civil, et son moyen tiré de la prescription de cette action en recouvrement doit, par suite, être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des cotisations litigieuses de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de restitution et à fin de mainlevée, ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe

Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

J. LE ROUX

Le président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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