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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200701

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200701

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200701
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLANDOT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2022 et 24 juillet 2023, Mme B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable formée le 8 mars 2022 et réceptionnée par la commune de Goyave le 17 mars 2022 ;

2°) de condamner la commune de Goyave à lui verser la somme de 4 310 euros prélevée sur sa rémunération et celle de 5 987 euros en réparation des préjudices subis ;

3°) de prononcer une astreinte de 500 euros par jour de retard suivant la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Goyave une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la commune de Goyave n'a pas porté à sa connaissance les éléments permettant d'établir la réalité de sa créance ;

- la procédure de recouvrement de la créance à laquelle a procédé la commune est irrégulière dès lors qu'elle ne fait plus partie des effectifs de la commune ;

- la commune ne pouvait procéder au recouvrement de la somme de 4 310,61 euros dès lors que celle-ci était atteinte par la prescription biennale ;

- elle a subi un préjudice financier en raison des prêts qu'elle a dû contracter pour le paiement de ses loyers et de différents crédits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, la commune de Goyave, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les conclusions indemnitaires tendant au remboursement de la somme de 4 310,61 euros mise à sa charge par les titres de recettes n°199 en date du 24 novembre 2016 et n°128 du 28 juillet 2017, ont la même portée que des conclusions tendant à l'annulation de ces titres, qui constituent des décisions à objet purement pécuniaire et sont devenus définitifs dès lors que Mme A n'en a pas sollicité l'annulation dans le délai raisonnable d'un an ; les conclusions indemnitaires tendant à la condamnation de la commune à lui verser la somme de 5 987 euros sont également irrecevables dès lors que ce chef de préjudice repose sur le même fondement ;

- à titre subsidiaire, elle n'a commis aucune illégalité fautive ; les sommes mises à la charge de Mme A au titre de traitements indûment perçus en l'absence de service fait et d'un trop-perçu d'indemnité de vie chère et d'IAT, représentant respectivement les sommes de 4 310,61 euros et 148,80 euros lui sont bien dues ; à supposer que la requérante entende contester la saisie administrative à tiers détenteur en tant qu'elle serait supérieure à la quotité saisissable, en vertu des dispositions combinées du 7° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales et de l'article L. 211-2 du code des procédures civiles d'exécution, la transmission au tiers détenteur des fonds qui doivent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur, de l'avis émis par le comptable public entraîne un effet d'attribution immédiate des sommes en question et les textes ne prévoient pas de limite ou de quotité saisissable ; en vertu de l'article L. 162-2 du code des procédures civiles d'exécution, il appartient toutefois au tiers détenteur de laisser à disposition du débiteur une somme à caractère alimentaire égale au montant du revenu de solidarité active (RSA), correspondant, d'avril 2020 à avril 2021, à 564,78 euros pour une personne seule sans enfant à charge, à 847,17 euros pour une personne seule avec un enfant à charge et à 1 016,60 euros pour une personne seule avec deux enfants à charge ; les saisies sur traitement opérées en l'espèce ont laissé à l'intéressée des reliquats supérieurs au montant forfaitaire mensuel de RSA ;

- à titre subsidiaire, la requérante n'apporte aucun élément permettant d'établir la réalité de son préjudice d'un montant de 5 987 euros dont elle demande réparation.

Par ordonnance du 5 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 août 2023 à 12 heures.

Par un courrier du 27 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite par laquelle la commune de Goyave a rejeté la demande indemnitaire préalable formée le 8 mars 2022 par Mme A, dès lors cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard des conclusions indemnitaires de cette dernière.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil,

- le code des procédures civiles d'exécution,

- le code général des collectivités territoriales,

- le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bentolila, conseillère,

- les conclusions de M. Lubrani, rapporteur public,

- les observations de Mme A,

- les observations de Me Bon, substituant Me Landot, représentant la commune de Goyave.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 juillet 2012, le maire de la commune de Goyave a décidé d'opérer une retenue sur les traitements de Mme A, fonctionnaire territoriale exerçant ses fonctions au sein de la commune, pour absence de service fait du 25 avril au 31 mai 2012. Par un jugement n°1201128, 1201130 et 1201173 du 25 juin 2015, le tribunal administratif de la Guadeloupe a notamment annulé cet arrêté et les décisions de versement partiel des rémunérations de Mme A des mois de janvier à octobre 2012 révélées par ses bulletins de paie, en tant que cet arrêté et ces décisions dépassaient la quotité saisissable mensuelle. Par ce jugement, le tribunal a également enjoint à la commune de verser à Mme A les sommes correspondant aux retenues sur traitement opérées sur les mois de janvier à mai 2012 et de juillet 2012 à mai 2013 qui excédaient la quotité saisissable. Par un jugement n°1601071, 1601072, 1601073 et 1601074 du 15 décembre 2016, le tribunal, saisi par Mme A en exécution du jugement n°1201128 du 25 juin 2015, a enjoint à la commune de Goyave d'exécuter le jugement n°1201128 du 25 juin 2015 dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par un jugement du 7 décembre 2017, le tribunal, saisi aux fins de liquidation de l'astreinte, a considéré que le jugement n°1201128 avait été exécuté par la commune de Goyave, qui justifiait avoir notamment versé à Mme A la somme de 4 310,61 euros par un mandat de paiement n°827, payé le 28 juillet 2017, et a liquidé l'astreinte prononcée dans le jugement du15 décembre 2016 à hauteur de 1 500 euros. Mme A a été transférée le 1er juillet 2016 en qualité d'adjointe administrative territoriale de 2ème classe au sein de la communauté d'agglomération Nord Basse-Terre. Parallèlement au reversement à Mme A des sommes prononcées par le tribunal dans son jugement n°1201128, la commune de Goyave a émis un titre de recettes n°199 en date du 27 septembre 2016, pour un montant de 148,80 euros en vue du recouvrement d'un trop-versé de rémunération pour le mois de juin 2016 concernant l'indemnité de vie chère et l'indemnité d'administration et de technicité (IAT). La commune a émis un second titre de recettes n°128 le date du 10 juillet 2017, d'un montant de 4 310,61 euros correspondant aux retenues sur traitement pour absence de service fait qui lui étaient dues. Par un courrier du 26 mai 2018, Mme A a demandé des éclaircissements quant à la somme de 4 310,61 euros mise à sa charge. La commune a ensuite adressé à l'intéressée une mise en demeure de payer les sommes de 148,80 euros et 4 310,61 euros par un courrier du 16 novembre 2018, réceptionné par Mme A le 7 décembre 2018. Par un courrier du 17 décembre 2018, elle a adressé au trésorier principal de la commune un courrier intitulé " Demande de suspension de l'avis à tiers détenteur ". Mme A a sollicité l'annulation de cette mise en demeure de payer du 16 novembre 2018 et par un jugement n°1801241 du 22 septembre 2020, le tribunal administratif de la Guadeloupe a rejeté cette requête pour irrecevabilité. Puis, le 7 octobre 2020, le centre des finances publiques - trésorerie de Sainte-Rose lui a notifié une saisie administrative à tiers détenteur en vue du recouvrement des sommes de 148,80 euros et 4 310,61 euros au profit de la commune de Goyave. Par un courrier du 8 mars 2022, réceptionné le 17 mars 2022, Mme A a contesté auprès de la commune de Goyave cet avis de saisie administrative à tiers détenteur pour un montant de 4 310,61 euros et a demandé, outre le remboursement de cette somme, à ce qu'une somme de 5 987 euros lui soit versée en réparation des préjudices subis du fait des " difficultés engendrées par ces opérations et les conséquences relatives au remboursement, des emprunts, du loyer, des crédits et créances ". Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande et à ce que la commune de Goyave soit condamnée à lui verser la somme de 4 310 euros prélevée sur son traitement et la somme de 5 987 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme A demande l'annulation de la décision implicite par laquelle la commune de Goyave a rejeté sa demande indemnitaire préalable formée par un courrier du 8 mars 2022, reçue le 17 mars 2022, tendant à l'indemnisation de ses préjudices. Toutefois, cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de la demande de Mme A. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande indemnitaire préalable sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

3. D'une part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance. Cette règle, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient dès lors au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.

4. D'autre part, l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.

5. Il résulte de l'instruction que le 10 juillet 2017, la commune de Goyave a émis à l'encontre de Mme A un titre de recette n°128, pour un montant de 4 310,61 euros en vue du recouvrement d'une retenue sur traitement pour absence de service fait. S'il ne résulte pas de l'instruction que ce titre de recettes ait effectivement été adressé à l'intéressée, accompagné d'une mention des voies et délais de recours, en revanche, un courrier portant mise en demeure de payer, mentionnant cette somme, lui a été adressé par le comptable public de la trésorerie de Capesterre-Belle-Eau. Ce courrier a été réceptionné par Mme A le 7 décembre 2018. Par un courrier du 17 décembre 2018, l'intéressée a adressé au trésorier principal de la commune de Capesterre-Belle-Eau une demande de suspension de cette mise en demeure de payer. Si Mme A a formé un recours juridictionnel contre cette mise en demeure de payer par une requête enregistrée le 26 décembre 2018, rejetée par un jugement du 22 septembre 2020 pour irrecevabilité, elle n'a en revanche formé aucun recours à l'encontre du titre de recettes du 10 juillet 2017, de sorte que cette décision, qui a un objet exclusivement pécuniaire, est devenue définitive. Par suite, les conclusions présentées dans le cadre de la présente instance le 7 juillet 2022 et tendant à la condamnation de la commune de Goyave à lui verser la somme de 4 310,61 euros, qui ont la même portée que celles qui tendraient à l'annulation de ce titre de recettes, ne sont pas recevables. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Goyave à ce titre doit être accueillie.

En ce qui concerne le surplus des conclusions indemnitaires :

6. Mme A demande par ailleurs réparation d'un préjudice qu'elle aurait subi du fait des " difficultés engendrées par ces opérations et les conséquences relatives au remboursement, des emprunts, du loyer, des crédits et créances ". Toutefois, elle n'apporte aucune précision quant à la réalité de ce préjudice. Dès lors, ces conclusions doivent également être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Goyave, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Goyave sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Goyave sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Goyave.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Nadège Mahé, présidente,

- Mme Hélène Bentolila, conseillère,

- Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

Signé

H. BENTOLILALa présidente,

Signé

N. MAHE

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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