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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2200743

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2200743

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2200743
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2200743 et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 juillet 2022 et 23 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Jamais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite en date du 23 février 2022 par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé de mandater d'office la somme due en application de des ordonnances n° 1900161, n° 1900432 et n° 1900432 en date du 23 mars 2019, 6 juin 2019 et 31 décembre 2019, du tribunal administratif de la Guadeloupe ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au mandatement d'office des intérêts moratoires dus en raison de la tardiveté du paiement de la somme de 10 000 euros due en application de l'ordonnance précitée, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait le II de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980, dès lors que si la somme due au principal a été payée, les intérêts moratoires n'ont pas été versés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au non-lieu partiel et au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la somme ayant été réglée, les conclusions à fin d'annulation sont sans objet ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier en date du 20 septembre 2024, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le présent jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder au mandatement d'office des intérêts moratoires dus en raison de la tardiveté du paiement de la somme de 10 000 euros, dès lors qu'elle constitue une demande d'injonction à titre principal.

Le préfet a présenté ses observations sur ce moyen d'ordre public le 25 septembre 2024.

II. Par une requête n° 2201400 et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 décembre 2022 et 23 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Jamais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite en date du 29 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Guadeloupe a refusé de mandater d'office la somme due en application du jugement n° 2100014 en date du 17 mai 2022 du tribunal administratif de la Guadeloupe ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guadeloupe, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au mandatement d'office des intérêts moratoires dus en raison de la tardiveté du paiement de la somme de 15 325,76 due en application du jugement en date du 17 mai 2022 du tribunal administratif de la Guadeloupe, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait le II de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980, dès lors que si la somme due au principal a été payée, les intérêts moratoires n'ont pas été versés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au non-lieu partiel et au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la somme ayant été réglée, les conclusions à fin d'annulation sont sans objet ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier en date du 20 septembre 2024, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le présent jugement était est susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Guadeloupe de procéder au mandatement d'office des intérêts moratoires dus en raison de la tardiveté du paiement de la somme de 15 325,76 euros, dès lors qu'elle constitue une demande d'injonction à titre principal.

Le préfet a présenté ses observations sur ce moyen d'ordre public le 25 septembre 2024.

III. Par une requête n° 2300181 et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 février et 23 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Jamais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 8 404,70 en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subi du fait des refus et retards illégaux de mandater d'office les sommes dues en application des ordonnances et jugements du tribunal administratif de la Guadeloupe ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en refusant de faire droit à ses demandes de mandatement dans un premier temps, puis eu égard au délai dans lesquelles les sommes ont été payées dans un second temps, le préfet de la Guadeloupe a commis une faute lourde de nature à engager sa responsabilité ;

- elle a subi un préjudice matériel évalué à 3 404,70 euros, dès lors que les intérêts moratoires n'ont jamais été mandatés ;

- elle a subi un préjudice moral, caractérisé par un épuisement psychologique, les sommes auxquelles elle a le droit en application de plusieurs décisions de justice ayant mis plus d'un an à être réglées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le préfet n'a commis aucune faute lourde dès lors que les sommes ont été réglées ;

- la requérante n'établit pas la réalité de ses préjudices.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil

- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bakhta, conseillère,

- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux ordonnances n° 1900161 en date du 12 mars 2019 et n° 1900432 en date du 6 juin 2019, le juge des référés du tribunal de la Guadeloupe a mis à la charge de la maison départementale de l'enfance une somme globale de 3 000 euros à verser à Mme B A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par une ordonnance n° 19000432 en date du 31 décembre 2019, le juge des référés du tribunal administratif de la Guadeloupe a procédé, en application des dispositions de l'article L. 911-8 du code de justice administrative, à la liquidation d'une astreinte et condamner la maison départementale de l'enfance à verser à Mme A une somme de 10 000 euros. Par une demande en date du 20 décembre 2021 notifiée le 23 décembre suivant, Mme A a demandé au préfet de procéder au mandatement de la somme de 13 000 euros en application de ces ordonnances. Par jugement n° 2100014 en date du 17 mai 2022, le tribunal administratif de la Guadeloupe a condamné la maison départementale de l'enfance à la réparation des préjudices subis par Mme A à hauteur de 13 825,76 € et a mis à la charge de l'établissement une somme de 1 500 euros au titre des frais irrépétibles. Toutefois, en l'absence du paiement de ces sommes, Mme A a saisi le préfet de la Guadeloupe d'une seconde demande de mandatement d'office, en date du 24 août, notifiée le 29 août 2022, qui a donné lieu à une décision implicite de rejet.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2200743, n° 2201400 et n° 2300181 présentées par Mme A présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la requête n° 2200743 :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu :

3. Mme A a demandé, le 23 décembre 2021, le mandatement de la somme de 13 000 euros en application des ordonnances du tribunal administratif de la Guadeloupe en date du 12 mars 2019, du 6 juin 2019 et du 31 décembre 2019. Il ressort des pièces du dossier, que postérieurement à l'introduction de sa requête, le préfet de la Guadeloupe a, par un arrêté en date du 26 août 2022, fait droit à la demande de mandatement de la requérante et que les sommes ont été réglées en partie le 12 janvier 2021 à hauteur de 3 000 euros, antérieurement au mandatement d'office, et entièrement le 15 mars 2023. Par suite, comme le fait valoir le préfet en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet ont perdu leur objet et il n'y pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité comporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou de disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement ".

5. Mme A soutient que le préfet de la Guadeloupe, en se bornant à mandater la somme de 13 000 au cours de l'instance, a implicitement refusé de mandater les sommes dues au titre des intérêts moratoires. Cependant, il ressort des termes mêmes de sa demande notifiée le 23 décembre 2021 que la requérante a uniquement demandé au préfet de procéder au mandatement d'office de la somme de 13 000 euros, sans faire mention des intérêts moratoires dus eu égard au retard dans l'exécution des ordonnances en date du 13 mars, 6 juin et 31 décembre 2019. Si, en application des décisions précitées, ces intérêts sont de droit, eu égard à la teneur de la demande de Mme A, l'arrêté en date du 26 août 2022 n'a ni pour objet ni pour portée de refuser de mandater d'office les sommes dues au titre des intérêts moratoires. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de procéder au mandatement d'office des intérêts moratoires dus en raison de la tardiveté du paiement de la somme due à titre principal, sont présentées à titre principal et doivent être rejetées, comme irrecevables.

Sur la requête n° 2201400 :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu :

6. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus opposé à une demande tendant à un mandatement d'office réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de prendre cette mesure afin d'obtenir le paiement des sommes demandées. La légalité de ce refus doit, dès lors, être appréciée par ce juge au regard des règles applicables et des circonstances prévalant à la date de sa décision. Il s'ensuit que s'il estime, à la date de sa décision, que les sommes ont été réglées, le juge de l'excès de pouvoir constate que la demande est devenue sans objet et qu'il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

7. Mme A a demandé, le 24 août 2022, le mandatement de la somme de 15 325,76 euros en application du jugement n° 2100014 en date du 17 mai 2022 du tribunal administratif de la Guadeloupe. Il ressort des écritures produites en défense que cette somme a été directement ordonnancé par la maison départementale de l'enfance, le préfet ne produisant pas, au demeurant, d'arrêté de mandatement. Par suite, comme le fait valoir le préfet en défense, dès lors que les sommes ont été réglées, les conclusions à fin d'annulation, qui ne peuvent plus donner lieu à aucune mesure d'exécution, sont devenues sans objet et il n'y pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions à fin d'injonction :

8. Mme A soutient, dès lors que la somme de 15 325,76 euros lui a été versées, le préfet de la Guadeloupe a implicitement refusé de mandater la somme due au titre des intérêts moratoires. Cependant, il ressort des termes mêmes de sa demande notifiée le 29 août 2022 que la requérante a uniquement demandé au préfet de procéder au mandatement d'office de la somme de 15 325, 76 euros, sans faire mention des intérêts moratoires dus compte tenu du retard dans l'exécution du jugement en date du 17 mai 2022. Si, en application des dispositions précitées au point 4 du présent jugement, ces intérêts sont de droit, eu égard à la teneur de la demande de Mme A, le seul paiement de la somme due au titre principal ne saurait révéler une décision implicite de refus de mandater d'office les sommes dues au titre des intérêts moratoire. Par suite, ses conclusions visant à ce qu'il soit enjoint au préfet de de procéder au mandatement d'office des intérêts moratoires dus en raison de la tardiveté du paiement de la somme due à titre principal, sont présentées à titre principal et doivent être rejetées, comme irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires présentées dans la requête n° 2300181 :

En ce qui concerne le principe de responsabilité :

9. Aux termes du II de l'article 1er de la loi susvisée du 16 juillet 1980 : " Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné une collectivité locale ou un établissement public au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être mandatée ou ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. A défaut de mandatement ou d'ordonnancement dans ce délai, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle procède au mandatement d'office / En cas d'insuffisance de crédits, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle adresse à la collectivité ou à l'établissement une mise en demeure de créer les ressources nécessaires ; si l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement n'a pas dégagé ou créé ces ressources, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle y pourvoit et procède, s'il y a lieu, au mandatement d'office. ".

10. Par ces dispositions, le législateur a entendu donner au représentant de l'Etat dans le département ou à l'autorité de tutelle, en cas de carence d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public à assurer l'exécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, et après mise en demeure à cet effet, le pouvoir de se substituer aux organes de cette personne publique afin de dégager ou de créer les ressources permettant la pleine exécution de cette décision de justice. A cette fin, il lui appartient, sous le contrôle du juge, de prendre, compte tenu de la situation de la collectivité ou de l'établissement public et des impératifs d'intérêt général, les mesures nécessaires. Au nombre de ces mesures, figure la possibilité de procéder à la vente de biens lui appartenant, dès lors que ceux-ci ne sont pas indispensables au bon fonctionnement des services publics dont cette personne publique a la charge. Si le préfet ou l'autorité de tutelle s'abstient ou néglige de faire usage des prérogatives qui lui sont ainsi conférées par la loi, le créancier de la collectivité territoriale ou de l'établissement public est en droit de se retourner contre l'Etat en cas de faute lourde commise dans l'exercice du pouvoir de tutelle. Si cette responsabilité pour faute lourde ne peut être engagée, dans l'hypothèse où, eu égard à la situation de la personne publique concernée, notamment à l'insuffisance de ses actifs, ou en raison d'impératifs d'intérêt général, le préfet ou l'autorité de tutelle a pu légalement refuser de prendre certaines mesures en vue d'assurer la pleine exécution de la décision de justice, le préjudice qui en résulte pour le créancier de la collectivité territoriale ou de l'établissement public est susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat s'il revêt un caractère grave et spécial.

11. A l'appui de ses conclusions indemnitaires, Mme A se prévaut du retard dans le mandement de la somme de 10 000 euros due en application de l'ordonnance n° 1900432 du 31 décembre 2019, réglée le 17 mars 2023, de la carence du préfet dans le mandatement de la somme de 15 325,76 euros due en application du jugement en date du 17 mai 2022, réglée le 23 décembre 2022 et de l'absence de mandatement des intérêts moratoires.

S'agissant du mandatement de la somme de 10 000 euros :

12. Il résulte de l'instruction que le préfet a procédé au mandatement de cette somme, par arrêté en date du 26 août 2022, soit près de huit mois après la demande de la requérante et que la somme n'a finalement été réglée que le 17 mars 2023, soit près de huit mois après son mandatement. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le retard de près d'un an et trois mois mis par l'administration pour régler la somme de 10 000 euros due à Mme A en application de l'ordonnance n° 1900432 du 31 décembre 2019 constitue une faute lourde de nature à engager sa responsabilité.

S'agissant du mandatement de la somme de 15 325,76 euros :

13. Il résulte de l'instruction que Mme A a demandé par un courrier en date du 24 août 2022, notifié le 29 août 2022, le mandatement de la somme de 15 325,76 euros. Une décision implicite de rejet est née le 29 octobre 2022. S'il est constant que la somme a été payée le 23 décembre 2022, il résulte de l'instruction que le mandat de cette somme a été ordonnancé par la maison départementale de l'enfance et il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait procédé au mandatement d'office de cette somme postérieurement à sa décision implicite. Le préfet de la Guadeloupe, en se bornant a relevé en défense que la somme a été réglée, ne se prévaut d'aucun motif justifiant qu'il n'ait pas procédé au mandatement d'office. Par suite, en refusant de faire droit à la demande de mandatement d'office de la requérante entre le 29 octobre 2022 et le 23 décembre 2022, le préfet a commis une faute lourde de nature à engager sa responsabilité.

S'agissant des intérêts moratoires :

14. Comme il a été dit aux points 5 et 8 du présent jugement, Mme A ne peut être regardée comme ayant demandé au préfet de la Guadeloupe de procéder au mandatement d'office des intérêts moratoires. Ainsi, si en application des dispositions de l'article 1231-7 du code civil, ces intérêts sont de droit, eu égard à la teneur des demandes de Mme A, le préfet de la Guadeloupe n'a pas commis une faute lourde de nature à engager la responsabilité de l'Etat en ne mandatant pas d'office ces sommes.

En ce qui concerne le lien de causalité et les préjudices :

15. La requérant se prévaut d'un préjudice financier de 3 404,70 euros, correspondant aux intérêts moratoires n'ayant pas fait l'objet d'un mandatement d'office de la part du préfet. Cependant, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 8 du présent jugement, que les décisions portant refus de mandatement d'office n'ont pas pour objet ni pour portée de refuser le mandatement des intérêts moratoires, dès lors que le préfet de la Guadeloupe n'a pas, eu égard aux termes de la demande de la requérante, été saisi d'une demande en ce sens. Par suite, le lien de causalité entre les fautes lourdes du préfet reconnues aux points 12 et 13 du présent jugement et ce préjudice n'étant pas établi, la requérante n'est pas fondée à demander la réparation de ce préjudice.

16. La requérante soutient également que les carences du préfet lui ont causé un préjudice moral, se traduisant par une perte de confiance envers les pouvoirs publics ainsi qu'un épuisement psychologique en raison du caractère infructueux des démarches qu'elle a entreprises. Il résulte de l'instruction que Mme A a entamée depuis plus de quatre ans des procédures administratives puis contentieuses l'opposant à la maison départementale de l'enfance, puis au préfet de la Guadeloupe. Si le lien de causalité ne saurait être reconnu sur l'ensemble de cette période, l'absence et le retard fautif du préfet de la Guadeloupe dans la mise en œuvre du mandatement d'office, ont nécessairement causé à Mme A un préjudice moral entre les mois d'octobre 2022 et décembre 2023. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral en résultant en allouant à Mme A une somme de 1 000 euros.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

17. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2200743 et n° 2201400.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 1 000 euros.

Article 3 : L'Etat versera une somme globale de 3 000 euros à Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des requêtes n° 2200743, n° 2201400 et 2300181 est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

K. BAKHTA

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

Nos 2200743, 2201400 et 23001810

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