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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201314

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201314

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201314
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantZIG JENNIFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 novembre 2022 et le 21 août 2023, M. B A, représenté par Me Jennifer Zig, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant des quatre avis de saisies administratives à tiers détenteur émis le 29 juin 2022 par le comptable public pour le recouvrement des cotisations de taxe d'habitation et contribution à l'audiovisuelle au titre de l'année 2015 d'un montant de 1 240 euros, en droits et pénalités, et de taxe foncière sur les propriétés bâties, au titre de l'année 2021 d'un montant de 1 909 euros, en droits et pénalités ;

2°) d'enjoindre au directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe de prononcer la mainlevée des saisies administratives à tiers détenteur n°2100019, 2100020, 2100021, 2100022 ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer des sommes appréhendées sur ses comptes bancaires, assortie des intérêts au taux légal courant au 29 juin 2022 jusqu'à la date de la restitution ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 500 euros, à titre de dommages et intérêts pour les saisies abusives ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat les frais bancaires et de mainlevée résultant des saisies administratives à tiers détenteur contestées, soit une somme forfaitaire de 800 euros ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas redevable de la cotisation de taxe d'habitation dès lors que le bien objet de cette imposition est loué depuis 2007 ; il en a d'ailleurs contesté le bien-fondé par des courriers du 23 décembre 2014 et du 23 novembre 2015, auxquels l'administration fiscale n'a pas répondu ;

- l'action en recouvrement était acquise en application de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales ;

- les saisies administratives n'ont été précédées ni d'un avis d'imposition, ni de lettres de relance, ni de mises en demeure

- s'agissant de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties, l'avis de saisie ne permet pas d'identifier la créance en litige ; il est à jour de ces cotisations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe conclut à la décharge de la cotisation de taxe d'habitation et de contribution à l'audiovisuelle au titre de l'année 2015 d'un montant de 1 240 euros en droits et pénalités, à la mainlevée partielle de la saisie administrative à tiers détenteur à hauteur de cette somme et au rejet du surplus de la requête.

Il soutient que :

- la prescription est acquise pour le recouvrement des sommes correspondant à la taxe d'habitation au titre de l'année 2015 ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'une part, les conclusions à fin d'injonction à l'administration fiscale de restituer la somme d'un montant de 3 149 euros appréhendée à tort et celles à fin d'injonction à l'administration fiscale de lui restituer lesdites sommes, étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative. Et d'autre part, qu'en application des dispositions combinées de l'article R. 421-1 et R. 611-7 du code de justice administrative les conclusions à fin d'indemnisation étaient susceptibles d'être fondées sur un moyen relevé d'office tiré de l'absence de liaison du contentieux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique : le rapport de M. Gouès, président.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le comptable public de la direction générale des finances publiques de la Guadeloupe a émis à l'encontre de M. A quatre saisies administratives à tiers détenteur le 29 juin 2022 en vue du recouvrement de la somme de 3 149 euros correspondant aux cotisations de taxe d'habitation et contribution à l'audiovisuelle au titre de l'année 2015 et de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre de l'année 2021. Par un courrier du 29 juillet 2022, réceptionné le 4 août 2022, le requérant a formé une réclamation préalable. En l'absence de réponse de l'administration, le requérant demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer les sommes résultant des saisies administratives, d'enjoindre à l'administration d'en prononcer la mainlevée effective et de restituer les sommes appréhendées sur ses comptes bancaires.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la taxe d'habitation :

2. L'article 274 du livre des procédures fiscales dispose que : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. " L'article 2240 du code civil dispose que : " La reconnaissance par le débiteur du droit de celui contre lequel il prescrivait interrompt le délai de prescription. ". Pour l'application de ces dispositions, la reconnaissance de dette interruptive de prescription ne peut résulter que d'un acte ou d'une démarche par lesquels le redevable se réfère clairement à une créance définie par sa nature, son montant et l'identité du créancier. Il appartient à l'administration d'établir qu'elle a régulièrement notifié un acte de poursuite au contribuable.

3. En l'espèce, pour contester l'obligation de payer découlant des saisies administratives à tiers détenteur émises à son encontre pour le recouvrement des impositions au titre de l'année 2015, M. A se prévaut de la prescription définie à l'article L. 274 précité du livre des procédures fiscales.

4. Il résulte de l'instruction que la cotisation en litige a été mise en recouvrement le 31 octobre 2015. L'administration admet dans ses écritures l'irrégularité de la saisie administrative à tiers détenteur en ce que la prescription était acquise à l'intéressé. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le délai prévu par les dispositions précitées de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales avait expiré à la date de notification des avis à tiers détenteur du 29 juin 2022 et à demander la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 240 euros en résultant.

En ce qui concerne la taxe foncière sur les propriétés bâties :

5. Aux termes de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales : " Un avis d'imposition est adressé sous pli fermé à tout contribuable inscrit au rôle des impôts directs ou, pour les redevables de l'impôt sur la fortune immobilière, au rôle de cet impôt, dans les conditions prévues aux articles 1658 à 1659 A du même code () ". Aux termes de l'article 1658 du code général des impôts : " Les impôts directs et les taxes assimilées sont recouvrés en vertu soit de rôles rendus exécutoires par arrêté du directeur général des finances publiques ou du préfet, soit d'avis de mise en recouvrement () ". Aux termes de l'article 1663 du même code : " Les impôts directs, produits et taxes assimilés, visés par le présent code, sont exigibles trente jours après la date de la mise en recouvrement du rôle () ".

6. Ces dispositions ne sont applicables que si le contribuable a été, avant la date d'exigibilité ainsi déterminée, avisé de la mise en recouvrement du rôle contenant l'imposition à laquelle il a été assujetti. Dans le cas où il est établi que l'administration a omis d'adresser ou n'a notifié qu'avec retard l'avis d'imposition prévu par les dispositions de l'article L. 253 du livre des procédures fiscales, l'impôt n'est exigible qu'à compter de la date où le contribuable a été informé de la mise en recouvrement du rôle.

7. Pour contester l'exigibilité des impositions de taxe foncière sur les propriétés bâties visées par les saisies administratives à tiers détenteur émises le 29 juin 2022, M. A soutient notamment ne pas avoir été régulièrement avisé de la mise en recouvrement de ces impositions faute d'avoir été destinataire d'un avis d'imposition.

8. En l'espèce, si l'administration produit en défense un avis d'imposition établi le 10 août 2021, il ne résulte pas de l'instruction que la mise en recouvrement des sommes litigieuses a été régulièrement portée à la connaissance de l'intéressé. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'à la date à laquelle les avis de saisie administrative à tiers détenteur litigieux lui ont été notifiés, les impositions visées par ces actes de poursuites n'étaient pas exigibles.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander, la décharge de l'obligation de payer les sommes résultant des quatre saisies administratives à tiers détenteurs des 29 juin 2022 concernant la taxe d'habitation et la taxe foncière sur les propriétés bâties mises à sa charge au titre des années 2015 et 2021.

Sur les conclusions à fin de mainlevée :

10. Il n'appartient pas au juge administratif de connaître de conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné la mainlevée des avis à tiers détenteur en litige. Par suite, les conclusions à fin qu'il soit enjoint à l'administration de procéder à la mainlevée doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de restitution :

11. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable [] ". Il résulte de ces dispositions que la restitution des sommes déjà versées par un contribuable doit être effectuée par le comptable chargé du recouvrement, en exécution d'une décision de justice ordonnant une décharge ou une réduction d'imposition, sans qu'il soit besoin d'adresser à cette fin une injonction à l'administration fiscale.

12. Il résulte de l'instruction qu'il n'est pas établi que des sommes aient été prélevées par l'administration fiscale comme suite au litige en cours. Par suite, les conclusions tendant à la restitution des sommes recouvrées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

13. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

14. Le requérant sollicite le versement d'une indemnité de 2 500 euros visant à réparer le préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la ténacité de l'administration fiscale à lui adresser des saisies administratives successives alors qu'il a contesté l'exigibilité des sommes en résultant, ainsi que le remboursement des frais bancaires. Toutefois, d'une part, M. A ne justifie pas avoir saisi l'administration d'une réclamation préalable tendant à obtenir la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi, et le remboursement des frais prélevés par sa banque et, d'autre part, il ne justifie en rien d'une quelconque faute commise par l'administration ni d'un préjudice certain. Par suite, ses conclusions indemnitaires sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est déchargé de l'obligation de payer les sommes mentionnées sur les quatre saisies à tiers détenteur du 29 juin 2022.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques de la Guadeloupe.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme le Roux, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le président rapporteur,

Signé :

S. GOUÈS

L'assesseure la plus ancienne,

Signé ;

J. LE ROUX

La greffière,

Signé :

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires publics à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

La greffière en chef

Signé :

M-L CORNEILLE

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