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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201417

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201417

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201417
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CHEVRY-VALERIUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 décembre 2022 et le 24 juillet 2024, l'EURL Concept jardin pervenche, représentée par le cabinet SCP Chevry-Valerius, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de la communauté d'agglomération Cap Excellence (ci-après " Cap Excellence "), en date du 20 octobre 2022 par lesquelles il a été mis fin au marché 2019F04 -01 et 02 ;

2°) de condamner Cap Excellence à lui verser les sommes de 275 000,00 euros et 85 000,00 euros en réparation du préjudice causé ;

3°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Cap Excellence la somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de non-renouvellement du contrat est irrégulière dès lors qu'elle a été transmise après la date de tacite reconduction ;

- cette décision lui a causé un préjudice qui doit être indemnisé à hauteur de son manque à gagner correspondant à l'année non reconduite, soit 275 000,00 euros pour le lot n° 1 et 85 000,00 euros pour le lot n° 2.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2024, Cap Excellence conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante la somme de 5.000 euros en application des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de mémoire de réclamation ;

- les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 20 octobre 2022 sont irrecevables dès lors qu'il s'agit d'une décision de non-renouvellement d'un contrat constituant une mesure d'exécution de l'accord-cadre, en tout état de cause, elles sont devenues sans objet au terme du contrat ;

- les conclusions aux fins d'indemnisation ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'acte d'engagement des accords-cadres ;

- le cahier des clauses administratives applicables aux marchés de fournitures courantes et de services (CCAG-FCS) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ceccarelli , rapporteure,

- les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ezelin, représentant la société Concept Jardin Pervenche.

Considérant ce qui suit :

1. Au cours de l'année 2019, Cap Excellence et la société Concept Jardin Pervenche ont conclu un marché à bons de commande relatif à des prestations d'entretien général des espaces verts qui ont été alloties en deux lots géographiques distincts. Ces contrats ont été conclus pour une durée de douze mois, reconductibles tacitement à trois reprises. Par un courrier en date du 20 octobre 2022, notifié le 26 octobre 2022, Cap Excellence a informé la société de son souhait de ne pas reconduire les marchés pour la dernière période restant à courir, soit du mois d'octobre 2022 au mois d'octobre 2023. Par lettre recommandée du 23 décembre 2022, la société a transmis un mémoire en réclamation à la Communauté d'Agglomération afin de contester cette décision. En l'absence de réponse, la société demande au tribunal l'annulation de la décision du 20 octobre 2022, ainsi que l'indemnisation de ses préjudices résultant du refus de renouvellement.

Sur les fins de non-recevoir

2. En premier lieu, aux termes de l'article 37.2 du cahier des clauses administratives applicables aux marchés de fournitures courantes et de services (CCAG-FCS) dans sa version alors applicable : " 37. 2. Tout différend entre le titulaire et le pouvoir adjudicateur doit faire l'objet, de la part du titulaire, d'un mémoire de réclamation exposant les motifs et indiquant, le cas échéant, le montant des sommes réclamées. Ce mémoire doit être communiqué au pouvoir adjudicateur dans le délai de deux mois, courant à compter du jour où le différend est apparu, sous peine de forclusion. ". Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'intervient, au cours de l'exécution d'un marché, un différend entre le titulaire et l'acheteur, résultant d'une prise de position écrite, explicite et non équivoque émanant de ce dernier et faisant apparaître le désaccord, le titulaire doit présenter, dans un délai de deux mois, un mémoire de réclamation, à peine d'irrecevabilité de la saisine du juge du contrat.

3. En l'espèce, par un courrier en date du 20 octobre 2022, notifié le 26 octobre 2022, Cap Excellence a informé la société de son souhait de ne pas reconduire les marchés pour la dernière période restant à courir, soit du mois d'octobre 2022 au mois d'octobre 2023. Il ressort des pièces du dossier qu'afin de contester cette décision, la société a transmis un mémoire en réclamation à la Communauté d'Agglomération par lettre recommandée du 23 décembre 2022. Ainsi, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de recours préalable doit être écartée.

4. En second lieu, aux termes de l'article 14 du cahier des clauses administratives particulières : " L'accord-cadre relatif au lot commence à la date de l'accusé de réception de sa notification pour une durée initiale de 12 mois. Il est renouvelable 3 fois par reconduction tacite pour une période de 12 mois. Le pouvoir adjudicateur pourra renoncer à la reconduction tacite par dénonciation expresse faite un mois avant l'échéance du contrat par l'envoi d'un préavis au titulaire du marché avec recommandé et accusé de réception. La durée maximale de l'accord-cadre est de 48 mois. "

5. Le juge du contrat ne peut, en principe, lorsqu'il est saisi par une partie d'un litige relatif à une mesure d'exécution d'un contrat, que rechercher si cette mesure est intervenue dans des conditions de nature à ouvrir droit à indemnité. Toutefois, une partie à un contrat administratif peut, eu égard à la portée d'une telle mesure d'exécution, former devant le juge du contrat un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation de ce contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles. Cette exception relative aux décisions de résiliation ne s'étend pas aux décisions de la personne publique refusant de faire application de stipulations du contrat relatives à son renouvellement. Il s'agit alors de mesures d'exécution du contrat qui n'ont ni pour objet, ni pour effet de mettre unilatéralement un terme à une convention en cours.

6. En l'espèce, la société Concept Jardin Pervenche sollicite l'annulation de la décision du 20 octobre 2022 par laquelle Cap Excellence s'est opposée au renouvellement tacite de l'accord-cadre les liant. Or, les conclusions tendant à l'annulation du refus de renouvellement d'un contrat par une personne publique, sont irrecevables. Au surplus, contrairement à ce que semble faire valoir la défense, la décision attaquée n'étant pas une décision de résiliation il ne peut être utilement soutenu que les conclusions à fin d'annulation sont dépourvues d'objet au motif que le terme du contrat est dépassé. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir relative aux conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 octobre 2022 doit être accueillie.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation

7. D'une part, aux termes de l'article 10 de l'acte d'engagement des accords-cadres litigieux : " L'accord-cadre relatif au lot commence à la date de l'accusé de réception de sa notification pour une durée initiale de 12 mois. Il est renouvelable 3 fois par reconduction tacite pour une période de 12 mois. Le pouvoir adjudicateur pourra renoncer à la reconduction tacite par dénonciation expresse faite un mois avant l'échéance du contrat par l'envoi d'un préavis au titulaire du marché avec recommandé et accusé de réception. La durée maximale de l'accord-cadre est de 48 mois. "

8. Il résulte de l'instruction que si la date de notification des actes d'engagement n'est pas certaine, le contrat a tacitement été renouvelé à deux reprises pour des durées d'un an jusqu'au mois d'octobre 2022, puis que, souhaitant renoncer à la troisième reconduction, Cap Excellence a transmis à son co-contractant un courrier en ce sens reçu le 26 octobre 2022. Si la décision litigieuse fait état d'un précédent courrier envoyé à la société le 25 mai 2020 afin de l'informer de son intention de ne pas renouveler le marché, Cap Excellence ne peut utilement s'en prévaloir dès lorsqu'elle ne le produit pas. Ainsi, en transmettant sa dénonciation expresse dans le courant du mois d'octobre 2022, Cap Excellence n'a pas respecté les prescriptions contractuelles qui lui imposaient le respect d'un délai mensuel de prévenance. Toutefois, cette irrégularité n'a pas privé d'effet la décision litigieuse et ne peut, à elle seule, être regardée comme ayant privé la société requérante de la rémunération attendue de ce renouvellement. De plus, bien que l'information tardive de la non-reconduction ait pu désorganiser la société, celle-ci ne rapporte pas la preuve d'un tel préjudice et aucune indemnité contractuelle n'était prévue en cas de non-reconduction du marché. En conséquence, la requérante n'est pas fondée à solliciter le versement d'une indemnité sur ce fondement.

9. D'autre part, dans le cas d'un marché à bons de commande dont les documents contractuels prévoient un minimum en valeur ou en quantité, le manque à gagner ne revêt un caractère certain qu'en ce qu'il porte sur ce minimum garanti. En l'espèce, il résulte de l'article 10 du cahier des clauses administratives particulières que l'accord-cadre cadre en litige est un " accord-cadre à bons de commande mono-attributaire, passé par un pouvoir adjudicateur avec montant maximum ", mais qu'aucun montant minimum n'est contractuellement garanti. Dans ces conditions, même si le contrat avait tacitement été renouvelé au cours de la dernière échéance, Cap Excellence n'était pas tenue de passer un montant minimal de commandes à son co-contractant. Dès lors que la société requérante n'avait ni droit acquis à la reconduction, ni droit garantie à un minimum de prestations, elle ne saurait se prévaloir d'un manque à gagner au titre de l'année 2022 - 2023, ni d'aucun autre droit à indemnisation. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation doivent être rejetées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Concept Jardin Pervenche doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Cap Excellence, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme sollicitée par société Concept Jardin Pervenche au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de société Concept Jardin Pervenche la somme demandée par Cap Excellence en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Concept Jardin Pervenche est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Cap Excellence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Concept Jardin Pervenche, au cabinet SCP Chevry-Valerius et la communauté d'agglomération Cap Excellence.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Ceccarelli Charlotte, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CECCARELLI

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef,

Signé

A. Cétol

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