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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2201448

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2201448

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2201448
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHMS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Patrice Tacita demande au tribunal :

1°) de constater qu'il a subi une discrimination à son travail lui causant plusieurs préjudices ;

2°) de condamner la Poste à lui verser la somme de 300 000 euros en réparation de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge de la Poste une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été victime d'une discrimination dont il a eu la révélation le 18 décembre 2020 à l'occasion d'un bilan psychologique, l'action en réparation n'est donc pas prescrite ;

- il aurait dû bénéficier d'une reconnaissance professionnelle et être promu à un grade supérieur ;

- il a subi un préjudice financier certain dont il demande réparation ;

- il a subi un préjudice psychologique en raison des discriminations dont il a été victime ce qui a pour conséquence un état anxio-dépressif ;

- il évalue la réparation de ses préjudices à hauteur de 300 000 euros.

Par un mémoire en défense du 23 octobre 2023, la société anonyme La Poste, représentée par Me Bellanger conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- l'action en responsabilité est prescrite ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n°90-568 du 2 juillet 1990 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biodore,

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été employé comme agent des Postes et Télécommunication à compter du 1er novembre 1985 et est resté au sein de la Poste jusqu'au 17 juillet 2002, date de son départ en retraite. Par une lettre du 19 septembre 2022, reçue le 3 octobre 2022, M. A a demandé au directeur régional des services de la Poste de l'indemniser des différends préjudices qu'il estime avoir subis en raison de son absence de promotion dans une catégorie statutaire d'agent de maîtrise, ni d'encadrement. Il a réitéré sa demande par un nouvel envoi notifié le 27 octobre 2022. Une décision implicite de rejet est née en l'absence de réponse à sa demande. Par la présente requête, il demande au tribunal de condamner la Poste à lui verser la somme de 300 000 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.

Sur les conclusions indemnitaires :

Sur la responsabilité de La Poste :

2. Aux termes de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les agents publics en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race, sous réserve des dispositions des articles L. 131-5, L. 131-6 et L. 131-7 ". Aux termes de l'article L. 131-12 du même code : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un agent public en prenant en considération le fait : / 1° Qu'il a subi ou refusé de subir des agissements contraires aux principes énoncés aux articles L. 131-1, L. 131-2 et L. 131-3 ; / 2° Qu'il a formulé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire respecter ces principes ; 3° Ou bien qu'il a témoigné d'agissements contraires à ces principes ou qu'il les a relatés ".

3. Le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination au sens des dispositions précitées, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. En l'espèce, pour caractériser la faute qui aurait été commise par la Poste à son égard, M. A soutient qu'il a subi une discrimination manifestée par son manque de promotion professionnelle par rapport à d'autres collègues qui ont mieux évolué. Il avance le fait que son engagement syndical est la cause cachée de cette discrimination. A l'appui de ses allégations, le requérant produit des attestations de personnes qui ont travaillé avec lui au bureau de poste de Pointe-à-Pitre vantant son sérieux, son sens du service et son implication. Il joint également un certificat médical faisant état " d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel aux difficultés rencontrées pour non reconnaissance de son grade dans le cadre de sa profession " établi le 9 juin 2018 ainsi qu'un protocole de soins pour dépression sévère d'avril 2015.

5. Il résulte de l'instruction et notamment du mémoire en défense de la Poste que

M. A, qui a débuté en qualité d'agent de bureau du service de la distribution et de l'acheminement, a été promu en 1990 dans le grade d'agent administratif de deuxième classe avant d'être intégré et reclassé dans le grade d'agent professionnel qualifié de premier niveau (APN1). Pour être promu au grade d'agent professionnel qualifié de second niveau (APN2), le requérant devait soit passer un concours après trois années de service civil effectifs en tant qu'APN1, soit être inscrit sur un tableau d'avancement établi après une sélection opérée par voie d'examen professionnel après huit années de service civils effectifs dans le grade d'APN1. La Poste indique donc que M. A pouvait au mieux être promu en avril 1997 par voie de concours ou en avril 2002 par tableau d'avancement. Concernant les pièces produites par le requérant, aucune ne permet de justifier la discrimination qu'il prétend avoir subie. Ni le déroulement de sa carrière, ni la circonstance, d'ailleurs non établie, que la plupart des agents moins dévoués que lui auraient bénéficié d'une promotion ne révèlent une discrimination à raison de son engagement syndical. Par suite, aucune faute n'est à ce titre de nature à engager la responsabilité de la Poste.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de la Poste, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de prescription quadriennale opposée en défense, M. A n'est pas fondé à demander l'indemnisation de son préjudice financier, ni du préjudice psychologique qu'il estime avoir ainsi subi.

Sur les frais relatifs au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la Poste, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme de 3 000 euros demandée. En vertu de ces mêmes dispositions, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la Poste doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la SA la Poste tendant au versement par le requérant de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la SA La Poste.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

Signé

V. BIODORELe président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et de l'industrie, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. Cétol

N°2201448

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