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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2300705

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2300705

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2300705
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantARMAND LIONEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 juin 2023 et 6 juin 2024, M. B C, représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Pointe-Noire à lui verser la somme de 60 192 euros, a minima, en réparation du préjudice financier résultant des ingérences de la collectivité dans la gestion de sa carrière ;

2°) de condamner la commune de Pointe-Noire à lui verser la somme de 20 000 euros au titre du préjudice moral et financier ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pointe-Noire la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- il a été privé d'avancement d'échelon ;

- il a fait l'objet d'un harcèlement moral ;

- la commune a méconnu son obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer sa sécurité et sa santé, eu égard à ses conditions matérielles de travail et son exposition à l'amiante ;

- le préjudice financier résultant de sa privation d'avancement d'échelon est évalué à 60 182 euros ;

- cette situation lui a causé des préjudices moral et financier évalués à 20 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 29 août 2023 et 18 octobre 2024, la commune de Pointe-Noire, représenté par Me Pancrel, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet au fond et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors que le requérant a formé, antérieurement à sa demande en date du 31 mai 2023, une précédente demande indemnitaire préalable, explicitement rejetée par décision en date du 3 mars 2023, notifié le 7 mars 2023, devenue définitive ;

- les moyens de la requête sont infondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Créantor, rapporteure publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Une note en délibéré présentée par M. C a été enregistrée le 13 février 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Avant d'intégrer les effectifs de la commune de Pointe-Noire, M. B C exerçait des fonctions d'attaché territorial au sein de la région Guadeloupe. A compter du 1er juillet 2014, il a été détaché sur l'emploi fonctionnel de directeur général des services (DGS) de la commune de Pointe-Noire. Par arrêté en date du 21 décembre 2016, il a été nommé attaché principal par voie de mutation au sein de la commune de Pointe-Noire. Le maire de la commune de Pointe-Noire a mis fin à l'emploi fonctionnel du requérant à compter du 1er mars 2021. Par courrier en date du 31 mai 2023, M. C a demandé à la commune de Pointe-Noire de l'indemniser des préjudices résultants de son défaut d'avancement, de la gestion de la carrière, de ses conditions de travail et du harcèlement moral subi. Par la présente requête, le requérant demande au tribunal de condamner la commune de Pointe-Noire à lui verser une somme globale de 80 192 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. D'une part, la décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.

4. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va notamment ainsi alors même que ce recours indemnitaire aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.

5. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans les cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation, ou si la demande est fondée sur une cause juridique nouvelle.

6. D'autre part, lorsque l'administration réitère les termes d'une décision déjà intervenue, cette nouvelle décision statuant sur une demande ayant le même objet, le cas échéant au terme d'une nouvelle instruction, constitue une décision confirmative de la précédente. La notification d'une telle décision confirmative d'une décision initiale devenue définitive ne peut en toute hypothèse faire courir un nouveau délai de recours.

7. Il résulte de l'instruction que M. C a formé une première demande indemnitaire notifiée à la commune le 12 janvier 2023, dans laquelle il faisait état d'une privation d'avancement et d'une situation de harcèlement moral. Par décision en date du 3 mars 2023, notifiée au requérant par l'intermédiaire de son conseil le 7 mars 2023, la commune de Pointe-Noire a explicitement rejeté sa demande indemnitaire. Cette décision de rejet est devenue définitive le 9 mai 2023, en l'absence de tout recours. Par une seconde réclamation indemnitaire préalable en date du 31 mai 2023, notifié le 1er juin 2023, le requérant a de nouveau demandé au maire de la commune de Pointe-Noire de l'indemniser des préjudices résultant des faits générateurs mentionnés dans sa première demande et s'est également prévalu d'un nouveau fait générateur tiré de ses conditions matérielles de travail. Cette seconde demande a également été explicitement rejetée, par décision du 31 juillet 2023.

8. Le requérant soutient que la décision en date du 31 juillet 2023 n'est pas confirmative dès lors que sa seconde demande fait état de faits nouveaux relatifs à l'impact sur sa santé. A l'appui de cette allégation, le requérant se prévaut du courriel de la psychologue du centre de gestion l'ayant reçu le 17 mars 2023 qui se rapporte à ses conditions matérielles de travail. Ce courrier ne fait pas état d'un préjudice, en lien avec les deux autres faits générateurs initialement évoqués, qui serait né, se serait aggravé, ou se serait révélé dans toute son ampleur postérieurement à la décision de rejet en date du 3 mars 2023.

9. Dans ces conditions, la décision de rejet du 3 mars 2023 étant devenue définitive et en l'absence de préjudice né, qui se serait aggravé ou dont l'ampleur aurait été révélée postérieurement à celle-ci, en lien avec les deux premiers faits générateurs évoqués, à savoir la privation d'avancement et le harcèlement moral, la décision en date du 31 juillet 2023 est purement confirmative en ce qui concerne ces demandes. Par suite, il y a lieu d'accueillir partiellement la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté, opposée en défense, en ce qui concerne les conclusions indemnitaires fondées sur sa privation d'avancement et le harcèlement moral et de les rejeter comme irrecevables.

Sur les conclusions indemnitaires en lien avec la méconnaissance de l'obligation de prendre les mesures nécessaires à la sécurité et la santé de l'agent :

10. Aux termes de l'article 2 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Dans les collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er, les locaux et installations de service doivent être aménagés, les équipements doivent être réalisés et maintenus de manière à garantir la sécurité des agents et des usagers. Les locaux doivent être tenus dans un état constant de propreté et présenter les conditions d'hygiène et de sécurité nécessaires à la santé des personnes ". Aux termes de l'article 2-1 du même décret : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité ".

11. Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.

En ce qui concerne la vétusté de son bureau et les nuisances sonores :

12. Il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal de constat établi par un commissaire de justice en date du 30 juin 2023 et des photographies contenues dans celui-ci, que le bureau qu'occupé initialement le requérant présentait des traces d'humidité en partie basse, du côté de la porte d'accès, ayant conduit à une dégradation d'une partie de la peinture. Contrairement aux allégations du requérant, il ne résulte pas de l'instruction que les murs de son bureau étaient contaminés par des champignons ni qu'il était exposé à de la poussière de peinture et de matériaux divers ainsi qu'à des émanations de produits et matériels de reprographie. Par ailleurs, si le requérant fait valoir avoir été exposé à de fortes nuisances sonores, la commune fait valoir, sans être contestée, que ces nuisances étaient dues à des travaux temporaires à l'extérieur du bâtiment, liés à un chantier attenant.

En ce qui concerne l'exposition à l'amiante :

13. En se bornant à soutenir qu'aucun diagnostic amiante n'a été diligenté par la commune, le requérant ne fait pas état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée.

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 13 du présent jugement, que M. C n'est pas fondé à soutenir que la commune de Pointe-Noire a méconnu son obligation de sécurité et de prévention. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité, ses conclusions indemnitaires ne peuvent être que rejetées.

Sur les dépens :

15. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pointe-Noire, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par la commune de Pointe-Noire au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pointe-Noire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au maire de la commune de Pointe-Noire.

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Laurent Santoni, président,

Mme Charlotte Ceccarelli, première conseillère,

Mme Kenza Bakhta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025.

La rapporteure,

Signé

K. A

Le président,

Signé

J-L. SANTONI

La greffière,

Signé

A. CETOL

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

L'adjointe de la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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