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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2401013

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2401013

samedi 3 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2401013
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantARMAND LIONEL

Résumé IA

Le Tribunal administratif de la Guadeloupe, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme C, agent communal, qui demandait au juge des référés d'enjoindre à la commune de Morne-à-l'Eau de cesser les attaques à son encontre et de rétablir sa rémunération à plein traitement. La juge des référés estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car la situation de précarité financière et l'état anxiodépressif invoqués par la requérante ne sont pas suffisamment établis pour justifier une intervention du juge dans un délai de quarante-huit heures. Elle considère également qu'aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est démontrée, les mesures contestées relevant de l'exécution de décisions antérieures. La requête est donc rejetée, ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, Mme B C, représentée par Me Arvis, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au maire de la commune de Morne-à-l'Eau, de cesser les attaques à son encontre à compter de la notification de la présente ordonnance et de rétablir sa rémunération à plein-traitement dans un délai de deux jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Morne-à-l'Eau une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que depuis qu'elle s'est vue reconnaitre le statut de lanceur d'alerte, elle est victime de mesures de représailles de la part de la commune de Morne-à-l'Eau ; que la commune de Morne-à-l'Eau l'a notamment placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service de manière illégale dès lors qu'elle n'est rémunérée qu'à mi-traitement et a mis fin au bénéfice de son régime indemnitaire par un arrêté en date du 13 juin 2024 ; que l'ensemble de ces mesures a conduit à une réduction considérable de sa rémunération ; qu'en conséquence, elle vit seule avec un enfant charge sous le seuil de pauvreté et elle souffre d'un état anxiodépressif du fait de ses conditions de travail et des agissements dont elle a été victime.

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au droit de ne pas être soumis à un harcèlement moral et au droit de ne pas subir de représailles à la suite d'une alerte eu égard aux mesures défavorables qu'elle subit en représailles aux alertes qu'elle a été contrainte de réaliser, en interne, face aux irrégularités qu'elle a constatées dans les procédures de passation de contrats de commande publique conduites par la commune.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, la commune de Morne-à-l'Eau, représentée par Me Armand, conclut au rejet de requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence, telle qu'exigée par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, n'est pas remplie ;

- aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale n'est démontrée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif a désigné Mme A, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 2 août 2024 à 9h30, en présence de Mme Corneille, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de Me Arvis, en visio-conférence, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme C, qui indique que les agissements de la commune de Morne-à-l'Eau la placent dans une situation financière particulièrement précaire, illustrée par une notation bancaire en baisse continue et un découvert de 8 550 euros, ainsi que dans un état moral d'épuisement ;

- les observations de Me Armand, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que la requérante ne justifie pas de la condition d'urgence, telle que prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui implique qu'une mesure soit prise dans les quarante-huit heure, et n'établit pas l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

A l'issue de l'audience, la juge des référés a informé les parties de ce que, en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée au-delà de l'audience, jusqu'à 18h.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été recrutée à compter de l'année 2016 par la commune de Morne-à-l'Eau avant d'être titularisée en qualité d'adjoint administratif le 1er novembre 2019, pour exercer les fonctions de chargée de la cellule des achats publics de la commune. Par arrêté du 3 janvier 2023, la commune de Morne-à-l'Eau a prononcé la radiation des cadres de Mme C pour abandon de poste. Par une ordonnance n°2300144 du 28 février 2023, le juge des référés du tribunal administratif de la Guadeloupe a prononcé la suspension de cette décision et a enjoint à la commune de Morne-à-l'Eau de réintégrer la requérante dans un délai de quinze jours. Par une ordonnance n°2300524 en date du 28 juin 2023, le juge des référés a assortie son injonction prononcée le 28 février 2023 d'une astreinte de 100 euros par jour de retard à l'expiration d'un délai de sept jours. Par un jugement du 30 juin 2023, le tribunal administratif de la Guadeloupe a annulé l'arrêté du 3 janvier 2023, et enjoint à la commune de Morne-à-l'Eau de réintégrer Mme C et de régulariser sa situation administrative dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard. Par arrêté du 1er août 2023, la requérante a été réintégrée à compter du 6 janvier 2023. Par arrêté du 10 août 2023, la commune de Morne-à-l'Eau a placé Mme C en disponibilité d'office pour raisons de santé. Par une ordonnance n°2301252 et 2301253 du 23 octobre 2023, le juge des référés du tribunal administratif de la Guadeloupe a suspendu l'exécution de cette décision, ainsi que celle de la décision implicite de rejet de sa demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service, et enjoint à la commune de Morne-à-l'Eau de prononcer son placement en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire. Par arrêté en date du 8 décembre 2023, la commune de Morne-à-l'Eau l'a placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire à demi-traitement. Par arrêté en date du 13 juin 2024, en application d'une délibération en date du 11 avril 2024, la commune de Morne-à-l'Eau a mis fin à son bénéfice de l'indemnité de fonctions de sujétions et d'expertise et du complément indemnitaire annuel.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. ". Ainsi, le droit de ne pas être soumis à un harcèlement moral constitue pour un agent une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

4. Il est loisible à l'agent public qui estime être victime de harcèlement moral d'introduire une action indemnitaire à l'encontre de la personne publique qui l'emploie ou de demander au juge de l'excès de pouvoir l'annulation des décisions administratives dont il soutient qu'elles sont entachées d'illégalité, ainsi, le cas échéant, que leur suspension dans les conditions fixées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative si l'exécution de ces décisions porte une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. Toutefois, il résulte tant des termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative que du but dans lequel la procédure qu'il instaure a été créée, qu'il doit exister un rapport direct entre l'illégalité relevée à l'encontre de l'autorité administrative et la gravité de ses effets au regard de l'exercice de la liberté fondamentale en cause. Par ailleurs, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence justifiant l'intervention du juge des référés dans le très bref délai prévu par les dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière requise par l'article L. 521-2 est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.

5. Pour établir la situation d'urgence dont elle se prévaut, la requérante soutient souffrir d'un état anxiodépressif du fait de ses conditions de travail en tant qu'agente de la commune de Morne-à-l'Eau et des atteintes répétées de l'administration à sa situation administrative. Elle indique se trouver dans une situation financière précaire dès lors que les décisions successives de la commune de Morne-à-l'Eau ont conduit à réduire sa rémunération pour le mois de juillet 2024 à 823,04 euros, entraînant une aggravation de son découvert bancaire, alors qu'elle a un enfant à charge. Toutefois, même s'il résulte de l'instruction que plusieurs décisions prises par la commune de Morne-à-l'Eau à l'égard de Mme C ont fait l'objet, soit d'une annulation contentieuse, soit d'une suspension par le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et que par avis n°2023-21, le Défenseur des droits a considéré que la requérante pouvait se prévaloir de la qualité de lanceur d'alerte, la requérante ne fait état d'aucune circonstance précise et récente qui justifierait, que dans un délai très bref de quarante-huit heures, prévu aux dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le juge des référés prononce une mesure nécessaire à la sauvegarde d'une liberté fondamentale. Ainsi, la condition spéciale d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

6. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de Mme C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de la commune de Morne-à-l'Eau les frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Morne-à-l'Eau présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et à la commune de Morne-à-l'Eau.

Fait à Basse-Terre, le 3 août 2024.

La juge des référés,

signé

K. A

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. Cétol

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