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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2401087

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2401087

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2401087
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques, défère au tribunal comme prévenue d'une contravention de grande voirie, Mme C B, et conclut à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-3-2 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite Mme B au paiement d'une amende de 8 000 euros ;

2°) ordonne à Mme B de retirer l'intégralité des constructions et aménagements illégalement implantés et de remettre en état les lieux dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et, à défaut d'exécution volontaire dans ce délai, autorise l'Agence à procéder elle-même à la démolition des aménagements et constructions illégalement implantés et à la remise des lieux dans leur état naturel antérieur, aux frais et risques de la contrevenante et si besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) mette à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- dans le cadre de sa mission d'observation et du suivi des occupations des terrains, qui la conduit à mettre en œuvre le processus de régularisation des occupations sans titre dans la zone urbaine des cinquante pas géométriques et dans une zone délimitée selon les modalités prévues aux articles L. 5112-1 et L. 5112-2 du code général de la propriété des personnes publiques, l'agent de la police domaniale de l'Agence, dûment assermenté et commissionné a pu constater, la construction illégale par Mme B d'un container-restaurant sur les parcelles cadastrées AR 179 et 180 situées sur la zone des cinquante pas géométriques de la commune de Sainte-Anne ;

- un procès-verbal dressé le 14 novembre 2023 a été notifié à Mme B en ce sens le 21 novembre suivant, ayant refusé de signer l'acte de notification ;

- postérieurement, il a été constaté, par procès-verbal du 4 juillet 2024, que Mme B avait agrandi l'emprise du container-restaurant qu'elle exploite sur les parcelles en cause ; l'occupation du domaine public maritime de l'Etat en est aggravée ;

- les faits relevés constituent une contravention de grande voirie.

La requête a été communiquée à Mme B le 22 août 2024, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un courrier du 25 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de l'Agence tendant à mettre les dépens de la présente procédure à la charge de Mme B dès lors qu'elles ne sont pas chiffrées.

Par une ordonnance du 26 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 14 novembre 2023 et le procès-verbal de constat du 4 juillet 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, en présence de Mme Ismaël, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Sollier ;

- les conclusions de M. Sabatier-Raffin, rapporteur public,

- et les observations de Mme A, représentant l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques.

Considérant ce qui suit :

1. L'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, Mme C B, à qui il est reproché, aux termes d'un procès-verbal dressé le 14 novembre 2024 et d'un procès-verbal de constat dressé le 4 juillet 2024, la construction illégale d'un container-restaurant sur les parcelles cadastrées AR 179 et 180 situées sur la zone des cinquante pas géométriques de la commune de Sainte-Anne. L'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques demande la condamnation de Mme B au paiement d'une amende de 8 000 euros, à la démolition de la construction en cause et à la remise en état des lieux et, à défaut d'exécution par la contrevenante, d'autoriser l'Agence à y procéder à ses frais.

Sur l'action publique :

2. Aux termes de l'article L. 2132-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1 ". Aux termes de l'article L. 2132-3 de ce code : " Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d'amende. / Nul ne peut en outre, sur ce domaine, procéder à des dépôts ou à des extractions, ni se livrer à des dégradations ". Et, aux termes de l'article L. 2132-3-2 de ce code : " Toute atteinte à l'intégrité et à la conservation du domaine public ou de nature à compromettre son usage dans les espaces urbains et dans les secteurs occupés par une urbanisation diffuse de la zone dite des cinquante pas géométriques, est passible d'une amende de 150 € à 12 000 €. / Les contrevenants sont tenus de réparer toute atteinte et notamment de supporter les frais des mesures provisoires et urgentes que les personnes publiques compétentes ont dû prendre pour faire cesser le trouble apporté au domaine public par les infractions constatées. / L'atteinte peut être constatée par les agents des agences pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques commissionnés par leur directeur et assermentés devant le tribunal judiciaire, par les agents de l'Etat assermentés à cet effet devant le tribunal judiciaire ainsi que par les agents et officiers de police judiciaire. / Les directeurs des agences ont compétence pour saisir le tribunal administratif dans les conditions et suivant les procédures prévues par le code de justice administrative. "

3. Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, depuis le mois de novembre 2023 au moins, Mme B a installé un container-restaurant, des tables et des chaises sur les parcelles AR 179 et 180 située dans la zone dite des cinquante pas géométriques appartenant au domaine public maritime de la commune de Sainte-Anne, pour exploiter un restaurant. Ce fait constitue la contravention prévue et réprimée par les dispositions citées au point 2. Compte tenu de la situation, de l'ampleur et de la destination des aménagements réalisés et constatés par les procès-verbaux du 14 novembre 2023 et du 4 juillet 2024, il y a lieu de condamner la contrevenante à une amende de 6 000 euros pour l'occupation sans autorisation sur le domaine public maritime et pour s'y maintenir sans droit ni titre et en avoir conservé la garde et, enfin, pour l'occupation irrégulière de ce domaine maritime public.

Sur l'action domaniale :

5. Il appartient au juge administratif, saisi par l'autorité gestionnaire du domaine public, d'ordonner les mesures nécessaires à la conservation et au maintien de l'intégrité de ce domaine. Les dispositions aux points 2 tendent à assurer, au moyen de l'action domaniale qu'elles instituent, la remise du domaine public maritime naturel dans un état conforme à son affectation publique, en permettant aux autorités chargées de sa protection d'ordonner au propriétaire d'un bien irrégulièrement construit, qu'il l'ait ou non édifié lui-même, sa démolition, ou de confisquer des matériaux.

6. En l'espèce, l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques est en droit de demander au tribunal soit la condamnation de le contrevenant à procéder à la remise en état des lieux, soit sa condamnation à lui verser une somme correspondant au coût de celle-ci, à condition que le montant en cause soit justifié et ne présente pas un caractère anormal. Toutefois, elle ne saurait prétendre au cumul de ces deux modes de réparation du préjudice causé au maître du domaine.

7. Mme B n'établit pas, à la date du présent jugement, avoir régularisé la situation en procédant au retrait et à la destruction des aménagements en cause. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de rétablir les lieux dans leur état initial, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Il y a lieu également d'autoriser l'Agence à procéder d'office à ces opérations aux frais, risques et périls du contrevenant, en cas d'inexécution passé le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les dépens :

8. Les conclusions de l'Agence tendant à mettre les dépens de la présente procédure, incluant les frais de procès-verbal, à la charge de Mme B ne sont pas chiffrées et sont, par suite irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

9. L'Agence, qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat et ne fait pas état précisément des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance, ne peut prétendre à la condamnation de Mme B à lui verser la somme de 2 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est condamnée à payer une amende de 6 000 euros.

Article 2 : Mme B est condamnée à remettre les lieux dans leur état initial dans, le délai d'un mois, à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Article 3 : A défaut de réalisation des travaux prévus à l'article 2 ci-dessus dans le délai fixé, l'Agence pourra faire procéder à l'exécution d'office de ces travaux, avec le concours de la force publique si nécessaire, aux frais exclusifs de Mme B.

Article 4 : La demande de l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques relative aux frais d'instance et aux dépens est rejetée.

Article 5 : Le présent jugement sera adressé à l'Agence pour la mise en valeur des espaces urbains de la zone dite des cinquante pas géométriques pour notification à Mme C B, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gouès, président,

Mme Biodore, conseillère,

Mme Sollier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteuse,

Signé

M. SOLLIERLe président,

Signé

S. GOUÈS

La greffière,

Signé

L. LUBINO

La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

L'adjointe à la greffière en chef

Signé

A. CETOL

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