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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2000520

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2000520

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2000520
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFABRE-SAVARY-FABBRO, SOCIÉTÉ D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 juillet 2020 et 31 août 2022, Mme A E, représentée par le Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de sa prise en charge fautive par les services de ce centre hospitalier ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne le versement d'une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier de Cayenne a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité dès lors qu'elle y a fait l'objet d'une prise en charge défaillante ;

- lors de sa première admission, le médecin urgentiste a commis une erreur de diagnostic en considérant qu'elle n'avait pas de fracture et un défaut de prise en charge en la renvoyant chez elle alors que son état de santé ne le lui permettait pas ;

- lors de sa deuxième admission, et alors même qu'elle devait entrer dans le service de soins de suite et de réadaptation, le médecin responsable de sa prise en charge l'a laissée sortir de l'hôpital sans s'assurer qu'elle pourrait bénéficier d'une hospitalisation à domicile eu égard à son absence d'autonomie ;

- des personnels non-soignants ont dû réaliser pour elle des actes médicaux ;

- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ces conditions d'existence qu'elle évalue à hauteur de 10 000 euros ;

- elle a subi un préjudice corporel.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2021 et 4 août 2022, le centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les séquelles de Mme E sont sans lien avec l'erreur de diagnostic du médecin urgentiste.

La procédure a été communiquée à la caisse générale de sécurité sociale de Guyane, qui n'a pas produit à l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les conclusions de M. F ;

- Mme C, représentant la caisse générale de sécurité sociale de la Guyane, Mme E et le centre hospitalier de Cayenne n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une agression, Mme E a été admise aux urgences du centre hospitalier de Cayenne le 7 décembre 2019. Après avoir effectué une radiographie de la requérante, le médecin urgentiste, qui n'a constaté aucune fracture, l'a invitée à rentrer chez elle. Mme E a été admise une deuxième fois aux urgences du centre hospitalier de Cayenne le 9 décembre 2019 où, à la suite d'un scanner abdomino-pelvien, lui a été diagnostiqué une fracture bifocale de la branche ischio pubienne et ilio-pubienne droite en para symphysaire. Hospitalisée en chirurgie orthopédique le temps d'être admise le 24 décembre 2019 au services des soins de suite et de réadaptation, elle a toutefois été invitée à rentrer chez elle le

17 décembre en raison de la survenance d'un incendie dans le service supérieur. Mme E a alors fait l'objet d'une hospitalisation à domicile jusqu'au 24 décembre 2019, date à laquelle elle est entrée dans le service des soins de suite et de réadaptation jusqu'au 31 janvier 2020. Par un courrier du 12 mars 2020, Mme E a formé une réclamation préalable auprès du centre hospitalier de Cayenne. Par la présente requête, Mme E demande à ce que le centre hospitalier de Cayenne soit condamné à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des défaillances dans sa prise en charge au sein dudit centre hospitalier.

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Cayenne :

2. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute [] ".

3. En premier lieu, il ressort du rapport médical de l'expert que la radiographie effectuée lors de la première admission de Mme E au service des urgences du centre hospitalier de Cayenne ne permettait pas de dépister une lésion osseuse. Il ne saurait ainsi être fait grief au diagnostic établi par le médecin urgentiste de ne pas avoir retenu une fracture bifocale de la branche ischio pubienne et ilio-pubienne droite en para symphysaire. Si ce diagnostic, faisant état d'une élongation musculaire au niveau des adducteurs de la requérante, était peu vraisemblable selon l'expert, eu égard aux raisons de l'admission de Mme E aux urgences, cette erreur initiale de diagnostic n'a toutefois pas eu de conséquences dommageables particulières pour l'intéressée, la fracture de Mme E s'étant consolidée dans les délais habituels et sans complication, comme l'atteste le rapport d'expertise, ce que ne conteste pas les observations du docteur B produites par la requérante.

4. En second lieu, pour regrettables que soient les conditions dans lesquelles Mme E a été prise en charge initialement et lors de sa sortie du service des soins orthopédiques du centre hospitalier de Cayenne le 17 décembre 2019, sortie consécutive à la survenance d'un incendie dans le service supérieur de l'hôpital, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que ces conditions aient été susceptibles de caractériser un dysfonctionnement du centre hospitalier de Cayenne lui ayant occasionné un préjudice moral indemnisable.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme E doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Cayenne, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E et au centre hospitalier Andrée Rosemon de Cayenne.

Copie en sera délivrée à la caisse générale de sécurité sociale de Guyane.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

S. D

Le président,

Signé

L. MARTIN Le greffier,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

M-Y. METELLUS

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