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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2000922

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2000922

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2000922
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP MARIEMA - BOUCHET & BOUCHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 octobre 2020, la société PCS, représentée par Me Bouchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler deux titres de perception du 20 décembre 2019, par lesquels l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration a mis à sa charge la somme de 23 425 euros, correspondant d'une part à une contribution spéciale en raison de l'emploi d'un travailleur étranger sans autorisation, d'autre part à la contribution forfaitaire aux frais de réacheminement de cet étranger dans son pays d'origine, ainsi que les deux décisions du 17 septembre 2020 rejetant ses recours gracieux contre ces titres de perception ;

2°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes correspondant à ces deux titres de perception ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres de perception attaqués ne sont pas signés par leur ordonnateur ;

- ils sont entachés de vice de procédure car elle n'a pas reçu de demande d'observations préalables ;

- ils ne précisent pas les bases de la liquidation ;

- ils sont entachés d'erreur de fait car elle n'a pas embauché illégalement de salarié dénommé Grégory C.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de la Guyane indique au tribunal qu'il n'est pas compétent pour répondre à la requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2022, l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que la requête est tardive car la société requérante a fait l'objet d'une décision du 8 juillet 2019, mise à sa disposition le 11 juillet 2019 et comportant les voies et délais de recours, l'information de l'émission des titres de perception. Il ajoute que les décisions de rejet de réclamations préalables ne sont pas susceptibles de recours pour excès de pouvoir et que les titres de perception ne peuvent faire l'objet que de conclusions à fins de décharge ou de réduction de la créance. Il fait valoir à titre subsidiaire qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

- et les observations de Me Moraga-Rojel substituant Me Bouchet pour la société PCS.

Considérant ce qui suit :

1. Pour avoir employé un ressortissant haïtien démuni de titre l'autorisant à travailler, à séjourner en France et non déclaré, deux titres de perception, d'un montant respectivement de 17 850 euros et 5 575 euros ont été émis par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration le 20 décembre 2019 à l'encontre de la société PCS pour la contribution spéciale prévue par l'article L.8253-1 du code du travail et pour la contribution aux frais de réacheminement de l'étranger. La société PCS a exercé auprès de la direction départementale des Finances Publiques de l'Essonne, comptable chargé du recouvrement de ces titres, deux recours gracieux contre ces titres de perception. Le silence gardé pendant plus de deux mois par l'administration sur ces recours a fait naître deux décisions implicites de rejet du 17 mai 2020. Par la présente requête, la société PCS demande au tribunal d'annuler les deux titres de perception du 20 décembre 2019 ainsi que les deux décisions implicites de rejet de ses recours gracieux contre ces titres et de la décharger de l'obligation de payer les sommes correspondantes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / (). ". Aux termes du B du V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010, de finances rectificative pour 2010 : " Pour l'application de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration aux titres de perception délivrés par l'État en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'État ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation. ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

3. L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration a produit le 11 octobre 2022 un état récapitulatif de créances pour mise en recouvrement signé par la représentante de l'ordonnateur et comportant la formule exécutoire, ainsi que la délégation de signature lui ayant été donnée le 15 janvier 2019 par l'ordonnateur des titres attaqués. Par suite, le moyen tiré de l'absence de signature du titre exécutoire manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, s'agissant des mesures à caractère de sanction, le respect du principe général des droits de la défense, applicable même sans texte, suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et puisse avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus, à tout le moins lorsqu'elle en fait la demande. En outre, aux termes de l'article R. 8253-3 du code du travail : " Au vu des procès-verbaux qui lui sont transmis en application de l'article L. 8271-17, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration indique à l'employeur, par lettre recommandée avec avis de réception ou par tout autre moyen permettant de faire la preuve de sa date de réception par le destinataire, que les dispositions de l'article L. 8253-1 sont susceptibles de lui être appliquées et qu'il peut présenter ses observations dans un délai de quinze jours. ". Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 2 avril 2019, la directrice générale de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration a invité la société PCS à présenter ses observations dans un délai de quinze jours sur les deux contributions qu'il était envisagé de lui imposer en raison de l'emploi d'un travailleur non autorisé. Ce courrier, adressé par lettre recommandée avec accusé de réception, après avoir été présenté vainement à la société requérante le 14 mai 2019, a été mis à sa disposition en point de retrait le 15 mai 2019. Il n'est ni établi ni même allégué que le pli contenant cette décision a été adressé à une mauvaise adresse. N'ayant pas été retiré dans le délai de quinze jours imparti, le pli a été retourné à son expéditeur le 1er juin 2019. Ces mentions figurant sur le suivi de la lettre recommandée retournée à l'expéditeur constituent la preuve de la notification régulière du courrier du 2 avril 2019. La société requérante, qui ne fait état d'aucun élément susceptible de mettre en cause l'acheminement de ce pli par les services postaux, doit donc être regardée comme ayant reçu notification de cette décision le 14 mai 2019, date de première présentation du pli. Par conséquent, elle n'est pas fondée à soutenir que les titres de perception attaqués ont été émis à la suite d'une procédure irrégulière.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " []. / Toute créance liquidée faisant l'objet [] d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. [] ". Il en résulte que tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis ainsi que les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

6. Le titre de perception de la somme de 17 850 euros indique, dans la rubrique " objet de la créance " qu'il se réfère à la décision n°190323 du 8 juillet 2019 concernant un travailleur et qu'il a pour objet le recouvrement de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail, dont le taux est fixé par l'article R. 8253-2 du même code. Il précise qu'il s'agit de l'emploi de M. B C. Le titre de perception de la somme de 5 575 euros indique quant à lui, dans la rubrique " objet de la créance " qu'il se réfère à cette même décision du 8 juillet 2019, s'agissant toujours de M. B C, et qu'il a pour objet le recouvrement de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine, prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les arrêtés du 5 décembre 2006.

7. Aucun texte ni aucun principe n'impose que la décision n°190323 du 8 juillet 2019 infligeant les sanctions objets des titres de perception attaqués devait être annexée à ces titres. Il résulte de l'instruction que cette décision, adressée par lettre recommandée, après avoir été présenté vainement à la société requérante le 11 juillet 2019, a été mise à sa disposition en point de retrait le 12 juillet 2019. Il n'est ni établi ni même allégué que le pli contenant cette décision a été adressé à une mauvaise adresse. N'ayant pas été retiré dans le délai de quinze jours imparti, le pli a été retourné à son expéditeur le 29 juillet 2019. Ces mentions figurant sur le suivi de la lettre recommandée retournée à l'expéditeur constituent la preuve de la notification régulière du courrier du 8 juillet 2019. La société requérante qui ne fait état d'aucun élément susceptible de mettre en cause l'acheminement de ce pli par les services postaux, doit donc être regardée comme ayant reçu notification de cette décision le 11 juillet 2019, date de première présentation du pli.

8. Dans ces conditions, les deux titres de perception attaqués comportent une référence suffisamment précise à la créance sur laquelle ils portent, détaillée dans la décision du 8 juillet 2019 dont la société requérante doit être regardée comme ayant préalablement eu connaissance, et le moyen tiré de l'absence des bases de la liquidation manque en fait et doit être écarté.

9. En dernier lieu, si la société PCS soutient qu'elle n'a jamais fait l'objet de poursuites judiciaires ni de contrôle de l'inspection du travail pour travail dissimulé et qu'elle n'a pas embauché illégalement M. B C, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal du 16 août 2018, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que ce dernier travaillait, notamment en faisant passer des gaines sur un chantier de construction à l'Eco Quartier de Rémire-Montjoly, et qu'il a déclaré travailler pour la société PCS sans avoir signé de contrat de travail mais contre une rémunération quotidienne de cinquante euros. En outre, il résulte du procès-verbal du 13 septembre 2018 que la caisse générale de sécurité sociale de la Guyane a déposé une plainte contre la société PCS du fait du travail dissimulé de M. B C. Enfin il résulte des propres déclarations du gérant de la société PCS le 1er octobre 2018 que M. C avait fait plusieurs stages dans cette société et que le gérant, souhaitant l'y embaucher, avait rédigé une promesse d'embauche pour qu'il régularise sa situation administrative. Par suite, la société PCS n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a jamais fait l'objet de poursuites judiciaires et qu'elle n'a pas embauché illégalement M. B C et le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de la société PCS doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société PCS doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société PCS est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société PCS, à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, à la direction départementale des finances publiques de l'Essonne et à la direction générale des finances publiques de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

La rapporteure,

Signé

E. ALe président,

Signé

L. MARTINLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et au ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

N°200092

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