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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100166

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100166

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100166
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantEGRET FABRICE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2021, la société SCI Car Suzini, représentée par Me Egret, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Guyane a rejeté sa réclamation tendant au dégrèvement de la taxe foncière sur les propriétés bâties pour 2018 et 2019 ;

2°) la décharge des cotisations de taxes foncières auxquelles la société ING LEASE France a été assujettie au titre des années 2018 et 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement des entiers dépens ainsi que d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir dès lors qu'elle se fait refacturer les cotisations de taxes foncières par la société ING LEASE France en vertu d'un crédit-bail immobilier ;

- la société ING LEASE France ne saurait être regardée comme étant qualifiée d'emphytéote au sens de l'article 1400 du code général des impôts dès lors que le bail emphytéotique signé entre la région Guyane et la société ING LEASE France comporte des clauses de nature à restreindre l'usage par la société ING LEASE France du bien faisant l'objet du bail précité ;

- elle peut bénéficier de l'exonération de taxe foncière prévue au 1° de l'article 1382 du code général des impôts dès lors que, d'une part, le propriétaire du bien est une personne publique, à savoir la région Guyane, d'autre part, le bien est affecté à une activité d'intérêt général, à savoir les services administratifs de la région Guyane et, enfin, le bien est improductif de revenu pour la région Guyane.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2021, le directeur régional des finances publiques de Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, d'une part, que la société SCI Car Suzini n'a pas intérêt lui donnant qualité pour agir dans le cadre de la procédure d'imposition de ces cotisations de taxes foncières dès lors qu'elle n'est pas le redevable légal de ces impositions, d'autre part, qu'il s'agit bien d'un bail emphytéotique administratif dès lors que le preneur a toute latitude dans la réalisation des constructions et des aménagements à réaliser et, enfin, que la condition tenant à l'absence de productivité n'est pas remplie dès lors qu'une redevance annuelle d'un euro est versée par la société ING LEASE France à la région devenu collectivité territoriale de Guyane.

Par un courrier du 31 mars 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 étaient susceptibles de faire l'objet d'un moyen d'ordre public tiré de leur irrecevabilité dès lors qu'il s'agit d'un acte non détachable de la procédure d'imposition.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- la société SCI Car Suzini et le directeur régional des finances publiques de Guyane n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. La région Guyane, devenue la collectivité territoriale de Guyane, a conclu un bail emphytéotique administratif le 26 août 2003 avec la société SAS ING LEASE France en vue de la réalisation puis de la location d'un immeuble destiné aux services administratifs de cette collectivité territoriale, sur une parcelle à Cayenne cadastrée section BM n° 167. La société SAS ING LEASE France a été assujettie, en sa qualité de preneur, à des cotisations de taxes foncières sur les propriétés bâties au titre des années 2018 et 2019. Par la présente requête, la SCI Car Suzini sollicite la décharge des cotisations de taxes foncières au titre des années 2018 et 2019 qui lui ont été refacturées par la société SAS ING LEASE France.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 ne sont pas recevables dès lors que cette décision, prise à la suite de la réclamation de la société requérante du 27 décembre 2019, est un acte non détachable de la procédure d'imposition, insusceptible d'être contesté par la voie du recours pour excès de pouvoir.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes de l'article 1400 du code général des impôts : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 1403 et 1404, toute propriété, bâtie ou non bâtie, doit être imposée au nom du propriétaire actuel. /II. - Lorsqu'un immeuble est grevé d'usufruit ou loué soit par bail emphytéotique, soit par bail à construction, soit par bail réel solidaire, soit par bail à réhabilitation ou fait l'objet d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public constitutive d'un droit réel, la taxe foncière est établie au nom de l'usufruitier, de l'emphytéote, du preneur à bail à construction ou à réhabilitation, du preneur du bail réel solidaire ou du titulaire de l'autorisation ".

4. Il résulte des dispositions précitées, combinées avec celles de l'article R*. 190-1 du livre des procédures fiscales, que lorsqu'un immeuble est loué par bail emphytéotique, qu'il soit administratif ou non, la taxe foncière est établie au nom de l'emphytéote, redevable légal des cotisations de taxes foncières.

5. Si la société SCI Car Suzini soutient qu'elle tient sa qualité pour agir du fait de la refacturation par la société SAS ING LEASE France des cotisations de taxes foncières mises à la charge de cette dernière société, dans le cadre d'un crédit-bail immobilier, il est toutefois constant que la société SAS ING LEASE France est l'emphytéote du bail emphytéotique administratif conclut avec la région Guyane le 26 août 2003, de sorte que cette société est le redevable légal des cotisations de taxes foncières au titre des années 2018 et 2019. Par suite, et défaut de justifier d'un mandat de la part de la société SAS ING LEASE France, en vertu des dispositions de l'article R*. 197-4 du livre des procédures fiscales, la société SCI Car Suzini ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à venir aux droits de la société SAS ING LEASE France pour poursuivre devant le juge de l'impôt une contestation d'assiette afférente aux cotisations de taxes foncières précitées.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir soulevée par le directeur régional des finances publiques de Guyane et, partant, de rejeter pour ce motif la requête de la SCI Car Suzini.

Sur les frais du litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions tendant au versement des dépens ne peuvent aussi qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Car Suzini est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SCI Car Suzini et au directeur régional des finances publiques de Guyane.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Bernabeu, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

S. A

Le président,

Signé

L. MARTIN Le greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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