jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2100382 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | TSHEFU EMILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 mars et le 14 décembre 2021,
M. A D, représenté par Me Tshefu, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur de payer la somme de 7 147,22 euros correspondant à trois impositions sur le revenu et prélèvements sociaux afférents aux années 2012, 2014 et 2015 ainsi qu'à deux impositions à la taxe d'habitation afférentes à l'année 2019 ;
2°) de ramener sa dette envers l'administration fiscale à la somme de 412 euros au titre de la taxe d'habitation de 2019 ;
3°) de lui rembourser la somme de 12 738,32 euros perçue indument par l'administration fiscale ;
4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 4 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi du fait des prélèvements litigieux ;
5) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L .761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la créance relative à l'imposition sur le revenu et aux prélèvements sociaux de 2012 est prescrite depuis le 1er octobre 2017 ;
- la créance relative à l'imposition sur le revenu et aux prélèvements sociaux de 2014 est prescrite depuis le 1er août 2019 ;
- la créance relative à l'imposition sur le revenu et aux prélèvements sociaux de 2015 est prescrite depuis le 1er août 2020 ;
- c'est son ex-épouse et non lui qui était redevable de la somme de 13 150,32 euros qui a été prélevée sur son compte bancaire ;
- les agissements de l'administration fiscale sont indignes et révélateurs de mauvaise foi et de mépris à son égard, de sorte qu'il est fondé à demander réparation de son préjudice à hauteur de 4 000 euros.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 23 juin 2021 et le 22 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques de la Guyane conclut au rejet de la requête et à ce que M. D soit condamné aux dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à hauteur de 4 000 euros.
Il soutient que :
-les impositions litigieuses ne sont pas prescrites car l'administration fiscale a adressé 13 mises en demeure interruptives de prescription, alors même que le requérant changeait régulièrement d'adresse, et le requérant a effectué deux paiements également interruptifs de prescription en 2013.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- et les observations de Me Fettler, substituant Me Tshefu, représentant M. D et de M. B, représentant le directeur régional des finances publiques de la Guyane.
Considérant ce qui suit :
1. Le 24 septembre 2020, le comptable public du service des impôts des particuliers de Cayenne a notifié à M. D une saisie administrative à tiers détenteur d'un mondant de
7 147 euros, correspondant au solde de l'impôt sur le revenu du requérant au titre de l'année 2012, à son impôt sur le revenu des années 2014 et 2015 et à la taxe d'habitation 2019. Le
12 décembre 2020, M. D a formé un recours gracieux contre cette saisie. Le silence gardé par l'administration sur ce recours pendant plus de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet. M. D, estimant qu'il n'est redevable que de la taxe d'habitation au titre de l'année 2019, demande au tribunal d'ordonner la mainlevée de la saisie administrative en tant qu'elle porte sur son imposition sur le revenu des années 2012, 2014 et 2015 ainsi que de condamner l'administration à lui rembourser la somme de 12 738, 32 euros et à lui verser la somme de
4 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi.
Sur les conclusions tendant à la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur :
2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 () ". ;
3. M. D soutient qu'il n'est redevable que de la somme de 412 euros. Ses conclusions tendant à la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur notifiée par la lettre du 24 septembre 2020 portent donc sur l'obligation au paiement des créances litigieuses, sur le montant de sa dette compte tenu des paiements qu'il a effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée, de sorte qu'elles doivent être regardées comme tendant à la décharge partielle de l'obligation de payer les impositions dont le recouvrement est poursuivi, à hauteur de 6 735,22 euros.
4. Aux termes de l'article L.274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable./ Le délai de quatre ans mentionné au premier alinéa, par lequel se prescrit l'action en vue du recouvrement, est interrompu par tous actes comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous autres actes interruptifs de la prescription. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L.257-0 A du même livre, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. A défaut de paiement ( ) des sommes mentionnées sur l'avis d'imposition à la date limite de paiement ou de celles mentionnées sur l'avis de mise en recouvrement et en l'absence d'une réclamation assortie d'une demande de sursis de paiement formulée dans les conditions prévues au premier alinéa de l'article L. 277, le comptable public compétent adresse au contribuable une mise en demeure de payer avant la notification du premier acte de poursuite devant donner lieu à des frais au sens de l'article 1912 du code général des impôts. / () / 3. La mise en demeure de payer interrompt la prescription de l'action en recouvrement. () ".
En ce qui concerne l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux en 2013 au titre de l'année 2012 :
5. Il résulte de l'instruction que l'imposition au titre de l'année 2012 a été mise en recouvrement le 30 septembre 2013 et que le requérant a adressé un chèque daté du
15 octobre 2013 pour solder partiellement cette créance, à hauteur de 4 358 euros, puis a fait un virement à l'administration pour cette même créance, le 13 décembre 2013, à hauteur de 6 949,78 euros. D'une part, si l'administration fait valoir qu'elle a adressé au requérant des mises en demeure, il résulte de l'instruction que les mises en demeure enregistrées sur le compte fiscal du requérant ne comportent pas d'objet, de sorte qu'il n'est pas possible de les rattacher à un impôt précis, et d'autre part que la mise en demeure du 7 mars 2019 est relative à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux de l'année 2015. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir, en application des dispositions précitées de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, que la prescription de la créance de l'administration relative à l'impôt sur le revenu de 2012, interrompue par les paiements partiels du requérant, a recommencé à courir pendant quatre années consécutives à compter du 13 décembre 2013. La prescription de cette créance était donc acquise le 14 décembre 2017.
En ce qui concerne l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux en 2015 au titre de l'année 2014 :
6. Pour les mêmes motifs, la créance relative à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux au titre de l'année 2014, mise en recouvrement le 31 juillet 2015 et qui n'a fait l'objet d'aucun paiement, même partiel, s'est trouvé prescrite à compter du 1er août 2019.
En ce qui concerne l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux en 2016 au titre de l'année 2015 :
7. Il résulte de l'instruction que, s'agissant de ces impositions au titre de l'année 2015, une mise en demeure de payer a été établie le 7 mars 2019. M. D, qui se borne à soutenir qu'il conteste avoir reçu cette mise en demeure, sans apporter aucun élément au soutien de son allégation, ne conteste pas sérieusement que l'administration fiscale lui a adressé cette mise en demeure et qu'il l'a reçue, de sorte que la prescription a été interrompue en ce qui concerne l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux de 2015. Dès lors, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 257-OA du livre des procédures fiscales que cette mise en demeure a valablement interrompu la prescription de l'action en recouvrement de cette créance. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que cette créance était prescrite à la date d'émission de la saisie administrative à tiers détenteur notifiée par la lettre du 24 septembre 2020.
Sur les conclusions tendant au remboursement de 12 738,32 euros :
8. M. D soutient qu'il est redevable de 412 euros mais que l'administration fiscale lui a indûment prélevé le 9 octobre 2014 la somme de 13 150,32 euros due en réalité par son ex-épouse. En se bornant à affirmer que ce prélèvement était indu, sans apporter aucun élément au soutien de ses allégations, M. D n'établit pas que la réalité de son allégation. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale doit lui rembourser la somme de
12 738,32 euros et les conclusions afférentes doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
9. Si M. D soutient que les agissements de l'administration fiscale sont indignes et révélateurs de mauvaise foi et de mépris à son égard, il n'apporte aucun élément au soutien de ces allégations et n'établit pas que l'administration fiscale a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D, qui s'est acquitté de la somme de 4 358 euros et 6 949,78 euros, soit 11 307,78 euros, concernant l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2012, est seulement fondé à demander la décharge du reliquat de son imposition sur le revenu au titre des années 2012 et 2014, à hauteur des sommes de 3 873,22 euros et 960 euros, soit 4 833,22, et par suite à demander la mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur notifiée par la lettre du 24 septembre 2020 en tant qu'elle porte sur ce même montant.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'Etat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est accordé à M. D la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2012 et 2014, à hauteur de 4 833,22 euros.
Article 2 : La mainlevée de la saisie administrative à tiers détenteur notifiée par la lettre du
24 septembre 2020 est annulée en tant qu'elle porte sur les impôts sur le revenu de M. D pour les années 2012 et 2014, à hauteur de 4 833,22 euros.
Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. D est rejeté.
Article 5 : Les conclusions de l'Etat présentées sur le fondement des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au directeur régional des finances publiques de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
E. C
Le président,
Signé
L. MARTIN
La greffière,
Signé
M-Y METELLUS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026