jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2100536 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CORNET VINCENT SEGUREL ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 22 avril 2021, 1er février 2022 et 3 janvier 2023, la société Waterleau Group, représentée par Me Pichon, demande au tribunal :
1°) d'établir le décompte général du marché n° 973-311-12-27-MT-MN conclu avec la commune de Saint Laurent du Maroni pour la création d'une station d'épuration ;
2°) de condamner la commune à lui payer le montant de 4.668.317,28 euros HT, puis de mettre à sa charge la somme de 4.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La société Waterleau Group soutient que doivent être mis à la charge du maître d'ouvrage les montants respectifs de 244.469,89 euros au titre des intempéries, de 138.813,40 euros (+ valorisation correspondante de 79.284,88 euros) au titre des frais de vol et de sécurisation du site, de 92.708,63 euros au titre des frais d'alimentation électrique du chantier et de raccordement électrique en fin de chantier, de 283.131,65 euros au titre de l'arrêt des paiements en fin de chantier, assorti des intérêts moratoires de 60.243,04 euros et de la valorisation de 12.761,68 euros, de 12.441,18 euros au titre des frais occasionnés par les mouvements sociaux, de 320 489,06 euros au titre de l'octroi de mer, de 272.790,95 euros réduit à 159.837,29 euros au titre de la valorisation des frais liés au prolongements du délai de garantie sur les équipements électromécaniques, de 13.833,75 euros au titre des surcoûts des garanties bancaires, de 173.854,17 euros au titre de la perte de rendement pendant la phase de montage des équipements électromécaniques, puis de 2.307.315,29 euros au titre des pertes d'industrie.
Par des mémoires en défense enregistrés les 4 novembre 2021, 7 juillet 2022, 16 mars 2023 et 24 mars 2023, la commune de Saint Laurent du Maroni, représentée par Me Page, conclut au non-lieu à statuer sur la demande d'établissement du décompte général, au rejet du surplus des conclusions de la requête, puis à la condamnation de la société Waterleau Group à lui payer, d'une part, la somme de 40.657.69 euros restant due après l'imputation du montant de 254.389 euros au titre de la levée des réserves et des acomptes versés, d'autre part, la somme de 10.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La commune de Saint Laurent du Maroni fait valoir que les demandes ne sont pas fondées.
Par une ordonnance du 27 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 24 mars suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. B,
- les observations de Me Pilorge pour la société Waterleau Group et celles de Me Stanislas, substituant Me Page pour la commune de Saint-Laurent du Maroni.
Considérant ce qui suit :
1. Par un marché n° 973-311-12-27-MT-MN notifié le 3 avril 2014, la commune de Saint-Laurent du Maroni a confié au groupement d'entreprises Sarl Waterleau Group, Sas Aqua TP, Sarl Hydrogec et Atelier d'architecture Doré-Marton, ayant pour mandataire la société Waterleau Group, la réalisation du lot n° 1 " construction de la station d'épuration " de la création du pôle épuratoire Sud. Ce marché a été conclu pour un montant global et forfaitaire de 16.885.684 euros HT, avec un délai d'exécution de vingt-quatre mois, soit deux mois pour la phase de préparation, treize mois pour le délai d'exécution des travaux, trois mois pour la période de mise en point/mise en régime et six mois pour la période d'observation. Par un ordre de service n° 1, le démarrage de la période de préparation a été fixé au 3 avril 2014. Par un ordre de service n° 3-1, le démarrage des travaux a été fixé au 23 juin suivant. Par un avenant n° 1 du 9 juillet 2015, l'achèvement des travaux a été reporté au 29 septembre 2016 compte tenu du délai d'instruction du permis de construire, qui n'a été délivré que le 12 septembre 2014. Par un avenant n° 2 du 28 août 2017, la date de fin contractuelle du marché initialement fixée au 3 avril 2016 a été rétroactivement reportée au 12 janvier 2017. Par un ordre de service n° 37-1 du 27 novembre 2017, le maître d'œuvre a notifié au mandataire l'interdiction d'entreprendre la mise en service des installations en l'absence de certification de l'étanchéité des ouvrages, de conformité aux préconisations du bureau de contrôle et de livraison de l'ensemble des équipements. Suite au constat de fin de travaux établi le 28 mars 2018, le représentant du pouvoir adjudicateur a adressé au groupement, le 21 juin suivant, une mise en demeure d'exécuter les travaux indispensables Le 12 juillet 2018, la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement a constaté l'arrêt de l'ensemble du dispositif d'épuration et l'absence de respect des prescriptions règlementaires. Par un constat du 22 novembre 2018, le maître d'œuvre a estimé que la période de mise au point et de mise en service n'était pas terminée, a prolongé la période de mise au point, puis a rappelé au mandataire du groupement son obligation de remédier aux dysfonctionnements relevés. Par un ordre de service n° 48-1 du 19 avril 2019, il l'a mis en demeure d'exécuter une cinquantaine de prescriptions en vue d'assurer la mise en conformité des équipements défectueux ou non opérationnels. La réception des ouvrages a été prononcée le 14 novembre 2019, assortie de dix-neuf réserves, étant précisé que les points 3 à 9, 11 et 15 de l'ordre de service n° 47 et les points 1 à 6, 9 à 11, 13, 15, 19, 21 à 25, 27, 30, 32, 33, 35 à 38 et 42 à 46 de l'ordre de service n° 48 étaient levés ou en cours de l'être par l'exploitant de l'usine de traitement, la Société Guyanaise des Eaux. Le 13 novembre 2020, le constat de parfait achèvement des travaux établi par le maître d'œuvre fait état de l'absence de levée des réserves par le groupement, puis relève six nouvelles malfaçons.
2. Saisi le 7 novembre 2018 par le maître d'ouvrage, suite au mémoire en réclamation présenté le 31 mai 2018 par le mandataire du groupement, le comité consultatif interrégional de Paris de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics a rendu son avis le 22 juin 2020. Le 30 juillet suivant, la commune a arrêté le projet de décompte général à la somme de 17.291.752,28 euros. Par la présente requête, enregistrée le 22 avril 2021, la société Waterleau Group demande au tribunal d'établir le décompte général du marché, puis de condamner la commune de Saint-Laurent du Maroni à lui payer le montant de 4.668.317,28 euros HT. Pour sa part, la commune présente une demande reconventionnelle tendant à la condamnation de la société Waterleau Group à lui payer la somme de 40.657,69 euros restant due après l'imputation des acomptes versés et du montant de 254.389 euros qu'elle a payé pour les travaux de reprise des réserves.
3. Le décompte général, arrêté par la commune à la somme de 17.291.752,28 euros, et l'état du solde ont été établis, ainsi qu'il a été dit au point précédent, en juillet 2020, antérieurement à l'enregistrement de la requête. Les conclusions présentées sur ce point sont donc privées d'objet et, par suite, irrecevables. Elles peuvent toutefois être regardées comme tendant à ce que le tribunal fixe le décompte du marché à la somme de 21.960.069,56 euros.
4. Aux termes de l'article 10.1.1 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG) applicable en l'espèce, issu de l'arrêté du 8 septembre 2009 applicable aux marchés pour lesquels une consultation a été engagée avant le 1er avril 2014 : " Les prix sont réputés comprendre toutes les dépenses résultant de l'exécution des travaux, y compris les frais généraux, impôts et taxes, et assurer au titulaire une marge pour risques et bénéfice. () A l'exception des seules sujétions mentionnées dans le marché comme n'étant pas couvertes par les prix, ceux-ci sont réputés tenir compte de toutes les sujétions d'exécution des travaux qui sont normalement prévisibles dans les conditions de temps et de lieu où s'exécutent ces travaux, que ces sujétions résultent notamment : - de l'utilisation du domaine public et du fonctionnement des services publics ; - de phénomènes naturels (). Les prix sont réputés avoir été établis en considérant qu'aucune prestation n'est à fournir par le maître de l'ouvrage. ".
5. Les difficultés exceptionnelles et imprévisibles rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à une indemnité au profit des entrepreneurs que dans la mesure où ceux-ci justifient soit que ces difficultés ont eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de l'administration commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.
Sur les surcoûts résultant des intempéries subies de 2015 à 2017 :
6. Si, alors que l'article 4.2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) prévoyait dix jours d'intempéries, le maître d'œuvre a relevé un total de cent-onze jours ouvrés, il n'est pas sérieusement contesté, ainsi que l'a relevé le comité consultatif de règlement amiable des différends relatifs aux marchés publics, que ces journées d'intempéries ont été prises en compte par l'avenant n° 2 du marché. Si la société requérante invoque un total de cent-cinquante-quatre jours ouvrés d'intempéries jusqu'à la fin du mois d'avril 2017, en premier lieu, le caractère exceptionnel de ces intempéries ne saurait être retenu dans le département de la Guyane, soumis à un climat équatorial connu pour sa forte pluviosité, en deuxième lieu, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que le maître d'ouvrage aurait commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité contractuelle, enfin, les surcoûts occasionnés par les quarante-trois jours d'intempéries non pris en compte par l'avenant n° 2 ne peuvent sérieusement être regardés comme ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du marché conclu pour un montant de 16.885.684 euros.
7. La société requérante, qui ne s'est vu infliger aucune pénalité de retard, ne peut en tout état de cause utilement se prévaloir des stipulations de l'article 4.2 du CCAP, qui visent exclusivement les causes de prolongation du délai d'exécution dans les cas prévus à l'article 19.2 du CCAG, qui autorise le représentant du pouvoir adjudicateur à ajourne les travaux en cas de difficultés imprévues survenues au cours du chantier. Les stipulations de l'article 4.2 du CCAP excluent tout droit à indemnisation du titulaire pour la prolongation des travaux du fait des intempéries à l'exception des intempéries exceptionnelles relevant de l'article 18.3 du CCAG, qui prévoit l'indemnisation des pertes, avaries ou dommages provoqués sur le chantier par un phénomène naturel " qui n'était pas normalement prévisible, ou en cas de force majeure ", ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
8. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 à 7 que la demande de condamnation du maître d'ouvrage au paiement d'un montant de 244.469,89 euros au titre des surcoûts occasionnés par les intempéries doit être rejetée.
Sur les surcoûts générés par les mouvements sociaux :
9. La société requérante soutient que les mouvements sociaux de grande ampleur survenus du 23 mars au 24 avril 2017 ont rendu impossible l'accès au chantier pendant vingt-deux jours ouvrés, puis qu'elle a été contrainte de mobiliser un chef de chantier, ce qui a occasionné des frais de 12.441,18 euros. Toutefois, eu égard aux principes rappelés au point 5, le montant de 12.441,18 euros ne peut sérieusement être regardé comme de nature à bouleverser l'économie du contrat. Au surplus, ainsi qu'il a été dit au point 1, l'avenant n° 2 a prolongé la date de fin des travaux au 12 janvier 2017 et la commune fait valoir sans être sérieusement contredite sur ce point que les mouvements sociaux en cause sont intervenus alors que le chantier aurait dû être achevé. Dans ces conditions, alors qu'aucune faute dans l'exécution de ses obligations contractuelles en lien avec les surcoûts invoqués ne peut être reprochée au maître d'ouvrage, le titulaire du marché n'est pas fondé à demander une indemnisation au titre des surcoûts induits par les mouvements sociaux.
Sur les surcoûts occasionnés par les vols et la sécurisation du site :
10. Aux termes de l'article 31.4.1 du CCAG : " Le titulaire prend sur son chantier toutes les mesures d'ordre et de sécurité propres à éviter des accidents, tant à l'égard du personnel qu'à l'égard des tiers. Il est tenu d'observer tous les règlements et consignes de l'autorité compétente. Il assure notamment l'éclairage et le gardiennage de son chantier ainsi que sa signalisation tant intérieure qu'extérieure. Il assure également, en tant que de besoin, la clôture de ses chantiers. ". Aux termes de l'article 31.4.3 du même cahier : " Toutes les mesures d'ordre, de sécurité et d'hygiène prescrites ci-dessus sont à la charge du titulaire. ". L'article 18-1 de ce cahier exclut tout droit à indemnité au titre des pertes, avaries ou dommages causés notamment par la négligence, l'imprévoyance et le défaut de moyens du titulaire du marché. Enfin, aux termes de l'article 8.6 du CCAP : " : La responsabilité de la garde du chantier et des risques qui en découlent sont à la charge de l'entreprise, et ceci jusqu'à la réception et en toutes circonstances. () L'entreprise a la libre appréciation des moyens à mettre en œuvre pour parvenir aux résultats attendus ".
11. Par ailleurs, un entrepreneur qui est lié au maître d'ouvrage par un contrat ne peut exercer à son encontre, en raison des troubles dont il demande réparation, d'autre action que celle procédant de ce contrat.
12. Informé des problèmes de sécurité rencontrés sur une autre station d'épuration à Cayenne, le maître d'ouvrage a accepté, par ordres de services n°s 9-1 à 17-1, des compléments de prix pour le renforcement des dispositifs anti-intrusion et l'installation d'un système de vidéo-surveillance. La société Waterleau Group expose que le chantier a fait l'objet de trois vols et tentatives d'effraction à compter du mois de décembre 2016, signalés au maitre d'ouvrage et déclarés à la gendarmerie, puis qu'elle a dû engager une société de gardiennage. Elle demande un montant total de 197.389,38 euros HT correspondant à la prise en charge de cette prestation du mois d'avril 2017 au mois de mars 2018, aux primes supplémentaires réglées pour le prolongement de l'assurance tous risques chantier du mois de janvier 2017 au mois de juillet 2018, puis aux opérations de sécurisation du site menées à compter du mois de mai 2018.
13. Ainsi que l'a relevé le Comité consultatif interrégional de règlement des différends, il incombait au groupement, en vertu des stipulations précitées du CCAG et du CCAP, d'assurer la garde du chantier tant que les travaux n'avaient pas été remis au maître d'ouvrage. En outre, la société requérante ne saurait utilement invoquer dans le présent litige de nature contractuelle les carences de la commune à faire usage du pouvoir de police municipale que lui confèrent les dispositions de l'article L.2122-2 du code général des collectivités territoriales.
14. La société requérante fait ensuite valoir que l'ajournement des travaux ayant été prononcé par le maître d'œuvre du 12 décembre 2017 au 18 juin 2018 par ordres de service n°s 38-1 et 40-1, l'indemnisation sollicitée est en tout état de cause fondée sur l'article 49.1.1 du CCAG. Aux termes de cet article : " L'ajournement des travaux peut être décidé par le représentant du pouvoir adjudicateur. () Le titulaire, qui conserve la garde du chantier, a droit à être indemnisé des frais que lui impose cette garde et du préjudice qu'il aura éventuellement subi du fait de l'ajournement. Une indemnité d'attente de reprise des travaux peut être fixée suivant les modalités prévues aux articles 14.3. et 14.4. ". Alors qu'il n'est pas établi que l'ajournement des travaux serait imputable au maître d'ouvrage, et même si devant le comité consultatif de règlement amiable des différends, la commune a indiqué être disposée à prendre en charge les frais d'achet et d'installation d'un portail coulissant, estimés à 10.000 euros et non compris dans le prix du marché, la société Waterleau Group ne peut prétendre à une indemnisation de ce chef.
Sur les frais d'alimentation électrique du chantier et de raccordement électrique en fin de chantier :
15. Aux termes de l'article 203.3.1 du CCAP : " Le site n'est actuellement pas desservi par l'électricité. En phase chantier, le Titulaire prendra les dispositions nécessaires (groupe électrogène, raccordement sur le réseau électrique public) pour faire face à ses besoins. En phase d'exploitation, l'usine sera alimentée en limite de propriété en haute tension depuis le réseau public. La nouvelle station d'épuration sera soumise au tarif vert. Ceci implique la pose d'un transformateur EDF, d'un raccordement électrique et la mise en place d'un nouveau comptage. Ces travaux sont à la charge du titulaire. ". Il résulte de ces stipulations que les besoins en électricité du chantier sont à la charge du titulaire du marché. Toutefois, ainsi que l'a relevé le comité consultatif de règlement amiable, en raison du retard de raccordement du chantier imputable au fournisseur d'électricité, les travaux ont été réalisés au moyen d'un groupe électrogène, ce qui a occasionné des coûts d'abonnement supplémentaires d'un montant de 92.708,63 euros.
16. Compte tenu de ce que la mise en place de groupes électrogènes était contractuellement prévue, la société requérante ne justifie pas que les frais en cause excèderaient les prévisions du contrat. Si elle fait valoir qu'en vertu de l'article 9.3.2 du CCAP, le maître d'ouvrage a la charge des frais de consommation pendant les périodes de mise au point et de mise en service, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que la mise en service prévue en décembre 2016 aurait été effective lors de la période au cours de laquelle les surcoûts allégués ont été supportés par le groupement. Enfin, même si la mise en service n'était pas effective à tout le moins au 27 novembre 2017, dans sa réponse du 7 août 2018 au mémoire en réclamation, la commune a accepté de payer une rémunération complémentaire de 19.911,06 euros HT correspondant au coût de l'abonnement au réseau électrique à compter du 1er novembre 2017.
Sur l'octroi de mer :
17. A la date du 13 septembre 2013 à laquelle le groupement a déposé son offre, les équipements des stations d'épuration bénéficiaient depuis le 27 novembre 2012 de l'exonération de la taxe dite " octroi de mer ", appliquée notamment en Guyane aux importations et livraisons de biens. Par une délibération du Conseil régional de la Guyane du 16 septembre 2014, entrée en vigueur le 1er janvier 2015, cette taxe a été rétablie au taux de 17.5 % pour ces équipements et la société requérante réclame le montant de 320 489,06 euros réglé à ce titre, non compris dans le prix du marché. La commune de Saint-Laurent du Maroni fait valoir qu'il appartenait au titulaire du marché de commander les équipements nécessaires à la réalisation des travaux en temps utile, ce qui impliquait nécessairement leur livraison avant le 1er janvier 2015. Si la société requérante fait valoir qu'en vertu de l'article 4.1 du CCAP, l'ordre de service de la phase " réalisation " ne pouvait être émis à l'issue de l'obtention du permis de construire, soit le 12 septembre 2014, elle avait pourtant admis dans son mémoire en réclamation avoir été en mesure de prendre connaissance, dès le 16 décembre 2013, trois mois après la remise de son offre, de la modification du régime fiscal de l'octroi de mer envisagée par le Conseil régional. Si elle soutient que cette taxe a dû être réglée sur des biens dont la commande a été retardée du fait des retards d'exécution du marché, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que ces retards seraient imputables au maître d'ouvrage. Ainsi que l'a relevé le comité consultatif de règlement amiable, la commune de Saint-Laurent du Maroni, à qui ce changement de règlementation n'est pas imputable, n'a commis aucune faute dans l'exécution de ses obligations contractuelles. Enfin, la circonstance qu'une partie de cette taxe serait reversée aux communes ne peut être utilement invoquée et compte tenu de tout ce qui précède, l'argumentation tirée de l'atteinte au principe d'exécution de bonne foi des conventions énoncé par l'article 1134 du code civil ne peut en tout état de cause qu'être écartée.
Sur l'arrêt des paiements en fin de chantier et les acomptes :
18. Aux termes de l'article 3.3.5 du CCAP : " Les ouvrages ou prestations faisant l'objet du présent marché seront réglés suivant l'avancement des prestations. Les projets de décompte mensuels et généraux seront présentés dans la forme et suivant l'ordre de la décomposition du prix global et forfaitaire et seront remis au maître d'oeuvre dans les conditions fixées par les articles 13 du CCAG-TX, en trois exemplaires, pour le 10 du mois suivant l'exécution des travaux. Dans ces projets, les prestations détaillées dans la décomposition du prix global et forfaitaire, et qui ne sont pas achevées, feront l'objet d'une évaluation en pourcentage de l'avancement desdites prestations. Ces pourcentages seront évalués par l'Entreprise et vérifiés par le Maître d'Œuvre, dans la limite des plafonds suivants à chaque étape d'avancement ".
19. Il est constant que les acomptes ont cessé d'être payés à compter de l'état d'avancement n° 23 et la société requérante réclame à ce titre l'allocation du montant de 283.131,65 euros assorti des intérêts moratoires d'un montant de 60.243,04 euros. Elle expose que le défaut de paiement des acomptes a occasionné l'arrêt des prestations des sous-traitants et des pertes de rendement considérables, puis indique que lors de la réunion organisée le 7 juillet 2016 pour l'interprétation de l'article 3.3.5 du CCAP, les parties avaient pourtant convenu du versement des acomptes en fonction de l'état réel d'avancement des prestations, à l'exception des postes correspondant à la mise en route, l'observation et la réception. La défenderesse indique sans être sérieusement contredite sur ce point avoir payé, en avril 2017, alors que le constat de fin des travaux n'était pas intervenu, un montant correspondant à quatre-vingt-huit pour cent du prix du marché, largement supérieur à celui prévu par le contrat. En tout état de cause, ainsi que l'a relevé le comité consultatif de règlement des différends, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que ces dysfonctionnements occasionnés notamment par l'arrêt injustifié du paiement direct des sous-traitants en décembre 2016 par le nouveau trésorier de la commune seraient imputables au maître d'ouvrage. Enfin, si la société requérante fait valoir que la commune " endosse le point de vue du maître d'œuvre de sorte qu'elle est responsable de ce retard de paiement " et lui reproche sa carence à intervenir pour garantir les paiements, alors qu'elle avait été alertée sur ce point, notamment en septembre 2016, elle ne saurait utilement se prévaloir, pour demander l'indemnisation par le maître d'ouvrage, des manquements imputables à la maîtrise d'œuvre.
Sur les autres demandes de la société Waterleau :
20. Le titulaire d'un marché forfaitaire n'a droit à l'indemnisation des surcoûts liés aux retards d'exécution que lorsqu'ils entraînent un bouleversement de l'économie du contrat ou lorsqu'ils sont imputables au maître d'ouvrage.
21. La société requérante sollicite des montants complémentaires respectifs de 272.790,95 euros pour la valorisation des frais liés au prolongements du délai de garantie sur les équipements électromécaniques, de 173.854,17 euros au titre de la perte de rendement au cours de la phase de montage de ces équipements, de 13.833,75 euros au titre des surcoûts des garanties bancaires, puis de 2.307.315,29 euros au titre des pertes d'industrie et sous-amortissements des frais généraux. Ces demandes tendent à l'indemnisation des conséquences de la prolongation de la durée des travaux, qui n'ont entraîné aucun bouleversement de l'économie du contrat. Dans les circonstances exposées au point 1, il ne résulte pas de l'instruction que ces retards dans l'exécution du marché seraient imputables à des agissements fautifs du maître d'ouvrage. La société requérante n'est, dès lors, pas fondée à demander une indemnité de ce chef.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la société Waterleau Group n'est pas fondée, sur le terrain contractuel, à demander la condamnation de la commune de Saint-Laurent du Maroni à lui payer une indemnité.
Sur la demande reconventionnelle de la commune de Saint-Laurent du Maroni :
23. La commune de Saint-Laurent du Maroni demande la condamnation de la société Waterleau Group à lui payer la somme de 40.657.69 euros restant due compte tenu des acomptes réglés et des travaux de reprise des réserves d'un montant de 254.389 euros. Il résulte toutefois de l'instruction que ce montant, au demeurant non contesté par la société Waterleau Group, est inclus dans le solde du marché et a ainsi déjà été mis à sa charge. La demande reconventionnelle présentée par la commune ne peut, dès lors, être accueillie.
Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
24. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Saint Laurent du Maroni qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la société Waterleau Group et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Waterleau Group, sur le même fondement, le paiement à la commune de Saint Laurent du Maroni de la somme de 2.000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Waterleau Group est rejetée.
Article 2 : La société Waterleau Group versera à la commune de Saint Laurent du Maroni la somme de 2.000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La demande reconventionnelle présentée par la commune de Saint Laurent du Maroni est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Waterleau Group et à la commune de Saint Laurent du Maroni.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Bernabeu, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023
La rapporteure,
Signé
M.T. A Le président,
Signé
L. MARTINLe greffier,
Signé
J. LEBOURG
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026