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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2100724

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2100724

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2100724
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOREL / DEL PRETE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mai 2021, M. A B demande au tribunal de :

1°) annuler la décision du directeur de l'Institut Régional d'Administration de Bastia du 20 octobre 2020 lui refusant la prise en charge de ses frais de déplacement entre Bastia et Saint-Laurent du Maroni ;

2°) mettre à la charge de de l'Institut Régional d'Administration de Bastia la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit car elle méconnaît le décret du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2022, de l'Institut Régional d'Administration de Bastia, représenté par Me Del Prete, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n°89-271 du 12 avril 1989 ;

- le décret n°2006-781 du 3 juillet 2006 ;

- le décret n°2019-86 du 8 février 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 février 2020, M. B a été détaché du ministère de la Justice, où il exerçait des fonctions de greffier des services judiciaires pour la Cour d'appel de Nouméa (Nouvelle-Calédonie), à l'Institut Régional d'Administration (IRA) de Bastia (Corse), en tant qu'attaché d'administration. Au cours de sa scolarité au sein de cet IRA,

M. B a été pré-affecté, pour effectuer sa seconde période probatoire, à Saint-Laurent du Maroni (Guyane) à compter du 1er septembre 2020. Par un courriel du 21 juillet 2020, il a sollicité la prise en charge de ses frais de déplacement entre la Corse et la Guyane. Par un courriel du 8 août 2020, le secrétaire général de l'IRA a rejeté cette demande. M. B a exercé un recours gracieux contre cette décision et par une décision du 20 octobre 2020, le directeur de l'IRA a expressément rejeté ce recours, sans que cette décision ne porte la mention des voies et délais de recours. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article 35 du décret du 8 février 2019 relatif aux instituts régionaux d'administration : " Pendant les deux premiers mois de la seconde période probatoire, la résidence administrative des élèves est déterminée en fonction de la décision de pré-affectation dont ils ont fait l'objet, conformément aux dispositions de l'article 45. ". Aux termes de l'article 48 du même décret : " Pendant les deux premiers mois de la seconde période probatoire, l'élève est accompagné dans sa prise de poste par l'institut régional d'administration dont il relève. Il bénéficie à ce titre d'un suivi individualisé qui comporte une période de formation complémentaire au sein de l'institut où il a effectué sa première période probatoire selon des modalités définies par un arrêté du ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes de l'article 49 de ce même décret : " A l'issue de ces deux mois, l'élève est nommé en qualité de stagiaire et affecté selon les modalités prévues par le décret portant dispositions statutaires du corps d'accueil. ".

3. Il résulte de ces dispositions, qui régissent le statut spécifique du corps des élèves des IRA et qui sont plus récentes que celles du décret du 3 juillet 2006, que n'acquièrent le statut de stagiaire les élèves des IRA qu'à l'issue des deux premiers mois de la seconde période probatoire.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui :/ () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; (). ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B, élève de l'IRA de Bastia, a été nommé pour effectuer sa seconde période probatoire à Saint-Laurent du Maroni, à compter du 1er septembre 2020. En application des dispositions précitées des articles 48 et 49 du décret du 8 février 2019, ce n'est donc qu'à compter du 1er novembre 2020 qu'il a été nommé en qualité de stagiaire. Par conséquent, à la date du 1er septembre 2020, date pour laquelle il a changé de résidence administrative, M. B n'avait pas encore la qualité de stagiaire. Par ailleurs, en vertu des dispositions de l'article 35 du décret du 8 février 2019, pendant les deux premiers mois de sa seconde période probatoire, du 1er septembre 2020 au 31 octobre 2020, sa résidence administrative, déterminée en fonction de la décision de pré-affectation dont il a fait l'objet, dont l'IRA a attesté le 15 juillet 2020, était Saint-Laurent du Maroni. Par suite,

M. B n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions applicables aux stagiaires de la fonction publique pour demander la prise en charge de ses frais de déplacement.

6. A supposer même que M. B entende se prévaloir des dispositions plus générales régissant les frais de changement de résidence des agents de la fonction publique, fixées par le décret du 12 avril 1989 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais de changements de résidence des personnels civils à l'intérieur des départements d'outre-mer, entre la métropole et ces départements, et pour se rendre d'un département d'outre-mer à un autre, aux termes de l'article 19 de ce décret, le fonctionnaire a droit à la prise en charge de ses frais de changement de résidence: " : " () Lorsque le changement de résidence est consécutif : / A une mutation demandée par un agent qui a accompli au moins quatre années de services sur le territoire européen de la France ou dans le département d'outre-mer d'affectation ; pour apprécier cette durée de services, il n'y a pas lieu de tenir compte des mutations intervenues, suivant le cas, sur le territoire européen de la France ou dans le département d'outre-mer considéré ; ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été détaché de Nouméa (Nouvelle-Calédonie) à Bastia à compter du 1er mars 2020. Il a donc changé de résidence administrative à cette occasion, hors du territoire européen de la France. Pour prétendre à la prise en charge de ses frais de changement de résidence de Bastia à Saint-Laurent, il devait avoir effectué quatre années de service sur le territoire européen de la France, ce qui n'est donc pas le cas. Dans ces conditions, M. B n'est pas non plus fondé à se prévaloir des dispositions régissant les frais de changement de résidence des agents de l'Etat. Par suite, la décision du 20 octobre 2020 ne refuse pas un avantage dont l'attribution constitue un droit pour M. B, qui ne peut donc utilement soutenir que cette décision devait être motivée.

8. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 : " Le présent décret fixe les conditions et les modalités de règlement des frais de déplacements temporaires des personnels civils à la charge des budgets des services de l'Etat et des établissements publics nationaux à caractère administratif, ainsi que des établissements publics locaux d'enseignement, des établissements publics à caractère scientifique, culturel et professionnel et des établissements publics à caractère scientifique et technologique. () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Pour l'application du présent décret, sont considérés comme : / ()/ 4° Agent en stage : agent qui suit une action de formation statutaire préalable à la titularisation ou qui se déplace, hors de sa résidence administrative et hors de sa résidence familiale, pour suivre une action, organisée par ou à l'initiative de l'administration, de formation statutaire ou de formation continue en vue de la formation professionnelle tout au long de la vie des personnels de l'Etat ; () ". Aux termes de l'article 3-1 du même décret : " Lorsque l'agent se déplace à l'occasion d'un stage, il peut prétendre : / -à la prise en charge de ses frais de transport ; () ".

9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, à la date du 1er septembre 2020, date de début de la seconde période probatoire dans le cadre de la formation de l'IRA de Bastia,

M. B n'avait pas encore la qualité de stagiaire. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit au motif qu'elle méconnaîtrait les dispositions précitées du décret du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat et le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Institut Régional d'Administration de Bastia.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 28 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

E. SCHORLe président,

Signé

O. GUISERIXLe greffier,

Signé

J. LEBOURG

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

N°2100724

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