jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2101216 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | D'ENNETIERES |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête, enregistrée le 15 septembre 2021, sous le n°2101206, Mme B A, représentée par Me d'Ennetières, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du maire de Kourou rejetant sa demande du 25 mars 2021 de modifications de son certificat de travail et de l'attestation de son employeur pour Pôle Emploi ainsi que la décision de la même autorité du 30 août 2021 rejetant le recours gracieux contre cette décision ;
2°) d'enjoindre à la commune de Kourou de lui communiquer une attestation ASSEDIC sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Kourou le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des règles procédurales encadrant une décision mettant fin à un contrat ;
- elle n'a jamais démissionné mais a été licenciée ;
- le non-renouvellement de son contrat ne repose pas sur des motifs liés à l'intérêt du service ;
La requête a été communiquée à la commune de Kourou qui n'a pas présenté d'observations en défense.
II/ Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2021, sous le n°2101216, Mme B A, représentée par Me d'Ennetières, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Kourou à lui verser la somme de 82 189,52 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis en raison de la multiplicité de contrats à durée déterminée qu'elle a conclus avec la commune, de l'absence de versement de diverses primes de fin de contrat et de son préjudice moral ;
2°) d'enjoindre à la commune de Kourou d'inscrire cette somme sur le budget 2022 sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Kourou le versement de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la commune de Kourou a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité, car :
- elle a multiplié les contrats à durée déterminée pendant vingt ans, en méconnaissance des articles 3-3 et 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 relative à la fonction publique territoriale ;
- elle n'a pas respecté le délai de prévenance applicable au non-renouvellement de son contrat, en méconnaissance de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988;
- elle lui a fait un chantage pour qu'elle signe une démission inexistante en échange des documents de fin de contrat et c'est en raison de ce comportement qu'elle n'a pu percevoir d'allocations chômage.
La requête a été communiquée à la commune de Kourou qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor ;
- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A a été employée par la commune de Kourou en vertu de plus de quarante contrats à durée déterminée successifs à compter du 15 août 2011, d'abord en qualité d'agent d'entretien puis en qualité d'adjointe technique territoriale. Sa relation contractuelle avec la commune de Kourou a pris fin entre le 30 novembre 2020 et le 1er février 2021. Le 18 février 2021, la commune de Kourou a remis à Mme A un certificat de travail récapitulant l'ensemble de ses contrats ainsi qu'une attestation destinée à Pôle Emploi. Aucune indemnité n'était allouée à Mme A à l'occasion de la rupture du lien contractuel. Estimant que ces documents étaient erronés, notamment en ce qui concerne le motif de rupture du lien contractuel, devant selon elle s'analyser en un licenciement ou à tout le moins une décision de non-renouvellement de son contrat, Mme A a tout d'abord demandé au maire de Kourou, par une lettre du 25 mars 2021, de procéder à la modification de ses documents de fin de contrat. Le silence gardé par la commune de Kourou sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet, que Mme A a contestée en exerçant le 30 juin 2021 un recours gracieux. Parallèlement, elle a également demandé au maire de Kourou le 30 juin 2021 de lui verser la somme de 76 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'usage abusif par la commune de contrats à durée déterminée, d'une part, et des conditions de rupture de son lien contractuel, d'autre part. Le silence gardé par la commune de Kourou sur ces deux demandes a fait naître deux décisions implicites de rejet le 30 août 2021. Par les présentes requêtes, Mme A demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision par laquelle le maire de Kourou a rejeté son recours gracieux contre la décision rejetant sa demande de modifications de documents de fin de contrat et, d'autre part, de condamner la commune de Kourou à lui verser la somme de 82 189,52 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis.
Sur la jonction :
2. Les requêtes présentées par Mme A concernent la situation d'un même agent, présentent à juger des questions communes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Le certificat de travail délivré à Mme A par la commune de Kourou fait état d'un ultime contrat à durée déterminée que Mme A aurait conclu avec la commune pour la période allant du 1er décembre 2020 au 31 mai 2021. Toutefois, ce contrat n'est pas produit et Mme A en remet en cause l'existence, ce que la commune de Kourou ne conteste pas, en l'absence de mémoire en défense. Mme A soutient sans être nullement contestée qu'elle a été contrainte d'accepter le courrier daté du 1er janvier 2021 dans lequel il est fait état de sa démission à compter du jour même. Il ressort en effet des pièces du dossier que ce courrier n'est pas signé. Il est en outre exact, ainsi que le soutient Mme A, que la mention du jour du 1er janvier 2021 a été barrée pour y inscrire de façon manuscrite la mention du 1er février 2021. Dans ces conditions, et en l'absence de toute observation en défense de la commune de Kourou, Mme A est fondée à soutenir que le certificat de travail qui lui a été remis et qui comporte la mention d'un 42ème contrat entre le 1er décembre 2020 et le 31 mai 2021 est entaché d'erreur de fait, de sorte que la décision du maire de Kourou rejetant la demande de Mme A du 25 mars 2021, tendant à corriger cette erreur, doit être annulée, de même que la décision du 30 août 2021 rejetant son recours gracieux contre cette dernière décision.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les fautes :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de la directive 1999/70/CE du Conseil de l'Union européenne du 28 juin 1999 concernant l'accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée : " La présente directive vise à mettre en œuvre l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée, figurant en annexe, conclu le 18 mars 1999 entre les organisations interprofessionnelles à vocation générale (CES, UNICE, CEEP) ". Aux termes de l'article 2 de cette directive : " Les États membres mettent en vigueur les dispositions législatives, réglementaires et administratives nécessaires pour se conformer à la présente directive au plus tard le 10 juillet 2001 ou s'assurent, au plus tard à cette date, que les partenaires sociaux ont mis en place les dispositions nécessaires par voie d'accord, les États membres devant prendre toute disposition nécessaire leur permettant d'être à tout moment en mesure de garantir les résultats imposés par la présente directive. Ils en informent immédiatement la Commission.
() ". Aux termes des stipulations de la clause 5 de l'accord-cadre annexé à la directive, relatif aux mesures visant à prévenir l'utilisation abusive des contrats à durée déterminée : " 1. Afin de prévenir les abus résultant de l'utilisation de contrats ou de relations de travail à durée déterminée successifs, les États membres, après consultation des partenaires sociaux, conformément à la législation, aux conventions collectives et pratiques nationales, et/ou les partenaires sociaux, quand il n'existe pas des mesures légales équivalentes visant à prévenir les abus, introduisent d'une manière qui tienne compte des besoins de secteurs spécifiques et/ou de catégories de travailleurs, l'une ou plusieurs des mesures suivantes : a) des raisons objectives justifiant le renouvellement de tels contrats ou relations de travail ; b) la durée maximale totale de contrats ou relations de travail à durée déterminée successifs ; c) le nombre de renouvellements de tels contrats ou relations de travail. 2. Les États membres, après consultation des partenaires sociaux et/ou les partenaires sociaux, lorsque c'est approprié, déterminent sous quelles conditions les contrats ou relations de travail à durée déterminée : a) sont considérés comme "successifs" ; b) sont réputés conclus pour une durée indéterminée. ".
5. Les dispositions précitées de la directive européenne, telles qu'elles ont été interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, imposent aux États membres d'introduire de façon effective et contraignante dans leur ordre juridique interne, s'il ne le prévoit pas déjà, l'une au moins des mesures énoncées aux a) à c) du paragraphe 1 de la clause 5, afin d'éviter qu'un employeur ne recoure de façon abusive au renouvellement de contrats à durée déterminée. Lorsque l'Etat membre décide de prévenir les renouvellements abusifs en recourant uniquement aux raisons objectives prévues au a), ces raisons doivent tenir à des circonstances précises et concrètes de nature à justifier l'utilisation de contrats de travail à durée déterminée successifs.
6. Il ressort également de l'interprétation de la directive retenue par la Cour de justice de l'Union européenne que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective au sens de la clause citée ci-dessus, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, un abus.
7. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur le 1er décembre 2020, lendemain du terme du contrat à durée déterminée de Mme A expirant le 30 novembre 2020 : " I. - Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs.() ". Aux termes de l'article 3-3 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée et sous réserve de l'article 34 de la présente loi, des emplois permanents peuvent être occupés de manière permanente par des agents contractuels dans les cas suivants : / () / Les agents ainsi recrutés sont engagés par contrat à durée déterminée d'une durée maximale de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse, dans la limite d'une durée maximale de six ans. / Si, à l'issue de cette durée, ces contrats sont reconduits, ils ne peuvent l'être que par décision expresse et pour une durée indéterminée. ".
8. Ces dispositions se réfèrent ainsi, s'agissant de la possibilité de recourir à des contrats à durée déterminée, à des " raisons objectives ", de la nature de celles auxquelles la directive renvoie. Elles ne font nullement obstacle à ce qu'en cas de renouvellement abusif de contrats à durée déterminée, l'agent concerné puisse se voir reconnaître un droit à l'indemnisation du préjudice éventuellement subi lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il incombe au juge, pour apprécier si le renouvellement des contrats présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
9. Il résulte, cependant, de l'instruction que Mme A a été employée par la commune de Kourou à l'occasion d'au moins quarante-et-un contrats à durée déterminée d'une période de trois mois à six mois, à l'exception d'un contrat d'une durée de neuf mois, pour une durée continue de services effectifs de dix-neuf ans, trois mois, deux semaines et un jour, et qu'elle a occupé l'emploi d'agent d'entretien puis adjointe technique territoriale de manière exclusive durant ces années. Dans ces conditions, la commune de Kourou a méconnu les dispositions précitées de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, et a fait un usage abusif du contrat à durée déterminée et ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " I. Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : /()/ -trois mois avant le terme de l'engagement pour l'agent dont le contrat est susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée en application des dispositions législatives ou réglementaires applicables./ ()/ Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent. () ".
11. La méconnaissance du délai de prévenance n'entraîne pas par elle-même, en l'espèce, l'illégalité de la décision de non-renouvellement du contrat. Elle est seulement susceptible d'engager la responsabilité de l'administration, à la condition, cependant, que l'agent justifie de l'existence d'un préjudice en lien avec cette faute.
12. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que Mme A ne peut être regardée ni comme ayant conclu un ultime contrat couvrant la période du 1er décembre 2020 au 31 mai 2021 ni comme ayant elle-même rompu le lien contractuel qui l'unissait à la commune de Kourou, de sorte qu'il incombait à la commune de lui notifier son intention de renouveler ou non son engagement. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 9 que le contrat de Mme A était, au 1er décembre 2020, susceptible d'être renouvelé pour une durée indéterminée. Par suite, c'est trois mois avant le terme du contrat expirant le 30 novembre 2020, soit le 31 août 2020, que la commune de Kourou devait notifier cette intention à Mme A. Il résulte de l'instruction que la commune de Kourou n'a à aucun moment notifié à Mme A son intention de renouveler ou non son engagement et a ainsi commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
13. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 3, qu'en indiquant à tort que le motif de la rupture du lien contractuel était la démission de Mme A, la commune de Kourou a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
14. En dernier lieu, s'il résulte de l'instruction, en l'absence de production d'un contrat couvrant la période du 1er décembre 2020 au 31 mai 2021 et en l'absence de toute observation en défense, que Mme A n'a ni conclu un ultime contrat à durée déterminée ni valablement signé une lettre de démission datée du 1er janvier, en revanche, les conditions dans lesquelles la commune de Kourou a indiqué sur le certificat de travail remis à Mme A, que cette dernière avait démissionné de ce dernier contrat ne résultent pas de l'instruction. En se bornant à affirmer sans apporter d'éléments au soutien de ses affirmations qu'elle a subi un chantage ainsi que des pressions de la part de la commune de Kourou et qu'elle a été forcée à accepter cette démission, Mme A ne l'établit pas. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que, sur ce point, la commune de Kourou a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
15. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à soutenir que la commune de Kourou a commis deux fautes, d'une part, en ayant recours de façon abusive à des contrats à durée déterminée et, d'autre, part en méconnaissant le délai de prévenance de trois mois applicable à la situation de la requérante.
En ce qui concerne les préjudices :
16. Il résulte de l'instruction que Mme A n'a pas été licenciée. Dès lors, elle ne peut utilement se prévaloir ni de l'absence de versement d'une indemnité de licenciement, ni de l'absence de préavis, prévus par les articles 40 et 43 du décret du 15 février 1988 en cas de licenciement seulement.
17. Aux termes de l'article 5 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " L'agent contractuel en activité a droit, dans les conditions prévues par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 relatif aux congés annuels des fonctionnaires territoriaux, à un congé annuel dont la durée et les conditions d'attribution sont identiques à celles du congé annuel des fonctionnaires titulaires. / A la fin d'un contrat à durée déterminée ou en cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, l'agent qui, du fait de l'autorité territoriale, en raison notamment de la définition du calendrier des congés annuels, n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels a droit à une indemnité compensatrice. () ".
18. Mme A n'établit ni même n'allègue qu'elle n'a pu bénéficier de tout ou partie de ses congés annuels. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle a droit à une indemnité compensatrice.
19. Mme A n'établit pas que sans la méconnaissance du délai de prévenance prévu par l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, elle aurait pris d'autres dispositions ou pris un conseil. De même, en se bornant à affirmer qu'elle a subi des pressions importantes, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, le non versement d'allocations chômage ne résulte pas de la méconnaissance du délai de prévenance prévu par l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale mais de l'indication selon laquelle elle a démissionné. Par suite, elle n'est pas fondée à demander réparation du préjudice qui serait résulté de cette méconnaissance.
20. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que la situation financière et psychologique dans laquelle se trouve Mme A depuis le mois de février 2021 soit directement en lien avec les fautes commises par la commune de Kourou. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à demander réparation du préjudice moral dont elle fait état à partir du mois de février 2021.
21. Compte tenu de la durée pendant laquelle elle a été maintenue en situation de précarité, Mme A est en revanche fondée à demander l'indemnisation du préjudice moral en ayant résulté entre les mois d'août 2011 et de novembre 2020. Il en sera fait en l'espèce une juste appréciation en lui allouant une somme de 8 000 euros.
22. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier de Pôle Emploi du 3 mai 2021, que la faute commise par la commune de Kourou en indiquant que le motif de rupture du contrat était la démission de Mme A a directement causé l'absence de versement d'allocations chômage à cette dernière. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que ce préjudice doit être réparé et il en sera fait une juste appréciation en l'évaluant à 16 000 euros.
23. Il résulte de tout ce qui précède, d'une part, que la décision du maire de Kourou rejetant la demande de Mme A du 25 mars 2021 tendant à la modification de documents de fin de contrat, ainsi que, par voie de conséquence, la décision rejetant le recours gracieux contre cette dernière décision doivent être annulées, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigée contre ces décisions. D'autre part, Mme A est fondée à demander que la commune de Kourou soit condamnée à lui verser la somme de 24 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. L'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune de Kourou de notifier à la requérante une attestation de l'employeur rectifiée. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
25. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Kourou au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du maire de Kourou rejetant la demande de Mme A du 25 mars 2021 ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 30 août 2021 rejetant son recours gracieux contre cette décision sont annulées.
Article 2 : La commune de Kourou est condamnée à verser à Mme A la somme de 24 000 euros.
Article 3 : Il est enjoint à la commune de Kourou de notifier à Mme A une attestation de l'employeur rectifiée.
Article 4 : La commune de Kourou versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Kourou.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 30 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
E. SCHORLe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. NICANOR
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Ou par délégation le greffier
Signé
C. PAUILLAC
Nos 2101206, 2101216
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026