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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2101591

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2101591

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2101591
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP GASCHIGNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 438500 du 30 novembre 2021, le Conseil d'Etat, saisi d'un appel présenté par Mme D B, a annulé le jugement n° 1701142 du tribunal administratif de Guyane en date du 25 juillet 2019 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Par une requête, enregistrée sous le n° 1701142 le 13 novembre 2017,

Mme D B, représentée par Me Gaschignard, a demandé au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler le titre de recette daté du 18 mai 2010 par lequel la collectivité territoriale de Guyane l'a mise en demeure de reverser la somme de 10 114,18 euros correspondant à un trop-perçu au titre du revenu minimum d'insertion (RMI) ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la collectivité territoriale de Guyane à l'indemniser à concurrence de la somme de 10 114,18 euros correspondant au montant du titre de perception, pour le trouble, résultant de la faute de l'administration dans le traitement de la procédure de recouvrement, qui lui a été causé ;

3°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Guyane la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- à titre principal, le titre a été émis en violation de l'article 81 du décret du 29 décembre 1962 dès lors qu'il n'indique pas les bases de la liquidation de la créance ; la motivation du titre de recette litigieux est insuffisante pour lui permettre de discuter utilement les bases de liquidation de sa dette ;

- le titre a été émis en méconnaissance de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles dès lors que le président du conseil général de Guyane a émis un titre de recette d'un montant de 10 114,18 euros à son encontre, sans attendre le jugement de son recours, formé le 18 mars 2020, devant la commission départementale d'aide sociale, lequel recours avait un effet suspensif, impliquant que la créance de l'administration n'était pas exigible ;

- le courrier du 28 décembre 2009 par lequel l'administration annonce à Mme B lui être redevable de la somme de 1 380,36 euros est une décision créatrice de droits que l'administration ne pouvait plus retirer ; ainsi, le titre exécutoire litigieux est illégal en tant qu'il a pour effet de retirer illégalement une décision créatrice de droits ;

- à titre subsidiaire, en s'apercevant tardivement qu'elle lui a indument versé des allocations et en exigeant brutalement la répétition des sommes versées, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ; elle est donc fondée à solliciter, s'il est considéré qu'elle demeure redevable envers la collectivité territoriale de Guyane des sommes, l'indemnisation à concurrence du titre de perception, en indemnisation du trouble qui lui a été causé.

Une mise en demeure a été adressée le 6 mai 2019 à la collectivité territoriale de Guyane et à la direction régionale des finances publiques de Guyane.

Les parties ont été informées le 7 novembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du tribunal administratif pour connaître du ligie dès que trouve à s'applique le I de l'article 114 de la loi n° 2016-1547 du

18 novembre 2016 selon lequel à la date du 1er janvier 2019 " les affaires en cours devant les commissions départementales d'aide sociale sont, selon leur nature, transférées en l'état aux tribunaux de grande instance ou aux tribunaux administratifs territorialement compétents " et que le litige porte sur une contestation de l'obligation au paiement d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale, en application de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Un mémoire présenté pour Mme B, enregistré le 24 novembre 2022 à 20 h 40, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2016-1547 du 18 novembre 2016 ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2015-233 du 27 février 2015 relatif au Tribunal des conflits et aux questions préjudicielles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant le directeur régional des finances publiques de Guyane.

Mme B n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 28 décembre 2009, la caisse d'allocations familiales (CAF) de Guyane indiquait à Mme B que ses droits aux prestations familiales changeaient à compter du 1er juillet 2009 et qu'une somme de 1 380,36 euros lui était due, dont 1 251,88 euros lui seraient adressés prochainement. Le président du conseil général de la Guyane a transmis à Mme B, par un courrier du 12 février 2010, une correspondance émise par la CAF le 16 juillet 2009, indiquant qu'elle était redevable d'une somme de 9 819,19 euros. Par un courrier du 18 mars 2010, Mme B a formé un recours contre la décision du président du conseil général de la Guyane devant la commission départementale d'aide sociale. Sur le fondement d'un titre exécutoire émis le 18 mai 2010, la requérante a été mise en demeure de payer, par un courrier du 18 juillet 2014, la somme de 10 114,18 euros, correspondant à une dette de revenu minimum d'insertion (RMI) en raison d'un trop perçu versé durant la période du 1er juillet au

31 mai 2009 augmentée de 295 euros de frais de recouvrement. Le 20 août 2014, Mme B a formé un recours gracieux afin d'obtenir du président du conseil général une remise gracieuse. Ce recours a été rejeté par un courrier du 13 octobre 2014. Mme B a déposé une requête, enregistrée sous le n° 1401338 le 16 décembre 2014, par laquelle elle demandait au tribunal administratif d'annuler cette décision du 13 octobre 2014. Par une ordonnance du 28 mai 2015, le tribunal administratif de Guyane a rejeté cette demande comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître, indiquant que seule était compétente la commission départementale d'aide sociale de la Guyane. Par un courrier du 25 août 2017, notifié le 14 septembre 2017, le centre des finances publiques, pour la collectivité territoriale de Guyane, venue aux droits du conseil général de la Guyane, a notifié à Mme B un avis à tiers détenteurs adressée par le comptable public tendant au prélèvement d'une somme de

10 114,18 euros auprès de son employeur, la mission catholique, fondé sur le titre émis le

18 mai 2010. Par un courrier du 15 septembre 2017, Mme B a fait valoir la prescription de la créance. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler le titre de recettes du 18 mai 2010.

2. Les commissions départementales d'aide sociale, juridictions administratives spécialisées, ont été supprimées par l'article 12 de la loi du 18 novembre 2016. Aux termes du I de l'article 114 de cette loi : " L'article 12 entre en vigueur à une date fixée par décret, et au plus tard le 1er janvier 2019. () A cette même date, les affaires en cours devant les commissions départementales d'aide sociale sont, selon leur nature, transférées en l'état aux tribunaux de grande instance ou aux tribunaux administratifs territorialement compétents. ".

3. En l'espèce, alors qu'il n'est pas contredit que Mme B a régulièrement formé son recours devant la commission départementale d'aide sociale dans le délai de deux mois prévu par l'article R. 134-10 du code de l'action sociale et des familles, soit à compter de la notification de la décision du 12 février 2010, il ne résulte pas de l'instruction que le recours de Mme B ait été jugé par la commission départementale d'aide sociale de Guyane avant que ne prenne effet sa suppression en application des dispositions précitées de la loi du

18 novembre 2016.

4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales dans sa rédaction résultant de la loi du 28 décembre 2017 : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / [] / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / [] / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. "

5. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

6. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'obligation de paiement résultant du titre exécutoire émis le 18 mai 2010 à son encontre pour des indus de RMI. Le présent litige porte sur une contestation de l'obligation au paiement d'une créance non fiscale d'une collectivité territoriale. Il s'ensuit qu'en application des dispositions précitées, et consécutivement à la disparition des commissions départementales d'aide sociale, le litige relève désormais de la compétence du juge judiciaire de l'exécution.

7. Aux termes de l'article 32 du décret susvisé du 27 février 2015 : " Lorsqu'une juridiction de l'ordre judiciaire ou de l'ordre administratif décline la compétence de l'ordre de juridiction auquel elle appartient au motif que le litige ne ressortit pas à cet ordre, elle renvoie les parties à saisir la juridiction compétente de l'autre ordre de juridiction. Toutefois, lorsque la juridiction est saisie d'un contentieux relatif à l'admission à l'aide sociale tel que défini par le code de l'action sociale et des familles ou par le code de la sécurité sociale, elle transmet le dossier de la procédure, sans préjuger de la recevabilité de la demande, à la juridiction de l'autre ordre de juridiction qu'elle estime compétente par une ordonnance qui n'est susceptible d'aucun recours ".

8. En application de ces dispositions, il y a lieu de transmettre le dossier de la requête n° 1701142 de Mme B au tribunal judiciaire de Cayenne, compétent pour statuer sur les conclusions de cette requête.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requérante tendant au versement des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le dossier de la requête n° 1701142 de Mme B est transmis au tribunal judiciaire de Cayenne.

Article 2 : Les conclusions de Mme B exposées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à la collectivité territoriale de Guyane et à la direction régionale des finances publiques de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Martin, président,

Mme Schor, première conseillère,

M. Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 décembre 2022.

Le Président rapporteur,

Signé

L. C

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

E. SCHOR La greffière,

Signé

M.-Y. METELLUS

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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