vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2101659 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CMS BUREAU FRANCIS LEFEBVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 21 décembre 2021, le 12 août 2022 et le 25 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bidegainberry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2012, 2013, 2014, 2015 et 2017 et des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- toutes les années d'imposition litigieuses étaient couvertes par la prescription car le délai spécial de reprise prévu par les articles L. 188 B et L 188 C du livre des procédures fiscales ne leur est pas applicable ;
- les montants des honoraires qui sont la base des impositions litigieuses ne sont pas établis ;
- ni l'élément matériel ni l'élément intentionnel ne sont caractérisés en ce qui concerne les pénalités, alors qu'il a rencontré de graves problèmes de santé ;
- la majoration de 40% ne reposait que sur les droits qui ont fait l'objet d'un dégrèvement et non sur une minoration de recettes, de sorte qu'aucune pénalité n'est plus fondée.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 29 avril 2022, le 26 janvier 2024 et le
24 mai 2024, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- le délai de reprise prévu par l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, au regard des dispositions de l'article L. 228 du même livre, trouve à s'appliquer, de même que celui prévu par l'article L. 188 C du même livre ;
- il n'y a pas d'écart entre les montants résultant des documents de la Caisse générale de Sécurité sociale de la Guyane et les éléments produits par le requérant et la minoration de recettes par le requérant est établie ;
- M. A n'a pas adhéré à une association de gestion agréée et n'a délibérément pas appliqué à ses revenus le coefficient multiplicateur de 1,25 qui résulte de cette non adhésion ;
- il n'a pas déclaré ses revenus au titre des années 2013, 2015 et 2017.
Par un mémoire en défense enregistrés le 14 mars 2024, la directrice du contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer conclut au non-lieu partiel à statuer sur la requête, à hauteur de 68 864 euros.
Elle fait valoir qu'un dégrèvement de 68 864 euros a été accordé à M. A le
8 mars 2024.
Un mémoire présenté par la directrice de la Direction de contrôle fiscal Sud-Est
Outre-Mer a été enregistré le 1er septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2016-1918 du 29 décembre 2016 ;
- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor,
- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A exerce à Cayenne la profession libérale de gynécologue. A la suite d'une procédure de rectification contradictoire portant sur les années 2012,2013,2014, 2015 et 2017, les services de la Direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer le 4 janvier 2021 ont établi une proposition de rectification de son revenu annuel lors de ces années, à hauteur de 134 729 euros en droits et pénalités. Par cinq avis d'imposition du 20 mai 2021, le Service des Impôts des Particuliers (SIP) de Cayenne a mis à la charge de M. A 37 574 euros au titre de ses revenus de l'année 2012, 38 410 euros au titre de ceux de l'année 2013, 22 647 euros au titre de ceux de l'année 2014, 11 104 euros au titre de l'année 2015 et 24 994 euros au titre de ceux de l'année 2017. Par une réclamation contentieuse du 15 juillet 2021, M. A a contesté l'imposition de ces cinq sommes. Le directeur de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer a rejeté cette réclamation le 20 octobre 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal, de prononcer la décharge totale de ces impositions, en droits et pénalités.
Sur le non-lieu partiel à statuer :
2. Il est constant que, postérieurement à l'introduction de l'instance, l'administration fiscale a accordé à M. A un dégrèvement partiel à hauteur de 68 864 euros. Par suite et dans cette mesure, les conclusions à fin de décharge de la requête sont devenues partiellement sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les autres conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
Quant aux impositions relatives aux années 2012, 2013, 2014 et 2015
3. En premier lieu, aux termes de l'article L.188 C du livre des procédures fiscales : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une procédure judiciaire, par une procédure devant les juridictions administratives ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos la procédure et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. ".
4. Il résulte de l'instruction que l'ordonnance de renvoi du requérant devant le tribunal correctionnel de Cayenne du 7 avril 2021 fait siens les éléments que l'administration fiscale a transmis : " d'après les informations transmises par l'administration fiscale ", " une note d'information transmise à l'administration fiscale par TRACFIN ", " la DRFIP lui reprochait de s'être volontairement soustrait à l'établissement et au paiement partiel des impôts dus au titre des années 2009 à 2015, d'avoir souscrit des déclarations d'ensemble des revenus susceptibles d'avoir été minorées au titres des années 2009 à 2014 ". Ainsi, dans sa plainte du
23 décembre 2015, l'administration fiscale disposait déjà de nombreux éléments sur la situation fiscale de M. A. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la procédure pénale, si elle a mis en évidence des comptes bancaires détenus par le requérant à l'étranger ainsi que divers montages familiaux, ait permis de révéler de nouvelles omissions fiscales ou insuffisances d'imposition. Par suite, avant le début de la procédure pénale débutée avec sa plainte du
23 décembre 2015, l'administration disposait d'éléments suffisants lui permettant, par la mise en œuvre des procédures d'investigation dont elle dispose, d'établir, dans le délai normal de reprise, les insuffisances ou omissions d'imposition litigieuses. M. A est donc fondé à soutenir que l'administration fiscale ne pouvait se prévaloir du délai spécial de reprise dans les conditions de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales.
5. En second lieu, aux termes de l'article 188 B du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'administration a, dans le délai de reprise, déposé une plainte ayant abouti à l'ouverture d'une enquête judiciaire pour fraude fiscale dans les cas visés aux 1° à 5° du II de l'article L. 228, les omissions ou insuffisances d'imposition afférentes à la période couverte par le délai de reprise peuvent, même si celui-ci est écoulé, être réparées jusqu'à la fin de l'année qui suit la décision qui met fin à la procédure et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. ". Aux termes du II de l'article L. 228 du même livre, dans sa version en vigueur à la date de la proposition de rectification : " II. - Sous peine d'irrecevabilité, les plaintes portant sur des faits autres que ceux mentionnés aux premier à cinquième alinéas du I et tendant à l'application de sanctions pénales en matière d'impôts directs, de taxe sur la valeur ajoutée et autres taxes sur le chiffre d'affaires, de droits d'enregistrement, de taxe de publicité foncière et de droits de timbre sont déposées par l'administration à son initiative, sur avis conforme de la commission des infractions fiscales. / La commission examine les affaires qui lui sont soumises par le ministre chargé du budget. Le contribuable est avisé de la saisine de la commission qui l'invite à lui communiquer, dans un délai de trente jours, les informations qu'il jugerait nécessaires. Le ministre est lié par les avis de la commission. /()/ Toutefois, l'avis de la commission n'est pas requis lorsqu'il existe des présomptions caractérisées qu'une infraction fiscale a été commise pour laquelle existe un risque de dépérissement des preuves et qui résulte :1° Soit de l'utilisation, aux fins de se soustraire à l'impôt, de comptes ouverts ou de contrats souscrits auprès d'organismes établis à l'étranger ; / 2° Soit de l'interposition de personnes physiques ou morales ou de tout organisme, fiducie ou institution comparable établis à l'étranger ; /3° Soit de l'usage d'une fausse identité ou de faux documents au sens de l'article 441-1 du code pénal, ou de toute autre falsification ; / 4° Soit d'une domiciliation fiscale fictive ou artificielle à l'étranger ; /5° Soit de toute autre manœuvre destinée à égarer l'administration." ".
6. Il résulte de l'instruction, et notamment des termes de la plainte déposée le
23 décembre 2015 que le directeur régional des finances publiques de la Guyane, sous l'autorité du ministre de l'économie alors chargé du budget, a fait valoir dans cette plainte qu'existaient des présomptions caractérisées qu'une infraction fiscale pour laquelle existait un risque de dépérissement des preuves. A la supposer établie, la circonstance que ce risque de dépérissement ne soit pas établi n'est pas de nature à écarter l'application, le cas échéant, des dispositions combinées des articles L. 188 B et L.228 du LPF.
7. Par ailleurs, le délai spécial de reprise visé à l'article L 188 B du livre des procédures fiscales concerne l'ensemble des impositions dues par le contribuable au titre de la période visée par la plainte pour présomption de fraude fiscale déposée par l'administration et dont la prescription n'est pas acquise à la date du dépôt de plainte auprès du procureur de la République. Il résulte de la plainte déposée le 23 décembre 2015 qu'elle portait, en ce qui concerne l'année 2015, sur l'impôt de solidarité sur la fortune. A cette date, la prescription fiscale n'était pas acquise pour cette année. Par suite, la circonstance que l'année civile n'était alors pas achevée n'est pas de nature à exclure du litige l'année 2015 en ce qui concerne l'imposition sur le revenu de M. A. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que son imposition sur le revenu au titre de l'année 2015 n'était pas concernée par le délai spécial de reprise visé à l'article L 188 B du livre des procédures fiscales.
8. L'ordonnance de renvoi de M. A devant le tribunal correctionnel du 7 avril 2021 rappelle que le requérant a été mis en examen pour : " soustraction frauduleuse à l'établissement ou au paiement de l'impôt : dissimulation de sommes - fraude fiscale faits commis du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2016 à Cayenne prévus par art.1741 al.1, al.8 C.G.I. et réprimés par art.1741 al. 1, al.9, al. l1, art.1750 C.G.I. art.so loi 52-401 du 14/04/1952 et - soustraction frauduleuse à l'établissement ou au paiement de l'impôt : omission de déclaration dans les délais prescrits - fraude fiscale faits commis du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2016 à Cayenne prévus par art.1741 al.1 C.G.I.. et réprimés par art.1741 al. 1, al.9, al. 11, art.1750 C.G.I. art.50 loi 52-401 du 14/04/1952 ". Il résulte de l'instruction, et notamment de cette ordonnance, que la mise en examen de M. A s'inscrit dans le cadre d'une information judiciaire ouverte, par réquisitoire introductif du 7 juin 2018, notamment du chef de fraude fiscale par soustraction au paiement de l'impôt sur le revenu. Si l'ordonnance de renvoi ne vise pas l'article L. 228 du livre des procédures fiscales, qui se borne à régir la procédure fiscale sans prévoir une infraction pénalement répréhensible, elle rappelle cependant les faits ayant donné lieu à la poursuite pénale de l'instruction : elle rappelle ainsi notamment les faits de soustraction frauduleuse à l'établissement ou au paiement de l'impôt, dissimulation de sommes, omission de déclarations dans les délais prescrits, lesquels sont identiques aux catégories de faits prévues aux 1° à 5° du II de l'article L. 228 du livre des procédures fiscales. En outre, dès lors que le 5° de l'article L.228 du livre des procédures fiscales inclut " toute autre manœuvre destinée à égarer l'administration ". Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'aucune enquête pénale n'a été diligentée pour les faits visés au 1° à 5° du II de l'article L. 228 du livre des procédures fiscales. Par suite, le délai spécial de reprise visé à l'article L. 188 B du livre des procédures fiscales trouvait à s'appliquer et le 4 janvier 2021, date de la proposition de rectification, l'administration fiscale pouvait demander à ce que les omissions ou insuffisances d'imposition qu'elle imputait à M. A soient réparées jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, donc au titre des années 2012, 2013, 2014 et 2015.
Quant aux impositions relatives à l'année 2017 :
9. Aux termes de l'article 10 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. Sont suspendus à compter du 12 mars 2020 et jusqu'au 23 août 2020 inclus et ne courent qu'à compter de cette dernière date, s'agissant de ceux qui auraient commencé à courir pendant la période précitée, les délais : / 1° Accordés à l'administration pour réparer les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition et appliquer les intérêts de retard et les sanctions en application des articles L. 168 à L. 189 du livre des procédures fiscales ou de l'article 354 du code des douanes lorsque la prescription est acquise au
31 décembre 2020 ; () ".
10. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a émis le 4 janvier 2021 une proposition de rectification des revenus perçus par M. A notamment en 2017. Si la prescription prévue par l'article L.169 du livre des procédures fiscales expirait donc en théorie le 31 décembre 2020, le délai de reprise fiscale a été suspendu par l'article 10 précité de l'ordonnance du 25 mars 2020, de sorte qu'à la date du 4 janvier 2021, la prescription n'était pas acquise en ce qui concerne les revenus perçus par le requérant au cours de l'année 2017, pour ce motif également.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
Quant aux minorations de recettes :
11. M. A soutient que le courrier établi par la Caisse Générale de Sécurité Sociale de Guyane (CGSS) le 7 septembre 2018 dans le cadre de la procédure pénale et récapitulant les honoraires qu'il a déclarés à cette caisse, révèle des discordances avec les montants indiqués préalablement par cette même caisse à l'occasion des relevés annuels d'honoraires. Il résulte cependant de l'instruction qu'une telle discordance entre les montants annuels des honoraires perçus par le Dr A est inexistante en ce qui concerne les années 2012 et 2015, infime en ce qui concerne l'année 2017 et très faible en ce qui concerne les années 2013 et 2014. L'administration fiscale fait valoir que ces faibles différences de montants résultent des dépassements d'honoraires pratiqués par le Dr A. Il se borne à indiquer que certains des montants diffèrent légèrement, et se prévaut d'une décision d'espèce rendue par le Conseil d'Etat faisant état de dysfonctionnements informatiques ponctuels de la caisse primaire de Savoie à la fin des années 1970 ainsi que d'une réponse ministérielle de 1985 selon laquelle il doit être tenu compte des honoraires effectivement perçus, ce sur quoi il n'est pas contredit. Ainsi, M. A ne conteste cependant pas sérieusement avoir perçu les montants litigieux et, avoir minoré ses recettes de 38 542 euros au titre de l'année 2013, 27 757 euros au titre de l'année 2014,
27 307 euros au titre de l'année 2015 et 20 272 euros au titre de l'année 2017.
Quant à la preuve de ces minorations :
12. Pour soutenir que l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve des minorations de recettes qu'elle lui impute, M. A se prévaut d'une décision d'espèce du Conseil d'Etat faisant état d'un " délai, pouvant atteindre en fait deux ans, qui sépare les actes médicaux et l'encaissement en principe simultané de la rémunération de ces actes du règlement par la sécurité sociale ". Ce délai était cependant particulier à l'affaire dont se prévaut le requérant et la solution apportée ne peut donc lui être applicable, en l'absence d'un tel délai le concernant.
13. Aux termes de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 56, lorsque l'administration des impôts constate une insuffisance, une inexactitude, une omission ou une dissimulation dans les éléments servant de base au calcul des impôts, droits, taxes, redevances ou sommes quelconques dues en vertu du code général des impôts ou de l'article L. 2333-55-2 du code général des collectivités territoriales, les rectifications correspondantes sont effectuées suivant la procédure de rectification contradictoire définie aux articles L. 57 à L. 61 A. () ".
14. M. A soutient que l'administration fiscale aurait dû, préalablement aux redressements litigieux, rejeter sa comptabilité. Cependant, il est constant que M. A a fait l'objet d'une procédure contradictoire selon les dispositions précitées de l'article L. 55 du livre des procédures fiscales. Dans ce cas, et non en procédure de taxation d'office, une vérification de comptabilité n'est nullement un préalable obligatoire à la décision de l'administration d'imposer cette plus-value dans la catégorie des bénéfices non commerciaux. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale ne rapporte pas la preuve des minorations litigieuses.
En ce qui concerne les pénalités :
15. Aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts dans sa version en vigueur jusqu'au 1er janvier 2017 : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires ou de la créance indue. () ". La loi du 29 décembre 2016 de finances rectificative pour 2016 a ajouté à la suite de cet alinéa " La majoration est portée à 20 % en cas de dépôt tardif effectué dans les trente jours d'une mise en demeure. ". M. A ne conteste pas qu'il a été mis en demeure de déposer une déclaration fiscale n°2042 au titre de ses revenus de l'année 2016. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts, inchangé sur ce point malgré la modification de l'article au cours de la période litigieuse : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de :/ a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; (). Aux termes de l'article 1729 du même code : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; ".
16. Par ailleurs, aux termes du point 7 de l'article 158 du code général des impôts :
" Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par un coefficient de 1,25. Ces dispositions s'appliquent : / 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : / a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion, association ou organisme mixte de gestion agréés définis aux articles 1649 quater C à 1649 quater K ter, à l'exclusion des membres d'un groupement ou d'une société mentionnés aux articles 8 à 8 quinquies et des conjoints exploitants agricoles de fonds séparés ou associés d'une même société ou groupement adhérant à l'un de ces organismes, ou qui ont été exclus d'un de ces organismes au cours de l'année d'imposition pour n'avoir pas fourni de réponse suffisante aux demandes de justification de l'un de ces organismes dans le cadre des missions prévues aux articles 1649 quater E et 1649 quater H, pour n'avoir pas donné suite à la demande de l'un de ces organismes de rectifier une déclaration fiscale ou à la suite d'une procédure ouverte en application de l'article L. 166 du livre des procédures fiscales ; ().
17. Pour justifier l'application aux compléments d'impôt sur le revenu établis au titre des années 2012, 2013, 2014, 2015 et 2017 d'intérêts de retard et de majorations de 10% à 40 % prévue par les articles 1728 et 1729 du code général des impôts, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que M. A, d'une part n'a pas déposé ou a déposé tardivement les déclarations fiscales n°2042, d'autre part a sciemment et de façon répétitive omis de déclarer entre 20% et 28% de son bénéfice non commercial taxable.
18. Il est constant que M. A n'a pas déposé de déclaration fiscale de revenus au titre des années 2013, 2015 et 2017. Il soutient que s'il n'a pas déposé ces déclarations fiscales n°2042, c'est en raison de problèmes de santé. Il n'apporte cependant aucune précision sur ces problèmes de santé, et n'en établit pas la réalité, tandis que son revenu professionnel, reflétant son activité professionnelle, n'était que légèrement inférieur en 2014, année prévue de déclaration des revenus au titre de 2013, à celui de 2013. Il résulte en outre de l'instruction que M. A n'a engagé aucune démarche pour déposer ces déclarations, même tardivement.
M. A précise également qu'il ne dispose d'aucune autre source de revenus que ceux de son activité professionnelle et qu'il a correctement déclaré ses revenus dans les déclarations 2035. Toutefois, d'une part il résulte de ce qui précède que ses déclarations n°2035 étaient incorrectes et la plupart du temps tardives au regard du délai fixé par les dispositions de l'article 175 du code général des impôts, d'autre part la circonstance qu'il ne dispose d'aucune autre source de revenus que ceux de son activité professionnelle est sans incidence sur ses déclarations. En tout état de cause, la circonstance qu'il a déposé des déclarations fiscales de ses revenus professionnels, selon la déclaration n°2035, ne l'exonère pas de l'obligation de déclarer ses revenus dans la déclaration de revenus n° 2042. Si M. A a bénéficié d'un dégrèvement en droits en ce qui concerne l'absence d'adhésion à un centre ou une association de gestion agréée, il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis de dégrèvement correspondant du 8 mars 2024 qu'ont également été dégrevés les intérêts de retard, à hauteur de 10 025 euros ainsi que les majorations, à hauteur de 13 990 euros, afférents à ces droits dégrevés. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que les pénalités restant en litige ne correspondent qu'à des droits qui ont eux-mêmes fait l'objet d'un dégrèvement. Il résulte en revanche de l'instruction que M. A a minoré ses recettes encaissées alors, au demeurant, que son activité avait fait l'objet d'un jugement de liquidation judiciaire du Tribunal de Grande Instance de Tours du
13 décembre 2012 fixant la date de cessation des paiements au 7 octobre 2012. Dans ces conditions, l'administration fiscale, en soulignant l'importance des montants en litige, au regard notamment des revenus déclarés, et en en déduisant que M. A ne pouvait ignorer cette omission, doit être regardée comme établissant la volonté du contribuable d'éluder une partie des impositions dont il était redevable, justifiant l'application de la majoration pour manquement délibéré aux impositions mises à sa charge. Par suite, M. A n'est pas fondé à contester les pénalités qui lui ont été appliquées.
19. Il résulte de tout ce qui précède d'une part qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu de M. A, à hauteur de 68 864 euros, et d'autre part que le surplus des conclusions de la requête de M. A doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
20. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, à hauteur de 68 864 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au directeur départemental des finances publiques de la Guyane et à la directrice de la Direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
E. SCHOR
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026