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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200024

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200024

vendredi 29 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200024
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2022, M. B A, représenté par

Me Marie A, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes de l'Ouest guyanais à lui verser la somme de 39 704,31 euros en réparation de son préjudice matériel et de son préjudice moral, avec intérêts au taux légal à compter de la présentation de la demande indemnitaire ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes de l'Ouest guyanais la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la communauté de communes de l'Ouest guyanais a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne soldant pas la dette qu'elle s'était engagée à honorer résultant de la prise en charge, à hauteur de 60% des honoraires d'avocat dus au titre de la protection fonctionnelle accordée à M. C ;

- le préfet de la Guyane a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne procédant pas au mandatement d'office de cette somme ;

- ces deux fautes lui ont causé un préjudice matériel de 34 704,31 euros et un préjudice moral devant être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, la communauté de communes de l'Ouest guyanais, représentée par Me Peyrical, conclut au rejet de la requête, à ce que M. A soit condamné à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice subi du fait de recours abusifs, à ce qu'une amende pour requête abusive soit infligée à M. A et à ce qu'il soit mis à sa charge la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle n'a conclu aucune convention d'honoraires avec le requérant, qui ne peut donc pas prétendre au paiement direct de ses honoraires, dont le montant a été jugé excessif par le jugement du 19 octobre 2017 du tribunal administratif de la Guyane et qu'elle a en tout état de cause ordonné le versement au requérant des sommes de 1 152, 15 euros, 270,67 euros et 1 153,89 euros, de sorte qu'elle a entièrement soldé sa dette, ainsi que l'a au demeurant reconnu le préfet de la Guyane en abandonnant la procédure de mandatement d'office.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que sa responsabilité n'est pas susceptible d'être engagée car il a engagé la procédure de mandatement d'office et l'a ensuite abandonnée au regard des observations de la communauté de communes de l'Ouest guyanais, la dette litigieuse n'étant pas exigible.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce la profession d'avocat et à ce titre a assuré la défense de

M. C, fonctionnaire de la communauté de communes de l'Ouest guyanais (CCOG) devant le tribunal correctionnel de Fort de France entre 2009 et 2013 puis devant la Cour d'appel de Fort de France en 2014. Par une délibération du 1er juillet 2015, M. C a obtenu le bénéfice des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 imposant à l'employeur public une obligation de protection, incluant la prise en charge du montant des honoraires de l'avocat librement choisi par le fonctionnaire. Toutefois, le 9 septembre 2015, le préfet de la Guyane a sollicité le retrait de la délibération du 1er juillet 2015 de la CCOG accordant à

M. C le bénéfice de ces dispositions, demande à laquelle la CCOG a accédé par une délibération du 16 décembre 2015. Par un jugement du présent tribunal n° 1600075 du

19 octobre 2017, la délibération du 16 décembre 2015 retirant la délibération du 1er juillet 2015 octroyant à M. C le bénéfice de la protection fonctionnelle a été annulée. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner la CCOG à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Il résulte de l'instruction que, l'annulation par le jugement du 19 octobre 2017 de la délibération du 16 décembre 2015 du conseil de la CCOG retirant la délibération en date du

1er juillet 2015 accordant à M. C le bénéfice de la protection fonctionnelle, impliquait nécessairement mais uniquement que la CCOG rembourse à M. C les frais d'avocats qu'il avait versés à son conseil, dans la limite du plafond prévu pour ce faire, en l'espèce 150 euros HT de l'heure et 60% des frais engagés, sous réserve de la production de tous les justificatifs. Cependant, il ne résulte d'aucun autre texte ou convention, en particulier une convention d'honoraires le cas échéant, que la CCOG ait l'obligation de verser directement ces sommes au requérant, conseil de M. C. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la CCOG a commis une faute en ne lui versant pas la somme réclamée par lui au titre de ses honoraires, soit 34 704,31 euros.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales : " Ne sont obligatoires pour les collectivités territoriales que les dépenses nécessaires à l'acquittement des dettes exigibles et les dépenses pour lesquelles la loi l'a expressément décidé. () ". Dès lors que la dette réclamée par M. A à la CCOG n'était pas exigible par lui, M. A n'est pas non plus fondé à soutenir que le préfet de la Guyane a commis une faute en n'engageant pas la procédure de mandatement d'office, alors au demeurant qu'il résulte de l'instruction que le préfet de la Guyane a mis en demeure le 28 juin 2021 la CCOG de présenter ses observations sur une telle procédure.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête de

M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté de communes de l'Ouest guyanais présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes de l'Ouest guyanais présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la communauté de communes de l'Ouest guyanais et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIX

La greffière,

Signé

C NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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